‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 32 sur 98 · POUR LES JUGES · texte numérisé non relu

POUR LES JUGES

pas notre intérêt qui nous fait agir , nous n'avons eu égard qu'au repos de leurs consciences; et c'est à quoi notre grand Molina a si utilement travaillé, sur le sujet des présents qu'on leur fait. Car , pour lever les scrupules qu'ils pourraient avoir d'en prendre en de certaines rencontres , il a pris le soin de foire le déuorabrement de tous les cas où ils en peuvent recevoir- en conscience, à moins qu'il n'y eût quelque loi particulière qui le leur défendit C'est en son t. 1 , tr. 2, d. 88 , n. 6. Les voici : « Les juges « peuvent recevoir des présents des parties, quand ils les « leur donnent ou par amitié , ou par reconnaissance de la « justice qu'ils ont rendue, ou pour les porter à la rendre « à l'avenir, ou pour les obliger à prendre un soin parti- « culier de leur affaire , ou pour les engager à les expédier « promptement. » Notre savant Eseobar en parle encore autr. 6, ex. 6, n. 43, en cette sorte: « S'il y a plusieurs « personnes qui n'aient pas plus de droit d'être expédiés « l'un que l'autre, le juge qui prendra quelque chose de « l'un , à condition , ex pacto , de l'expédier le premier , « péchera-t-il? Non, certainement, selon Layman : car il « ne fait aucune injure aux autres, selon le droit naturel , « lorsqu'il accorde à l'un , par la considération de son pré- « sent , ce qu'il pouvait accorder à celui qui lui eût plu : « et même , étant également obligé envers tous par l'égalité « de leur droit, il le devient davantage envers celui qui « lui fait ce don, qui l'engage à le préférer aux autres ; et « cette préférence semble pouvoir être estimée pour de « l'argent: Quœ obligatio videturprctio œstimabilis. »

Mon révérend père, luidis-je, je suis surpris de cette permission, que les premiers magistrats du royaume ne savent pas encore. Car M. le premier président a rapporté un ordre dans le parlement pour empêcher que certains

greffiers ne prissent de l'argent pour cette sorte de préférence : ce qui témoigne qu'il est bien éloigné de croire que cela soit permis à des juges ; et tout le monde a loué une réformation si utile à toutes les parties. Le bon père , surpris de ce discours , me répondit : Dites- vous vrai? je ne savais rien décela. Notre opinion n'est que probable, le contraire est probable aussi. En vérité , mon père , lui dis-je , on trouve que M. le premier président a plus que probablement bien fait, et qu'il a arrêté par là le cours d'une corruption publique , et soufferte durant trop longtemps. J'en juge de la même sorte, dit le père; mais passons cela , laissons les juges. Vous avez raison , lui dis-je ; aussi bien ne reconnaissent-ils pas assez ce que vous faites pour eux. Ce n'est pas cela, dit le père; mais c'est qu'il y a tant de choses à dire sur tous, qu'il faut être court sur chacun.

Parlons maintenant des gens d'affaires. Vous savez que la plus grande peine qu'on ait avec eux est de les détourner de l'usure, et c'est aussi à quoi nos pères ont pris un soin particulier; car ils détestent si fort ce vice , qu'Escobar dit au tr. 1 , ex. 5 , n. 1 , que « de dire que l'usure « n'est pas péché, ce serait une hérésie. » Et notre père Bauny , dans sa Somme des péchés , ch. 1 4 , remplit plusieurs pages des peines dues aux usurierà. Il les déclare « infâmes durant leur vie , et indignes jle sépulture après « leur mort. » mon père! je ne le croyais pas si sévère. Il l'est quand il le faut , me dit-il ; mais aussi ce savant casuiste ayant remarqué qu'on n'est attiré à l'usure que par le désir du gain, il dit au même lieu : « L'on n'obli- « gérait donc pas peu le monde, si, le garantissant des « mauvais effets de l'usure, et tout ensemble du péché qui « en est la cause, on lui donnait le moyen de tirer autant

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