CALOMNIES CONTRE PORT-ROYAL
fait briller une grange; celle du père Cellot, pour la restitution ; le règlement de Sanehez en faveur des sorciers ; la manière dont Hurtado fait éviter le péché du duel en se promenant dans un champ , et y attendant un homme ; les compliments du père Bauny pour éviter l'usure ; la manière d'éviter ta simonie par un, détour d'intention; et celle d'éviter le mensonge > en parlant tantôt haut, tantôt bas ; et le reste des opinions de vos docteurs les plus graves? En faut-il davantage, mes pères , pour me justifier? Et y a-t-ii rien de mieux « dû à la vanité et à la faiblesse de « ces opinions que la risée? » selon Tertullien. Mais , mes pères , la corruption des mœurs que vos maximtos apportent * est digne d'une autre considération; et nous pouvons bien faire cette demande avec le même Tertullien : « Fautai « rire de leur folie, ou déplorer leur aveuglements 1W- « deam vanitatem, an exprobremcocitatem?» Je crois, mes pères , qu'on peut en rire et en pleurer à-son choix : « Hœc toleraMlius vel ridentur, vel flentur, » dit saint Augustin. Reconnaissez donc « qu'il y a un temps de rire « et un temps de pleurer, » selon l'Écriture ? et je souhaite, mes pères, que je n'éprouve pas en vous la vérité de ces paroles des Proverbes : « Qu'il y a des personnes si peu « raisonnables, qu'un n'en peut avoir de satisfaction, de « quelque manière qu'on agisse avec eux, soit qu'on rie , « soit qu'on se mette en colère. »
P. 5. En achevant cette lettre, j'ai vu un écrit que vous avez publié, où vous m'accusez d'imposture sur le sujet de six de vos maximes que j'ai rapportées, et d'inteUigence avec les hérétiques : j'espère que vous y verre» une réponse exacte , et dans peu de temps , mes pères , ensuite de laquelle je crois que vous n'aurez paaen,viç de continuer cette sorte d'accusation.
ikirwi d« f-iuiles nu l'uimû» el mr la :
Du B septembre UM.
J'étais prtt à voue écrire sur le sujet de* injures que vous me dite» depuis si longtemps dans vos eertU, où vous m'appelez ■ Impie, bouffon, ignorant, farceur, ■ » imposteur , calomniateur , fourbe, hérétique , calviniste •> dégwwé , dJKHpte de du Moulin, possédé d'une légion de ■ diables , • et lotit ce qu'il vous plaît. Je voulais faire entendre as monde pourquoi vous me traitez de la sorte , oar te serais fiché qu'on crut tout cela de moi; et j'avais résota de me plaindre de vos calomnies et de vos Impostures, lorsque j'ai vu vos réponses, où vous m'en accusez moi-même. Vous m'avez obligé par ta de changer mou dessein ; et néanmoins je ne [Bisserai pas de le continuer en quelque sorte, puisque j'espère, en me défendant, vous convaincre de plus d'Impostures véritables que vous ne m'en avez imputé de fausses. En vérité, mes pères , vous en êtes plu» suspects que moi; car 11 n'est pas vraisemblable qu'étant seul comme je suis, sans force et sans nucwi appui humain contre un si grand corps , et n'étant soutenu que par la vérité et la sincérité, te me sois exposé a tout perdre, eu m'exposa rit à être convaincs d'imposture. Il est trop alséde découvrir les fausseté s dan s kl questions de fait, comme eelle-ci.Je ne manquerais pas de gens pour m'en accuser, lit la justice ne leur en serait pus refusée. Pour vous, mes pères, vous n'êtes pas en ces termes; et vous
pouvez dire contre moi ce que vous voulez, sans que je trouve à qui m'en plaindre. Dans cette différence de nos conditions , je ne dois pas être peu retenu , quand d'autres considérations ne m'y engageraient pas. Cependant vous me traitez comme un imposteur insigne, et ainsi vous me forcez à repartir : mais vous savez que cela ne se peut faire sans exposer de nouveau , et même sans découvrir plus à fond les points de votre morale ; en quoi je doute que vous soyez bons politiques. La guerre se fait chez vous et à vos dépens ; et , quoique vous ayez pensé qu'en embrouillant les questions par des termes d'école, tes réponses en seraient si longues, si obscures et si épineuses, qu'on en perdrait le goût, eela ne sera peut-être pas tout à fait ainsi ; car j'essayerai de vous ennuyer le moins qu'il se peut en ce genre d'écrire. Vos maximes ont je ne sais quoi de divertissant qui réjouit toujours le monde. Souvenez-vous au moins que c'est vous qui m'engagez d'entrer dans cet éclaircissement, et voyons qui se défendra le mieux.
La première de vos impostures est « sur Popinfon de Vas- « quez touchant l'aumône. » Souffrez donc que je l'explique nettement, pour ôter toute obscurité de nos disputes. C'est une chose assez connue, mes pères, que, selon l'esprit de l'Église, il y a deux préceptes touchant l'aumône : « l'un, de donner de son superflu dans les nécessités ordinaires des pauvres; l'autre, de donner « même de ce qui est nécessaire, selon sa condition, • dans les nécessités extrêmes. » C'est ce que dit Cajetan , après saint Thomas : de sorte que , pour faire voir l'esprit de Vasquez touchant l'aumône, il faut montrer comment il a réglé, tant celle qu'on doit faire du superflu, que celle qu'on doit faire du nécessaire.
Celle du superflu , qui est le plus ordinaire secours des pauvres, est entièrement abolie par cette seule maxime, De EL , c. 4, n. 14, que j'ai rapportée dans mes lettres : « Ce que les gens du monde gardent pour relever leur « condi tion et celle de leurs parents n'est pas appelé le super- « flu; et aiusi à peine trouvera-t-on qu'il y ait jamais de « superflu dans les gens du monde, et non pas même dans « les rois. » Vous voyez bien, mes pères, que, par cette définition , tous ceux qui auront de l'ambition n'auront point de superflu ; et qu'ainsi l'aumône en est anéantie à l'égard de la plupart du monde. Mais quand il arriverait même qu'on en aurait, on serait encore dispensé d'eu donner dans les nécessités communes, selon Vasquez, qui s'oppose à ceux qui veulent y obliger les riches. Voici ses termes, ch. 1, d. 4, u. 32 : « Corduba, dit-il, enseigne que , « lorsqu'on a du superflu , on est obligé d'en donner à ceux « qui sont dans une nécessité ordinaire , au moins une par- « tie , afin d'accomplir le précepte en quelque chose ; mais
« CELA NE ME PLAÎT PAS, Sôd hoc 710 il plùCet: CAR NOUS
« avons montré le contraire contre Cajetan et Na- « varre. » Ainsi, mes pères, l'obligation de cette aumône est absolument ruinée , selon ce qu'il plait à Vasquez.
Pour celle du nécessaire, qu'on est obligé de faire dans les nécessités extrêmes et pressantes, vous verrez , parles conditions qu'il apporte pour former cette obligation , que les plus riches de Paris peuvent n'y être pas engagés une seule fois en leur vie. Je n'en rapporterai que deux. L'une , « que l'on sache que le pauvre ne sera secouru d'aucun «autre: Hœcintelligo et cœtera omnia, quandà scio « nullum alium opem laturum , » cap. 1 , n. 28. Qu'en dites- vous , mes pères ? Àrrivera-t-il souvent que dans Paris , où il y a tant de gens charitables , on puisse savoir