DES RESTRICTIONS MENTALES
donc pas même un péché véniel? Non pas, dit-il, en la manière que je viens de dire ; mais elle serait péché véniel selon Escobar, n. 56, « si, sans aucune nécessité, on « se gorgeait du boire et du manger jusqu'à vomir : si « guis se usque ad vomitum ingurgitet. »
Cela suffit sur ce sujet; et je veux maintenant vous parler des facilités que nous avons apportées pour faire éviter les péchés dans les conversations et dans les intrigues du monde. Une chose des plus embarrassantes qui s'y trouve est d'éviter le mensonge , et surtout quand on voudrait bien faire accroire une chose fausse. C'est à quoi sert admirablement notre doctrine des équivoques, par laquelle « il est permis d'user de termes ambigus, en les « faisant entendre en un autre sens qu'on ne les entend « soi-même, » comme dit Sanchez, Op. mor. y p. 2, 1. 3, c. 6, n. 13. Je sais cela, mon père, lui dis-je. Nous l'avons tant publié , continua-t-il , qu'à la fin tout le monde en est instruit Mais savez- vous bien comment ilfaut faire quand on ne trouve point de mots équivoques? Non , mon père. Je m'en doutais bien , dit-il ; cela est nouveau : c'est la doctrine des restrictions mentales. Sanchez la donne au même lieu : • On peut jurer, dit-il , qu'on n'a pas fait « une chose , quoiqu'on l'ait faite effectivement, en enten- « dant en soi-même qu'on ne Ta pas faite un certain jour, « ou avant qu'on fût ne, ou en sous-entendant quelque • autre circonstance pareille, sans que les paroles dont « on se sert aient aucun sens qui le puisse faire connaître. « Et cela est fort commode en beaucoup de rencontres , et « est toujours très-juste quand cela est nécessaire ou utile « pour la santé, l'honneur, ou le bien, »
Gomment ! mon père , et n'est-ce pas là un mensonge , et même un parjure ? Non , dit le père : Sanchez le prouve au
même lieu , et notre père Filiutius aussi , tr. 25, ch. 1 1 , n. 331 ; parce , dit-il , que c'est « l'intention qui régie la « qualité de l'action. » Et il y donne encore, n. 328 , un autre moyen plus sûr d*éviter le mensonge. C'est qu'après avoir dit tout haut , Je jure que je n 9 ai point fait cela y on ajoute tout bas, aujourd'hui ; ou qu'après avoir dit tout haut, Je jure, on dise tout bas, que je dis; et que l'on continu* ensuite tout haut, que je nai point fait cela. Vous voyez bien que c'est dire la vérité. Je l'avoue, lui dis-je; mais nous trouverions peut-être que c'est dire la vérité tout bas , et un mensonge tout haut : outre que, je craindrais que bien des gens n'eussent pas assez de présence d'esprit pour se servir de ces méthodes. Nos pères , dit-il , ont enseigné au même lieu , en faveur de ceux qui ne sauraient pas user de ces restrictions , qu'il leur suffit pour ne point mentir, de dire simplement qu'ils n'ont point fait ce qu'ils ont fait, « pourvu qu'ils aient en gé- « néral l'intention de donner à leurs discours le sens qu'un « habile homme y donnerait. »
Dites la vérité : il vous est arrivé bien des fois d'être embarrassé, manque de cette connaissance? Quelquefois , lui dis-je. Et n'avouerez-vous pas de même, continuaitil , qu'il serait souvent bien commode d'être dispensé en conscience de tenir de certaines paroles qu'on donne? Ce serait, lui dis-je, mon père, la plus grande commodité du monde. Écoutez donc Escobar au tr. 3 , ex. 3 , n. 48 , où il donne cette règle générale : « Les promesses n'obligent « point , quand on n'a point intention de s'obliger en les « faisant. Or il n'arrive guère qu'on ait cette intention , » à moins que l'on les confirme par serment ou par conu trat : de sorte que quand on dit simplement , Je le « ferai , on entend qu'on le fera si on ne change de vo-