‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 74 sur 98 · RÉPONSE DU P. VALÉWEN AUX CALOMNIES · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU P. VALÉWEN AUX CALOMNIES

« gens-là, » on vous fera souvenir incontinent du Mentiris impudentissime du bon père capucin. Il n'y a que trop longtemps que vous trompez le monde , et que vous abusez de la créance qu'on avait en vos impostures. Il est temps de rendre la réputation à tant de personnes calomniées. Car quelle innocence peut être si généralement reconnue, qu'elle ne souffre quelque atteinte par les impostures si hardies d'une compagnie répandue par toute la terre , et qui , sous des habits religieux , couvre des âmes si irréligieuses, qu'ils commettent des crimes tels que la calomnie , non pas contre leurs maximes , mais selon leurs propres maximes ? Ainsi Ton ne me blâmera point d'avoir détruit la créance qu'on pourrait avoir en vous , puisqu'il est bien plus juste de conserver à tant de personnes que vous avez décriées la réputation de piété qu'ils ne méritent pas de perdre , que de vous laisser la réputation de sincérité que vous ne méritez pas d'avoir. Et comme l'un ne se pouvait faire sans l'autre, combien était-il important de faire entendre qui vous êtes ! C'est ce que j'ai commencé de faire ici ; mais il faut bien du temps pour achever. On le verra, mes pères, et toute votre politique ne vous en peut garantir, puisque les efforts que vous pourriez faire pour l'empêcher ne serviraient qu'à faire connaître aux moins clairvoyants que vous avez eu peur, et que, votre conscience vous reprochant ce que j'avais à vous dire , vous avez tout mis en usage pour le prévenir.

HZ

Calomnies horribles des jésuites contre de pieux ecclésiastiques et M

saintes religieuses.

Du 4 décembre 1656.

Mes révérends pères,

Voici la suite de vos calomnies , où je répondrai d'abord à celles qui restent de vos Avertissements. Mais comme tous vos autres livres en sont également remplis, ils me fourniront assez de matière pour vous entretenir sur ce sujet autant que je le jugerai nécessaire. Je vous dirai donc en un mot, sur cette fable que vous avez semée dans tous vos écrits contre M. d'Ypres, que vous abusez malicieusement de quelques paroles ambiguës d'une de ses lettres , qui , étant capables d'un bon sens, doivent être prises en bonne part, selon l'esprit de l'Église , et ne peuvent être prises autrement que selon l'esprit de votre Société. Car pourquoi voulez- vous qu'en disant à son ami : « Ne vous mettez pas tant en peine de « votre neveu ; je lui fournirai ce qui est nécessaire de Par- « gent qui est entre mes mains, »il ait voulu dire par là qu'il prenait cet argent pour ne le point rendre, et non pas qu'il l'avançait seulement pour le remplacer? Mais ne faut-il pas que vous soyez bien imprudents d'avoir fourni vous-mêmes la conviction de votre mensonge par les autres lettres de M. d'Ypres que vous avez imprimées , qui marquent visiblement que ce n'était en effet que des avances qu'il devait remplacer! C'est ce qui paraît dans celle que vous rapportez, du 30 juillet 1619 , en ces termes qui vous confondent : « Ne vous souciez pas des

« avances; Une lui manquera rien tant qu'il sera ici. » Et par celle du 6 janvier 1620, où il dit : « Vous avez « trop de hâte ; et quand il serait question de rendre « compte, le peu de crédit que j'ai ici me ferait trouver « de l'argent au besoin. »

Vous êtes donc des imposteurs, mes pères , aussi bien sur ce sujet que sur votre conte ridicule du tronc de Saint* Merri. Car quel avantage pouvez* vous tirer de l'accusation qu'un de vos bons amis suscita à cet ecclésiastique que vous voulez déchirer? Doit-on conclure qu'un homme est coupable parce qu'il est accusé? Non, mes pères : des gens de piété comme lui pourront toujours être accusés tant qu'il y aura au monde des calomniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par l'accusation , mais par l'arrêt* qu'il en faut juger. Or l'arrêt qui en fut rendu , le 23 février 1656, le justifie pleinement ; outre que celui qui s'était engagé témérairement dans cette injuste procédure fut désavoué par ses collègues , et forcé lui-même àja rétracter. Et quant à ce que vous dites au même lieu de ce « fameux directeur qui se fit riche en un moment de neuf « cent raille livres, * il suffit de vous renvoyer à MM. les curés de Saint-Roch et de Saint-Paul , qui rendront témoignage à tout Paris de son parfait désintéressement dans cette affaire, et de votre malice inexcusable dans cette imposture.

En voilà assez pour des faussetés si vaines. Ce ne sont là que les coups d'essai de vos novices, et non pas les coups d'importance de vos grands profès. J'y viens donc, mes pères ; je viens à cette calomnie, l'une des plus noires qui soient sorties de votre esprit. Je parle de cette audace insupportable avec laquelle vous avez osé imputer à de saintes religieuses et à leurs directeurs « de ne pas

« croire le mystère de la transsubstantiation, ni la présence « réelle de Jésus- Christ dans l'Eucharistie. » Voilà, mes pères , une imposture digne de vous; voilà un crime que Dieu seul est capable de punir, comme vous seuls êtes capables de le commettre. Il faut être aussi humble que ces humbles calomniées , pour le souffrir avec patience ; et il faut être aussi méchant que de si méchants calomniateurs , pour le croire. Je n'entreprends donc pas de les en justifier ; elles n'en sont point suspectes. Si elles avaient besoin de défenseurs, elles en auraient de meilleurs que moi. Ce que j'en dirai ici ne sera pas pour montrer leur innocence, mais pour montrer votre malice. Je veux seulement vous en faire horreur à vous-mêmes, et faire entendre à tout le monde qu'après cela il n'y a rien dont vous ne soyez capables.

Vous ne manquerez pas néanmoins de dire que je suis de Port-Royal; car c'est la première chose que vous dites à quiconque combat vos excès : comme si on ne trouvait qu'à Port-Royal des gens qui eussent assez de zèle pour défendre contre vous la pureté de la morale chrétienne. Je sais, mes pères, le mérite de ces pieux solitaires qui s'y étaient retirés, et combien l'Eglise est redevable à leurs ouvrages si édifiants et si solides. Je sais combien ils ont de piété et de lumières ; car encore que je n'aie jamais eu d'établissement avec eux, comme vous le voulez faire croire sans que vous sachiez qui je suis , je ne laisse pas d'en connaître quelques-uns , et d'honorer la vertu de tous. Mais Dieu n'a pas renfermé dans ce nombre seul tous ceux qu'il veut opposer à vos désordres. J'espère avec son secours, mes pères, de vous le faire sentir; et, s'il me fait la grâce de me soutenir dans le dessein qu'il me donne d'employer pour lui tout ce que j'ai reçu de lui, je

CALCMIllIfiS DES JÊS- CONTRE PORT ROYAL. 163

vous parierai de telle sorte que je vous ferai peut-être regretter de n'avoir pas affaire à on homme de Port- Royal. Et pour voos le témoigner, mes pères, c'est qu'au lien que eeox que tous outrages par celte insigne calomnie re contentent d'offrir à Dieu leurs gémissements pour tous en obtenir le pardon, je me sens obligé, moi qui n ai point de part à cette injure, de tous en faire rougir à la face de toute l'Eglise, pour vous procurer cette confusion salutaire dont parle l'Écriture, qui est presque Tu* nique remède d'un endurcissement tel que le vôtre : Impie fades eomm ignominia, et quœrtni nomen tuum , Domine.

B faut arrêter cette insolence, qui n'épargne point les lieux les plus saints. Car qui pourra être en sûreté après une calomnie de cette nature? Quoi! mes pères, afficher vous-mêmes dans Paris un livre si scandaleux , avec le nom de votre père Meynier à la tête, et sous cet infâme titre : « Le Port- Royal et Genève d'intelligence contre le « très-saint Sacrement de l'autel, » où vous accusez de cette apostasie non-seulement M. l'abbé de Saint-Cyran et M. Àrnauld , mais aussi la mère Agnès sa sœur, et tou tes les religieuses de ce monastère, dont vous dites, p. 96, « que leur foi est aussi suspecte touchant l'Eucharis- « tie, que celle de M. Àrnauld , » lequel vous soutenez , p. 4, être* effectivement calviniste! » Je demande làdessus à tout le monde s'il y a dans l'Église des personnes sur qui vous puissiez faire tomber un si abominable reproche avec moins de vraisemblance. Car, dites-moi , mes pères , si ces religieuses et leurs directeurs étaient « d'intelligence avec Genève contre le très-saint Sacre- « ment de l'autel » (ce qui est .horrible à penser), pourquoi auraient-elles pris pour le principal objet de leur piété

ce Sacrement qu'elles auraient en abomination? Pourquoi auraient-elles joint à leur règle l'institution du Saint- Sacrement? Pourquoi auraient-elles pris l'habit du Saint- Sacrement, pris le nom de Filles du Saint-Sacrement, appelé leur église l'Église du Saint-Sacrement? Pourquoi auraient-elles demandé et obtenu de Rome la confirmation de cette institution , et le pouvoir de dire tous les jeudis l'office du saint Sacrement, où la foi de l'Église est si parfaitement exprimée, si elles avaient conjuré avec Genève d'abolir cette foi de l'Église ? Pourquoi se seraientelles obligées, par une dévotion particulière, approuvée aussi par le pape , d'avoir sans cesse , nuit et jour, des religieuses en présence de cette sainte hostie, pour réparer, par leurs adorations perpétuelles envers ce sacrifice perpétuel, l'impiété de l'hérésie qui l'a voulu anéantir? Dites moi donc, mes pères , si vous le pouvez , pourquoi de tous les mystères de notre religion elles auraient laissé ceux qu'elles croient, pour choisir celui qu'elles ne croient pas ; et pourquoi elles se seraient dévouées d'une manière si pleine et si entière à ce mystère de notre foi , si elles le prenaient, comme les hérétiques, pour le mystère d'iniquité? Que répondez-vous , mes pères, à des témoignages si évidents, non pas seulement de paroles , mais d'actions; et non pas de quelques actions particulières , mais de toute la suite d'une vie entièrement consacrée à l'adoration de Jésus -Chkist résidant sur nos autels? Que répondez-vous de même aux livres que vous appelez de Port-Royal , qui sont tous remplis des termes les plus précis dont les Pères et les conciles se soient servis pour marquer l'essence de ce mystère? C'est une chose ridicule, mais horrible, de vous y voir répondre dans tout votre libelle en cette sorte : M. Arnauld , dites- vous,

parle bien de transsubstantiation, mais il entend peutêtre une transsubstantiation significative. Il témoigne bien croire \& présence réelle; mais qui nous a dit qu'il ne l'entend pas d'une figure vraie et réelle? Où en sommes-nous, mes pères? et quitie ferez-vous point passer pour calviniste quand il vous plaira, si on vous laisse la licence de corrompre les expressions les plus canoniques et les plus saintes par les malicieuses subtilités de vos nouvelles équivoques? Garqui s'est jamais servi d'autres termes que de ceux-là, et surtout dans de simples discours de piété», où il ne s'agit point de controverses? Et cependant l'amour et le respect qu'ils ontpour ce saint mystère leur en a tellement fait remplir tous leurs écrits, que je vous défie , mes pères , quelque artificieux que vous soyez , d'y trouver ni la moindre apparence d'ambiguïté, ni la moindre convenance avec les sentiments de Genève.

Tout le monde sait, mes pères, que l'hérésie de Genève consiste essentiellement , comme vous le rapportez vous-mêmes, à croire que Jésus-Christ n'est point enfermé dans ce sacrement ; qu'il est impossible qu'il soit en plusieurs lieux; qu'il n'est vraiment que dans le ciel , et que ce n'est que là où on le doit adorer, et non pas sur l'autel ; que la substance du pain demeure ; que le corps de Jésus-Christ n'entre point dans la bouche ni dans la poitrine; qu'il n'est mangé que par la foi, et qu'ainsi les méchants ne le mangent point; et que la messe n'est point un sacrifice, mais une abomination. Ecoutez donc, mes pères, de quelle manière « Port- « Royal est d'intelligence avec Genève dans leurs livres. » On y lit, à votre confusion; « que la chair et le sang de « Jésus-Christ sont contenus sous les espèces du pain et

« du vin , » 2 e Lettre de M. Arnauld , p* 259 ; « que le « Saint des saints est présent dans le sanctuaire, et qu'on « l'y doit adorer, » ibid. , p. 243; « que Jésus-Christ « habite dans les pécheurs qui communient, par la pré- « sence réelle et véritable île son corps dans leur poi- « trine, quoique non par la présence de son esprit dans « leur cœur, » Fréq. Comm. , 8 e part , c. 16 ; « que les « cendres mortes des corps des saints tirent leur prin- « cipale dignité de cette semence de vie qui leur reste « de l'attouchement de la chair immortelle et vivifiante « de Jésus-Christ , » î™ part. , c. 40 ; « que ce n'est par « aucune puissance naturelle, mais par la toute-puis- « sance de Dieu, à laquelle rien n'est impossible, que < le corps de Jésus-Christ est enfermé sous l'hostie , et « sous la moindre partie de chaque hostie , » Théolog. fam.y leç. 15; « que la vertu divine est présente pour « produire l'effet que les paroles de la consécration si- « gnifient, » ibid.; « que Jésus -Crist, qui est rabaissé « et couché sur l'autel, est en même temps élevé dans « sa gloire ; qu'il est , par lui-même et par sa puissance « ordinaire, en divers lieux en même temps, au milieu « de l'Église triomphante, et au milieu de l'Église rtxili- « tante et voyagère, » de la Suspension , rais. 21 ; « que « les espèces sacramentales demeurent suspendues, et « subsistent extraordinairement sans être appuyées d'au- « cun sujet; et que le corps de Jésus-Christ est aussi « suspendu sous les espèces; qu'il ne dépend point « d'elles, comme les substances dépendent des accidents, » ibid. 9 23; « que la substance du pain se change en '«laissant les accidents immuables, » Heures, dans la prose du Saint-Sacrement ; « que Jésus-Christ repose « dans l'Eucharistie avec la même gloire qu'il a dans le

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