JANSÉNIUS D'ACCORD AVEC LES THOMISTES. 3SI
il s'y porté infailliblement de lui-même, par un mouvement tout libre , tout volontaire , tout amoureux ; de sorte que ce lui serait une peine et un supplice de s'en séparer. Ce n'est pas qu'il ne puisse toujours s'en éloigner , et qu'il ne s'en éloignât effectivement , s'il le voulait ; mats comment le vou(|raR-il> puisque la volonté ne se porte jamais qu'à ce qui lui plaît le plus , et que rien ne lui plaît tant alors que ce bien unique, qui comprend en soi tous les autres biens? Quod enim amplius nos deièeta, secundum id operemur necesse est , comme dit saint Augustin.
C'est ainsi que Dieu dispose de la volonté libre de l'homme sans lui imposer de nécessité ; et que le libre arbitre , qui peut toujours résister à la grâce, mais qui ne le veut pas toujours, se porte aussi librement qu'infailliblement à Dieu, lorsqu'il veut l'attirer par la douceur de ses inspirations efficaces.
Ce sont là , mon père , les divins principes de saint Augustin et de saint Thomas , selon lesquels il est véritable que « nous pouvons résister à la grâce, » contre l'opinion de Calvin; et que néanmoins, comme dit le pape Clément VIII, dans son écrit adressé à la congrégation de Auxiliis r- « Dieu forme en nous le mouvement « de notre volonté, et dispose efficacement de notre cœur, « par l'empire que sa majesté suprême a sur les volontés «< des hommes aussi bien que sur le reste des créatures « qui sont sous le ciel, selon saint Augustin. »
C'est encore selon ces principes que nous agissons de nous-mêmes; ce qui fait que nous avons des mérites qui sont véritablement nôtres contre l'erreur de Calvin ; et que « néanmoins Dieu étant le premier principe de nos actions, « et faisant en nous ce qui lui est agréable, » comme dit saint Paul , « nos mérites sont des dons de Dieu , » comme dit le concile de Trente.
C'est par là qu'est détruite cette impiété de Luther, condamnée par le même eoocile : « Que nous ne eoopé- « rons eu aucune sorte à notre salut, non plus que des « choses inanimées; » et c'est par-là qu'est encore dé* traite l'impiété de récote de Molina, qui ne veut pas reconnaître que c'est la force de la grâce même qui fait que nous coopérons avec elle dans l'œuvre de notre sajut; par où il ruine ce principe de foi établi par saint Paul : «Que c'est Dieu qui forme en nous et la volonté « et l'action. »
Et c'est enfin par ce moyen que s'accordeut tous ces passages de l'Écriture , qui semblent les plus' opposés : • Convertissez-vous à Dieu; Seigneur, convertisses « nous à vous. Rejeté* vos iniquités hors de vous. C'est « Dieu qui ôte les iniquités de son peuple. Faites des « œuvres dignes de pénitence : Seigneur , vous avez « fait eu nous toutes nos œuvres. Faites-vous un cœur « nouveau et un esprit nouveau : Je vous donnerai an « esprit nouveau , et je créerai en vous un cœur nou- « veau , etc. •
L'unique moyen d'accorder ces contrariétés apparentes, qui attribuent nos bonnes actions tantôt à Dieu, et tantôt à nous, est de reconnaître que, comme dit saint Augustin , « nos actions sont nôtres , à cause du li- « bre arbitre qui les produit; et qu'elles sont aussi de. « Dieu, à. cause de sa grâce qui fait que notre arbitre « les produit; » et que, comme il dit ailleurs, Dieu nous fait (aire ce qu'il lui plaît, en nous faisant vouloir ce que nous pourrions ne vouloir pas : A Deo faclum est ut velfent quod nolle poiumenl.
Ainsi , mon père, vos adversaires sont parfaitement d'accord avec les nouveaux thomistes mêmes; puisque les thomistes tiennent comme eux , et le pouvoir