‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 41 sur 98 · DES RESTRICTIFS MENTALES · texte numérisé non relu

DES RESTRICTIFS MENTALES

« lonté ; car on ne veut pas se priver par là de sa liberté. » 11 en donne d'autres que vous y pouvez voir vous-même; et il dit à la fin que « tout cela est pris de Moliua et de « nos autres auteurs : Omnia ex Moliua et aliis. » Et ainsi on n'en peut pas douter.

O mon père ! lui dis-je , je ne savais pas que la direction d'intention eût la force de rendre les promesses nulles. Vous voyez, dit le père, que voilà une grande facilité pour le commerce du monde. Mais ce qui nous a donné le, plus de peine a été* de régler les conversations entre les hommes et les femmes : car nos pères sont plus réservés sur ce qui regarde la chasteté. Ce n'est pas qu'ils ne traitent des questions assez curieuses et assez indulgentes , et principalement pour les personnes mariées ou fiancées. Rappris sur cela les questions les plusextraordinaires qu'on puisse s'imaginer. Il m'en donna de quoi remplir plusieurs lettres : mais je ne veux pas seulement en marquer les citations , parce que vous faites voir mes lettres à toutes sortes de personnes ; et je ne voudrais pas donner l'occasion de cette lecture à ceux qui n'y chercheraient que leur divertissement.

La seule chose que je puisse vous marquer de ce qu' i 1 m<j montra dans leurs livres, même français, est ce que vous pouvez voir dans la Somme des péchés du père Bauny, p. 165, de certaines petites privautés qu'il y explique, pourvu qu'on dirige bien son intention , comme à passer pour galant : et vous serez surpris d'y trouver, p. 148, un principe de morale touchant le pouvoir qu'il dit que les filles ont de disposer de leur virginité sans leurs parents ; voici ses termes : « Quand cela se fait du consentement de « la fille , quoique le père ait sujet de s'en plaindre. Ce « n'est pas néanmoins que ladite fille, ou celui à qui elle

« s'est prostituée, lui aient fait aucun tort, ou violé pour « son égard la justice : car la* fille est en possession de sa « virginité, aussi bien que de son corps; elle en peut faire « ce que bon lui semble, à l'exclusion de la mort ou du « retranchement de ses membres. * Jugez par là du reste. Je me souvins, sur cela, d'un, passage d'un poète païen qui a été meilleur casuiste que ces pères , puisqu'il a dit que « la virginité d'une fille ne lui appartient pas tout « entière ; qu'une partie appartient au père et l'autre à la « mère, sans lesquels elle u'en peut disposer, même pour « le mariage. » Et je doute qu'il y ait aucun juge qui ne prenne pour une loi le contraire de cette maxime du père Bauny.

Voilà tout ce que je puis dire de tout ce que j'entendis , et qui dura si longtemps, que je fus obligé de prier en un le père de changer de matière. Il le fit, et m'entretint de leurs règlements pour les habits des femmes en cette sorte. Nous ne parlerons point, dit-il , de celles qui auraient l'intention impure ; mais pour les autres , Escobar dit au tr. 1 , ex. 8 , n. 5 : « Si on se pare sans mauvaise inten- • tion, mais seulement pour satisfaire l'inclination natu- « relie qu'on a à la vanité, ob naturalemfastus inclinatio- « nem, ou ce n'est qu'un péché véniel, ou ce n'est point « péché du tout. » Et le père Bauny, en sa Somme des péchés, c. 46, p. 1094, dit que « bien que la femme eût « connaissance du mauvais effet que sa diligence à se « parer opérerait et au corps et en l'âme de ceux qui la « contempleraient ornée de riches et précieux habits , « qu'elle ne pécherait néanmoins en s'en servant. » Et il cite entre autres notre père Sanchez pour être du même avis.

Mais , mon père , que répondent donc vos auteurs aux

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