‹ Lettres en vers de La Gravette de Mayolas, Robinet, Boursault, Perdou de Subligny, Laurent et autres, 1665-1689Chapitre 97 sur 317 · Du 8. Aoust i665 (Mayolas · texte numérisé non relu

Du 8. Aoust i665 (Mayolas

Sur le soir le Saint Sacrbuent, Avec une constance insigne , De sa vertu tout-à-fait digne.

35 Les grands soupirs du Grand Louis Dans son Château furent ouis ; Les yeux de la belle Téréze Par des pleurs arouzoient leur bréze.

Et , durant ce muet concert , 40 Tous deux parlans à cœur ouvert, Un torent de perles liquides Paroit leurs vizages humides.

La RsYNE-MàRE des Anglois En soupira plus de vingt fois ;

45 Les larmes du charmant Phhjpes Provenoient des mesmes principes , Et sa trés-chére Epouze aussy En eut certes le cœur transy ; Mademoizellb fit entendre ,

50 Par une amitié pure & tendre , Tout ce qu'en cette ocazion Peut sugérer l'afliction ; Tous nos Princes & nos Princesses, Tous nos Ducs, toutes nos Du-

[chesses ,

55 Maréchaux, Comtes & Marquis , Et cent Gens d'un mérite exquis ; Ses Oficiers & Domestiques , Eplorez & mélancoliques , Tant par devoir que par amour,

6oS*aâigérent tous à leur tour.

Si tôt que de cette nouvelle , Dans nôtre Ville grande & belle , Le bruit courut de Saint Germain , Sans diférer au lendemain ,

65 Sans uzer d'aucunes remizes , On mit en toutes nos Eglizes Le Saint Sacrement sur l'Autel , Pour demander à l'Immortel Une prompte convalêcence

70 De la REiNE-Mére de France; Nos vigilans & bons Pasteurs , Religieux, Prestres, Docteurs, Les Paroisses & Monastères , Firent redoubler les prières ,

75 Qu'on oyoit de chaque côté Retentir dans cette Cité.

Leurs voix, jointes à mainte cloche, Pouvans toucher un cœur de roche, Tous les Habitans y couroient

80 Et soir & matin imploroient Toute la céleste Puissance Pour nous donner son assistance Et le retour de sa santé

Généralement souhaité.

85 Enfin le Ciel , voyant nos larmes , Banit ces cruelles alarmes , Et par un prompt soulagement Flate nos maux & son tourment ; Chacun tellement s'intéresse

90 Pour cette suprême Princesse Que le plaizir qu'elle en aura Au moment qu elle le sçaura.

Adoucissant sa maladie , Prolongera sa belle vie.

95 Madame , qui depuis maint jour Etoit absente de la Cour, A Versailles étant détenue , A Saint Germain est revenue, Avec si grand nombre d'atraits

100 Qu'elle est plus belle que jamais , Contente de la bonne-chére Qu'à cette Princesse trés-chére, Environ l'espace d'un mois , Par ordre du Roy , fit Langlois ,

105 Son Maître d'Hôtel ordinére , Ainsi qu'à la Reine sa Mère , Pendant cinq ou six jours du moins, Dont tous ses Gens furent témoins , Avec la pompe & l'abondance

110 Et toute la magnificence Dont on peut traiter à la fois Princesses & Reines & Rois.

Ayant été bien régalée , - Droit à Colombe elle est allée.

1 15 Lundy , la Duchesse de Foix , Mourut pour une bonne fois , Dans son Hôtel & dans sa couche , Après une fatale couche ; Tout le monde en est bien mâry ,

120 Sur-tout son généreux Mary , Dont l'Ame beaucoup dézolée Ne sçauroit être consolée Par exemple ny par discours De la perte de ses Amours.

1 25 Perdre une Epouze jeune & belle , Aimable , pieuze &• fidelle , Qu'il chérissoit si tendrement , Qu'elle aimoit réciproquement ; La perdre en la fleur de son âge ,

130 Un an après son mariage , Devant soy la voir expirer.

N'est-ce pas pour dézespèrer ?

En vain , on luy tient ce langage Qu'elle luy laisse son Image ,

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