Du 1. Aoust i665 (Mayolas
Ces Vers vont passer sous la Presse Pour Vous , Généreuze Primcbme , Et mon cœur ne souhaite rien , 350 Sinon que vous vous porties-bien Et que pas une maladie
N'oze inquiéter vôtre vie.
J'ai poussé car Ouvrage a bout Lb PREiusa JOUR DU MOIS d'Août.
AFûHi, CkâT CharUs Ckmault, Imp. & Lib., Au bout du Faut S Michel, à Vmtrée de U ru4 de la ukdk , Aux Arma du R&y. Avu Privilège dt S, M.
(Biblioth. de l'Aracnal , B. L. iiSoo.)
LETTRE EN VERS A MADAME
[Pas Chaelbs 'ROBINET.]
Du %. Aoust i665.
En teste de cette Gazette Tu voudrois bien , Muze ou Mu- Dire ce que l'on dit de Tov« [zette .
Mais sur ce Point écoute-Moy.
5 Sçache que l'on n'est qu'une fieste S'il arrive que l'on s'enteste De quelques termes obligeans Qu'en passant nous disent les Gens, Et que l'on parle en nôtre absence
10 Autrement q[u'en nôtre présence.
Tel tous les jours s'enorgueillit Pour un bon mot que l'on lui dit , De qui, par un autre langage , On met à fort bas prix l'Ouvrage.
15 Sans donner donc dans le Paneau , Chasse le Vent de ton cerveau , Et mets tes soins à satisfaire L'Héroïne à qui tu veux plaire.
De ce grand Point venant à bout ,
30 Tu pourras te promettre tout.
Après ce Prône, ou Préambule , Sus , vîte , commance ta Bule.
L'aimable Duchesse de Foix , Mère pour la première fois , 35 A pour Essay fait une Fille En qui déjà la Beauté brille.
Le Duc attendoit un Garçon De leur amoureuse façon ,
Mais ce qui vient il le faut prendre : 30 Belle Fille attire un beau Gendre.
D'ailleurs le Couple est jeune et
[frais ; Travaillant donc sur nouveaux frais, S'il plaist à Madame Nature D'y mettre sa bonne Ecriture, 35 Ils auront la seconde fois ,
Sans nul doute , un Petft de Foix , Et ce sera pour I'Htménée D'une Bru riche & très-bien née.
Lors que l'un vient l'autre s'en va.
40 Rien n'est si certain que cela.
Quand l'Enfant susdit vint au
[Monde , La Mort, qui sans pitié nous fronde.
Fit partir, de vingt ans trop tôt , Le Maréchal de Clérembaut.
45 II avoit cœur , esprit , mérite , Et, bref, sa gloire non petite.
Du plus sage de tous les Rots Lui pouvoit faire attendre un chois Tout plein d'honneur pour sa Per-
[sonne ,
50 Que lui ravit la Mort Félonne.
Mais non , elle ne pensoit pas A lui faire passer le pas ;
36 nul est suppléé.
23 — Du 2. Aoust i665 (Robinbt).
Reconessons son innocence.
Las 1 elle agit par Ordonnance ,
55 Et par Ordonnance , dit-on , Que l'on nommoit Précaution.
Ajoutons qu'en son Heure extrême Sa douleur dût estre de même.
Car, outre la Gloire, & I'Honneur
6o Qu'abandonnoit ce cher Seigneur , Il laissoit une Epouse rare Qui pourroit charmer un Barbare Par les doux & brillans Trésors Et de son Ame & de son Corps.
65 Le bruit couroit aue cette Parque Lorgnoit I'Imperial Monarque , C'est à dire que sa Fureur Vouloit occire I'Empereur , Mais un autre plus favorable
70 Est qu'à présent l'Inexorable Le laisse flater de l'espoir Qu'il pourra premièrement voir Entre ses bras la noble Infante , Dont l'ennuyeuse & longue attente
75 Le fait vraiment beaucoup souffrir, Et même assez pour en mourir.
Selon qu'une Lettre le porte , Qu'en substance ici je rapporte , Les Espagnols sont aussi gais
80 Que leurs Amis les Portugais De la Rencontre Bilieuse , Qui, prés de Ville Vicieuse , Se fît , entr'eux dernièrement , Disans que très-certainement, [toire,
85 Et qu'on le peut mettre en l'His- Le Gain , la Perte , & la Victoire , Tout bien déduit, tout bien compté.
Est presque dans l'égalité.
J'entends un bruit qui Gens éfare ;
90 Vers Londre, l'on dit: «gare, gare, » C'est une guerrière rumeur , Et que I'Anglois en belle humeur , Fait remonter dessus sa Flote , Toute sa nombreuse Pelote ,
95 Pour retourner vers le Texel , Où l'on ne manque pas de sel.
Mais on dit , & pour chose seure , Que chacun s'y met en posture , Pour l'accueiUir beUiquement ;
100 Je croi qu'un Accommodement Seroit mieux & plus nécessaire , Mais quoy, chacun sçait son affaire,
Et ce que je mets en avant , Autant en emporte le Vent.
[mes,
105 Mais, à propos de leur Faiz d'Ar- Inserons encor dans nos Carmes Ce que de Londre on mande ici , Et vous , Lecteur , oyez-le aussi , Ou le lisez. Voici la chose
110 Comme elle est débitée en Prose.
L'un des Custos , ou des Geôliers Du grand nombre de Prisonniers Que , dans le Choc , la Flotb An-
[gloisb
1 15 Fit dessus la Flote Holandoise , Ayant bien observé que Deux Affectoient de parler entr'eux Et remarqué sur leur Visage , Aussi bien que dans leur langage ,
1 20 Une certaine émotion , Sceut avecque discrétion Et si justement son temps prendre Qu'il eut moyen de les entendre Se parlans à peu prés ainsi :
<c Hélas! mon Ame, mon Souci,
135 » O charmant objet que j'adore, »
Ce disoit l'un « je tremble encore, » Alors que je pense aux hazards » Où vous ont mis Amour & Mars. »
— « Chassons tout de nôtre me-
[moire, 130 )> Hors nôtre amour & nôtre gloire, » Repliquoit l'autre , « 6 cher Alcas , » Puis-que nous bravons le Trépas, » En dépit de l'Onde & des Fiâmes » Qui vouloyent séparer nos Ames. > 135 — « Ah ! quej'admire la vertu » Dont vôtre- Cœur est revêtu , »
Disoit Alcas, « ô belle. Isidénb.
» Et qu'elle peut charmer ma peine!
» Le Sort n'a rien dans son cour-
[roux> 140 » Qui par elle ne me soit doux, » Excepté lors que dans sa rage » Il vous insulte & vous outrage. »
— <c Alcas , j'aime ces Sentimeos > Et si tendres & si charmans, »
145 Disoit l'autre, « mais la Patrie » Veut aussi vôtre Ame attendrie, » Et vous luy devez la moitié » Tout au moins de vôtre pitié. »
— « Ah I ne doutez pas que pour
[Elle,