‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 67 sur 98 · HOMICIDE PERMIS DANS LA SPÉCULATION · texte numérisé non relu

HOMICIDE PERMIS DANS LA SPÉCULATION

à combattre, vous en avez renversé les lois sans réserve, sans distinction et . sans crainte , comme il se voit dans vos opinions si hardies eontre la pénitence et l'amour de Dieu ; parce que vous saviez que ce n'est pas ici le lieu où Dieu exerce visiblement sa justice. Mais dans celles où l'Etat est intéressé aussi bien que la religion, l'appréhension que vous avez eue de la justice des hommes vous a fait partager vos décisions, et former deux questions sur ces matières : l'une que vous appelez de spéculation, dans laquelle , en considérant ces crimes en eux-mêmes , sans regarder à l'intérêt de l'État , mais seulement à la loi de Dieu qui les défend, vous les avez permis sans hésiter, en renversant ainsi la loi de Dieu qui les condamne ; l'autre que vous appelez de pratique, dans laquelle , en considérant le dommage que l'État en recevrait, et la présence des magistrats qui maintiennent la sûreté publique, vous n'approuvez pas toujours dans la pratique ces meurtres et ces crimes que vous trouvez permis dans la spéculation , afin de vous mettre par là à couvert du côté des juges. C'est ainsi , par exemple, que, sur cette question , « s'il est permis de tuer pour des médisances , » vos auteurs, Filiutius,tr.29,c. 3,ja. 52; Reginaldus , I. 21, c. 5, n. 63, et les autres, répondent : « Gela est permis «dans la spéculation, exprobabili opinione licet; mais «je n'en approuve pas la pratique, à cause du grand « nombre 4e meurtres qui en arriveraient et feraient tort « à l'État , si on tuait tous les médisants ; et qu'aussi on « serait puui en justice en tuant pour ce sujet. » Voilà de quelle sorte vos opinions commencent à paraître sous cette distinction , par le moyen de laquelle vous ne ruinez que la religion , sans blesser encore sensiblement l'État. Par là vous croyez être en assurance; car vous vous imagi-

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nez que le crédit que vous avez dans l'Eglise empêchera qu'on ne punisse vos attentats contre la vérité, et que les précautions que vous apportez pour ne mettre pas facilement ces permissions en pratique vous mettront à couvert de la part des magistrats, qui , n'étant pas juges des cas de conscience, n'ont proprement intérêt qu'à la pratique extérieure. Ainsi une opinion qui serait condamnée sous le nom de pratique se produit en sûreté sous le nom de spéculation. Mais, cette base étant affermie, il n'est pas difficile d'y élever le reste de vos maximes. Il y avait une distance infinie entre la défense que Dieu a faite de tuer, et la permission spéculative que vos auteurs en ont donnée. Mais la distance est bien petite de cette permission à la pratique. Il ne reste seulement qu'à montrer que ce qui est permis dans la spéculation l'est bien aussi dans la pratique. On ne manquera pas de raisons pour cela. Vous en avez bien trouvé en des cas plus difficiles. Voulez-vous voir, mes pères , par où Ton y arrive ? suivez ce raisonnement d'Escobar, qui Ta décidé nettement dans le premier des six tomes de sa grande Théologie morale, dont je vousai parlé, où i I est tout autrement éclairé que dans ce recueil qu'il v avait fait (Je vos vingt-quatre vieillards : car, au lieu qu'il avait pensé en ce temps-là qu'il pouvait y avoir des opinions probables dans la spéculation qui ne fussent pas sûres dans la pratique , il a conuu le contraire depuis, et l'a fort bien établi dans ce dernier ouvrage : tant la doctrine de la probabilité en général reçoit d'accroissement par le temps, aussi bien que chaque opinion probable en particulier. Écoutez-le donc in Prœloq., c. 3, n. 15. « Je ne vois pas, dit-il, comment il se pourrait faire « que ce qui parait permis dans la spéculation ne le fût « pas dans la pratique; puisque ce qu'on peut faire dans

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