Du 14. Juin i665 (Robinet
Et riche, riche tout à fait 260 Par un si Bisau coup de Filet , S*époufe avec bien de la joye Pour aller partager sa Proye.
La Dame aussi, de son costé , Comme si de rien n'eust esté , 265 Vers ta Cité bat la retraite , Non moins ravie Si satisfaite Que cette Bande de Filous , Car, mes chers Lecteurs, entre nous, C'ftstoyent Perles Occidentales 270 Et point du tout Orientales , Et cette Dame , sagement Préparée à TEvenement ,
AvxMt fait dedans sa Pochette Jouer au jeu de Clein-mussette
275 A son fin &. riche Collier.
Mais Dieu veuille que le Cordier En puisse fournir bientost d'autres A ce Predon de bons apôtres !
Voila sur des sujets divers
280 Plus de deux cens soixante vers.
Hélas ! que j'auray d'alaigresse Si sa Royale & belle Altbssb , Dont le goust est si délicat , De quelques-uns a fait estât ,
285 Soit-ce de vingt , soit de seize ; Par ma foy, j'en sauteray d'aise.
C'est ainsi qu'à part-moy tout bas je targenois, Achevant mon Opus, le quatorze du Mois.
j1 PêHi, Che^ Mille De Beaujeu, me de Reims, près U Puits Certain, Avu Privilège du Roy.
(Biblioth. nat., U^, Rés )
LETTRE EN VERS A SON ALTESSE MADAME LA DUCHESSE DE NEMOURS
[Par la GRAVETTE de MAYOLAS.]
Du 21. Juin i665.
Princesse, honneur des beaux Es- Trézor dlnestimable prix, [prits, Qui par jugement & par grâce Aimez les Filles du Parnasse ,
5 Dont les dézirs reconnoissans Brûlent à vos pies leur encens ; Bien que dans les Sujets aimables Les redites soient agréables Et qu'on ne se lasse jamais
10 D'ouyr parler de vos atrais
Ny des grandeurs de vos mérites , De peur , dis-je , de ces redites , J'abrège mes civilitez Pour discourir des nouveautez.
15 Le Roy , dont la magnificence Egale la haute puissance , Dézirant agreaUement
Donner un divertissement
A la Reine , que son cœur aime
20 Aussi tendrement que luy-mesme , Choizissant le plus bel endroit , Dit qu'à Versailles on iroit.
Au bout de la plus longue allée , De feuillages épais voilée ,
25 Prés du parterre aimable & beau , Devant la porte du Château , Il fit élever un Téatre , Suivy de maint Amphitéatre , Embély de cent agrémens ,
30 Paré de divers ornemens , D'Architecture, de portiques, De perspectives magnifiques:
Des espaliers avec des fieurs De toutes sortes de couleurs ,
35 Dans des vazes de porceiéne .
9» «^ Du 21. Juin i665 (Mayolas).
Pour mieux feire éclater Ik Scène.
Les plus grands Seigneurs de la Avec les Dames, tour-à-tour, [Cour, Dans le petit Parc se trouvèrent ,
40 Et quelque-temps s'y promenèrent.
L'importune & grande chaleur Cédant la place à la fraîcheur , Ainsi que Phèbus aux ètoilles , La nuit tendit ses sombres voiles ,
45 Mab , pour chasser Tobscurité »
Des lumières en quantité (Dont quatre mille êtoit le nombre], Dissipèrent tout-à-fait l'ombre.
Le Roy, brillant comme un Soleil,
50 De mesme que luy sans-pareil , En habit platn de pierrerîe »
De galans & de broderie»
D'un air -qui n'ût jamais d'égal,' Avec la Rbins ouvrit le Bal.
55 En une semblable justesse , Ils dansoient avec tant d'adresse Que leurs mouvemens et leurs pas Sembloient être faits au compas.
Ensuite, MoKsntuR & Madame ,
60 Animez d'une égale flftme).
Secondèrent Sa Majesté Avec beaucoup d'agilité , Et tous les Seigneurs & les Belles , Tachans d'imiter ces Modelles ,
65 En un superbe vêtement , Dansèrent aussi galamment.
Après le Bal, la Comédie Divertit bien la Compagnie , Ouvrage parfait & chéry,
70 Intitulé le Favory , Compoasé de la main sçavante De cette Personne charmante , Qui dans un beau corps féminin Enferme un esprit masculin.
75 La Pièce êtoit entre-coupée De mainte joviale Entrée De Balet , d'un habile Acteur .
j^Ljy Et des Scènes de cet Autheur Qui reprézente & qui compoze
80 Egalement bien Vers & Proze.
Pendant ces divertissémans , Si doux , si gais & si galâns , On ouyt de l'aimable Hnj^iRS La voix mèlodieuze & claire ,
85 Qui flatoit l'oreille & le cœur Du plus délicat Auditeur ; j^g. Les instrumens & la muzique, L^y. Dont le Maître scientifique
ks^u^iaa
Compose des airs ravissans , 90 Répondoit à ses doux accens.
De ViGABANi les Machines ,
Paroissoient des pièces divines ,
Et cet excèlent Ingénieur
Eut de la gloire & du bon-heur 95 D'avoir suivy , par son adresse , ,
Avec tant de délicatesse ,
Les ordres & le beau dessein
De nôtre puissant Souveiuin.
Après ces chozes surprenantes , 100 Pompeuzes & divertissantes ,
Qui ravissoient l'œil & l'esprit,
Tous ayans fort bon apétit,
Le Roy, de sa main agréable
Mena la RsniB incomparable 105 Dans le labyrinte du bois.
Où quatre Tables, à la fois
Parurent, en des formes rondes.
Pour ces Personnes sans secondes ; ^i^SS!
Et l'on les sceut si bien ranger MouiMir', 1 10 Que chacun se voyoit manger. Midtme.
Par l'éclat de quatre rangées
De brillans lustres éclairées
On se distinguoit, je vous dy ,
A minuit comme en plain midy.
, ,3 On y servit tant de viandes ,
Et SI rares & si friandes »
' Qu'à la Table mesme des Dieux
On n'ût pu jamais être mieux»
Tant pour les ragoûts agréables 120 Que pour les liqueurs délectables ,
Dont la grande profuzion
Passe toute description ;
Si je voulois icy la mettre ,
J'en remplirois toute ma lettre.
125 Les Pages du Roy proprement
Les, servoient , & fort promptement.
Au mesme temps, à la mesme heure.
Dans cette Royale demeure,
Trois autres Tables pour Seigneurs 130 Ducs, Maréchaux & Gouverneurs ,
De quarante couverts chacune,
Dans cette Regale commune,
Furent servies amplement
Et toutes magnifiquement.' 135 Violons , Hautsbois & Muzique ,
Pendant ce Festin Angélique ,
Ajoutans le comble charmant
A ce grand divertissemant ,
Avec le grand jour atirérent , 140 Ou, pour mieux dire, réveillèrent
Les Rossignols du fonds des bois ,
to. '~* Du 21. Juin i665 (Robimbt).
[Anne Oon-
Mais parlons de laTROims aimable Qui banquetoit à cette Table.
^5 û'icelle estoit , pour le certain ,
"• L'Illustre Veuve Paultin ,
zîigQeO Belle, s^e & spirituelle, Dans le Cabinet de laquelle Nostre Muze , durant six ans ,
60 Fit ouir & polit ses chants , Recevant de sa grande Altesse Applaudissement & caresse.
La Princesse de Monaco Estoit aussi du bel Eco ,
65 Dont je rogne un T pour la Rime , Qu'ainsi je rends plus légitime.
Item , Madmoiselle d'Elbeuf , Joyau d'Amour encor tout neuf, Et de Montespan la Marquise ,
70 Qui fait perdre mainte franchise , Régaloient en ce cher Festin Leur noble & douillet Intestin , Y coulans mainte bonne chose Parleurs bouches d*ambre&de rose.
75 Mais, passons dans cet autre Lieu
Qui sent la Demeure d'un Dieu ;
Passons dans cette Isle Enchantée, Yenaïues Tant renommée & tant vantée ,
Et jargonnons du grand Cadeau go Qui fut si Royal à. si beau
Et qui se fit dans ce Lieu même ,
La nuit du treize au quatorzième- Mais je vais faire un effort vain ;
Le Pinceau me tremble en la main, 85 Pensant à tant de rares choses
Qui dans ce Cadeau sont encloses.
Au Petft Parc, un Art sçavant.
Et qui va beaucoup plus avant Que la plus parfaite Industrie , 9oAvoit avecque Symmetrie Produit, en huit jours seulement, Sans doute par enchantement , Tout ce qu'ici je vay vous dire , Comme je pourray le décrire.
95 Un vaste Jardin d'Espaliers , Bien allignez & réguliers , Où l'on voyait dans l'enfonteure , Par un grand Arc d'Architecture , Et dedans l'épesseur d'un Bois , 100 Bien plus beau que ceux d'autresfois Où Diane ezerçoit ses armes.
Deux longs Fuyans ou Rangs de
[Charmes.
Par degrés & par escaliers , Dessus ces mesmes Espaliers
105 Estaient trois rangs de Porcelaines, Par doubles & triples centaines.
Où les plus éclatantes Fleurs Etaloyent leurs vives couleurs.
Aux deux costez de ces Verdures
1 10 Paroissoient les belles Structures De deux Palais délicieux , [Dieux , Qui paroissoient faits pour des Et, dans le milieu de l'Enceinte Qui n'estoit point du tout succinte,
115 Trois Théâtres bien décorez Estoient de chacun admirez.
De doubles rangs de pareils Vases, Qui causoyent de douces Extases , En ornoient la face & les bords,
laoTous remplis des brillans Trésors Qu'au Printemps produit Dame Et, ce qui ravissoit encore. [Flore ; Des Girandoles de Crystail Eclairoyent parmi leur émail,
125 En un tres-bel ordre & sans nombre. Pour en faire dénicher l'ombre.
D'ailleurs quantité de Cyprez, Que l'on avoit coupez exprez Sans nul égard à la dépense,
130 Et tous d'une hauteur immense, A droite & gauche s'élevoient Et semblablement ravissoyent.
On voyoit, de plus, c^uatre Arcades Vertes comme les Palissades ,
135 Tant dans le milieu qu'aux Costez De ces Théâtres enchantez ; Et , sur le devant , faisoient face , Non certes sans beaucoup de grâce, Grand nombre de Myrthes fleuris,
140 Arbres consacrez à Cypris.
Enfin , l'on voyoit des Bocages , Qui formoient dans de frais Ombra-
Des Dédales à maints contours.
Que les ingénieux Amours [peine,
145 Sembloyent même avoir pris la D'ériger pour leur Souveraine.
Toutes ces Beautez que je dis Et que GROSSO modo j'écris^ Lors que le Dieu de la lumière
150 Eut sur nous fermé sa paupière Pour aller faire un autre Tour , Parurent dans un plus beau Jour Que produisoyent mille grands
[Lustres,
9* — Du 21. Juin i66i (Mayoias).
Après tant de longues remizes »
On en vint, l'autre jour, aux prizes.
245 ^-^^ Cohortes des Holandois , Ayans rencontré les Anglois Sur la plaine des eaux salées , Se sont terriblement frotées ; Mais le vent , contraire aux derniers
afo Et trés-favorable aux premiers , Leur aura procuré la gloire D'avoir peut-être eu la victoire.
Lecteur, dés que je le sçauray ,
Franchement je vous le diray.
255 Princesse , des plus acomplies , J'entens que l'on sonne Compiles; Ma Muze & moy n'avons plus rien Digne d'un plus long entretien ; Agréez la Missive nôtre ;
360 Vous en aurez bien-tôt une autre.
J'ÉCRIS CES Vers, bons ou mauvais, Le lendemain de Saint Gervais.
A Përis , Cke^ CkêrUi CkemnUt, Impr. et Ub., Au bout du Pont S. Michel , à Centrée de la rue de U Huckette , mue Armes du Roy. Avec Privilège de S. M.
(Biblioth. de l'Arsenal , B. L., iiSoo.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Par Charles ROBINET.]
Du 21. Juin i665.
Sous les Auspices de Madame , Nom glorieux qui remplit l'Ame De quiconque 1 entend nommer De tout ce qui nous peut charmer ,
5 Narrons auiourd'huy des nouvelles Dignes d'aller dans les Ruelles Et les Alcôves des bons Lieux Entretenir les Curieux.
Je n'en ay que de tres-loyales,
10 Et mémement toutes Royales , Car ce sont nouvelles de Cour , Et je me propose en ce jour , De n'en insérer & n'en mettre Aucune autre dans nostre Lettre.
Mais veuille le Seigneur Phœbus , Qui n'est pas un Dieu de bibus, Ains un Dieu gui tout vivifie , Que d'un tel air je versifie Sur les nobles Sujets que j'ay Que je me trouve dégagé De cette Tasche avecque gloire.
Je n'oserois vraiment pas croire Qu'il m'arrive un succez si beau Sans passer pour un vain Cerveau ; Mais , bornant ce Préliminaire , Voyons ce que nous pourrons faire.
A faute d'un Donneur d'avis , Le dernier jour que j'écrivis , Dont j'ay pour le Sort grand'ran-
30 Je ne fis mention aucune [cune, D'un Banquet superbe, opulent.
Poli , mignon , noble & galant , Saint
Que , dans sa Maison de Plaisance, ^^^^ Avoit fait Phiijppes de France ;
35 C'est Monsieur, ce Prince charmant, De tous les Cœurs le cher Aimant.
Sans discourir du Domicile , Dont on ne peut en trop beau style Exprimer tous les Agrémens ,
40 Les Beautez & les Ornemens , C'est à dire l'Architecture , Mainte riche & rare Peinture , Les Jardins, qui sont toujours vers.
Les Bois toufus, feuillus, couvers,
45 Les ravissantes Palissades , Les claires Eaux & les Cascades , Les Jasmins & les Orangers , Les Dédales & les Vergers , La Table fut si bien servie
50 Que l'Ame s'en sentit ravie Par l'un & l'autre des cinq Sens ; Oui, Lecteurs, point je ne vous mens.