DES PRÊTRES
des difficultés qui pourraient les en empêcher, il résout ainsi cette question dans le même traité, quest. 32, p. 457 : « Un prêtre peut-il dire la messe le même jour « qu'il a commis un péché mortel et des plus criminels , «en se confessant auparavant? Non, dit Villalobos , à « cause de son impureté. Mais Sancius dit que oui , et « sans aucun péché. Je tiens son opinion sûre, et qu'elle « doit être suivie dans la pratique : et tuta et sequenda « in praxi. »
Quoi! mon père, lui dis-je, on doit suivre cette opinion dans la pratique? Un prêtre qui serait tombé dans un tel désordre oserait-il s'approcher le même jour de l'autel , sur la parole du père Bauny ? Et ne devrait-il pas déférer aux anciennes lois de l'Eglise , qui excluaient pour jamais du sacrifice, ou au moins pour un long temps, les prêtres qui avaient commis des péchés de cette sorte, plutôt que de s'arrêter aux nouvelles opinions des casuistes , qui les y admettent le jour même qu'ils y sont tombés? Vous n'avez point de mémoire, dit le père. Ne vous appris-je pas l'autre fois que, selon nos pères Cel~ lot et Reginaldus , « on ne doit pas suivre , dans la mo- « raie, les anciens pères, mais les nouveaux casuistes? » Je m'en souviens bien, lui répondis-je; mais il y a plus ici , car il y a des lois de l'Église. Vous avez raison , me dit-il ; mais c'est que vous ne savez pas encore cette belle maxime de nos Pères : « Que les lois de l'Église perdent « leur force quand on ne les observe plus , cum jam de- • suetudine abierunt, » comme dit Filiutius, t. 2, tr. 25, n. 33. Nous voyons mieux que les anciens les nécessités présentes de l'Église. Si on était si sévère à exclure les prêtres de l'autel , vous comprenez bien qu'il n'y aurait pas un si grand nombre de messes. Or la
pluralité des messes apporte tant de gloire à Dieu et tant d'utilité aux âmes, que j'oserais dire , avec notre père Cellot, dans son livre de la Hiérarchie, p. 611 de l'impression de Rouen , qu'il n'y aurait pas trop de prêtres, « quand non-seulement tous les hommes et les fem- « mes, si cela se pouvait, mais que les corps insensibles, « et les bêtes brutes même , bruta animalia , seraient « changés en prêtres pour célébrer la messe* »
Je fus si surpris de la bizarrerie de cette imagination, que je ne pus rien dire ; de sorte qu'il continua ainsi : Mais en voilà assez pour les prêtres ; je serais trop long; venons aux religieux. Gomme leur plus grande difficulté est en l'obéissance qu'ils doivent à leurs supérieurs, écoutez l'adoucissement qu'y apportent nos pères. C'est Castras Palaûs, de notre Soeiété, Op. mor., p. 1 , disp. 2, p. 6 : « Il est hors de dispute, non est controversia, « que le religieux qui a pour soi une opinion probable « n'est point tenu d'obéir à son supérieur, quoique l'o- « pmion du supérieur soit la plus probable ; car alors « il est permis au religieux d'embrasser celle qui lui est « la plus agréable , quœ sibi gratior fuerit , comme le « dit Sanchez. Et encore que le commandement du su- « périeur soit juste , cela ne vous oblige pas de lui obéir : « car il n'est pas juste de tous points et en toutes ma- « nières, non undequaque juste prœcipit, mais seule- « ment probablement; et ainsi vous n'êtes engagé que « probablement à lui obéir, et vous en êtes probable- « ment dégagé : probabiliter obiigatus, et probabilUer c deobligatus. » Certes, mon père, lui dis- je, on ne saurait trop estimer un si beau fruit de la double probabilité. Elle est de grand usage, me dit-il ; mais abrégeons. Je ne vous dirai plus que ce trait de notre célèbre