DE LA CONTRITION
n'élaitpas certaine, que faites-vous autre chose, sinon donner à nos derniers auteurs tout Thonueur de cet établissement?
Aussi Diana, notre ami intime, a cru nous faire plaisir de marquer par quels degrés on y est arrivé. C'est ce qu'il fait, p. 5 , tr. 13 , où il dit « qu'autrefois les anciens sco- « lastiques soutenaient que la contrition était nécessaire « aussitôt qu'on avait fait un péché mortel ; mais que de- « puis on a cru qu'on n'y était obligé que les jours de fête, « et ensuite que quand quelque grande calamité menaçait « tout le peuple : que , selon d'autres , on était obligé à ne « la pas différer longtemps quand on approche de la mort ; « mais que nos pères Hurtado et Vasquez ont réfuté excel- « lemment toutes ces opinions-là, et établi qu'on n'y était « obligé que quand on ne pouvait être absous par une autre « voie, ou à l'article de la mort. » Mais, pour continuer le merveilleux progrès de cette doctrine, j'ajouterai que nos pèresFaguodez,praec, 2, t. 2,c. 4,n. 13;Granados, in 3 part., contr. 7, d. 3, sec. 4, n. 17; etEscobar, tr. 7, ex. 4, n. 88, dans la Pratique selon notre Société, ont décidé que « la contrition n'est pas nécessaire même à la mort , « parce, disent-ils, que si l'attrition avec le sacrement ne « suffisait pas à ta mort , il s'ensuivrait que l'attrition ne « serait pas suffisante avec le sacrement. »> Et notre savant Hurtado, de Sacr. 9 d. 6, cité par Diana, part. 5 , tr. 4 , Miscell. , r. 193 , et par Escobar, tr. 7, ex 4, n. 91 , va encore plus loin; écoutez-le : « Le regret d'avoir péché, « qu'on ne conçoit qu'à cause du seul mai temporel qui en «arrive , comme d'avoir perdu la santé ou son argent, « est-il suffisant? Il faut distinguer. Si on ne pense pas que « ce mal soit envoyé de la main de Dieu , ce regret ne suf- « fit pas; mais si on croit que ce mal est envoyé de Dieu,
• comme en effet tout mal, dit Diana, excepté le péché , « Vient de lui , ce regret est suffisant. » (Test ce que dit Escobar en la Pratique de notre Société. Notre père François Lamy soutient aussi la même chose, tr. 8, disp. 3, n. 13.
Vous me surprenez, mon père; car je ne vois rien en toute cette attrition-Ià que de naturel ; et ainsi un pécheur se pourrait rendre digne de l'absolution sans aucune grâce surnaturelle. Or il n'y à personne qui ne sache que c'est une hérésie condamnée par le concile. Je l'aurais pensé comme vous, dit-il ; et cependant il faut bien que cela ne soit pas; car nos pères du collège de Clermont ont soutenu dans leurs thèses du 23 mai et du 6 juin 1644, col. 4, n. 1, « qu'une attrition peut être sainte et suffisante pour lésa- « crement, quoiqu'elle ne soit pas surnaturelle; » et dans eeile du mois d'août 1643, « qu'une attrition qui n'est « que naturelle suffit pour le sacrement, pourvu qu'elle « soit honnête: Ad sacramentum sufficit attritio nat'ura- « lis, modo honesta. » Voilà tout ce qui se peut dire, si ce n'est qu'on veuille ajouter une conséquence, qui se tire aisément de ces principes : qui est que la contrition est si peu nécessaire au sacrement, qu'elle y serait au contraire nuisible, en ce qu'effaçant les péchés par elle-même, elle ne laisserait rien à faire au sacrement. C'est ce que dit notre père Valentia , ce célèbre jésuite , t. 4 , disp. 7, q. 8, p. 4 : « La contrition n'est point du tout nécessaire pour « obtenir l'effet principal du sacrement; mais au contraire « elle y est plutôt un obstacle : imo obstat potius quomi- « nus eff'ectus sequatur. » On ne peut rien désirer de plus à l'avantage de l'attrition. Je le crois, mon père ; mais souffrez que je vous en dise mon sentiment, et que je vous fasse voira quel excès cette doetrineconduit. Lorsque vous dites