ALBUMS
Je VOUS écris dans la rue même du village. J'y suis seul. Les habitants sont dans les maisons, comme s'ils y faisaient une espèce de sieste. A peinte entends-je un gazouillement d'enfants dans les cours voisines. Le ciel est de ce bleu tendre qui fait rêver. Jamais du reste poète ne fut mieux placé pour avoir une vision. J'ai è ma gauche un vieux puits et l'océan à ma droite, si bien que je pourrais voir surgir subitement la beauté à ma droite et à ma gauche la- vérité.
... Donc, je n'aime pas les citadelles ; je sais bien que ces collines-lè protègent les autres collines. Mais, précisément ce sont des espèces d'amazones qui me déplaisent et qui m'ennuient. Vous êtes sur un coteau quelconque, c'est le matin, le soleil rit, les oiseaux chantent, vous êtes poète, vous allez, vous venez, vous errez, vous rêvez, tous les sentiers sont à vous, le ciel, la terre et les nuages font un paysage éclatant dans le miroir de votre fantaisie ; vous êtes libre dans une nature libre ; ce pré est plein de rosée et de boutons d'or, regardez-le ; cette fleur est belle, cueillez-la ; toute choses s'offre avec douceur, et de tous les buissons et de tous les arbres voisins l'essaim bourdonnant des pensées vient joyeusement s'abattre sur vous. Mais je vous suppose, mon poète, è Valenciennes, ou à Lille, ou à Doullens, vous sortez de la ville, quelques belles têtes vertes de marronniers sur des remparts rouges vous tentent, vous montez à la citadelle, vous arrivez à une pointe de brique et de gazon, c'est la flèche. - Halte-là I Qui vive ? On n'entre pas ? Avez-vous une permission ? Allez trouver le commandant. Et le soldat croise la bayonnette. Fort bien I l'inspiration s'est envolée. Au diable la colline virago qui vous reçoit en grommelant et la hallebarde au poing I Foin de ces choses sévères et revêches et si bien défendues, et vive la nature, cette beauté bonne, riante, gracieuse, nonchalante, bienveillante et facile I