Du 14. !luin i665 (Robinbtj
Il fit au Porteur sombre trogne , 1 10 Et l'envoya droit en Pologne, De tres-obligeante façon , A l'Empereur belle leçon.
Le Bruit couroit d'une Bataille , Où, tant d'estoc comme de taille ,
1 15 Les Anglois & les Holandois S'étoyent savonnez pour dix fois.
On comptoit quarante Navires , Des plus gros & non pas des pires Par un Party sur l'autre pris ,
120 Et grand nombre d'homme péris Par le Fer & la Flâme & l'Onde ; Mais ce bruit courant par le Mond S'est aussi tost évanou^.
Et ce que j'en sçais aujourd'huy,
«25 Aujourd'huy, moy cjui vous en parle Et qui m'appelle , je croy , Charle C'est que la Tempeste & les Vents Qui sur les Flots sont lefs Régents Empeschent certe ces Armées ,
»3oQuoy qu'au Combat bien animées De se pouvoir entre choquer , Et bras & jambes disloquer, Car Dieu sçait combien, dans l'Orag De leur chaud & bouillant Courage
«35 Seront de membres démembrez Et cruellement déchirez ; Il est vray que l'Homme propose , Et que le bon Dieu seul dispose.
Ainsi, peut estre que la Paix
MO Empeschera de tels effets , Au moins si les Partis écoutent , Comme fort peu de Gens en doutent Ce grand & ce triomphant Roy , Qui s'offre de très-bonne foy
145 Et même avec magnificence A rétablir la Confiance Et l'Union entre leurs Cœurs, En dissipant toutes aigreurs.
Mais à propos donc de Bataille , 150 Mettons icy , vaille que vaille , Que l'on croyoit dernièrement Meunte dans le Monument , Melinte cette Dueliste , Qui de loin suivoit à la piste 155 Les Amazones de jadis.
Je la souhaite en Paradis , S'il est donc vray par avanture Qu'elle soit dans la Sépulture , Car peut-on estre en meilleur lieu
i6o Quand on est mort, qu'auprès de
[Dieu ?
Je ne fay pas des Vœux semblables, Néantmoms, pour ces Exécrables Qui, plus maudis que noirs Lutins , L'autre jour, près des Augustins ,
165 Vinrent faire leur Cimetière, En s'escrimant de leur rapière Indécemment, impudemment , Presque aux yeux du Saint Sacre- Qui pendant l'Octave repose [ment,
170 Sur les Autels où Ton l'expose, Et méprisans aussy les Loys Du plus sage & plus grand des Roys.
Apres cette triste nouvelle , Disons (sn une bonne & belle
175 Et qu'aucun ne sçaurait ouir Sans grandement s'en réjouir , C'est que l'auguste Reyne Mère , Que l'on chént, aime & révère Avec tant & tant de raison ,
180 Par l'effet de mainte Oraison Et de mainte ardante Prière , A vaincu cette Fièvre altiere [Rang Qui sembloit, pour prendre un haut Vouloir régner dans son beau Sang.
iSsVERAMrarrs, Fièvre maUgne, Cruelle, vous êtes bien digne D'avoir un Poste si charmant Et c'est bien là vôtre élément !
Laissez en Paix ce Sang illustre
190 A qui la France doit son lustre Et toute sa Prospérité Ainsi qu'à la Postérité, Le doit témoigner , à sa gloire , Le beau Monument de l'Histoire ,
195 En luy remarquant de Louys Tous les Miracles inouis ; Par ces raisons , 6 belle Fièvre, Allez ailleurs faire la mièvre , Et ne troublez plus le Séjour
200 De nôtre ravissante Cour.
De Cr^QUi le Duc tres-illustre , Ayant avec beaucoup de lustre (Lustre icy veut dire splendeur) De son employ d'AMBASSADEUR 205 Soutenu le beau Caractère, A Rome , proche le Sainct-Pére , Est heureusement de retour En ladite éclatante Cour ,