Du 7. Juin i665 (Robinet
On Taccueillit , on le receut ,
Si bien que content il en fut ,
^dnHo^^ Par les so?ns d'un autre sage Homme
250 Que le Sieur Chantelou Ton nomme.
Depuis , cet Architecte expert, Avec le nompareil Colbert, Dont le zèle & la vigilance En tout font refleurir la France ,
255 A visité nos Quais , nos Ponts , Le Palais & les environs , Et , pour tout dire , nostre Louvre , Ou sa capacité découvre Quelques irrégularitez
260 Qui gâtent ses autres beautez , Mais qu'il doit par son industrie , Remetre dans la Symétrie , Si qu'alors ce Louvre sera , Tel que chacun l'admirera.
.65 Le sept de Juin , tout à mon aise , Je fis ces Rimes dans ma chaise.
A TOUT BON Entendeur salut.
Un Courtisan de nostre Cour, Fut bien atrapé l'autre jour.
C'est à dire l'autre semaine , 270 Car, ayant fort bien fait la €ene
247 Impr. acceuillit.
Chez un sage & brave Seigneur, Son Cocher, très Homme d'honneur.
Mais qui perd & sens & mémoire Quelque fois à force de boire ,
275 Ne fut nullement le quérir.
Et l'on avoit beau s'enquérir.
Si ce maistre Jean de Nivelle Estoit venu , point de nouvelle.
Minuit se passe , une heure , deux ,
280 Si qu'en cet accident fascheux Et pour luy tout à fait atroce , Il falut prendre le Carrosse Du Seigneur qui l'avoit traité , Car, pour dire la vérité ,
285 II estoit heure de retraite.
Mais l'histoire n'est pas complette :
Ajoutons que ledit Cocher, Qu'il falloit , ma foy, bien torcher, Ayant la vineuse berlue ,
290 L attendoit dans une autre rue , Où l'on le trouva le matin , En Carrosse cuvant son vin , Ayant un peu plus beu, sans doute.
Que ses Chevaux , lors à l'écoute ,
295 Et bien Camus , sans dire mot , D'avoir tant croqué le marmot .
Et , sans foin , avoine & litière lUec passé la nuit entière.
A Paris , Cbe^ MilU De Beaujeu , rue de Reims , près le Puits Certain. Avec Privilège du Roy.
(Bibliotb. nat., Lc^. 22, Rés.)
LETTRE EN VERS A SON: ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
[Par la GRAVETTE de MAYOLAS]
Du 14. Juin i665.
Si dans mes Lettres précédantes J'ay peint vos grâces éclatantes, Afin qu'aux Pays plus lointains Les Sujets & les Souverains , Faizans règlement leur lecture , Voyent vôtre vive peinture Et que le Cœur puisse honorer
Ce que l'œil ne peut admirer.
Grande Princesse , il faut leur dire 10 Et dans ce moment leur écrire Que l'Ame a de rares tré^rs , Qui valent les atraits du corps.
Dimanche, êtanl chez vôtre Altesse, Je vous vis allant à la Messe,
y. Du 14. Juin i665 (Mayolas),
15 En vôtre Hôtel , dans un saint Lieu Où tous les jours vous priez Dibu , D*un pas si prompt , avec le zelle D'une dévotion si belle , Qu'on voit que vôtre piété
20 Eîst égale à vôtre beauté.
J'en pourois dire davantage Sans le doux lien qui m'engage A m'arêter icy tout court , Pour vous dire le bruit qui court
35 Soit dedans ou dehors la France ; Et voicy par où je commence :
Mardy dernier, notre Grand Roy Fit faire, en un pompeux arroy, L'exercice à ses Mousquetaires ,
30 Dont les Chefs extraordinaires Et tous les autres Commandans Ne furent jamais si brillans.* Ce Monarque, dont la Personne En valeur surpasse Ballonne, «»-uri Dans le beau Parc de Saint-Germain Exerçant sa voix & sa main Avec sa grâce accoutumée, Sembloit un Général d'Armée.
Il leur faizoit si justement
40 Laisser et prendre promptement Le mousq^uet , l'espée & la pique Que jamais Papier de Muzique Ne fit voir de meilleurs acors Que ces Guerriers faizoient alors.
45 De cette Troupe belliqueuze , Adroite , galante & nombreuze , Le Roy rangeant les bataillons , Les divizans en escadrons , Par son adresse sans seconde
5oCharmoit les yeux de tout le monde.
Un nombre des plus grands Sei-
Jgneurs, eurs , Des Dames & des Demoizelles , Des plus sages & des plus belles , 55 Voyans l'Exercice à loizir, N'ûrent jamais un tel plaizir.
La Reine , en merveilles féconde , Avec quantité de beau Monde , En la plus douce des saizons , ^ Fut se promener à Maizons Dans cette légère Machine Qui si vîte roule & chemine Qu'il n'est petit ny grand Vaisseau Qu elle ne devance sur l'eau ,
6^ Où l'on ne fait jamais naufrage Dans le plus dangereux passage , Et, quoy qu'on ait le vent du Nord, Elle conduit toujours au Port ; C'étoit la Berge de Madamb ,
70 Dont le beau corps & la belle Ame Obligent Monsieur chaque jour A renouveler son amour.
Il sembloit certes , à vray dire , Que les Amours avec Zéphire
75 La fissent voguer sûrement , Et promptement & doucement.
Dans cette illustre promenade , La plus orgueiUeuze Nayade , La superbe & belle Thétis ,
80 A THÉnézE cédoit le prix.
Jamais la Rivière de Seine Ne fut si fiére ny si vaine , Et sur son dos n'ût des fardeaux De si grand poids , ny de si beaux.
85 En l'espace de demie-heure , La Reine vid cette Demeure , En considéra les beautez , Les rares curiozitez , Jardin , terrasse , orangerie ,
90 Portes de fer, & l'Ecurie^ Le Maître de cette Maizon , Grand Prézident , plein de raizon , D'esprit , de vertu , de mérite , Qui de tout par-tout bien s'aquite ,
95 Luy parla si civilement , La régala si galamment Que la Reine & sa Compagnie Sentit une joye infinie D'avoir été dans ce jardin , 100 Où vint Monseigneur le Daufin , Que son Illustre Gouvernante , Vertueuze , habile & prudante , Dans un beau carosse amena , Et qui , comme eux , s'y promena.
105 Ayant les grâces de la Mère Et les rares vertus du Père , Chacun augure comme moy, Qu'un jour il doit être un Grand Roy.
Toute choze étant préparée ,
iioLoMELLiNY fît son entrée En grand apareil à Paris , Et prés de Kcpus il fut pris Par un Maréchal d'importance , Avec l'Introducteur de France .
1 15 Et par eux , dés le lendemain , Conduit jusques à St-Germain ,
IJfand( LonguaU
mairqal!
de Maisons.
MadauM
la Marëdia:
de la Mol
Ambass dear de Religion
M. de Soholen
bert.
M. de Bonneal
7* -^ Du 14. Juin i665 (Mayolas).
Où de nôtre Prihcb admirable Il eût audiance favorable , Et des Reines Sl d\j DAm^m ,
120 Et de toute la Cour ; Enfin On régala son Excélence Par un dîner de conséquence , Avec grande solennité , Par Tordre de Sa Majesté ,
125 Dont il a témoigné luy-mesme* En avoir un plaizir extresme.
Un Astrologue & Maître es Arts M'a mandé cecy de Thouars :
La Duchesse de la Trémouille ,
130 A filé toute sa quenouille; Laquezis a fini son cours , Atropos a coupé ses jours.
On 1 estima durant sa vie ; Sa mort de regrets est suivie ,
135 Et sa naissance & son renom , Font encore chérir son nom.
Comme elle êtoit digne de gloire , On en gardera la mémoire.
Le noble & l'adroit Enezbl , 140 Logeaat au Faux-bourg^ saint Michel, Réussit en son entreprise Pour faire Glace de Venize , Où Ton peut se mirer & voir Comme en un fidèle Miroir.
145 Maint Prédicateur docte & grave A Paris a prêché l'Octave De l'Auguste Saint Sacrement Avec grand aplaudissement ; Mais un Père de l'Oratoire
150 A ravy tout son Auditoire
Par maint rare Si pieux Sermon , C'estoit l'éloquent Mascaron.
Entre les chozes curieuzes Et les parures précieuzes
155 Que l'on vid en diférant lieu Les deux jours de la Feste-DiEU , Mademoizelle , aussi pieuze Qu'elle est illustre & gracieuze , A Luxembourg nous a fait voir
160 Un riche et fort beau Repozoir.
Le Brun , dont la belle Peinture Imite si bien la Nature Que son Art n'a rien de commun , Auat Gobelins en a fait un.
165 Ses ornements en broderie Et sa riche Tapisserie , Où sont artistement dépeints Des Apôtres les Actes saints ; Sa Statira , son Alexandre ,
170 Dont les beautez peuvent surprandre L'esprit aussi bien que les yeux Des sçavans et des curieux , Outre ses Tableaux admirables Faits de ses mains incomparables
175 Et ses bassins vermeil doré , Rendoient cet Autel fort paré. ,
Un troisième parut au Temple , Dont la manière est sans exemple :
En richy de bijoux de prix,
iSoDiamans, saphirs & ru ois.
L'éclat de leur vive lumière Du jour prolongeoit la carrière , Et , la nuit , leur feu-sans-pareil Sembloit r'amener le Soleil.
185F0URCADE, habile Lapidaire, Prit beaucoup de soin de le faire.
On voit avec joye à la Cour Le Duc de CRéquY, de retour De son Ambassade de Rome.
190 Ce grand & cet excélent Homme S'en est tout-à-fait aquité Au dézir de Sa Majesté ; Le bon acueil de ce Monarque En est une infaillible marque.
195 Depuis que Ton a découvert, Par un raizonnement expert, Que la Mer Méditeranée Peut à rOcéane Marée Se joindre assez facilement,
200 On n'y perdra pas un moment, Le Roy qui fait fleurir la France , Au sieur Rtquet donnant puissance, Ainsi qu'à BÉzons & Titbeuf j
(Qui tous trois en valent bien neuf),
205 De faire travailler sans cesse.
Pour le Commerce de Lutéce Des biens , par cette jonction , Nous viendront en profuzion.
L'assurance avec l'allégresse 3 10 Chassent la crainte & la tristesse. Depuis ce moment précieux Que la Reine est de mieux en mieux ; Anne , par sa convalescence ,
y. -^Da 14. Juin i665 (Mayolas).
Redonne la joie à la France.
215 Princesse , avant que de finir, Je voudrois vous entretenir De ces pompes divertissantes , De ces délices diférantes , Qu*à Versailles toute la Cour
320 Goûte plainement en ce jour;
Vôtre Altesse les yoid peut-être Au moment que j'écris jna Lettre , Mais n'en sçachant point le détail , Te borne icy ce mien travail.
225 Fait par moy sain & non malade , Le jour Saint-Antoine de Pade.
A PêHs, Ckêi Ckûrlti Cktiutult, Imp. et Lia., Au bout du Pont 5. Mkbel , à l'entrée (U la rue de la Hucketie , aux Armes du Roy. Avec Privilège de S, M,
(Biblioth. de TArsenal , B. L. 11800.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 14. Juin i665.
MuzB , ne fais point la revesche ; Il faut faire nostre Dépesche.
Je sçay bien que c'est justement Que tu trembles dans le moment
5 Qu'il faut ouvrir ton Ecritoire Pour un Objet brillant de Gloire Et digne que les plus beaux Vers Le vantent partout l'Univers.
Ta crainte , certe , est bien fondée ,
10 Et la seule éclatante Idée De cette noble gravité , De cette digne majesté , Qui sur le Front de I'Héroïne Nous découvre son Origine ,
15 Ne doit t'inspirer qu'un respect Et qu'un hommage circonspect.
Mais aussi la Douceur tempère , Cet éblouissant Caractère , Et l'on void partout sur ses pas
20 Et les Grâces et les Appas , Qui font d'une auguste Déesse Une affable et bonne Princesse.
D'ailleurs , son obligeant Aveu Te doit r'asseurer tant soit peu
33 Et te donner même une audace Qui n'aura pas mauvaise grâce.
Sus, quite donc cet air confus , Ma Fille ; ne barguigne plus , Et bref par quelque Historiette ,
>o Divertis l'Illustre Henriette ,
Après avoir succintement Et , si tu le peux , gallamment Parlé des Courantes Nouvelles , Qui nourrissent maintes Cervelles.
35 Le jeune & beau Duc Savoyard , Laissant tout autre soin à part , Avec sa nouvelle Epousée , Objet plus tendre que Rosée , Soit à la Ville , soit aux Champs ,
40 Coule agréablement le Temps.
Les Amours , les Ris , les Délices , Qui sont ses aimables Complices Et qui règlent son doux Destin , La nuit , le jour , soir & matin ,
45 L'occupent avec la Princesse Qui le charme & ravit sans cesse.
Il la promeine en divers Lieux , Que TArt & la Faveur des Cieux Font appeller Lieux de Plaisance ,
50 Où le zèle & la complaisance Des Savoyars & Piémontois Leur font trouver Jeux & Tournois, De beaux Feux & Chere superbe, Que ne décriroit pas Malherbe.
55 Mais on gageroit que tous deux , Parmy leurs Ebats amoureux , Conspirent d'une égale joye A faire voir à la Savoye , Un très charmant & beau Poupart .
6o Dans les neuf mois, tout au plus tard.
L'Empereur n'en est pas de même ; Il n'a pas le plaisir extrême , Il n'a pas le plasir entier De s'éDaucher un Héritier
65 Avec sa charmante Compagne , A sçavoir I'Infante d'EsPAONE.
Il en est encore aux soupirs , Il en est encore aux désirs , Et ce languissant Prince Ignace ,
70 Qu'on tient d'humeur assez bonace, Est dans la dernière langueur Pour cette fâcheuse longueur.
Je le croy bien , quoy qu'on en die : A quiconque attend il ennuie ; Et , lors qu'on attend notamment Un Objet illustre & charmant.
Pour qui l'on brûle et l'on soupire , Ah I que c'est un cruel Martyre !
Mais, si j'ose vous consoler,
80 II ne faut pas vous désoler , Prince à Couronne Impériale , Car enfin vôtre Ame loyale Verra l'Objet de son beau feu.
Ainsi que je l'apprend , dans peu ;
85 Oui , oui , vous aurez vôtre Belle , Et voue ferez I'Aoust avec Elle.
Mais une grâce , cepandant , Favorisez moins ce Fendant , Ce LuBOMiRSRi , ce Rebelle ,
90 Qui veut dégainer l'allumele , Comme un Félon un Inhumain , Contre son digne Souverain, Car nous avons quelque lumière Que sur Polonoise Frontière .
95 Vous envoyez des Garnemens , Jusques à quatre Regimens , Pour l'appujrer, sans nul cause ; Et quasi croire je ne l'ose , Car d'un grand Prince , en vérité , 100 Ce n'est pas un trait d'Equité.
Monsieur le grand Kam des Tar-
[tares.
Qui n'est qu'un Prince de Barbares, S'est ri de ce Lubomirski , Le traitant en je ne sçay qui.
105 A son los, je ne puis obmettre Qu'en ayant receu quelque Lettre , Par laquelle sans long discours Il luy demandoit du secours ,