‹ Lettres et documents, 1767-1815Chapitre 15 sur 94 · LA RKL\K CAROLINE A LA REINE HORTENSE · texte numérisé non relu

LA RKL\K CAROLINE A LA REINE HORTENSE

Portici, ce li oclobre 1809.

Ta lettre, ma chère Hortense, m'a fait grand plaisir, puisqu'elle m'apprend que ta santé se rétablit, je te remercie de m'avoir donné des bonnes nouvelles, il est bien nécessaire, surtout lorsqu'on est éloigné, d'être tranquille, surtout [en] ce qui regarde particulièrement les personnes que nous aimons. Je viens d'apprendre que l'Empereur va bientôt arriver à Paris, je te prie de lui présenter mes respects et de lui parler quelquefois de moi et du désir que j'ai qu'il me conserve toujours ses boutés.

Je suis maintenant à Portici et, comme tu vois, bien près du Vésuve qui varie chaque jour la forme de ses éruptions. Depuis trois mois la bouche du cratère est entièrement changée, les diverses

' Du même jour, lettre à Daure, miaistre de la Guerre, pour le prévenir de cet ordre.

ROYAL M K DK i\APLI':S. — 1809 59

révolutions amusent beaucoup la curiosité des savants et des étrangers. J'ai de ma chambre la vue la plus riante et en même temps la plus magniGque de l'univers. De mon lit, je vois cette fameuse Caprée; à gauche les côtes de Sorente et plus loin Ischia et Procida, et à ma droite X'aples qui s'élève en amphithéâtre sur les bords du golfe et termine ce beau tableau.

Comme toi, je vois peu de monde, je lis et travaille beaucoup. J'ai fait faire des fouilles'. Voilà, ma chère Hortense, mes délassements.

timbrasse tes enfants avec qui tu dois être maintenant, les miens pensent et parlent de toi bien souvent. Adieu, je t'embrasse tendrement et souhaite bien vivement que ta santé aille toujours de mieux en mieu.\.

Caromne.

Je t'envoie un service à thé de terre anglaise, on le fait ici aussi bien qu'en Angleterre, j'y ai fait peindre les plus belles vues de Naples et surtout les maisons de campagne où je passe la moitié de l'année. J'espère qu'en causant autour de la table ronde et en prenant le thé, vous parlerez de moi avec M. de Ségiir et avec tous ceux que l'Empereur appelle mes u amoureux », et que vous me plaindrez détre à 500 lieues de vous et de ne pouvoir plus jouir de vos jolies causeries, car ici on ne connaît pas même la main chaude. Quand je fais quelque question sur la pluie et le beau temps, on me répond : Maeslo si.Macsta no. Si je n'avais pas une bonne bibliothèque, je crois que je mourrais d'ennui. Je suis sûre que vous croyez qu'il n'y a point de Cour plus aimable que la mienne, mais les temps sont changés-. Depuis le jour que j'ai quitté Paris, j'ai renoncé aux plaisirs et même au bonheur.

' Le \Io7iifore Napolitano du 7 octobre 1809, n" 377, publie le long récit d'une visite de la Reine aux fouilles de Pompéi.

Le 26 septembre la Heine était allée visiter la Casa Carolina, à Aversa; elle y avait passé deux jours, faisant une véritable inspection de celte maison d'éducation, interrogeant les directrices, les institutrices, les jeunes élèves, et examinant les comptes de l'établissement. [Monitore Napolitano, 30 septembre 1809, n" 375.) Le 4 novembre, jour anniversaire de la fondation de la maison, nouvelle visite de la Reine, « deriderosa d'osservar i progressi che le nobili donzelle ivi rinchiuse avean fatto nel corso dell' anno. s [Monitore Napolitano, u" 386.)

" (1 La Cour fut gaie et aimable durant les six premiers mois; la Reine recevait cbez elle la iLaisou, les ministres étrangers et quelques autres personnes choisies. Le Roi y portait toujours la gène et l'étiquette, mais on était enchanté de l'amabilité et de l'esprit de la Reine, au point de sortir satisfait

Si tu venais passer quelque temps à Naples visiter nos antiquités, je suis sûre que tu ranimerais tout et que tu me donnerais un peu le désir de plaire qui te rend si aimable, que j'avais et que j'ai perdu en quittant la France.

Archives du prince Murât. R. XXXII. Lettre 32.

Portiri. le 12 octobre 1809, à minuit.

SlRE,

J'ai adressé hier au soir à Votre Majesté des extraits de quelques lettres saisies à bord du Succès pris à l'ennemi. Je m'empresse de lui adresser aujourd'hui trois lettres originales qui m'ont paru mériter quelqu'attention ; deux sont de Castanos au prince Léopold de Sicile et l'autre d'une femme, écrite au Père Gille, envoyé près la Reine Caroline par la Junte de Scvillc.

Je m'empresse d'adresser à Votre Majesté copie des nouvelles que je reçois à l'instant de Corfou et de Constantinople. Votre Majesté verra l'heureux effet qu'ont produit sur le cabinet de la Porte ottomane les nouvelles des batailles d'Essling et de Wagram et l'armistice de Znaïm. Il paraît que c'est l'officier qui a été expédié par le général Donzclot à Constantinople qui a apporté la première nouvelle de ces victoires.

Sire, on m'annonce ce soir la nouvelle de la signature de la paix. \'ayaut rien reçu d'officiel à cet égard, je n'ai point osé faire tirer le canon. Aussitôt que j'en serai informé, je m'empresserai de faire partir un officier pour porter celte nouvelle à Constantinople et je reprendrai l'offensive contre la Sicile dont les forces sont considérablement diminuées. Je vais tâcher eu même temps d'enlever l'île de Ponza. Alors mon Royaume ne sera plus exposé à être inondé d'émissaires anglais et siciliens, et la reine Caroline ne pourra plus souffler au sein de mes Etats la discorde et la méfiance.

Sire, la tranquillité continue à être parfaite, il n'existe plus de brigands.

Aussitôt que j'aurai reçu la nouvelle officielle de la paix, persuadé que Votre Majesté ne m'appellera plus à l'armée, je me

et pénétre du désir de revenir. Ce qui finit par tout gâter, ce furent les caquets, les rapports et les intrigues jalouses de quelques gens de Cour, i {Mémoires du général baron de Dedem, p. 132.)

mettrai en route pour les Calabres d'où je pourrai plus facilement arrêter l'expédition de Sicile et donner à Votre Majesté tous les renseignements qu'Elle pourra me demander à cet égard. Je suis

J'ai reçu la lettre du 30 septembre de V. M. Que je la remercie de ses nouvelles boutés !

Guerre et Archives du prince Mu^at. D. 576, p. 8.

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