DES SORCIERS
vres. Vous le verrez bien par ce passage d'un des pins graves de nos pères. Vous le pouvez juger, puisqu'il est aujourd'hui notre père provincial. C'est le révérend pèreCellot, en son liv. 8 de la Hiérarchie, c. 16, §2. «Nous savons, dit-il, qu'une personne qui portait une « grande somme d'argent pour la restituer par ordre de son « confesseur , s 'étant arrêtée en chemin chez un libraire , « et lui ayant demandé s'il n'y avait rien de nouveau , « num quid noviP il lui montra un nouveau livre de théo- « logîe morale, et que, le feuilletant avec négligence et sans « penser à rien, il tomba sur son cas , et y apprit qu'il « n'était point obligé à restituer : de' sorte que, s'étant « déchargé du fardeau de son scrupule, et demeurant « toujours chargé du poids de son argent , il s'en retourna « bien plus léger en sa maison : abjecta scrupuli sar- « cina> reiento auri pondère, levior domum repeliit. » Eh bien 1 dites-moi, après cela, s'il est utile de savoir nos maximes! En rirez- vous maintenant ? Et ne ferez- vous pas plutôt» avec le père Cellot, cette pieuse réflexion sur le bonheur de cette rencontre : « Les reu- * contres de cette sorte sont, en Dieu , L'effet de sa pro- « vidence; en l'ange gardien, l'effet de sa conduite; et •« en ceux à qui elles arrivent, l'effet de leur prédestination. « Dieu , de toute éternité , a voulu que la chaîne d'or de « leur salut dépendît d'un tel auteur, et non pas de cent « autres qui disent la même chose ; parce qu'il n'arrive « pas qu'ils les rencontrent. Si celui-là n'avait écrit, ce- « lui-ci ne serait pas sauvé. Conjurons donc, par les en- « trailles de Jésus-Christ, ceux qui blâment la multitude « de nos auteurs , de ne leur pas envier les livres que l'é- « tection éternelle de Dieu et le sang de Jésus-Christ leur « a acquis. » Voilà de belles paroles , par lesquelles ce savant homme prouve si solidement cette proposition qu'il
ffg HUITIÈME LETTRE.
avait avancée : « Combien il est utile qu'il y ait un grand • nombre d'auteurs qui écrivent de Ta théologie morale : « guam utile sit de theologia morali multos sctibere.
Mon père, lui dis-je, je remettrai à une autre fois à vous déclarer mon sentiment sur ce passage ; et je ne vous dirai présentement autre chose, sinon que, puisque vos maximes sont si utiles , et qu'il est si important de les publier , vous devez continuer à m'en instruire : Car je vous assure que celui à qui je les envoie les fait voir à bien des gens. Ce n'est pas que nous ayons autrement l'intention de nous en servir, niais c'est qu'en effet nous pensons qu'il sera utile que le monde en soit bien informé. Aussi , me dit-il , vous voyez que je ne les cache pas ; et , pour continuer, je pourrai bien vous parler, la première fois, des douceurs et des commodités de la vie que nos pères permettent pour rendre le salut aisé et ladévotîon facile ; afin qu'après avoir appris jusqu'ici ce qui touche les conditions particulières , vous appreniez ce qui est général pour toutes , et qu'ainsi il ne vous manque rien pour une parfaite instruction. Après quece père m'eut parlé de la sorte, il me quitta.
Je suis , etc.
P. S. J'ai toujours oublié à vous dire qu'il y a de&Escoôar de différantes impressions. Si vous en achetez, prenez de ceux de Lyon , où il y a à l'entrée une image d'un agneau qui est sur un livre scellé de sept sceaux , ou de ceux de Bruxelles de 1651. Comme ceux-là sont les derniers , ils sont meilleurs et plus amples que ceux des éditions précédentes de Lyon des années 1644 et 16 V6.
« Depuis tout ceci, on en a imprimé une nouvelle édition à Paris, «chez Piget, plus exacte que toutes les autres. Mais on peut «ncon* a bien mieux apprendre les sentiments d'Eseobar dans lu grande ï'ao- « logie morale \ imprimée à Lyon. »