‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 61 sur 317 · Du 1. Juin i665 (Robinet · texte numérisé non relu

Du 1. Juin i665 (Robinet

Que la liesse y fut fort grande Le premier Jour de ce beau mois , Car ce fut au son des Hauts-Bois , Des Guitarres Si des Muzettes ,

160 Des Violons , des Castagnettes , Des Harpes , des Mandores , Luts , Et , ce qui ût du bruit bien plus , Aux fanfares de vingt Trompettes , Au son bruiant des Escopettes ,

165 Avecque celuy des Tambours , Qui réveillèrent les plus sourds , Que l'on planta de belle sorte , Le M^ public , devant la Porte De l'Hôtel où nouvellement

170 S'est fait un Etablissement

Digne de l'honneur du Royaume Et des soins du noble Econome Qui le Monarque si bien sert , Dont le nom célèbre est Colbert.

175 C'est la rare Manufacture ,

Où mieux que dans une Peinture , Par les nuances d'un beau verd , Qui ne redoute point l'Hyver, L'oeiL void dans les Tapisseries ,

180 D'inaltérables Tuilleries .

Comme aussi (le tout du dessein , D'une habile À sçavante main) Des histoires bien curieuses , Tant comiques que sérieuses,

1^5 Or le May donc lUec planté Se trouva des mieux concerté , Ses branches étans embellies De maintes Devises jolies , Notamment de celle du Roy »

190 Dont le Portrait , en bonne foy , Faisoit frontière sur la Porte , Couronné de galante sorte De Festons , de Lauriers & Fleurs De cent diferantes couleurs, 195 Dont l'email avoit mille charmes.

L'on y voyoit aussi les Armes De ce triomphant Potentat Qui donnoyent à tout de l'éclat , Avec le Corps de la Devise ; 200 Car, comme elle estoit fort bien prise, C'estoit un lumineux Soleil , A qui nul Astre n'est pareil , Non plus qu'à ce Prince adorable Nul autre Roy n'est comparable.

205 Cloton , la Parque au court mu- Cette Laide au tein de pruneau [zeau.

Et cette meurtrière félonne

Qui tout pauvre Animal talonne

Par Pleine , par Val & par Mont , aïo A fait rafle du sieur Beaumont ,

Trésosier, d'une ame loyale ,

Lequel de la Maison Royale

Payoit les Officiers des mieux.

Aussi , pour l'introduire aux Cieux , ai5 Où le bon Dieu luy soit propice ,

Chacun allant à son Service ,

T dist pour luy sembl Si bis ,

De tres-bon hait Dbprofundis ,

Et jetta sur son dernier Gîte , 230 Sans nul épargne , l'Eau Bénite ,

Et de ses Amis les meilleurs

Y mêlèrent l'eau de leiu-s pleurs.

Le sieur Bontemps , plein de sa- yj^f^a

[gesse , Qiftmbra

225 De jugement , d'esprit , d'adresse . ^^ ^^'

Est , ce dit-on , présentement

Concierge de ce lieu charmant vcnamas.

Dont l'Art & la Nature ensemble

Ont voulu faire , ce me semble , 230 Sur la Terre un beau Paradis ,

Comme celuy qu'on veid jadis ,

Où des Humains le Premier Père ,

Par un admirable Mystère ,

Engendra durant le repos

Sa femme de l'un de ses Os.

Bloum , qui possédait là Charge Ç^JS^

Que vous voyez cottée en marge , chambre

Et qui par là près d'un grand Roy ^" ^°^*

Se voyoit en tres-bon arroy .

140 Avoit cette Conciergerie,

Mais quoy ? par la bizarrerie

D'un Sort des plus capricieux.

De cet Edem clelicieux

Il est passé dessous la Tombe , 245 Où le Mortel plus heureux tombe,

Soit il Empereur, et de plus

Encor plus riche qu'un Crésus.

La Mort , grimpant sur le Parnasse,

A fait choir aussi dans la Nasse 250 De l'ancien Nautonnier Caron

Loret , qui n'estoit pas Baron ,

Ni grand homme à literature ,

Mais vrayment Poète par Nature ,

Car il rimoit facilement , 255 Et sans doute assez plaisamment.

Mais, d'autant q[u'en bonne Ortogra-

Luy même a fait son Epitaphe, [phe

Page 1