PASCAL. PROY1XC. II
UG DlXfÈM LETTRE.
père Bauoy, coutinua-Mt , permet, p. 108a et 1081, h ceux qui sont engagés dan» les occasions prochaines , d'y «demeurer, quand ils ne le$ pourraient quitter sans
• bailler sujet au monde de parler, ou sans en recevoir de « l'incommodité. » Et il dit de même en sa Théologie morale, tr, 4, de Pcenit,, q. 13, p. 93, et q* 14, p. 94 ,« qu'on
* peut et qu'on doit absoudre une femme qui a eheg elle « un homme ayee qui elle pèche souvent, si elle ne le « peut foire sortir honnêtement, ou quelle ait quelque <« cause de te retenir, Si non potest honeste eficere, aul « habeat n^quam causam relinendi, pourvu qu'elle se « propose l»m de ne plus pécher avec lui. »
mon pèrei lui dis-je, l'obligation de quitter les occa* sions est bien adoucie, si on en est dispensé aussitôt qu'on en recevrait de l'incommodité : mais je crois au moins qu'on y est obligé, selon vos pères, quand il n'y a point de peine? Oui, dit le père, quoique toutefois cela ne soit pas sans exception. Car le père Bauny dit au même lieu : « Il est permis à toutes sortes de personnes d'entrer « dans des lieux de débauche pour y convertir des femmes « perdues, quoiqu'il soit bien vraisemblable qu'on y pé- « chera : comme si on a déjà éprouvé souvent qu'on s'est « hissé aller au péché par la vue et les cajoleries de ces « femmes. Et encore qu'il y ait des docteurs qui n'approu* « vent pas cette opinion, etqui eroient qu'il n'est pas permis « de mettre volontairement son salut en danger pour se- « courir son prochain , je ne laisse pas d'embrasser très-vo- <• lontiers cette opinion qu'ils combattent» » Voilà, mon père, une nouvelle sorte de prédicateurs. Mais sur quoi se fonde le père Bauny pour leur donner cette mission? C'est , me dit-il, sur un de ses principes qu'il donne au même lieu après fissile Ponce. Je vous en ai parlé autrefois» et je
DE L'ATTRlTlCtf. 14?
crois que vous vous en souvenez. C'est qu'on peut « recaér- « cher une occasion directement et par elle-même, primo « etper se, pour le bien temporel on spirituel de soi ou du « prochain. * Ces passages me firent tant d'horreur, que je pensai rompre là-dessus : mais je me retins, afin de le laisser aller jusqu'au bout, et me contentai de lui dire : Quel rapport y a-t-ii , mon père, de cette doctrine à celle de l'Évangile, qui « oblige à s'arracher les yeux , et à retrancher « les choses les plus nécessaires quand elles nuisentaa sa- «lut? » Et comment pouvez-vouSvConeevoir qu'un homme qui demeure volontairement dans les occasions des péchés les déteste sincèrement? N'est-il pas visible , au contraire, qu'il n'en est point touché comme il faut, et qu'il n'est pas encore arrivé à cette véritable conversion de cœur, qui fait autant aimer Dieu qu'on a aimé les créatures?
Comment! dit-il, ce serait là une véritable contrition? 11 semble que vous ne sachiez pas que, comme dit le père Pintereau en la seconde partie de l'abbé de fioisie, p. 50 : « Tous nos pères enseignent, d'un commun accord, que * c'est une erreur, et presque une hérésie, de dire que la « contrition soit nécessaire, et que Tattrition toute seule, « et même conçue par le seul motif des peines de l'enfer, « qui exclut la volonté d'offenser, ne suffit pas avec lésa- « créaient. » Quoi , mon père! c'est presque un artide de foi , que l'attrition conçue par la seule crainte des peines suffit avec le sacrement? Je crois que cela est particulier à vos pères; car les autres, qui croient que l'attrition suffit avec le saerement , veulent au moins qu'elle soit mêlée de quelque amour de Dieu. Et, de plus, il me semble que y os auteurs mêmes ne tenaient point autrefois que cette doc-? trine fut si certaine; car votre père Suarez en parle de ccttesorte,cfePœn.,q. 90, art. 4, dis. 15,sect.4,a. 17;
1t« DIXIÈME LETTRE.
« Knoorc, dit 41, que ce soit une opinion probable que
• l'attrition suffit avec le saereraent, toutefois elle n'est «♦ pas certaine , et elle peut être fausse : Non est certa, et
* potest esse /(Usa. Et si elle est fausse, l'attrition nesuf- « lit pas pour sauver un homme. Donc celui qui meurt « sciemment en cet état s'expose volontairement au péril « moral de la damnation éternelle* Car cette ophiion n'est « ni fort ancienne, ni fort commune : nec valdeantiova,
• nec tnuitum comtnunis, » Sancheg ne trouvait pas non plus qu'elle fût si assurée, puisqu'il dit en sa Somme , 1. 1 , c. 9,a. 34, que« le malade et son confesseur qui se coo- « tenteraient à la mort de l'attrition avec le sacrement pé-
* cheraieot mortellement, à cause du grand péril de dam* « nation où le pénitent s'exposerait, si l'opinion qui assure « que l'attrition suffit avec le sacrement ne se trouvait pas « véritable; »niComitolusaussi,quandildit, JResp. mûr. , I. 1 f q% 32 , n. 7, 8, qu'il n'est « pas trop sûr que Fattritiou « suffise avec le sacrement. *
Le bon père m'arrêta là-dessus. Eh quoi ! dit-il , vous lises donc nos auteurs? Vous faites bien ; mais vous feriez eneore mieux de ne les lire qu'avec quelqu'un de nous. Ne voyez-vous pas que , pour les avoir lus tout seul , vous en avez conclu que ces passages font tort à ceux qui soutiennent maintenant notre doctrine de l'attrition? au lieu qu'on vous aurait montré qu'il n'y a rien qui les relève davantage. Car quelle gloire est-ce à nos pères d'aujourd'hui d'avoir eu moins de rien répandu si généralement leur opinion partout, que, hors les théologiens, il n!y a presque personne qui ne s'imagine que ce que nous tenons maintenant de l'attrition n'ait été de tout temps l'unique créance des fidèles! Et ainsi , quand vous montrez, par nos pères mêmes, qu'il y a peu d'années que cette opinion