ÉCRITE AU RÉVÉREND P. ANNAT, JÉSUITE
On fait voir, en levant l'équivoque da sens de Jansénias, qu'il n'y a aucune hérésie dans l'Église. — On montre, par le consentement unanime de tous les théologiens, et principalement des jésuites, que l'autorité des papes et des conciles œcuméniques n'est point infaillible dans les questions de fait.
Ou 33 Janvier 1667.
Mon bévébend pebe,
Votre procédé m'avait fait croire que vous désiriez que nous demeurassions eu repos de part et d'autre, et je m'y étais disposé. Mais vous avez depuis produit tant d'écrits en peu de temps, qu'il parait bien qu'une paix n'est guère assurée quand elle dépend du silence des jésuites. Je ne sais si cette rupture vous sera fort avantageuse ; mais , pour moi , je ne suis pas fâché qu'elle me donne le moyen de détruire ce reproche ordinaire d'hérésie dont vous remplissez tous vos livres.
Il est temps que j'arrête, une fois pour toutes, cette hardiesse que vous prenez de me traiter d'hérétique , qui s'augmente tous les jours. Vous le faites dans ce livre que vous venez de publier d'une manière qui ne se peut plus souffrir, et qui me rendrait enfin suspect, si je ne vous y répondais comme le mérite un reproche de cette nature. J'avais méprisé cette injure dans les écrits de vos confrères, aussi bien qu'une infinité d'autres qu'ils y mêlent indifféremment. Ma quinzième Lettre y avait as* sez répondu : mais vous en parlez maintenant d'unautre air; vous en faites sérieusement le capital de votre défense,
294 DIX SEmÈME LETTRE.
c'est presque la seule chose que vous y employez. Car vous dites que , « pour toute réponse à mes quinze Lettres , « il suffit de dire quioze fois que je suis hérétique ; et « qu'étant déclaré tel , je ne mérite aucune créance. » Enfin vous ne mettez pas mon apostasie en question, et vous la supposez comme un principe ferme, sur lequel. vous bâtissez hardiment» C'est donc tout de bon, mon père, que vous me traitez d'hérétique ; et c'est aussi tout de bon que je vous y vas répondre.
Vous savez bien, mon père, que cette accusation est si importante, que c'est une témérité insupportable de l'avancer, si on n'a pas de quoi la prouver. Je vous demande quelles preuves vous en avez. Quand m'a-t-ou vu à Charenton? Quand ai-je manqué à la messe et aux devoirs des chrétiens à leur paroisse? Quand ai-je fait quelque action d'uuion avec les hérétiques, ou de schisme avec l'Église? Quel concile ai-je contredit? Quelle constitution
de pape ai-je violée? Il faut répondre, mon père, ou
Vous m'entendez bien. Et que répondez- vous? Je prie tout le monde de l'observer. Vous supposez premièrement que « celui qui écrit les lettres est de Port-Royal. » Vous dites ensuite que « le Port-Royal est déclaré hérétique; » d où vous concluez que « celui qui écrit les lettres est « déclaré hérétique. » Ce n'est donc pas sur moi , mon père , que tombe le fort de cette accusation , mais sur le Port- Royal ; et vous ne m'en chargez que parce que vous supposez que j'en suis. Ainsi je n'aurai pas grand'peine à m'en défendre, puisque je n'ai qu'à vous dire que je n'en suis pas, et à vous renvoyer à mes Lettres, où j'ai dit « que je suis seul , » et , en propres termes , que « je ne suis « point de Port-Royal, » comme j'ai fait dans la seizième, qui a précédé votre livre.
MONTA LTE JUSTIFIÉ. 29S
Prouvez donc d'une antre manière que je suis hérétique, ou tout le monde reconnaîtra votre impuissance,. Prouvez par mes écrits que je ne reçois pas la constitution, lis ne sont pas en si grand nombre ; il n'y a que seize Lettres à examiner, où je vous défie, et vous, et toute la terre , d'en produire la moindre marque. Mais je vous y ferai bien voir le contraire. Car, quand j'ai dit, par exemple, dans la quatorzième, « qu'en tuant, selon vo* « maximes, ses frères en péché mortel, on damne ceux « pour qui Jésos-Chbit est mort, » n'ai-je pas visiblement reconnu que Jksgs-Chrit est mort pour ces damnés , et « qu'ainsi il est faux qu'il ne soit mort que pour * les seuls prédestinés h » ce qui est condamné dans la cinr quième proposition? il est donc: sûr, mon père, que je n'ai rien dit pour soutenir ces propositions impies, que je déteste de tout mon cœur» Et quand le Port-Royal les tiendrait^ je vous déclare que vous n'en pouvez rien conclure contre moi, parce que, grâces à Dieu, je n'ai d'attache sur la terre qu'à la seule Église catholique , apostolique et romaine, dans laquelle je veux vivre et mourir, et dans la communion avec le pape son souverain chef, hors de laquelle je suis trèsrpersuadé qu'il n'y a point de salut.
Que ferez* vous à une personne qui parle de cette sorte, et par où m'attaquerez- vous , puisque ni mes discours ni mes écrits ne donnent aucun prétexte à vos accusations d'hérésie, et que je trouve ma sûreté contre vos menaces dans l'obscurité qui me couvre? Vous vous sente» frappé par une main invisible , qui rend vos égarements visibles à toute la terre ; et vous essayez en vain de m attaquer en la personne de ceux, auxquels vous me croyez uni. Je ne vous crains ni pour moi ni pour aucun autre, nétanj
attaché ni à quelque communauté nia quelque particulier que ce soit. Tout le crédit que. vous pouvez avoir est inutile à mon égard. Je n'espère rien du monder, je n'en appréhende rien , je n'en veux rien; je n'ai besoin, par la grâce de Dieu, ni du bien ni de l'autorité de personne. Ainsi, mon père, j'échappe à toutes vos prises. Tous ne me sauriez prendre, de quelque coté que vous le tentiez. Vous pouvez bien toucher le Port-Royal , mais non pas moi. On a bien délogé des gens de Sorbonne; mais cela ne me déloge pas de chez moi. Vous pouvez bien préparer des violences contre des prêtres et des docteurs , mais non pas contre moi , qui n'ai point ces qualités. Et ainsi peut-être n'eûtes-vous jamais affaire à une personne qui fût si hors de vos atteintes et si propre àcombattrevos erreurs, étant libre, sans engagement, sans attachement, sans liaison, sans relation, sans affaires; assez instruit de vos maximes, et bien résolu de les pousser autant que je croirai que Dieu m'y engagera, sans qu'aucune considération humaine puisse arrêter ni ralentir mes poursuites.
À quoi Vous sert-il donc, mon père, lorsque vous ne pouvez rien contre moi , de publier tant de calomnies contre des personnes qui ne sont point mêlées dans no? différends, comme font 1 tous vos pères? Vous n'échapperez pas par ces fuites , vous sentirez la force de la vérité que je vous opposé. Je vous disque vous anéantissez la morale chrétienne en la séparant de l'amour de Dieu, dont vous dispensez les hommes ) et vous me parlez de la mort du père Mester, que je n'ai vu de ma vie. Je vous dis que vos auteurs permettent de tuer pour une pomme , quand il est honteux dé la laisser perdre; et vous me dites qu'on « a ouvert un tronc à Saint-Merri. » Que vou-