MURAT AU DUC S. TEODORO GAR.AGCIOLO
Naples, le 12 mars 1810.
A monsieur le Grand-Maitre des eérémonies.
Monsieur le Grand-Maître, je fais mettre à votre disposition trois cents louis pour les dépenses de votre route ' ; vous ne serez point
' Miirat partit ce jour-là même pour Paris, voyageant incognito .«ous le
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cliargé de payer les frais de posle ; il sera mis de nouveaux fonds à. \otre disposition lorsque vous m'aurez fait connaître que ces fonds sont épuisés.
Archives (lu prince Mu at. K. XIV", p. 469.
4810. — LA REI\E CAROIJiXE A SOi\ MARI
Munich, le 13 mars 1810.
Je pars demain de très grand matin pour me rendre à Braunau où j'espère trouver de tes lettres, car je n'ai pas encore reçu un mot de toi depuis mon départ de Paris, ce qui me fait croire qu'on a envoyé mes lettres en droiture dans l'endroit où on savait que je (levais m'arrèter. Je t'avoue que je suis bien impatiente de recevoir de tes nouvelles et de celles de mes enfants, on ne conçoit pas le supplice qu'on éprouve d'être séparé des êtres qu'on aime et de ne |)as recevoir de leurs nouvelles, on craint toujours mille accidents, et les tremblements qu'on a vus à \aples ne laissent pas du tout mon imagination en repos. Ce qui me fait patienter un peu, c'est l'espoir de te trouver à Paris à mon arrivée. Tu es sans doute en route et tu trouveras de meilleurs cbemins qu à ton départ pour Naples.
Adieu, mon ami, je me trouve toujours très bien chez le Hoi et la Keine de Bavière, ils jouissent dans leur intérieur dun bonheur calme et parfait, leur jeune famille est très intéressante, ces enfants me rappellent les miens et mes yeux sont remplis de larmes toutes les fois qu'ils se fixent sur eux.
.Adieu, porte-toi bien et viens vite.
Caromxe.
Archives du prince Mural. D. '>ii6 16.
Florence, le l-imirs 1<SI0.
Monsieur le ministre, faites remettre trente mille francs à î'abijé
nom de Comte des Calabres et accompagné du général Dery, colonel général de la garde; il arriva le 20 mars à Paris.
Lannes qu'il a promis de faire rembourser <à Paris ; je suis bien aise de donner au frère de mon compagnon d'armes cette preuve d'amitié.
Je suis arrivé ici en 49 heures, après en avoir passé 4 à Kome ; ma voiture m'a forcé de m'arrèter ici 8 heures; je vais me remettre en route. Je serai fort embarrassé en chemin, car on dit toutes les Altesses du monde sur la route, ainsi que leurs Cours. Voyez les Princes de ma part et dites-leur que je me porte bien et que je les embrasse. Le mariage a produit partout un bon effet. Adieu. Sur ce, je prie...
Arctiives du prince Murât Papier» île Mosboiirjj.
An Mont-Cenis, le 16 mars 1810, à 5 heures de l'après-midi.
Au ministre îles Finances.
J'arrive à l'instant et dans une heure je serai à Lans-le-bourg. Je me porte à merveille et j'espère être à Paris le 20 au matin. Exécutez mes ordres avec exactitude et le plus promptement possible. Vous devez penser combien j'aurai besoin d'argent. Réalisez tout ce que vous pourrez et adressez du papier à Paris ou ailleurs. .'\llez chez mes enfants, donnez-leur de mes nouvelles. Dites-leui' que je les embrasse bien tendrement.
Ari'h'ves du prince Murât R. XXXIII, lettre 78.
4813. — LA REIME CAROLINE A LA REINE HORTEXSE
Munich, 18 mars 1810.
Ma chère Hortense, tu trouveras extraordinaire que je sois restée si longtemps sans t'écrire; mais imagine-toi que je n'ai pas une minute à disposer le long du jour et que, les soirs, je suis d'une fatigue extrême. L'Impératrice supporte très bien le voyage, elle me parle beaucoup de toi. W. de Metternich lui a dit que tu étais la plus belle personne de la Cour, je lui ai dit que ce n'était pas cela
ROYALAIE DE NAPLES. — 1810 225
précisément, mais que tu étais très bieu et surtout très bonne et très aimable.
L'Impératrice est très fraîche, d'une belle tournure, fort aimable, très douce, charmante enfin, mais pas très jolie ; elle désire beaucoup faire ta connaissance.
Adieu, ma chère Hortense ; lorsque j'aurai un instant, je t'écrirai plus longuement.
Je t'embrasse bien tendrement, je suis bien fatiguée, car on me mène comme au régiment.
Caroll\e
R. XXXIl, letlre 34.
4814. — LA REI\E CAROLIXE A SOX MARI
Munich, 18 mars I8I0.
Mon ami, me voici de retour de Braunau et je trouve, en arrivant, tes trois lettres à la fois, en date des 24, 25 et 28 du mois de février; je vais y répondre lettre par lettre et je t'assure que j'avais besoin de les recevoir pour ma tranquillité, car depuis mon départ de Paris, je n'avais pas reçu un mot de toi, ce qui me mettait dans une inquiétude affreuse. Tu me dis dans ta lettre du 24 qu'on parle de mon départ pour aller au-devant de l'Impératrice et que je ne t'en avais rien dit. Je te jure que tu te trompes et que, dès qu'il y a eu une certitude, je te l'ai mandé, car avant, comme il n'y avait que des on dit et des probabilités, je n'avais pas voulu te faire part de toutes ces incertitudes, afin de ne pas t'inquiéter inutilement; mais, au même moment que cela a été décidé, tu as eu ma première pensée pour te l'écrire. Je t'ai écrit également et longuement sur tous les autres articles et j'avais déj.à répondu à ta lettre du 24 avec détails avant de la recevoir, ayant prévu toutes les objections sur un événement qui fera (j'en suis sure, à présent que je connais l'Impératrice), le bonheur de l'Empereur et, par conséquent, celui de nous tous. La personne que je t'avais prié d'amener avec toi, c'est Medici, afin qu'il épouse Mlle La Vernette et que cela finisse, puisque tu l'as promis.
Je réponds à présent à ta lettre du 25. J'ai soupiré à la description que tu me fais de ton diner avec nos cbers enfants, et je suis bien sûre que vous avez pensé à moi; mon cœur et mon àme tout entière vont continuellement au milieu et avec vous. Je suis char- T0.11E Vin. 15
mce qu'Achille soit satisfjiit de sa machine électrique; il paraît que notre chère Louise lira encore avant Lucien, mais ce n'est pas /'tonnant : ce pauvre petit est toujours retardé dans ses études par <]uelque indisposition. J'espère (|iic ton séjour en Calabre ne sera pas long et que lu es déjà de retour et sur le chemin de Paris. Tu as bien lait de m'instruire de tes raisons pour avoir nommé d'Avelli; si l'Empereur m'en parle, je serai au courant. J'espère que cette petite fièvre dont tu me parles n'aura pas eu de suite; ménage-toi, je t'en conjure, épargne-moi ces inquiétudes, car tu sais que le honheur est incompatible avec moi lorsque je te sais souffrant. Je suis bien sensible à la nomination que tu as faite de Colbert, je t'en remercie ainsi (|ue de celle dArlincoiirt ; mais je t'avoue (pie celle de Longchamps ne me fait pas autant de plaisir, tu en avais assez fait pour eux en ce moment, sa femme dame du palais, et le mari n'est pas plus fait pour être chambellan (|ue le Grand Turc. Ce (pie lu me dis d'aimable, que tu seras toujours disposé à faire tout ce(|iii pourra me plaire, me pénètre; je te dirai aussi qu'en travaillant pour mon bonheur tu feras le tien, car je n'ai d'autre but que ton propre bonheur et ta satisfaction.
Je suis de retour de Hraunau, j'y avais été parfaitement reçue et l'Empereur d'Autriche m'avait envoyé l'Archiduc Antoine pour me complimenter. J'ai trouvé l'Impératrice belle de tournure, de la noblesse dans la taille, d'une grande fraîcheur; de plus, elle a une slouceur charmante dans le caractère et ne demande qu'à plaire et à se faire aimer. Je suis sûre que l'Empereur sera parfaitement heureux et que ce que tu dis qu'elle ne t'aimera pas et autres choses n'arriveront jamais. Ce matin, lui ayant dit que j'allais ('écrire : c Je vous supplie, ma sœur, de dire au liai de Naples (ju'il me donne son amilié, je Je désire tant, j'ai beaucoup entendu parler </e lui, j'espère qu'il viendra à Paris et je serai heureuse de faire sa connaissance. •-■ Elle est excessivement bonne et douce et ne m'appelle jamais que « sa sœur la Heine de Xaples » , et toutes les fois qu'elle voit qu'on m'apporte une lettre, elle me demande toujours : .1 Est-ce du Hoi de Xaples? ■ Elle me répète combien elle serait heureuse si lEmpereur la conduisait à Naples, qu'on dit que c'est un si beau pays qu'elle désirerait bien le voir. Je te promets que celle-là ne se mêlera d'intrigues d'aucune manière. X'ous passons tous les jours 16 heures ensemble dans la même voiture et je t'avoue que je la trouve charmante, d'une douceur d'ange, et on a bien le temps de se juger lorsqu'on reste si longtemps ensemble.
Le Roi et la Reine de Bavière sont bien aimables ainsi que les
Princes. Ils me parlent sans cesse de toi, ils savent que c'est un moyen de me plaire. Je veux aussi te parler de ma santé. Je suis bien fatiguée, quoique je ne sois qu'à la première journée du voyage, mais rester 16 heures sans pouvoir descendre une seule fois de voiture et n'y avoir rien de commode et être entourée d'écuycrs et des gardes, c'est terrible, car cela e<i cause qu'on ne peut prendre aucune précaution. Pour l'Impératrice qui est jeune, elle supporte cela à merveille, mais moi qui ai fait des enfants, cela me fait beaucoup souffrir. Mais j'oublie volontiers toulcs mes fatigues si l'Impératrice plaît à l'Empereur, qu'elle le rende heureux et qu'elle nous fasse surtout un gros garçon.
Adieu, mon ami, j'espère dans huit jours t'embrasser et nous parlerons longuement de nos chers enfants et j'espère que l'Empereur me permettra de retourner avec toi.
Caroline.
Arcliires du prince Mural. D. 566. 1".
4815. — LA REI.VE CAROLIXE A SOX MARI
.1 Carisruhe, 21 mar.-i (1810), 10 lieurcs du soir.
Mon cher ami, je trouve en arrivant à Carisruhe ta lettre du 2 mars qui ne m'apprend rien sur le moment de ton départ. J'espère que dans cinq jours je te trouverai à Paris pour ne plus nous séparer. Je suis toujours enchantée de l'Impératrice, tu la trouveras charmante. Je suis bien fîitiguée, aussi je ne t'écris qu'un petit hillet et j'espère que tu me feras la réponse toi-même à Compiègne.
Adieu, mon cher ami, tu as dû être bien fâché d'avoir quitté nos pauvres enfants, nous irons bientôt les embrasser ensemble.
On m'écrit de Paris que ton appartement est prêt au Pavillon de Flore. Adieu.