‹ Lettres et documents, 1767-1815Chapitre 53 sur 94 · C.AROLIXE · texte numérisé non relu

C.AROLIXE

Arcliiies du prince Mural. D. 566. 18.

4816. — LA REIIVE CAROLIXE A SOX MARI

Sirasbourjj, 23 mars 1810.

Alon cher ami, je viens d'apprendre par Janvier que le 9 mars

lu te disposais à te mettre en route pour venir à Paris, ainsi je suis sûre de te trouver à Compiègneet cette nouvelle me comble de joie, car la dernière lettre que j'avais reçue, qui me parlait de ton départ pour la Calabre, m'avait bien attristée; tu sais que ma Joie ou ma tristesse me viennent de toi et tu devrais quelquefois me ménager, surtout lors(|ue tes impressions sont passagères. J'espère aussi que tu es lout-à-i"ait quitte de ta (ièvre.

Nous sommes à Strasbourg, nous en partons demain et dans cinq jours je t'embrasserai.

Adieu, mon ami, je t'embrasse en idée en attendant que je le fasse en réalité.

Caroline.

Archives du prince Murât. D. 5(>t). 19.

4817. — LA Ri;i\K CAROLIXK A SON MARI

Luuéiille, 24 mars, à dix heures du soir.

Je suis enchantée que tu sois auprès de l'Empereur et que tu sois arrivé en bonne santé, j'espère te revoir bientôt et t'embrasser de tout mon cœur. Je me suis acquittée de ta commission auprès de l'Impératrice qui désire bien te voir, elle est charmante et elle plaît de plus en plus. L'Impératrice aime beaucoup les macaronis et nous en mangeons toutes les fois que nous en trouvons, elle a un grand désir d'aller à Xaples et de voir une ville qu'on lui dit être si belle.

L'Empereur trouve que je ne lui écris pas assez, mais on ne me donne quelquefois pas dix miuutes pour lui écrire et je suis si étourdie des visites, du bruit, des cris, que si les courriers ne partaient que le lendemain, j'écrirais dans la nuit, mais à peine descendue de voiture, le Prince de Xeufchatel fait partir son courrier et il faut écrire avec le casse-tète. EnGn j'entends tellement crier depuis six heures du matin jusqu'à dix heures du soir et tout le long de la route " Vive l'Impt'ralricc » que toute la nuit, en dormant, j'entends dans mes oreilles crier « Vive l'Imptralrice « , et que je me réveille en sursaut et comme si on me forçait à crier u Vive l'Impératrice 'î , je me mets à crier aussi la même chose. Je te prie d'avertir Paulette et toute la famille que lorsqu'ils me verront, à la première question qu'ils me feront, je répondrai par .; Vive l'Impi-

HOYAIIME Dli NAPLIiS. — 1810 229

ratrice " , car je ne sais plus dire que cela et je suis juste comme Agnelet.

Toutes les fêtes sont charmantes partout et Tlmpératrice est reçue avec un enthousiasme qui tient du délire. Du reste, je ne puis assez le répéter, elle est douce, spirituelle, charmante, et fera, je suis sûre, le bonheur de l'Empereur. J'ai lu dans le journal à l'article Munich, que le soir que j'avais été au spectacle avec le Roi et la Reine de Bavière, j'avais porté par galanterie les couleurs do Bavière, je trouve que c'est d'une absurdité sans pareille et que j'aurais été incapable de le faire. J'avais ce soir-là une robe de satin vert (que tu me connais) avec une ceinture blanche. Ainsi si l'Empereur t'en parlait, tu pourrais l'instruire du fait. Je voudrais bien savoir qui est-ce qui s'amuse k toujours faire écrire des mensonges.

Adieu, mon cher ami, je te crois bien heureux d'ctre auprès de l'Empereur, j'espère bientôt être aussi heureuse que toi et doublement, puisque j'aurai le bonheur de t'embrasser.

Caroline.

Archives du prince Murât. D 566. 20.

4818. — M\]\\\T A SA FILLE L.îlTITIA

Compiègiie, 24 mars 1810.

Ma chère Laetitia, j'ai écrit à votre frère et l'ai chargé de vous embrasser pour moi. Je suis arrivé ici en bonne santé et celle de l'Empereur est parfaite, je sais que la bonne maman se porte bien, elle a couché à Strasbourg avec l'Impératrice, et je me flatte de la revoir le 28. Je vous donnerai aussitôt de ses nouvelles. J'espère, ma clièrc Laetitia, que vous travaillez toujours beaucoup et que maman sera satisfaite de vos grands progrès. Vous savez tout le plaisir que j'en ressens moi-même. Adieu, ma belle Laetitia, je vous embrasse de tout mon cœur; et je ne serai heureux que quand je serai réuni à mes chers et bons enfants, pour ne plus les quitter. Embrassez Achille, Lucien, et Louise pour moi.

Votre tendre et bon père

Joachim Napoléon'.

HeKue Napoléonienne, 6 juin 1008, p. 163

230 JOACHIM MLUAT

4819. — MURAT A NAPOLi:()\

Compiè(jne. 24 mars IXlO.

Sire,

En m'accorfiant des licences pour des exportations de denrées de mon Koyaume, Votre Majesté avait sans doute eu l'intention de venir au secours de mes finances. Sire, mon attente a été trompée; il m'a été impossible d'utiliser ces licences, aucun négociant n'ayant voulu s en charger, ne se croyant pas suffisamment yaranti par la manière dont elles étaient conçues et par les obligations qu'elles leur imposaient. Ils accepteraient au contraire volontiers des licences telles que Votre Majesté les délivre à ses sujets français, car je dois faire observer à Votre Majesté que celles qui m'ont été délivrées n'étaient nullement semblables. J'ose donc de nouveau supplier Votre Majesté de m'accorder ces licences. Sans cette ressource, j'ai la douleur de vous déclarer que je ne sais absolument comment faire pour subvenir aux dépenses de l'Etat.

Je suis

Archives du prince Murât. D. 5"t>, p. 44, et Archives nationales, .\F'^ 1114",

4820. — .MIRAI" A .XAI'OLtO.V

Conipii'-gne, 24 mars 1810.

Sire,

Je viens de recevoir une lettre de Votre Majesté qui m'a sensiblement affligé. Je dois effectivement être affecté de cette persévérance et de cette suite que 1 on emploie auprès de Votre .Majesté pour parvenir à me faire perdre ses bontés, en lui faisant des rapports infidèles et en exagérant surtout les faits.

Votre Majesté m'ordonne de faire rentrer dans les corps français

' Cette lettre a été publiée clans un article intitulé » Les Rmbauclia;je> dans la garde du Roi Alurat » paru dans le Carnet de la Snbretache, t. \ III, p. 418, année 1900. En réalité, conclut l'auteur de cet article, 977 soldais de l'Empereur avaient été irrégulièrement admis dans la garde royale napolitaine. Xapoléon exigea que l'état nominatif de ces hommes lui lût remis. A cette condition, il autorisa Murât ù les conserver.

ROVAiMi': Dr: naples. — isio 231

tous les soldats qui en ont été tirés pour ma garde. Si Votre Majesté persistait à vouloir l'exécution de cet ordre, elle aurait détruit en un instant cette garde qui m'a coûté tant de soins h organiser et qui est mon seul appui, celui de la Reine et de ma famille contre une population étrangère de cinq cent mille âmes, au milieu de laquelle mes enfants resteraient en ce moment sans défense. Sire, un ordre semblable ne peut avoir été provoqué que par quelque rapport récent qui aura du vous être fait : que je continue à permettie l'admission de vos soldats dans ma garde. Puisque Votre Majesté m'avait permis de garder ceux qui y furent incorporés il y a dix mois, et ceux que le Hoi Josepli avait été autorisé à y admettre, et Votre Majesté, après le départ de la moitié de cette garde pour l'Espagne, avait si bien senti la nécessité de la compléter par des Français que vous m'aviez promis quatre cents conscrits à prendre à mon cboix dans vos départements.

Sire, je donne ma parole d'honneur à \otio Majesté que depuis six mois on n'a pas reçu un seul soldat françitis dans ma garde et qu'antérieurement à cette époque, on n'y avait reçu que quelques soldats de I,a Tour-d'Auvergne et d'Iscmbourg, destinés principalement cà compléter ma cavalerie, .le garantis aussi h Votre Majesté qu'il n'en a été admis aucun dans les régiments de ligne et que quinze jours avant mon départ deNaples, je fis rendre aux corps de Votre Majesté, sur la demande des colonels, quinze ou vingt Français déserteurs qui y avaient été reçus.

J'ai dit, Sire, que ma garde se trouverait détruite par l'exécution de l'ordre de Votre Majesté, parce que tous les sous-officiers qui en forment les cadres sont Français et qu'il me serait impossible de les faire remplacer par de jeunes recrues napolitaines qui ne pourraient m'offrir ni sûreté ni garantie.

Sire, Votre Majesté ne peut vouloir m'affliger à ce point-là; je la supplie au nom de mes jeunes enfants de me permettre de conserver le peu de Français qui se trouvent dans ma garde et d'ordonner qu'ils soient définitivement rayés des matricules des régiments auxquels ils appartiennent.

Votre Majesté ne voudrait pas que je fusse le seul malheureux dans une circonstance qui assure son bonheur et celui de l'Europe.

Je suis avec respect

Joachim \apoléo\.

Archives nationales, .-IF'^' 1714^.

4821. — LA REIXE CAROLIXK A S0\ MARI

Xancy. 25 mars (1810).

Nous venons d'arriver h Nancy, rinipératricc et moi nous sommes en parfaite santé. J'ai été peinée de ne pas trouver une lettre de toi pour le jour de ma fête, je suis aussi très fâchée que M"" Caramanica soit du voyage, je croyais t'avoir dit que c'était une chose qui me déplaisait. J'espérais que lorsqu'il s'agissait d'une dame du Palais, ce n'était pas un trop grand acte de pouvoir que de désigner celle que j'aimais le mieux. Mais patience! j'ai dans ma vie supporté tant de contrariétés que je puis aussi supporter cette petitelà. Je ne sais pourquoi tu n'as pas permis que M"" Belvédère vint, car elle est très riche et c'est une très jolie femme. Tu ne me dis pas non plus si tu as fait venir Medici.

Je viens de recevoir mon paquet de Paris et pas une lettre de toi, mais Baudus me mande que tu as une lettre de mon (ils et tu ne me l'envoies pas. J'aurais un grand plaisir à la lire en route.

J'espère que l'Empereur est content des lettres que je lui écris, je crains qu'il ne se figure que l'Impératrice est helle, car tous ces jeunes gens qui la voient de loin ont tous dit quelle était belle.

Adieu, je suis triste, parce que je suis contrariée de ce que tu n'as pas fait ce que j'ai voulu, mais cela ne m'empêche pas de t'aimer bien tendrement. Si tu avais plus de grâce et que tu cherches plus souvent ce qui me fait plaisir, tu serais trop parfait et je serais trop heureuse.

Caroline.

Embrasse toute la famille pour moi.

Archives du priuce Murât. D. 5(j(). "21.

Compiègne, le "20 mars KSIO.

Monsieur le ministre, je suis arrivé ici depuis avant-hier, et j'y jouis d'une très bonne santé. Celle de l'Empereur est parfaite ainsi que ses bontés pour moi.

Je \iens de prescrire à mon ministre de la Guerre quelques dis-

ROYAIMK Dr-: .\APLF-:S. — 1810 233

positions secrètes qui nécessiteront indubitablement des dépenses extraordinaires. Je vous adresse à cet égard un décret qui ouvre un crédit extraordinaire de cent mille ducats en faveur de ce ministre. Vous ferez acquitter très exactement tous les mandats qu'il tirera sur ce crédit. Ces dépenses sont de nature à ne pas admettre de retard. Je serai de retour dans ma capitale du 20 au 25 du mois d'avril; ainsi soyez sans inquiétude. J'espère que la Reine sera du voyage; elle coucbe aujourd'hui à Strasbourg avec l'Impératrice .Marie-Louise qu'elle me lait déjà aimer par le récit des brillantes qualités dont elle la dit douée, parce que j'espère qu'elle fera le bonheur de l'Empereur. J'ai déjà parlé à l'Empereur des licences, Sa .Majesté m'a fait espérer (pielle les ferait changer. Ainsi tâchez (|ue les arrangements que vous aviez commencés avec quelques négociants de Naples soient terminés à mon arrivée.

J'espère que le projet de finances aura déjà été soumis à la discussion du Conseil, et que le travail sur le sel et le tabac sera aussi achevé.

Sur ce, monsieur le ministre, je prie Dieu qu'il vous ait eu sa sainte et digne garde.

Joachim Napoléon.

Arcliives du prince Murât. Papiers de Mosbourg.

W23. — LA KKiXK CAROLIXE A SOX MARI

Vitiy-sur-Marne. '26 mais (1810).

a heures du soir.

La Princesse Pauline vient de m'écrire que tu te plains de ce que je ne t'écris pas souvent; tu ne cesseras donc jamais d'être injuste. J'arrive bien fatiguée, bien accablée d'affaires et je prends souvent sur mon sommeil pour t'écrire et cependant tu te plains! Je t'écris plus de lettres que je n'en reçois de toi. Adieu, je serai heureuse lorsque tu cesseras d'être injuste, car tes injustices m'ont toujours fait beaucoup de mal.

Je t'embrasse et t'aime bien tendrement. Ecris-moi sur-le-champ si l'Empereur est content des lettres que je lui écris.

Archives du prince iMurat. D. 566. 22.

482V. — MIHAT A XAPOLKOX

Corapirgne, 29 mars 1810.

SlRK,

J'ai riionneu- d'adrcs.scr à Votre Majcsié les Iroi.s dcrnier.s numcros de la Gazelle de Pahrmc qui me sont parvenus. J'y joins une lettre que m'adresse le <{énéral Cavaijjnac, contenant des renseijjuemonts sur les préparatifs qui se l'ont en Sieile. Je ne puis jjarautir jusqu'à quel point ces rapports sont fondés, mais je ciois devoir les transmettre à Votre Majesté.

Je suis

Guerre.

kMâ. — MURAT A XAPOLKOX

Paris, 2 avril 1810.

SlRK,

J'ai l'honneur d'adresser à Votre Majesté les derniers rapports que je reçois de Corfou, ceux sur la situation de mon Uoyaume et les gazettes de la Sicile. On croit généralement à une expédition dont on ignore la destination. I-c nombre des brigands augmente, bien loin de diminuer. L'ennemi en jette tous les jours de nouvelles bandes sur nos côtes, ce qu'il a l'habitude de faire toutes les fois qu'il a voulu entreprendre quelque chose de sérieux. \\\ reste Votre Majesté jugera mieux que personne le cas que l'on doit faire de toutes ces menaces et de tous ces on-dit.

Je suis

Guerre.

4826. — MLR.AT A UALKI':

Paris, 2 airil 1810.

Au injiiislrc de la Police.

Monsieur le ministre, le mariage civil de S. M. Impériale et Royale a eu lieu hier à Saiut-Cloud, son mariage religieux a eu lieu aujourd'hui. Il serait difGcile d'exprimer l'enthousiasme que cette cérémonie a généralement produit.

Continuez sans relâche les préparatifs pour l'expédition de

Sicile; il est instant plus que jamais de menacer cette île pour faire une diversion utile à Corfou.

Archives dii |)rince Murât. R. XV'I, p. 2"21.

SlRE.

4827. — AlURAT A XAPOLEO.V

Paris, 3 avril 1810.

Je remercie bien humblement Votre Majesté de m'avoir permis de me rendre auprès d'Elle dans une circonstance aussi mémorable et de m'avoir mis à même de mêler mes vœux à ceux de ses peuples pour son bonheur et celui de Tlmpératrice. Sire, j'ai partage avec tous vos sujets l'allégresse commune, je suis heureux de leur bonheur et je partage leurs espérances. Maintenant, Sire, je prie Votre Majesté de me permettre de rentrer dans mon Royaume afin que je puisse m'y livrer tout entier aux moyens de le pacilier et d'y justifier vos bontés. Là, comme partout, mon cœur est à Votre Majesté et tous les instants de ma vie lui seront consacrés; là, je la servirai avec le même zèle et le même dévouement qui ont toujours dirigé ma conduite.

Je supplie Votre Majesté de me continuer ses bontés et sa protection et de se rappeler quelquefois qu'autrefois je lui fus moins indifférent.

Je suis

Archiees nationales, Ai''^ 1714".

4828. — ML RAT A XAPOLEOX

Paris, 4 airil 1810.

Sire,

Je prie Votre Majesté de me permettre de rappeler à son souvenir la demande que je lui ai faite de nouvelles licences; si elles n'étaient ])as comme celles qu'on délivre en France, elles me seraient inutiles. Je la supplie également de me tranquilliser sur le sort du peu de Français qui restent dans ma garde, en ordonnant qu'ils soient rayés définitivement du contrôle des corps auxquels ils ont appartenu. J'attache le plus grand prix à la conservation de

ces hommes, je serai plus reconnaissant de cette nouvelle faveur que je ne puis l'exprimer.

J'ose aussi rappeler à ses bontés tous les généraux et olflciers supérieurs de son armée de Naples. Sire, ces officiers n'ont obtenu ni grades, ni récompenses, ni distinctions, ils se croient oubliés; je les ai tranquillisés en leur indiquant l'expédition de la Sicile comme l'époque de vos bienfaits; il me serait agréable d'apporter moi-même à ces officiers la nouvelle de l'avanceincnt que j'ai souvent demandé pour eux.

Je suis

Archives naliouales, .AF'^' 171 i-".

4829. — .MUKAT A CLARKE

Paris, le 4 avril 1810.

A monsieur le minisire de la Guerre de France.

Monsieur le ministre, je vous ai informé que le régiment suisse stationné dans mes Ktats n'était point porté sur le tableau des troupes décrété pour l'armée de \aples, et je vous ai prié de me faire connaître la destination ultérieure de ce corps ; n'ayant reçu à cet égard aucune réponse, je viens de nouveau vous demander si ce régiment doit continuer à faire partie de l'armée dont l'Empereur ma confié le commandement.

Archives du prince Marat. R. XIV. p. 469.

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