‹ Lettres éorites à un provincialChapitre 87 sur 98 · JESUITES CONTRAIRES AUX CONCILES · texte numérisé non relu

JESUITES CONTRAIRES AUX CONCILES

M. l'archevêque de Toulouse a tiré cette règle des lettres de deux grauds papes , saint Léon et Pelage II : « Que « le propre objet des conciles est la foi, et que tout ■ ce qui s'y résout hors de la foi peut être revu et exa- « rainé de nouveau ; au lieu qu'on ne doit plus examiner « ce qui a été décidé en matière de foi ; parce que, comme « dit Tertullien , la règle de la foi est seule immobile et « irrétractable. »

De là vient qu'au lieu qu'on n'a jamais vu les conciles généraux et légitimes contraires les uns aux autres dans les points de foi, « parce que, comme dit M. de Toulouse, « il n'est pas seulement permis d'examiner de nouveau « ce qui a été déjà décidé en matière de foi ; » on a vu quelquefois ces mêmes conciles opposés sur des points de fait, où il s'agissait de l'intelligence du sens d'un auteur, « parce que, » comme dit encore M. de Toulouse, après les papes qu'il cite, « tout ce qui se résout « dans les conciles hors de la foi peut être revu et exa- « miné de nouveau. » C'est ainsi que le quatrième et le cinquième concile paraissent contraires l'un à l'antre, en l'interprétation des mêmes auteurs; et la même chose arriva entre deux papes , sur une proposition de certains moines de Scythie. Car, après que le pape Hormisdas l'eut condamnée en l'entendant en un mauvais sens, le pape Jean II, son successeur, l'examinant de nouveau, et l'entendant en un bon sens, l'approuva, et la déclara catholique. Diriez- vous, pour cela, qu'un de ces papes fut hérétique? Et ne faut-il donc pas avouer que, pourvu que l'on condamne le sens hérétique qu'un pape aurait supposé dans un écrit, on n'est pas hérétique pour ne pas condamner cet écrit , en le prenant en un sens qu'il est certain que le pape n'a pas condamné,

puisque autrement l'un de ces deux papes serait tombé dans l'erreur?

J'ai voulu, mon père, vous accoutumer à ces contrariétés qui arrivent entre les catholiques sur des questions de fait touchant l'intelligence du sens d'un auteur, en vous montrant sur cela un Père de l'Église contre un autre, un pape contre un pape, et un concile contre un concile , pour vous mener de là à d'autres exemples d'une pareille opposition, mais plus disproportionnée. Car vous y verrez des conciles et des papes d'un côté , et des jésuites de l'autre, qui s'opposeront à leurs décisions touchant le sens d'un auteur, sans que vous accusiez vos confrères , je ne dis pas d'hérésie , mais non pas même de témérité.

Vous savez bien, mon père, que les écrits d'Origène furent condamnés par plusieurs conciles et par plusieurs papes, et même par le cinquième concile général, comme contenant des hérésies, et entre autres celle « de la récon- « ciliation des démons au jour du jugement. » Croyez-vous sur cela qu'il soit d'une nécessité absolue , pour être catholique , de confesser qu'Origène a tenu en effet ces erreurs, et qu'il ne suffise pas de les condamner sans les lui attribuer? Si cela était, que deviendrait votre père Halloix , qui a soutenu la pureté de la foi d'Origène , aussi bien que plusieurs autres catholiques qui ont entrepris la même chose , comme Pic de la Mirande, et Genebrard, docteur de Sorbonne? Et n'est-il pas certain encore que ce même cinquième concile général condamna les écrits de Théodoret contre saint Cyrille, « comme impies , con- « traires à la vraie foi, et contenant l'hérésie nestorieune? » Et cependant le père Sirraond, jésuite, n'a pas laissé de le défendre, et de dire dans la vie dç ce Père « que ces

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