‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 82 sur 98 · FANTOME D'UNE NOUVELLE HERESIE · texte numérisé non relu

FANTOME D'UNE NOUVELLE HERESIE

lèz-vous dire de même, de me prendre tous les jours à partie sur le livre de la sainte Virginité , fait par uu père de l'Oratoire que je ne vis jamais, non plus que sou livre? Je vous admire , mon père , de considérer ainsi tous ceux qui vous sont contraires comme une seule personne. Votre haine les embrasse tous ensemble, et en forme comme un corps de réprouvés, dont vous voulez que chacun réponde pour tous les autres.

Il y a bien de la différence entre les jésuites et ceux qui les combattent. Vous composez véritablement uu eorps uni sous un seul chef; et vos règles , comme je J'ai fait voir , vous défendent de rien imprimer sans l'aveu de vos supérieurs, qui sont rendus responsables des erreurs de tous les particuliers, « sans qu'ils puissent « s'excuser en disant qu'ils n'ont pas remarqué les erreurs « qui y sont enseignées, parce' qu'ils les doivent remar- « quer , » selon vos ordonnances, et selon les lettres de vos généraux Aquaviva, Vitelleschi, etc. C'est donc avec raison qu'on vous reproche les égarements de vos confrères, qui se trouvent dans leurs ouvrages approuvés par vos supérieurs et par les théologiens de votre compagnie. Mats quant à moi , mon père , il en faut juger autrement. Je n'ai pas souscrit le livre de la sainte Virginité. On ouvrirait tous les troncs de Paris sans que j'en fusse moins catholique. Et enfin je vous déclare hautement et net* tement que personne ne répond de mes lettres que moi , et que je ne réponds de rien que de mes lettres.

Je pourrais en demeurer là, mon père, sans parler de ces autres personnes que vous traitez d'hérétiques pour me comprendre dans cette accusation» Mais comme j'en suis l'occasion, je me trouve engagé en quelque sorte à me servir de cette même occasion pour en tirer trois a van-

»S NX-SEPTIÈME LETTRE.

tages ; car c'en est un bien considérable de faire paraître J'innocence de tant de personnes calomniées. C'en est un autre , et bien propre à mon sujet, de montrer toujours les artifices de votre politique dans cette accusa tiou. Mais celui que j'estime le plus est que j'apprendrai par là à tout le monde la fausseté de ce bruit scandaleux que vous semez de tous côtés, que • l'Eglise est divisée par une nouvelle « bérésie. » Et comme vous abusez d'une infinité dé personnes en leur faisant accroire que les points sur lesquels vous essayez d'exciter un si grand orage sont essentiels à la foi , je trouve d'une extrême importance de détruire ces fausses impressions , et d'expliquer ici nettement en quoi ils consistent , pour montrer qu'en effet il n'y a point d'hérétiques dans l'Église.

Car n'est-il pas vrai que , si l'on demande en quoi consiste l'hérésie de ceux que vous appelez jansénistes, on répondra incontinent que c'est en ce que ces gens-là disent que » les commandements de Dieu sont impossibles ; qu'on « n'a pas la liberté de faire le bien et le mal ; que Jssus- « Christ n'est pas mort pour tous les hommes, mais seule- « ment pour les prédestinés; et enfin qu'ils soutiennent « les cinq propositions condamnées par le pape? » Ne faites-vous pas entendre que c'est pour ce sujet que vous persécutez vos adversaires? N'est-ce pas ce que vous dîtes dans vos livres, dans vos entretiens, dans vos catéchismes , comme vous fîtes encore les fêtes de Noël à Saint-Louis, en demandant à une de vos petites bergères : « Pour qui est venu Jksus-Chbist, ma fille? — Pour « tous les hommes , mon père. — Eh quoi! ma fille, vous « n'êtes donc pas de ces nouveaux hérétiques qui disent « qu'il n'est venu que pour les prédestinés ? » Les enfants vous croient là-dessus , et plusieurs autres aussi ; car vous

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