‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 2 sur 98 · SAINT FA UL · texte numérisé non relu

SAINT FA UL

Entre les écrivains illustres que le genre humain proclame ses guides et ses instituteurs, quelques-uns brillent d'une gloire qui n'a jamais trouvé de contradiction , et leurs noms, toujours honorés, n'ont point connu ces disgrâces qu'une postérité, mobile en ses jugements , inflige quelquefois aux rois mêmes de la pensée, créateurs des sciences. On voit Bossuet toujours en faveur, et Descartes , pendant un temps , oublié ou insulté. Ces génies que la renommée délaisse dans certaines époques s'appliquèrent surtout à dévoiler ce qui absorbe le petit nombre des hautes intelligences ; tandis que ceux qu'elle accompagne sans cesse ont puissamment saisi ce qui frappe et ce qui remue tous les esprits. Sur leur front est le sceau de la force populaire, devant lequel s'inclinent les générations humaines, et, plus heureux que les héros de l'ancienne Rome, nul cri injurieux , nul signe improbateur ne vient interrompre leur marche triomphale à travers les siècles : tant leur empire est absolu, tant ils impriment une vénération profonde!

Ainsi fut Biaise Pascal, et nul peut-être, parmi les plus grands , n'a joui davantage de l'inviolabilité de la gloire. Son parti a été ruiné , ses opinions proscrites , ses découvertes mises hors d'usage par de nouveaux progrès : sa renommée n'a souffert aucune atteinte. Après avoir excité l'admiration d'un siècle aussi pieux qu'éclairé, il traverse, en gardant son premier lustre, cet âge de doute et d'audacieuse incrédulité qui, dans sa haine pour tout ce qui sentait la religion, dé-

PASCAL. PROVINCIALES. a

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