‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 57 sur 98 · VASQUES TOUCHANT L'AUMONE · texte numérisé non relu

VASQUES TOUCHANT L'AUMONE

qu'il tie se trouvera personne pour secourir un pauvre qui s'offre à nous? Et cependant , si on n'a pas cetteconnais-*. sauce , on pourra le renvoyer sans secours , selon Vasque»» L'autre condition estque la nécessité deee pauvre soit telle»

* qu'il soit menacé de quelque accident mortel , ou de

• perdre sa réputation , » n. 24 et 26 , ce qui est bien peu commun. Mais ce qui en raarquç encore la rareté, c'est qu'il dit, n. 45 , que le pauvre, qui est en cet état où il dit qu'on est obligé à lui donner l'aumône, « peut voler « le riche en conscience. » Et ainsi il faut que cela soit bien extraordinaire, si ce n'est qu'il veuille qu'il; soit ordinairement permis de voler. De sorte qu'après avoir détruit l'obligation de donner l'aumône du superflu, qui est la plus grande source des charités, il n'oblige les riches d'assister les pauvres de leur nécessaire que lorsqu'il permet aux pauvres de voler les riches. Voilà la doctrine de Vasquez, où vous renvoyez les lecteurs pour Uni* édification.

Je viens maintenant à vos impostures. Vous vous étendez d'abord sur l'obligation que Vasquez impose aux ecclésiastiques de faire l'aumône; mais je n'en ai point parlé r et j'en parlerai quqp4 il vous plaira. Il n'en est donc pas question ici. Pour les laïques , desquels seuls il s'agit , il semble que vous vouliez faire entendre que Vasquez ne parie, en l'endroit que j'ai cité, que selon le sens de Cajetan, et non pas selon le sien propre. Mais comme il n'y a rien de plus faux , et que vous ne l'avez pas dit nettement , je veux croire pour votre honneur que vous ne l'avez pas voulu dire.

Vous vous plaignez ensuite hautement de ce qu'après avoir rapporté cette maxime de Vasquez : « A peine se « trouvera-t-il que les gens du monde , et même les rois ,

m DoutrcaiB lettre.

• aient Jamais de superflu , fen ai ceneêu que les riches «-sont donc à peioe.obkigés de donner l'aumône de leor- -superfts. • Mais 40e voules-vous dire , mes pères? 8W est vrai que les riehes n'ont presque jamais de superflu T n*est-H pas certain qulie ne seront presque jamais obligés (le donner r aumône de leur superflu? Je vous en ferais vit* argument en forme, si Diana, qui estime tant Vasques, qu'il rappelle le phénix des esprits , n'avait tiré Ja même conséquence du même principe; car, après avoir rapporté cette maxime de Vasqoez , il encondutque « dans la ques- « tion , savoir si les riehes sont obligés de donner l'aumône

• de leur superflu , quoique l'opinion qui lés y obbge fut « véritable, il n'arriverait jamais, ou presque jamais * « qu'elle obligeât dans la pratique, » Je n'ai fait que suivre mot à mot tout ce discours. Que veut donc direeeei , mes pères? Quand Diana rapporte avec éloge les sentiments de Vasques , quand il les trouve probables , et très-commodes pour les riches , comme il le dit au môme lieu , il n'est ni calomniateur , ni faussaire, et vous ne vous plaignes pcSnt qu'il hiiimpose:au lieu que ,.quand je représente ces mêmes sentiments de Vasques , mais sans le traiter du phénix,: je suis un imposteur, un faussaire y et un corrupteur de ses maximes. Certainement, mes pères, vous aven sujet de craindre que ia différence de vos traitements envers ceux qui ne diffèrent pas dans ië rapport, suis seulement dans l'estime qu'ils font de votre doctrine , ne découvre le fond de votre cœur, et ne fasse juger que vous aves pour principal objet de maintenir le crédit et la gloire de votre compagnie ; puisque , tandis que votre théologie accommodante passe pour une sage condescendance, vous ne désavoues point etitt* qui la publient , et au contraire vous les louez comme contribuant à votre dessein* Mais quand

VASQUE* TOUCHANT L'ACMONE. t7#

ou ia fait passer pour un relâchement pernicieux, alor* le même intérêt de votre Société vans engagea désavouer des maxime» qui vous font tort dans le monde ; et ainsi vous les reconnaissez ou les renoncez, non pas selon la vérité qui ne change jamais , mais selon les divers change* ment? des temps, suivant oetteparoje d'an ancien : Omnia pm tempore, nàkU p*o verilate, Prenes-y garde, me» pères ; et, afin que voua ne puissiez plusm'acéuser d'avoir tiré du principe de Vasques une conséquence qu'il eût désavouée, sachez qui» la tirée lui-même, c. 1 , n. 27: « À peine est-on obligé de donner 1'aumAne, quand oti « n'est obligée la donner que de son superflu, selon l'opi* « nlon de Gajetan xt skloh tx wiemiu, et tectmdum • noêtrmm. » Confesses donc, mes pères, par le propire témoignage de Vasques, que j'ai suivi exactement sa pensée; et considérer avec quelle conscience voua avez osé dire que, « si l'on allait à la source , on verrait avec éton* «Dément qu'il y enseigne tout le contraire. »

Gnftn , vous faites valoir, paiHkssus tout ee que vous dites, que si Vasques n'oblige pas les riches de donner l'aumône de leur superflu , il les oblige en récompense de ia donner de leur nécessaire. Mais vous ave* oublié de marquer l'aamsblage des conditions qu'il déclare être nécessaires pour former cette obligation , lesquelles j'ai rapportées , et qui la restreignent si fort, qu'elles l'anéan» ti s s ea* pr e sque entièrement : et, au Heu d'expliquer ainsi «fteèrement sa doctrine , vous dites généralement qu'if oblige les riches à donner même ce qui est nécessaire a leur condition. Ces t en dire trop, mes pères : la règle de l'&rnngiiti ne va pas si avant : ce serait une autre erreur, dont Vaaquez est bleu éloigné. Four couvrir sou relaehc^ t, vous lui attribues un excès de sévérité qui le iw-

tt* DGUZtÉML LfcïTftC*

droit répréhensible , et par là vous vous 6te*!a créance de l'avoir rapporté fidèlement. Mats 11 n'est pas digne doc* reproche, après avoir établi , comme je l'ai ftrtt voir, que les riches ne sont pas obligés, ni par justice ni par charité, de donner de leur superflu, et encore moins da néees» sajre, dans Ions les besoins ordinaires des pauvres ; et qu'ils ne sont obligés de donner du nécessaire qu'en des rencontres si rares>, qu'elles n'arrivent presque jaftiats.

Vous ne m'objectes rien davantage ; de sorte qu'il ne me reste qu'a faire voir combien est fàtfx ce qujs'wis prétendes , que Vasques est plus sévère que Cajetan, Et cela sera bien fedle, puisque ee cardinal enseigne qu'on est « obligé par justice de donner l'aumône de son superflu ,

• même dans les communes nécessités des pauvres : parce « que, selon les saints Pères, les riches sont seulement « dispensateurs de leur superflu^ pour le donner à qui fis « veuleutd'entre «eux qui en ont besoin. » Et ainsi , au lieu que Diana dit des maximes de Vasquez qu'elles seront « bien commodes et bien agréables aux riches et è leurs «• eonfesseorss »-ce «ardiaal , qui n'a pas une pareille con* solatîon à leur donner, déclare, de Eieem., c. 6, qu'il n'a « rieaàdire aux riches queues paroles de Jésus-Christ : « Qu'il est plus facile qu'un chameau passé par le trou « d'une aiguille, que non pas qu'un riche entre dans le « ciel $ » et à leors confesseurs : « Si un aveugle en conduit

* un autre, ils tomberont tous deux dans le précipice; * tant tt a trouvé oeite^ëligation indispensable^ Aussi c'est ce que les Pères et tous les saints ont établi«omme une vérité constante. « Il y a deux cas, dit saint Thomas, %, 9, « q. 118 > tirt4',aà.â,oùi , onestobygéde4onnerl'aiiniôiie ■ par un devoir de justice, ex débita legmU *• l'un, quand « les ouvres sont en danger; l'autre, quand nous

SENTIMENTS DES JÉS. TOUCHANT LA SIMONIE. 1«t

* donsdes biens superflus. * Et q/87, a. 1 , ad. 4 : « Les troio sièmes décimes que les Juifs devaient manger avec les h pauvres ont été augmentées dans la loi nouvelle, parce « que Jésus-Chkist veut que nous donnions aux pauvres,

* non-seulement la dixième partie, mais tout notre su- « perflu. » Et cependant il ne plait pas à Vasquez qu'on soit obligé d'en donner une partie seulement, tant il a de complaisance pour les riehes , de dureté pour les pauvres , d'opposition à ces sentiments de éharïté qui font trouver douce la vérité de ces paroles de saint Grégoire, laquelle paraît si rude aux riches du monde : «Quand nous donnons

* aux pauvres ce qui leur est nécessaire, nous né leur don- « nons pas tant ce qui est à nous que nous leur rendons ce « qui est à eux ; et c'>est un devoir de justice plutôt qu'une « œuvre de miséricorde. »

C'est de cette sorte que les saints recommandent aux riches de partager avec les pauvres les biens de là terre , s'ils veulent posséder avec eux les biens du ciel: Et au lieu que vous travaillez à entretenir dans les hommes l'ambition, qui fait qu'on n'a jamais de superflu , et l'avarice, qui refuse d'en donner quand on en aurait ; les saints ont travaillé au contraire à porter les hommes à donner leur superflu, et à leur faire connaître qu'ils en auront beaucoup, s'ils le mesurent , non par la cupidité , qui ne souffre point de bornes, mais par là piété , qui est ingénieuse à se retrancher, pour avoir de quoi se répandre dans l'exercice de la charité. « Nous aurons beaucoup de su* « perflu, dit saint Augustin , si nous ne gardons que le « nécessaire; mais si nous recherchons les choses vaines, « rien ne nous suffira. Recherchez, mes frères, ce qui « suffit à l'ouvrage de Dieu, » c'est-à-dire à la nature; « et non pas ce qui suffit à votre cupidité, » qui est l'on»

PASCAL. — PfiOVINC. !•

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vrage du démon : « et sonvenez^vous que le superflu des « riches est le nécessaire des pauvres. »

Je voudrais bien, mes pères, que ce que je vous dis servit non-seulement à me justifier, ce serait peu, mais encore à vous faire sentir et abhorrer ce qu'il y a de corrompu dans tes maximes de vos casuistes, afin de nous «air sincèrement dans les saintes règles de l'Évangile, selon lesquelles nous devons tous être JMgés. -

Four le second point, qui regarde la simonie, avant que de répondre aux reproches que vous me faites,, je commencerai par l'éclaircissement de votre doctrine sur. te sujet. Gomme vous vous êtes trouvés embarrassés entre les canons de l'Église, qui imposent d'horribles peines aux simoniaques, et l'avarice de tant de personnes qui recherchent cet infâme trafic, vous avez Suivi votre méthode ordinaire, qui est d'accorder aux hommes ce qu'ils désirent, et de donner à Dieu des paroles et des apparences. Car qu'est-ce que demandent les simoniaques» sinon d'avoir de l'argent en donnant leurs bénéfices? Et c'est cela que vous avez exempté de simonie! Mais parce qu'il faut que le nom de simonie demeure , et qu'il y ait un sujet où il soit attaché , vous avez choisi pour cela une idée imaginaire, qui ne vient jamais dans l'esprit des simoniaques, et qui leur serait inutile t qui est d'estimer l'argent considéré en lui-même, autant que le bien sphrituelconsidéré en lui-même. Car qui s'aviserait de comparer des choses si disproportionnées et d'un genre si différent? Et cependant, pourvu qu'on ne Casse pas cette comparai son métaphysique, on peut donner son bénéfice à un antre, et en recevoir de L'argent sans simonie selon vos auteurs. ..

C'est ainsi que vous vous jouez de la religion pour sni*

yrc la passion des hommes ; et voyez néanmoins avec quelle gravité votre père Vaientia débite ses songes a l'endroit cité dans mes lettres, t. 3 , disp. 6, q. 16, part. 3, p. 2044 : « On peut , dit-il , donner un bien temporel « pour un spirituel en deux manières : l'une en prisant « davantage le temporel que le spirituel, et ce serait si- « monie; l'autre en prenant le temporel comme le motif « et la fin qui porte à donner le spirituel , sans que néan- « moins on prise le temporel plus que le spirituel, et alors « ce n'est point simonie. Et la raison en est, que la simonie « consiste à recevoir un temporel comme le juste prix « d'un spirituel. Donc, si on demande le temporel , si pe- « tatur temporale 9 non pas comme le prix , mais comme « le motif qui détermine à le conférer, ce n'est point du « tout simonie, encore qu'on ait pour fin et attente princi- « pale là possession du temporel : minime erit simonia , «etiamsi temporale principaliter intendatur et expec- « tetur. » Et votre grand Sanchez n'a-t-il pas eu une pareille révélation, au rapport d'Escobar, tr. 6, ex. 2, n. 40? Voici ses mots : « Si on donne un bien temporel pour « un bien spirituel, non pas comme prix, mais comme « un motif qui porte iecollateur à le donner, ou comme

• une reconnaissance, si on Ta déjà reçu, est-ce simonie? « Sanchez assure que non. » Vos thèses de Gaen , de 1644 :

• C'est une opinion probable , enseignée par plusieurs ca- « tuoliques , que ce n'est pas simonie de donner un bieu « temporel pour un spirituel, quand on ne le donne pas « comme prix. » Et quant À Tanneras, voici sa doctrine, pareille à celle de Vaientia , qui fera voir combien vous avez tort de vous plaindre de ce que j'ai dit qu'elle n est pas conforme à cette de saint Thomas ; puisque lui-même l'avoue au lieu cité dans ma lettre, t. 3. disp. 5, p. 1 519 ;

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« 1) n'y a point ; dit-il , proprement et véritablement de

• simonie , sinon à prendre un bien temporel comme le « prix d'un spirituel : mais quand on le prend comme un « motif qui porte à donner le spirituel, ou comme en re- « connaissance de ce qu'on l'a donné, ce n'est point simo- « nie , au moins en conscience. » Et un peu après : « Il '« faut dire la même chose, encore qu'on regarde le tem- « porei comme sa fin principale, et qu'on le préfère même « au spirituel ; quoique saint Thomas et d'autres semblent « dire le contraire, en ce qu'ils assurent que c'est abso-

• lument simonie de donner un bien spirituel pour un « temporel , lorsque le temporel en est la fin. »

Voilà, mes pères, votre doctrine de la simonie enseignée par vos meilleurs auteurs, qui se suivent en cela bien exactement. Il ne me reste donc qu'à répondre à vos impostures. Vous n'avez rien dit sur l'opinion de Valentta, et ainsi sa doctrine subsiste après votre réponse. Mais vous vous arrêtez sur celle de Tanneras, et vous dites qu'il a seulement décidé que ce n'était pas une simonie de droit divin ; et vous voulez faire croire que j'ai supprimé de ce passage ces paroles, de droit divin , sur quoi vous n'êtes pas raisonnables, mes pères: car ces termes, 4e droit divin , ne furent jamais dans ce passage. Vous ajoutez ensuite que Tanneras déclare que c'est une simonie de droit positif. Vous vous trompez, mes pères : il n'a pas dit cela généralement , mais sur des cas particuliers, in casibus a jure expressis , comme il le dit en cet endroit. En quoi 11 fait une exception de ce qu'il avait établi en général dans ce passage , que « ce n'est pas simonie « en conscience ; » ce qui enferme que ce n'en est pas aussi une de droit positif, si vous ne voulez faire Tannerus assez impie pour soutenir qu'une simonie de droit posi-

tif n'est pas simonie en conscience. Mais vous recherches à dessein ces mots de « droit diviu , droit positif, droit « naturel, tribunal intérieur et extérieur, cas exprimés « dans ie droit, présomption externe, » et les autre» qui sont peu connus , afin d'échapper sous cette obscurité, et de faire perdre la vue de vos égarements. Yous n'échapperez pas néanmoins, mes pères, par ces vaines subtilttés : car je vous ferai des questions si simples , qu'elles ne seront point sujettes au Distinguo.

Je vous demande donc , sans parler de droit positif, ni de présomption externe, ni de tribunal extérieur, si un bénéficier sera simoniaque , selon vos auteurs , en donnant un bénéfice de quatre mille livres de rente, et recevant dix mille francs argent comptant , non pas comme prix du bénéfice , mais comme un motif qui le porte à le donner. Répondéz-moi nettement, mes pères : que fautil conclure sur ce cas, selon vos auteurs? Tannerus ne dira-t-il pas formellement que « ce n'est point simonie « en conscience , puisque le temporel n'est pas le prix du • bénéfice, mais seulement le motif qui le fait donner ? • Valentia , vos thèses de Caen , Sanchez et Escobar, ne décideront-ils pas de même « que ce n'est pas simonie , » par la même raison ? En faut-il davantage pour excuser ce bénéficier de simonie? et oseriez-vous le traiter de simoniaque dans vos confessionnaux , quelque sentiment que vous en ayez par vous-mêmes, puisqu'il aurait droit de vous fermer la bouche, ayant agi selon l'avis de tant de docteurs graves? Confessez donc qu'un tel bénéficier est excusé de simonie, selon vous; et défendez maintenant cette doctrine, si vous le pouvez.

Voilà, mes pères, comment il faut traiter les questions pour les démêler, au lieu de les embrouiller, ou par

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de* termes d'école, ou en changeant l'état de la question, comme vous faites dans votre dernier reproche en cette sorte. Tanneras , dites-vous , déclare au moins qu'un tel échange est un grand péché ; et voua me reprochez d'avoir supprimé malicieusement cette circonstance qui le justifie entièrement, à ce que vous prétendez. Mais vous avez tort , et en plusieurs manières. Car, quand ce que vous dites serait vrai, il ne s'agissait pas , au lieu où j'en parlais, de savoir s'il y avait en cela du péché, mais seulement s'il y avait de la simonie. Or, ce sont deux questions fort séparées ; ies péchéVn obligent qu'à se confesser, selon vos maximes; la simonie oblige à restituer : et il y a des personnes à qui cela paraîtrait assez différent. Car vous avez bien trouvé des expédients pour rendre la confession douce, mais vous n'en avez point trouvé pour rendre la restitution agréable* J'ai à vous dire de plus que te cas que Tannerus accuse de péché n'est pas simplement celai où l'on donne un bien spirituel pour un temporel , qui en est le motif même principal ; mais il ajoute : « encore que Ton prise le temporel plus que le spi- « rituel, » ce qui est ce cas imaginaire dont nous avons parlé. Et il ne fait pas de mal de charger celui-là de péché, puisqu'il faudrait être bien méchant , ou bien stupide , pour ne vouloir pas éviter un péché par un moyen aussi facile qu'est celui de S'abstenir de comparer les prix de ces deux choses , lorsqu'il est permis de donner l'une pour l'autre. Outre que Yalentia, examinant, au lieu déjà cité, s'il y a du péché à donner un bien spirituel pour un temporel , qui en est le motif principal , rapporte les raisons de ceux qui disent que oui, en ajoutant : Sed hoc non viiietur tnihi satis certum : cela ne me parait pas assez certain.

Mai», depuis, votre père Brade Bille, professeur des cas de conscience à Caen , a décidé qu'il n'y a en cela aucun péché ; car les opinions probables vont toujours en mûrissant. (Test ce qu'il déclare dan» ses écrits de 1644,. contre lesquels M. Dupré, docteur et professeur à Caen , fit cette bette harangue imprimée , qui est assez connue. Car, quoique ce père Érade Bilie reconnaisse que la doc* trine de Valentia , suivie par le père Milhard r et condamnée eu Sorbonne, soit * contraire au sentiment commun r « suspecte de simonie en plusieurs choses, et punie en « justice, quand la pratique en est découverte, » Une laisse pas de dire que c'est uoe opinion probable, et par conséquent sûre eu conscience, et qu'il n'y a eu cela ni simonie, ni péché, « C'est, dit- il, une opinion probable et ensei- « gnée par beaucoup de docteurs catholiques , qu'il n'y a « aucune simonie nt aucun péchb à donner de l'argent, « ou une autre chose* temporelle, pour un bénéfice , soit par • forme do reconnaissance, soit comme un motif sans le- « que! on ne le donnerait pas, pourvu qu'on ne le donne « pas comme un prix égal au bénéfice* » C'est là tout ce qu'on peut désirer. Et, selon toutes ces maximes » vous voyez, mes pères, que la simonie sera si rare, qu'on en aurait exempté Simon même le magicien , qui voulait acheter le Saint-Esprit, en quoi il est l'image des simoniaques qui achètent; et Giezi, qui reçut de l'argent pour un miracle, en quoi il est la figure de» simoniaques qui vendent. Car il est sans doute que quand Simon , dans les Actes , offrit de l'argent aux apôtres pour avoir Imr puissance 9 i\ ne se servit ni des termes d'acheter , ni de vendre, ni de prix, et qu'il ne fit autre chose que d'offrir de l'argent , comme un motif pour se faire donner ce bien spirituel. Ce qui» étant exempt de simonie, selon vos

ISS DOUZIÈME LETTRE. -

auteurs, fl te fat bien gâtant! de l'anathème .de saint Pierre, s'il eût été instruit de vos maximes. Et celte ignorance fit aussi grand tort à Giezi, quand il fut frappé de la lèpre par Elisée ; car, n'ayant reçu l'argent de ce prince ^uéri miraculeusement que comme une reconnaissance, et non pas comme un prix égal à la vertu divine qui avait opéré ce miracle, il eût obligé Elisée à le guérir, sur peine de péché mortel, puisqu'il aurait agi selon tant de docteurs , graves, et qu'en pareils cas vos confesseurs sont obligés d'absoudre leurs pénitents, et de les laver de la lèpre spirituelle , dont la corporelle n'est que la figure.

■ Tout de bon , mes pères , il serait aisé de vous tourner là-dessus eu ridicule; je ne sais pourquoi vous vous y exposez. Car je n'aurais qu'à rapporter vos autres maximes, comme celle-ci d'EscobardansIa P raiùfue de ta Simonie .teiott la Société de Jésus, tr. 6, ex. 2,n.4* : * Est-ce simonie, i lorsque deux religieux s'engagent l'un à l'autre *n cette

- sorte : Donnez-moi votre voix pour me faire élire pro-

• viucial , et je vous donnerai la mienne pour vous faire

- prieur? Nullement. «Et cette autre, tr. 6, n. 14:» Ce n'est

■ pas simonie de se faire donner un bénéfice en promettant « de l'argent, quand on n'a pas dessein de payer en effet ;

■ parce que ce n'est qu'une simonie feinte, qui n'est non

• plus vraie que du faux or n'est pas du vrai or. > C'est par. cette subtilité de conscience qu'il a -trouvé le moyen, en ajoutant la fourbe à la stmonie , de faire avoir des bénéfices, sans argent et sans simonie. Mais Je n'ai pas le loisir d'en dire davantage; car il faut que je pense à me défendre contre votre troisième calomnie sur le sujet des banqueroutiers.

Pour celle-ci, mes pères, il n'y a rien de plus grossier. Vous me traitez d'imposteur sur le sujet d'un sentiment de

SENTIMENTS DES JÉS. SUR LES BANQUEROUTIERS, f 89

Lessius que je n'ai point cité de moi-même, mats qui se trouve atlégué parEseobar, dans un passage que j'en rapporte : et ainsi, quand il serait vrai que Lessius ne serait pas de l'avis qu'Ëscobar lui attribue, qu'y a-t-il de plus injuste que de s'en prendre à moi? Quand je cite Lessius et vos autres auteurs de moi-même , je consens d'en répondre : mais comme Escobar a ramassé les opinion» de vingt-quatre de vos pères, je vous démande si je dois être garant d'autre chose que de ce que je cite de lui ; et s'il faut, outre cela, que je réponde des citations qu'il fait lui-même dans les passages que j'en ai pris? Gela ne serait pas raisonnable. Or c'est de quoi il s'agit en cet endroit. J'ai rapporté dans ma lettre ce passage d'Escobar traduit fort fidèlement, et sur lequel aussi vous ne dites rien : * Celui qui fait banqueroute peut-il en sûreté de conscience « retenir de ses biens autant qu'il est nécessaire pour vivre « avec honneur, ne indecore vivat? » Je réponds que oui avec Lessius, cum Lessio asseroposse, etc. Sur cela vous me dites que Lessius n'est pas de ce sentiment. Mais pensez un peu où vous vous engagez. Car s'il est vrai qu'il en est, on vous appellera imposteurs, d'avoir assuré le contraire ; et s'il n'en est pas, Escobar sera l'imposteur : de sorte qu'il faut maintenant, par nécessité, que quelqu'un de la Société soit convaincu d'imposture. Voyez un peu quel scandale ! Aussi , vous ne savez prévoir la suite des choses. Il vous semble qu'il n'y a qu'à dire des injures aux personnes , sans penser sur qui elles retombent. Que ne faisiez- vous savoir votre difficulté à Escobar, avant de la publier? il vous eût satisfaits. Il n'est pas si malaisé d'avoir des nouvelles de Valladoltd, où il est en parfaite santé, et où il achève sa grande Théologie morale en six volumes , sur les premiers desquels je vous pourrai dire un

t!X* DOUZIÈME LETTRE.

jour quelque chose. Oo lui a envoyé tes dix premières lettres ; vous pouviez aussi lui envoyer votre objection , et je m'assure qu'il eût bien répondu : car H a vu sans doute dans Lessius ce passage, d'où il a pris te neindecore vivat. Lisez-tebien, mes pères, et vous l'y trouverez comme moi, lib. 2, c. 16 , n. 45 : Idem colliqUur aperte txjuribuscitatis, maxime quoadea bonaquœpost ces$i<mern acquirit, de quibus is qui débiter est etiam ex deliclo , pot est retinere quantum necessariumcst, utprosua condiUone non indecobe vivat. Vêtes an leges id permit* tant de bonis quœ tempore instantis cesHoms habebat S Ita videtur eolligi ex DD.

Je ne m'arrêterai pas à vous montrer que Lessius , pour autoriser cette maxime , abuse de la loi , qui n'aecorde que le simple vivre aux banqueroutiers, et non pas de quoi subsister avec honneur. Il suffit d'avoir Justifié Escobar contre une telle accusation, c'est plus que je ne devais faire. Mais vous , mes pères, vous ne faites pas ce que vous devez : car il est question de répondre au passage d'Eseobar, dont tes décisions sont commodes , en ce qu'étant indépendantes du devant et de la suite, et toutes renfermées en de petits articles, elles ne sont pas sujettes à vos distinctions. Je vous ai cité son passage entier, qui permet à «eux qui font cession de « retenir de leurs biens , quoi*- « que acquis injustement, pour faire subsister leur famille « avec honneur. » Sur quoi je me suis écrié dans mes Lettres : « Comment ! mes pères, par quelle étrange charité « voulez-vous que les biens appartiennent plutôt k ceux « qui les ont mal acquis qu'aux créanciers légitimes? » C'est à quoi il faut répondre : mais c'est ce qui vous met dans uit fâcheux embarras , que vous essayez en vain d'éluder en détournant la question, *t citant d'autres passages

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