Du 19. Juillet i665 (Robikbt
II est forcé de s'en aller 235 Les quatre fers ensemble en Tair.
Alors ce mal-heureux Aveugle Comme un Taureau furieux meugle Et, par ses pitoyables cris , Réveille les plus endormis.
3>o Or l'Autbeur de la Culebute , Faisant l'étonné de sa Chute , Dont il rioit bas en son cœur , Par un discours plein de douceur L'amadoua de beUe sorte , 135 L'assurant , comme on le rapporte , Qu'il s'étoit mépris tout de bon Et qu'il lui demandoit pardon , Ce que , dit-on , cette Pécore Pour argent comptant prit encore.
240 Lors (ju'en Vers je fis ces discours. Nous avions eu depuis cinq jours , La Feste Saint Bonnaventure.
A propos , par bonne avanture , J'en ouis I'Eloge excellent ,
145 En stile tres-docte & coulant , ^'^ Et plein du suc de I'Evangile , Que fit un Personnage habile , Et qui , selon les plus fins Goûts , Ptut des Sbnaults & des le Bonx
250 Prétendre le bruit & la gloire ; Aussi ravit-il l'AuDironiE , [grands, Qui fut des plus beaux, des plus
Et plein de Gens des plus hauts Du masle & du féminin Sexe, [Rangs, 255 Qui nous plaît encor qu'il nous vexe, Et dont prés de moy par bon-heur J'avois une charmante Fleur Pour l'Esprit & la bonne Grâce , m.
Qui mêmes , dit-on , Beauté passe.
APOSTILLE
260 Iris donc dans la belle Armoire De sa précieuse Mémoire Conserve ceux de qui le Nom Se termine en net oc en non. [Robineti Quoy donc ? c'est une chose vraye
265 Qu'estant à Saint Gerhain en Laye, Au milieu des Jeux & des Ris , Et des Galans , la belle Iris Songe à ceux qui dedans Lutéce , Loin d'Elle, meurent de tristesse?
270 Les Dieux , pour ce cher Souvenir Qui des Morts jious fait revenir , Daignent luy rendre tout prospère , Et des Amours le Petit Père, Qui prend ses Traits dedans ses
[Yeux,
275 Plus beaux que les Astres des Cieux, Par tout la couvre de son Aile ; C'est le Vœu que je fais pour Elle , Sans oublier sa jeune Sœur, Nonobstant tout sujet d'aigreur.
A Péris j. Cke^ F, Muguet, rue de la Harpe , aux trois Rois, Avu privilège du Roy,
(Biblioth. nat., Lc^, 22. Rés. — Biblioth. de l'Arsenal, B. L. 11802.)
ii5
LETTRE EN VERS A SON ALTESSE SERENISSIME MADAME LA DUCHESSE D'ENGUYEN
[Par Edmb BOURSAULT.]
Du 19. Juillet i665.
C'est chez Vous que je vais pa- Princesse, si digne de l'estre, [raistre. Princesse de rang et de cœur , Princesse de bien et d'honneur , Princesse par vostre naissance , Princesse par vostre Alliance , Et, pour nnir vos qualitez , Princesse de tous les costez ; C'est à vous, dis-je, que ma veine
10 Veut raconter chaque Semaine Par les plus aisez de ses Vers Les Intrigues de l'Univers ; Pour ne pas paraistre prolixe »
C'est sur vous que mon choix se fixe,
15 Ou, pour parler Chrestiennement, C'est pour vous qu'est mon Compli- Un Autheur de plus de durée, [ment.
Avec une Plume dorée ,
A SON ALTESSE ROYALE MADEMOISELLE
[Par Edmb BOURSAULT.]
Premier Aoust i665.
Mademoiselle ,
Vostre Altesse Royale , qui a eu la bonté de me faire dire que je la desobligerois si je laissois passer une semaine sans luy faire part des nouvelles que je me suis chargé de débiter à tout le monde, m'a fait un honneur dont je serois indigne si je ne taschois de le mériter par une obéissance aussi
5 respectueuse que le commandement qu'elle me fait m'est glorieux. J'ay peur, Mademoiselle , qu'après la lecture de la première de mes Gazettes , vous ne révoquiez la grâce dont vous m'honorez. V. A. R., qui ne se divertit jamais que de ce qui est fort agréable , aura de la peine à se contenter de ce que je fais. Ayez un peu d'indulgence pour les cinq ou six premières qui échaperoot
10 à une Plume qui n'est considérable que par la gloire de vous obéir. J'ay dessein de plaire & je sçay le moyen de réussir.
L'esprit le moins délicat fait toujours quelque chose de passable quand la matière qu'il traite fait naistre de plus belles pensées que l'invention n'est capable d en fournir , & comme vostre vie n'est qu'un enchaînement conti-
15 nuel d'actions héroïques ,
19* — - Du 19. Juillet i665 (Boursault).
Pour tascher de foire sa Cour , loMettroit cent jolis mots au jour; Il vous soustiendroit , par exemple , Que vous estes digne d'un Temple Et c^u'autresfois les Dieux des Grecs Menterent moins de respects ; 23 n diroit que pour Vous , Princesse , C'est peu du grand Tiltre d'Altesse Et que le Sort a protesté Qu'on vous nommeroit Majesté ; Qu'estant en clartez si profonde , loD'un des fomeux Trosnes du Monde Le Destin doit estre bien doux S'il peut estre remply par vous.
Ensuite il diroit qu'à vos charmes Un grand Prince a rendu les Armes, )5Et que vous avez des appas Que beaucoup de Reynes n'ont pas ; Que de vostre Naissance Illustre Vos Vertus augmentent le lustre ;
ii8
Que l'éclat qui sort de vos yeux
40 Vaut l'éclat de tous vos Ayeux ; Qu'on n'a pas besoin de connaistre De quel Sang le Ciel vous fit naistre, Et qu'à vos seules qualitez On connaît de qui vous sortez.
45 II diroit enfin qu'il admire
Il diroit ce qu'on ne peut dire ; Supposé mesme qu'il le pût , , Il ne diroit rien qu'on ne sceût.
Ainsi , sauf avis plus utile ,
50 Un Autheur à langue subtile Farderoit avec beaucoup d'art Ce qui n'a pas besoin de fard. Mes Couleurs sont plus naturelles , Et, quand lesveritez sont belles ,
55 Un mensonge remply d'attraits N'est tousjours qu'un Mensonge au- Si bien, Serenissime Altesse, [prés ; Qu'il suffit de ma petitesse
Que ma Muse sincère , à présent vagabonde , Aura soin d'étaler à tous les yeux du Monde ,
Je ne doute pas de mon succez, si vous m'accordez la permission de pouvoir quelquefois parler de vous. Je vous la demande, Mademoiselle, avec autant de M respect qu'il est nécessaire d'en avoir pour estre
De V. A. R.
Tres-humble, &c.
A LA REYNE
Reyne de Paix, non pas de Guerre , Qui devez des Rois à la Terre , Reyne de qui l'Auguste aspect Imprime un visible respect ;
5 Reyne d'une Source féconde , Dont la course honore le Monde , Et, pour tout dire en moins de mots, Moitié du plus Grand des Héros , C'est à vous que s'offre ma Veine ,
10 Pour vous dire chaque Semaine P^ les plus aisez de ses Vers Les Intrigues de l'Univers.
Un Auteur de plus de durée , Avec une Plume dorée ,
15 Pour tascher de faire sa Cour , Mettroit cent jolis mots au jour ; U vous soustiendroit , par exemple ,
Que vous estes digne d'un Temple , Et qu'autrefois les Dieux des Grecs
ao Méritèrent moins de respects ;
En suite il diroit qu'on admire
Il diroit ce qu'on ne peut dire ; Supposé mesme qu'il le pût , Il ne diroit rien qu'on ne sceût.
25 Ainsi , sauf avis plus utile , Un Auteur à langue subtile Farderoit avec beaucoup d'art Ce qui n'a pas besoin de fard.
Mes couleurs sont plus naturelles ,
30 Et, quand les veritez sont belles , Un Mensonge remply d'attraits N'est toujours qu'un Mensonge au- Si bien, Généreuse Princesse , [prés; Qu'il suffit de ma petitesse ,
19* — Du 19. Juillet i665 (Boursault).
Pour , sur les Aisles du Renom , 60 Faire galoper vostre Nom.
• Vous verrez de quel air j'exalte ,
Mais pour auiourd'huy )e fais alte
(Alte à mon Compliment , s'entend)
Pour parler de ce qu'on attend.
63 Ce qu on attend, c'est que je presche
Quelque nouvelle qui soit fraische.
Pour des nouvelles, j'en sçay prou ;
Je commence & voicy par où :
De peur de passer pour Mazette , 70 Je ne ferois pas la Gazette N'estoit le Conseil que j'ay pris De tous Messieurs les beaux Esprits.
Ces beaux Esprits là sont Corneille, Qui passe pour une Merveille 75 Et qui satisfait à tel point [point ; Qu'on voudroit qu'il ne mourut Il prend trop de soin de sa gloire Pour laisser mourir sa mémoire :
Tant que l'Univers durera 80 Petrus Cornélius vivra ; L'Immortalité qu'il dispense Met son grand nom en assurance ,
Et , puis qu'il éternise autruy , Jugez ce qu'il fera pour luy.
85 IJn autre Esprit fort, qui souhaite Que je fasse aussi la Gazette , C'est Quinault ; vous le connoissez :
Dire son Nom , c'est dire assez.
C'est un autheur doux , agréable ,
90 A qui la Scène est redevable ; Il écrit tousjours tendrement , Il conjugue Amo galamment ; [me, Jamais Autheur , hors-mis luy-mes- N'a tant de fois dit : « je vous âyme ; »
95 Et de plus, selon le goust mien, On ne l'a jamais dit si bien,
J'oublioisun autre homme Illustre, , Qui du Languedoc est le Lustre Et qui , Cadejous, est tout Cur
loo(BOYERIUS sub-âuditur|.
C'est un Autheur de nne trempe; Jamais son Pegaze ne rampe ; Quand il prend l'essor comme il faut, D'ordinaire il monte si haut [tue, 4 ip^Que bien souvent, quoy qu'on s'y On ne peut le suivre de veue.
Par des vers pompeux, Cadedis,
35 Pour, sur les Aisles du Renom , Faire galoper vostre Nom.
Vous verrez de quel air j'exalte , Mais pour aujourd'huy je fais alte (Alte à mon compliment s'entend)
40 Pour parler de ce qu'on attend.
Ce qu on attend, c'est que je presche Quelque nouvelle qui soit fraische.
Pour des nouvelles j'en sçay prou ; Je commence, & voicy par où :
45 De peur de passer pouf Mazette, Je ne ferois pas la Gazette N'estoit le conseil que j'ay pris De tous Messieurs les beaux Esprits.
Ces beaux Esprits là sont Corneille,
so Qui passe pour une Merveille Et qui satisfait à tel point [point ; Qu'on voudroit qu'il ne mourust Il prend trop de soin de sa gloire Pour laisser mourir sa mémoire : .
55 Tant que l'Univers durera Petrus Corneltos vivra ; L'Immortalité qu'il dispense Met son grand Nom en asseurance.
Et , puis qu'il éternise autruy ,
éoJusez ce qu'il fera pour luy.
Un autre Esprit fort qui souhaite Que je fasse aussi la Gazette , C'est Quinault; vous le connoissez:
Dire son Nom, c'est dire assez.
65 C'est un Autheur doux, agréable, A qui la Scène est redevable ; Il écrit toujours tendrement , Il conjugue Amo galamment ; [ne, Jamais Autheur, hors-mis luy-me$-
70 N'a tant de fois dit : « je vous aymb» : Et de plus, selon le goust mien , On ne l'a jamais dit si bien.
J'oubliois un autre homme Illos- Qui du Languedoc est le lustre [tre,
75 Et qui , Cadejoux , est tout Cur (BOYERIUS sub-âuditur).
C'est un Autheur de fine trempe;*^ Jamais son Pegaze ne rampe ; Quand il prend l'essor comme il finit,
80 D'ordinaire il monte si haut Que bien souvent , quoy qu'on s'y On ne peut le suivre de veue. [tue, Par des vers pompeux, Cadedis «