‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 23 sur 98 · DES RELIGIEUX. H · texte numérisé non relu

DES RELIGIEUX. H

Molina, en faveur dés religieux qui sont chassés de leurs couvents pour leurs désordres. Notre père Escobar le rapporte , tr. 6 • ex. 7 , n. 1 11 , en ces termes : « Mo- « Hua assure qu'un religieux chassé de son monastère n'est « point obligé de se corriger pour y retourner, et qu'il n'est « plus lié par son vœu d'obéissance. »

Voilà, mon père, lui dis-je, les ecclésiastiques bien à leur aise. Je vois bien que vos casuistes les ont traités favorablement. Ils y ont agi comme pour eux-mêmes. J'ai bien peur que les gens des autres conditions ne soient pas si bien traités. Il fallait que chacun fît pour soi. Ils n'auraient pas mieux fait eux-mêmes , me repartit le père. On a agi pour tous avec une pareille charité % depuis les plus grands jusques aux moindres ; et vous m'engagez , pour vous le montrer, à vous dire nos maximes touchant les valets.

Nous avons considéré, à leur égard, la peine qu'ils ont, quand ils sont gens de conscience, à servir des maîtres débauchés. Car s'ils ne font tous les messages où ils les emploient , ils perdent leur fortune; et, s'ils leur obéissent , ils en ont du scrupule. C'est pour les en soulager que nos vingt-quatre pères , tr. 7 , ex. 4 , n. 223 , ont marqué les services qu'ils peuvent rendre en sûreté de conscience. En voici quelques-uns : « Porter des lettres et des « présents; ouvrir les portes et les fenêtres; aider leur « maître à monter à la fenêtre, tenir l'échelle pendant « qu'il y monte ; tout cela est permis et Indifférent» Il « est vrai que pour tenir l'échelle il faut qu'ils soient « menacés plus qu'à l'ordinaire, s'ils y manquaient; car « c'est faire injure au maître d'une maison d*y entrer pair la « fenêtre. »

Voyez-vous combien cela est judicieux T Je n'atten-

dais rien moins , lni dis-je , d'un livre tiré de vîngt-qu* tre jésuites. Mais, ajouta le père, notre père Bauny a encore bien appris aux valets à rendre tous ces devoirs-là innocemment à leurs maîtres , en faisant qu'ils portent leur intention, non pas aux péchés dont ils sont les entremetteurs, mais seulement au gain qui leur en revient. C'est ce qu'il a bien expliqué dans sa Somme des péchés, en la page 710 de la première impression : « Que les confes- • seurs, dit-il , remarquent bien qu'on ne peut absoudre « les valets qui fontdes messages déshonnétes, s'ils consen- « tent aux péchés de leurs maîtres; mais il faut dire le « contraire, s'ils le font pour leur commodité temporelle. » Etcela est bien facile à faire; car pourquoi s'obstineraientils à consentir à des péchés dont ils n'ont que la peine?

Et le même père Bauny a encore établi cette grande maxime en faveur de ceux qui ne sont pas contents de leurs gages; c'est dans sa Somme, p. 213 et 214 de la sixième édition : « Les valets qui se plaignent de leurs gages « peuvent-ils d'eux-mêmes les croître en se garnissant les « mains d'autant de bien appartenant à leurs maîtres , « comme ils s'imaginent en être nécessaire pour égaler « lesdits gages à leur peine? Ils le peuvent en quelques « rencontres, comme lorsqu'ils sont si pauvres en cher- « chant condition, qu'ils ont été obligés d'accepter l'offre « qu'on leur a faite , et que les autres valets de leur sorte « gagnent davantage ailleurs. »

Voilà justement, mon père, lui dis-je, le passage de Jean d'Alba. Quel Jean d'Alba? dit le père ; que voulezvous dire? Quoi 1 mon père, ne vous souvenez-vous plus de ce qui se passa en cette ville l'année 1647? 'et où étiez-vous donc alors? J'enseignais, dit-il, les cas de conscience dans un de nos collèges assez éloigné de Paris.

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