PROGRES DES OPINIONS PROBABLES
« Ja pratique dépend de ce qu'on trouve permis dans la « spéculation , et que ces choses ne diffèrent l'une de l'autre « que comme l'effet de la cause : car la spéculation est ce « qui détermine à l'action. D'où il s'ensuit qu'on peut en
<* SUttKTÉ DE CONSCIENCE SUIVRE DANS LÀ PRATIQUE LES « OPINIONS PROBABLES DANS LA SPÉCULATION, et même
« avec pius de sûreté que celles qu'on n'a pas si bien exa- « minées spéculativement. »
En vérité, mes pères, votre Escobar raisonne assez bien quelquefois. Et, en effet, il y a tant de liaison entre la spéculation et la pratique, que , quaud Tune a pris racine , vous ne faites plus difficulté de permettre l'autre sans déguisement. C'est ce qu'on a vu dans la permission de tuer pour un soufflet, qui , de la simple spéculation , a été portée hardiment par Lessius à une pratique qu'on ne doit pas facilement accorder, et de là, par Escobar , à une pratique facile ; d'où vos pères de Gaen l'ont conduite à une permission pleine, sans distinction de théorie et de pratique T comme vous l'avez déjà vu.
C'est ainsi que vous faites croître peu à peu vos opinions. Si elles paraissaient tout à coup dans leur dernier excès, elles causeraient de l'horreur ; mais ce progrès lent et insensible y accoutume doucement les hommes, et en ôte le scandale. Et par ce moyen la permission de tuer, si odieuse à l'État et à l'Église, s'introduit premièrement dans l'Église , et ensuite de l'Église dans l'État.
Ou a vu un semblable succès de l'opinion de tuer pour des médisances ; car elle est aujourd'hui arrivée à une permission pareille sans aucune distinction. Je ne m'arrêterais pas à vous en rapporter les passages de vos pères, si cela n'était nécessaire pour confondre l'assurance que vous avez eue de dire deux fois dans votre quinzième imposture r
p. 26 et 30, qu'il n'y a « pas un jésuite qui permette 4e « tuer pour des médisances. » Quand vous dites cela , mes pères, vous devriez empêcher que je ne le visse, puisqu'il m'est si facile d'y répondre. Car, outre que vos pères Reginaldus, Filtutius , etc., l'ont permis dans la spéculation , comme je lai déjà dit, et que de là le principe d'Escobar nous mène sûrement à la pratique , j'ai à tous dire de plus que vous avez plusieurs auteurs qui l'ont permis en mots propres, et entre autres le père Hereau dans ses leçons publiques , ensuite desquelles le roi le fit mettre eu arrêt en votre maison , pour avoir enseigné , outre plusieurs erreurs, que, «quand celui qui nous décrie devant des « gens d'honneur continue après l'avoir averti de cesser, « il nous estpermis de le tuer, non pas véritablement en «public, de peur de scandale, mais en cachette, sed