L'ÉGLISE FAILLIBLE DANS LES FAITS
point été condamnée. Aussi est-elle si puissamment soutenue par saint Augustin , par saint Thomas et toute son école, par tant de papes et de conciles, et par toute la tradition, que ce serait une impiété de la taxer d'hérésie. Or tous ceux que vous traitez d'hérétiques déclarent qu'ils ne trouvent autre chose dans Jansénius que cette doctrine de la grâce efficace. Et c'est la seule chose qu'ils ont soutenue daus Rome. Vous-même l'avez reconnu , Cavilli, pag. 35 , où vous avez déclaré qu'en parlant devant le pape, « ils ne * dirent aucun mot des propositions, ne verbum qwdem, « et qu'ils employèrent tout le temps à parler de la grâce > efficace. » Et ainsi, soit qu'ils se trompent ou non dans cette supposition, il est au moins sans doute que le sens qu'ils supposent n'est point hérétique, et que par consé- / quent ils ne le sont point. Car, pour dire la chose en deux mots , ou Jansénius n'a enseigné que la grâce efficace, et en ce cas il n'a point d'erreur ; ou il a enseigné autre chose, et en ce cas il n'a point de défenseurs. Toute la question est donc de savoir si Jansénius a enseigné en effet autre chose que la grâce efficace; et, si l'on trouve que oui , vous aurez la gloire de l'avoir mieux entendu ;, mais ils n'auront point le malheur d'avoir erré dans la foi.
Il faut donc louer Dieu, mon père, de ce qu'il n'y a point en effet d'hérésie dans l'Église , puisqu'il ne s'agit en cela que d'un point de fait qui n'en peut former. Car l'Église décide les points de foi avec une autorité divine, et elle retranche de son corps tous ceux qui refusent de les recevoir. Mais elle n'en use pas de même pour les choses de fait. Et la raison en est que notre salut est attaché à la foi qui nous a été révélée , et qui se conserve dans l'Église par la tradition ; mais qu'il ne dépend point des autres faits particuliers qui n'ont point été révélés de Dieu. Ainsi on est
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obligé de croire que les commandements de Dieu ne sont pas impossibles; mais on n'est pas obligé de savoir ce qu« Jansénf usa enseigné sur ce sujet. C'est pourquoi Dieu cor*, duit l'Église dans la détermination des points de la foi, par l'assistance de son esprit, qui ne peut errer; au lieu que, dans les choses de fait , il la laisse agir par les sens et par la raison, qui en sont naturellement les juges. Car il ny a que Dieu qui ait pu instruire L'Église delà foi; mais il n'y a qu'à lire Jansénius pour savoir si des propositions bout dans son livre. Et de là vient que c'est une hérésie de résister aux décisions de la foi, parce que c'est opposer soo esprit propre à l'esprit de Dieu. Mais ce n'est pas une hérésie, quoique ce puisse être une témérité , que de ne pas croire certains faits particuliers, parce que ce n'estqu'opposer la raison, qui peut être claire, a une autorité qui est grande , mais qui en cela n'est pas infaillible.
C'est ce que tous les théologiens reconnaissent, comme H parait par cette maxime du cardiual Bellarmin, de votre Société : ■ Les conciles généraux et légitimes ne
• peuvent errer en définissant les dogmes de foi; mai r
• ils peuvent errer en des questions de fait » Et ailleurs :
• l.e pape, comme pape, et même à la tête d'un concile
■ universel, peut errer dans les controverses particu-
• Hères de fait, qui dépendent principalement de l'in-
• formation et du témoignage des hommes. > Et le cardinal Baronius de même : ■ Il faut se soumettre en- » tièrement aux décisions des conciles dans les points
• de foi ; mais pour ce qui concerne les personnes et leurs écrite, les censures qui en ont été faites ne se
j trouvent pas avoir été gardées avec tant de rigueur,
■ p;iïce qu'il n'y a personne à qui il ne puisse arriver d'j être trompé. > C'est aussi pour cette raison que