IL N'Y A POINT D'HÉRÉSIE DANS L'ÉGLISE
du sens de Jansénius? Que ne le déclariez- vous plus tôt? vous vous fussiez épargné bien de la peine; car, sans bulles ni brefs , tout le monde eût condamné cette erreur avec vous. Que cet éclaircissement était nécessaire ! et qu'il lève de difficultés 1 Nous ne savions, mon père, quelle erreur les papes et les évéques avaient voulu condamner sous le nom du sens de Jansénius. Toute l'Église en était dans une peine extrême, et personne ne nous le voulait expliquer. Vous le faites maintenant, mon père, vous que tout votre parti considère comme le chef et le premier moteur de tous ses conseils , et qui savez le secret de toute cette conduite. Vous nous l'avez donc dit, que ce sens de Jansénius n'est autre chose que le sens de Calvin condamné par le concile. Voilà bien des doutes résolus. Nous savons maintenant que l'erreur qu'ils ont eu dessein de condamner sous ces termes du sens de Jansénius n'est autre chose que le sens de Calvin , et qu'ainsi nous demeurons dans l'obéissance à leurs décrets, en condamnant avec eux ce sens de Calvin qu'ils ont voulu condamner. Nous ne sommes plus étonnés de voir que les papes et quelques évéques aient été si zélés contre le sens de Jansénius. Comment ne l'auraient-ils pas été, mon père, ayant créance en ceux qui disent publiquement que ce sens est le même que celui de Calvin?
Je vous déclare donc, mon père, que vous n'avez plus rien à reprendre en vos adversaires , parce qu'ils détestent assurément ce que vous détestez. Je suis seulement étonné de voir que vous l'ignoriez, et que vous ayez si peu de connaissance de leurs sentiments sur ce sujet, qu'ils ont tant de fois déclarés dans leurs ouvrages. Je m'assure que si vous en étiez mieux informé , vous auriez du regret de ne vous être pas instruit avec un esprit de paix d'une doc-
trine si pure et si chrétienne, que la passion vous fait combattre sans la connaître. Vous verriez, mon père, que nonseulement ils tiennent qu'on résiste effectivement à ces grâces faibles, qu'on appelle excitantes, ou inefficaces, en n'exécutant pas ie bien qu'elles nous inspirent, mais qu'ils sont encore aussi fermes à soutenir contre Calvin le pouvoir que la volonté a de résister même à la grâce efficace et victorieuse , qu'à défendre contre Molina le pouvoir de cette grâce sur la volonté , aussi jaloux de l'une de ces vérités que de l'autre. Ils ne savent que trop que l'homme , par sa propre nature, a toujours le pouvoir de pécher et de résister à la grâce, et que, depuis sa corruption, il porte un fonds malheureux de concupiscence , qui lui augmente infiniment ce pouvoir ; mais que néanmoins , quand il plaît à Dieu de le toucher par sa miséricorde, H lui fait faire ce qu'il veut et en la manière qu'il le veut, sans que cette infaillibilité de l'opération de Dieu détruise en aucune sorte la liberté naturelle de l'homme, par les secrètes et admirables manières dont Dieu opère ce changement, que saint Augustin a si excellemment expliquées, et qui dissipent toutes les contradictions imaginaires que les ennemis de la grâce efficace se figurent entre le pouvoir souverain de la grâce sur le libre arbitre, et la puissance qu'a le libre arbitre de résister à la grâce. Car, selon ce grand saint, que les papes et l'Eglise ont donné pour règle en cette matière, Dieu change le cœur de l'homme par une douceur céleste qu'il y répand , qui , surmontant la délectation de la chair, fait que l'homme, sentant d'un côté sa mortalité et son néant, et découvrant de l'autre la grandeur et l'éternité de Dieu , conçoit du dégoût pour les délices du péché qui le séparent du bien incorruptible. k Trouvant sa plus grande joie dans le Dieu qui le charme,