‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 81 sur 317 · II I · texte numérisé non relu

II I

i8. — Du 19. Juillet i665 (Robinbt).

Qu'en vérité l'Ambassadeur

Eut moins de plaisir que de peur.

135 * Cloton, afiBreuse & laide Masque, Qui sans cesse fait quelque frasque, A mis au Tombeau rARCHiDUc, A sçavoir I'Archiduc d'iNSPRUK , L'ayant , au retour de la Chasse , 140 Suivi, ce dit-on, à la trace.

Hélas ! voyez quel contre-Temps :

Etant à la fleur de ses Ans , Afin d'employer bien son âge , Il alloit prendre en maruoe }^IS!L Un Objet de mérite exquis

de Qui son beau cœur avoit conquis ; SoiBbtoh j^jjjg çj^ ^^jj ^ défendant sa Cause ,

Il dist , soit en vers soit en prose , Que chaque Chose avoit son tour

150 Et que c'étoit celuv d'AMOUR; A Cloton , di-je , il eut beau dire :

« Pour une Telle je soupire , » Dont les doux Attraits m'ont » Et dont aussi je suis aimé ; [charmé

155» L'Hymbn prépare nôtre Couche, » Où sur les Appas de sa Bouche » Et sur tous ceux de son beau

[Corps » Je dois piller mille Trésors ; » Attends un peu , Mort, je te prie ,

160 » Et diffère ma Départie ; »

Elle, sans oreille & sans yeux Pour le plus aimable des Dieux , Darde sa Flèche meurtrière Et vous couche ainsi dans la Bière

165 Des Archiducs le fin dernier , Non pas sans beaucoup soucier Madame la Maison d'AusTRicHB , Qui mille fois en a dit briche Pour les raisons que l'on sçait bien

>7o Et dont partant je ne dis rien.

Cette Cloton, qu'aucun ne touche, A pareillement pris en Couche La Dame de Hesse d'AïucsTAT , Dont on faisoit un grand état , «75 Et ce vilain Oyseau de Proye En vouloit au .Duc de Savoyb , Mais le Ciel, dit-on , pour certain Prolonge encore son Destin.

Du Portugal A de TEspagne ' 180 Les Gens d'Armes sont en Campa- Et , par Sièges & par Combas , [gne

Us recommancent leurs débas ; Voilà tout ce qu'on en peut dire.

Et voici l'Histoire pour rire :

185 Un Aveugle des Quinze-vingts, Mais , je croi , l'un des plus malins, Conduisant un jeune Confrère Depuis peu privé de visière , Pour le routiner au chemin

190 Que luy sçavoit de longue-main.

Un Matin , luy dit sur sa route:

« Vien-ça, mon Camarade, écoute.

» Je te méine par un Détour » Où l'on me joue un chien de tour:

195 » Une Servante tres-maudite, » Si je ne me glisse bien vite , » Jamais ne manque à m'arrouser » Et de nouveau me baptiser » D'une eau qui n'est point eau de

[rose,

200» Mais de l'eau de quelqu'autre

[chose; » Or, quand près d'illec je seray » Et que je t'en avertiray , » Pour éviter son influence , » Double le pas en dilicence ,

205 » Autrement tu serois iavé »

» Et d'importance lexivè. »

— « Vous me rendez un bon

[Office, »

Lui repart, l'innocent Novice, Ignorant le diable de tour

210 Que vouloit luy faire au Détour Ce moderne & nouvel Espiègle, Plus malin qu'un Singe ou qu'un

[Aigle.

Et, luy rendant grâce humblement, S'avance au Piège aveuglement,

215 Sans penser que , par un Bissestre, On le va faire passer Maistre.

Etans arrivez à l'endroit Où Maistre Gonin l'attroit , « C'est ici (|u'il faut être alaigre, »

215 Ce luy dit-il, € plus qu'un Chat

[maigre. »

Et , ce disant , le Séducteur , Le traistre & maudit Conducteur , Passe à côté d'une Barrière , Et l'autre , courant sa carrière ,

220 En est reçeu si durement, Si fortement , si roidement , Que, pour dire la chose en somme.

De ce coup, qui presque l'assomme.

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