MUR.^T AU DUC I)E CAMPOCHIARO
Compiègiie, le 9 avril 1810.
A monsieur Campockiaro, am/iassadcur de S. M.
Monsieur l'ambassadeur, je désire que vous vous rendiez sur-lechamp à Compiègne et que vous apportiez avec vous toutes les pièces qui concernent les réclamations réciproques des deux Gouvernements français et napolitain, tant pour les dettes réclamées par la France que sur les anciens privilèges qu'on voudrait faire revivre à Naples. Je désire surtout que vous apportiez tout ce que vous avez regardant ce dernier article. Si vous n'aviez pas copie de la réponse adressée par M. de Gallo au duc de Cadore sur cet objet, il faudrait employer toute espèce de moyens pour vous la procurer au ministère des Relations extérieures. Je vous préviens que vous serez obligé de passer ici quelques jours, l'Empereur ayant manifesté son intention de faire terminer toutes mes affaires; j'espère que vous arriverez demain matin.
Archives du prince Murât. R. XIV, p. 470.
4833. — MUR.Yl" A DAURE
Comp;ègiie, 4 avril 1810.
Au ministre de la Guerre.
Monsieur le ministre, je vous adresse deux décisions de l'Empe-
reur (|ui initorisent l'adjudant-coriiinandaiit Millet et le capitaine Le Grand à passer <à mon service.
J'ai reçu vos différents rapports, vous devez être tranquille sur l'approvisionnement de la capitale, puisque l'Empereur a permis des exportations de Rome pour mes Ktats, je pense qu'il n'en est pas de même pour celui des Calabres; il faut y diriger le premier convoi de yrains qui airivera à Naples. J'ai demandé à l'Empereur la permission de rentrer dans mes Etats et je compte partir d'ici au 8. J'espère que vous exécutez avec toute l'activité possible les dispositions que j'ai ordonnées pour l'expédition de la Sicile et que les troupes rentrant dans mon Royaume sont maintenant en route pour les destinations que je leur ai données en Calabres.
Arcliiies du (jrince Miirat. \\. XVI, p. 221.
V83i. — MIRAT A VAPOLEOX
Compièjjne, 7 avril 1810.
SlRE,
Par deux rapports que j'ai reçus parles deux dernières estafettes, je suis informé que 5 000 Anglais ont débarqué à Zante et Cépbalonie et que la disette des grains se fait vivement sentir à Corfou. Je suis informé en même temps que le 27 une frégate anglaise croisait dans le golfe à six milles de la capitale, cela ne peut être qu'un parlementaire, car je ne pense pas qu'une frégate seule se fût basardée de venir à une distance aussi rapprochée, quand les Anglais n'ignorent pas qu'ils y auraient trouvé des forces supérieures. J'apprends eu même temps que le général Stuart est occupé en ce moment à passer en revue ses troupes et qu'il continue à faire construire de nouvelles baraques le long du rivage.
Je suis
Guerre.
4835. — MLR.AT A XAPOLEOX
Complègne, 8 avril 1810.
Sire, Votre Majesté m'a permis de me rendre à Compiègne pour y
ROYAUMIi DE XAPLES. — 1810 239
prendre ses derniers ordres, et elle eut l'extrême bonté d'ajouter (jue c'est ici qu'elle prononcerait sur quelques objets importants (|ue je lui avais soumis. Sire, je viens réclamer l'effet de cette promesse, je viens solliciter surtout vos boutés.
Sire, quand je faisais connaître à Votre Majesté l'impossibilité où j'étais de payer les 10 000 hommes de troupes qui m'étaient iiMUoncés devoir rentrer dans mon Royaume, j'étais loin de m'attendre qu'au même moment des traites pour 1 200 000 francs étaient tirées sur mon Trésor par la Légion d'honneur, lorsque les prétentions des deux Trésors n'étaient point encore Cxées ', et que Votre .Majesté avait ordonné qu'elles seraient discutées par votre ministre des Helations extérieures et l'ambassadeur de Naples. Votre Majesté est trop juste pour vouloir exiger de mon Trésor des sommes iju'il ne devrait pas, et je suis disposé, Sire, à faire tous les sacrifices possibles pour faire solder la créance du Tré.ior impérial, lorsqu'elle aura été définitivement reconnue ; j'ai même ordonné de chercher à faire un em|)runt pour acquitter cette dette. Je prie donc Votre Majesté de faire retirer ces traites ou au moins d'en reculer les échéances et d'en porter le montant à 100 000 fr. chaque mois. Sire, ce n'est pas lorsque le Trésor de Naples paye en ce moment 50 000 hommes de troupes de ligne et, de plus, sa marine, lorsqu'il doit fournir aux immenses dépenses des pré- ])aratifs de l'expédition de Sicile, k la construction d'un vaisseau et d'une frégate prêts à être lancés, et à tant d'autres dont je ne crois pas devoir parler, que Votre Majesté peut vouloir lui imposer de nouvelles charges qu'il est dans l'impossibilité de sup- ])orter.
Secondement, j'ai souvent demandé à Votre Majesté de mettre son armée de \aples sur pied de paix et de supprimer l'administration française. Sire, je crois ma demande d'autant plus fondée que
' Agar, daus um- lettre écrite an Hoi de Xaplcs, le 25 mars 1810, se plaiyaait au sujet des traites ']ue venaient de tirer sur lui Lacépède et Dejean, grands-dignitaires de la Légion d'honneur, pour une somme de 1 280 000 francs, à diverses échéances, sans qu'il lui fût parvenu aucun avis (le leur part sur le motif de cette disposition, la première de ces traites portant échéance au l'^' avril, a J'ai répugné à laisser en souffrance, ajoutait-il, la signature des deux premiers dignitaires de la Légion d'honneur... quoique V. AL, ainsi qu'il est établi par la réponse faite aux réclumatious du (jouvernoment français, ne soit débitrice envers la Légion d'honneur, à la fin de 1809, que d'une somme de 28G 666 fr. 66 et que cette réponse oppose des objets de compensation à toutes les |)rétentions du (jouvernemeut français... > (U. .\.\XIV, lettre 1U5.)
tout le continent de l'Europe est maintenant en paix et que vos autres trf)upcs en Italie et en Illyric ont été mises sur ce pied. Quant à l'administration et à Tétat-major général de vos troupes, ils me coûtent an moins 1 800 000 fr. par an ; cette dé|)ense me paraît d'autant pins inutile (jn'il y a double emploi, puisque je suis obligé d'avoir moi-même un état-major général et une administration napolitaine. Je prie Votre Majesté d'accueillir enfin ma demande; vos troupes seraient remises sur pied de guerre après le débarquement en Sicile.
J'ai souvent fait sentir l'inutilité du payeur général français à Naples, car, outre qu'il me coûte 80 000 fr. par an, il occasionne des retards notables dans le payement delà solde, j'avancerai même des abus. Qui empêcherait en effet aux quartiers-maîtres des troupes de V otre Majesté de toucher directement à mon Trésor? Hien, sans doute, et l'avantage en serait immense, puisque le quartier-maître payerait de suite ses régiments, tandis qu'il y a un retard nécessaire lorsqu'ils doivent l'être par le payeur français. Mais ou objectera peut-être que c'est pour la régularité de la comptabilité; soit, mais alors je demande que ce payeur soit restreint aux simples écritures et qu'il n'ait le maniement d'aucun fonds, c'est-à-dire qu'il ne soit que le contrôleur des dépenses. .Alors les intentions du ministre du Trésor de rEm|)ire seront remplies et Votre Majesté par cette décision aura mis lin à une infinité d'abus et soulagé mon Trésor. Ma demande est de toute justice.
J'avais fait connaître à Votre Majesté par son ministre des Relations extérieures la nécessité où je croyais être, pour mettre fin à toutes les tracasseries que mon Gouvernemeut ne cesse d'éprouver à Xaples de la part du commerce français, de solliciter de Votre Majesté un traité de commerce qui aurait été extrêmement favorable aux négociants de l'Empire, mais il m'a été répondu que Votre Majesté n'avait pas agréé cette proposition. Sire, jeu suis au désespoir, parce que tant que ce traité n'existera pas, je ne cesserai d'être tourmenté par vos agents et par vos consuls; et je crains que, tôt ou tard, ils ne parviennent cà indisposer Votre Majesté. De grâce. Sire, mettez un ternie à mes craintes ; faites tarir la source des plaintes aux(|uelles la réclamation d'anciens privilèges donne journellement lieu. Je prie V'Otre Majesté d'autoriser votre ministre de l'Intérieur à conclure un traité de commerce avec mon ambassadeur. Ce n'est qu'alors que mes inquiétudes cesseront, car malheureusement il m'est impossible d'ignorer avec quelle avidité on saisit
ROVAIMK DK NAPLES. — 1810 2il
toute espèce d'occasion d'indisposer Votre Majesté contre mon Gouvernement, quand animé du même sentiment que moi, il ne cherche qu'à se conformer entièrement aux intentions de Votre Majesté. Ln traité est d'autant pUis nécessaire que les douanes françaises viennent d'être transportées aux barrières du Royaume de Naples.
Votre Majesté a rendu un décret portant que les cotons de Naplos payeraient double droit de douanes pour être introduits en France. Votre Majesté, lorsque je lui en fis l'observation, avait paru disposée à rejeter ce projet qui ne peut avoir que le but d'éteindre un nouveau genre d'industrie établi dans mon Royaume et dont, cependant, le conmierce de France devait profiter le plus. Je ne demande pas à Votre Majesté le rapport de cette mesure, mais cela prouvera encore plus la nécessité d'un traité de commerce.
Sire, je rappelle à Votre Majesté la demande que je lui ai faite de laisser définitivement dans ma garde tous les Français qui s'y trouvent et d'ordonner qu'ils soient rayés du contrôle des régiments auxquels ils ont appartenu.
Sire, votre ministre des Relations extérieures a fait connaître que Votre Majesté désirait qu'il ne fût plus envoyé par la Cour de \aples de ministre dans les Cours de Vienne et de Saint-Pétersbourg. Il m'est impossible de deviner quels peuvent être les motifs de cette détermination de la part de Votre Majesté ; si Elle daignait me les faire connaître, il me serait peut-être facile de démontrer le mauvais effet qu'elle produirait dans mes Etats, à Vienne et cà St-Pétersbourg, quand la nomination de ces ministres a été annoncée officiollenient et quand ces mêmes Cours ont nommé ceux qui sont destinés cà résider cà Naples. Je supplie Votre .Majesté de ne pas insister sur cette détermination et de permettre que les ministres nommés se rendent à leur destination. Je crois même en route le duc de Torella ', désigné pour St-Pétersbourg.
Je prie aussi instamment Votre Majesté de me faire délivrer les cent licences qu'Elle m'avait promises. L'exportation des huiles du Royaume est la seule ressource qui puisse alimenter le Trésor; sans cela, je nepoiu-rais pas répondre que les troupes de Votre Majesté pussent continuer à être payées exactement.
Sire, accueillez favorablement toutes mes demandes, et Votre
' Le duc de Lavello, priuce de Torella, ([ui avait épousé Caterina Saliceti, avait été uomnié par décret du Roi, du 9 mars 1810, ministre plénipotentiaire près la Cour de Russie.
TOUK vu:. 16
Majesté aura tranquillisé un Prince qui ne sera jamais heureux quand il croira ne pas remj)lir en tout vos intentions.
Joachim Napoléon.
Architcs nationales, AF'''' l'M".
Paris, 8 arril 1810.
Au minislre des Finances.
Monsieur le ministre, je partirai dans deux ou trois jours; je désire que vous cessiez toute espèce d'envoi de fonds à Paris ' et que vous les teniez à ma disposition pour l'expédition de Sicile.
Sur ce
Archives du prince Murât. Papiers de Mosbourfj.
4837. — MIRAT A XAPOLEOX
Compiègne, 9 avril 1810.
Sire,
Je m'empresse d'adresser à Votre Majesté les rapports que vient de m'apporter l'estafette, ainsi que les gazettes de Sicile. Je prie instamment Votre Majesté de les prendre en considération; les Anglais ont certainement des projets; ne pouvant pas garder la Sicile, ils songent à s'emparer de quelqu'autre point qu'ils puissent défendre et qui leur assure des résultats pour leur commerce. Sire, Corfou, eu les rendant maîtres de l'Adriatique, leur donnerait un débouché immense pour leurs marchandises et assurerait leur influence sur toute la Grèee.
Je me suis fait annoncer tous les jours à Votre Majesté, depuis mon arrivée à Compiègne, je ne me plains pas de ne pas avoir été
' A la date du 28 mars, Agar avait envoyé à Murai, a pour couvrir les énormes dépenses du voyage et du séjour a Paris ^ , la somme de 376 640 francs et. le 28 mars, il lui adressait encore par La Vauguyon 80 000 francs, en le suppliant de l'autoriser à suspendre ces envois de fonds. (R. XXXIV, lettre u° 106.) Le 31 mars néanmoins, .^gar complétait à 700 000 francs le chiffre des envois faits au Roi.
HOVAUMI'; l)K \APLES. — 1810 2V3
reçu, je me plaindrais encore moins des cliangements qui me rendent peu heureux, mais j'avouerai à Votre Majesté que j'étais loin de m'attendre que dans une circonstance qni vous montre si heureux à tous vos sujets, à tous vos amis, je dusse être le seul malheureux; mais patience, je l'aurai sans doute mérité, car Votre Majesté ne se montra jamais injuste pour personne et vous fûtes autrefois toujours bon pour moi. Cependant, Sire, je ne puis supporter plus longtemps ma douleur, j'étais trop accoutumé à vos bontés que j'avais toujours cherché à mériter; il est temps d'y mettre un terme, je me présenterai ce matin, je vous prie en grâce de me recevoir.
Je suis
Archives nalionules, .-IF'^' 1"14'.
Compiè'jne, le 9 avril 1810.
A monsieur Aymé, chambellan de S. M.
Monsieur le chambellan, passez de ma part chez le ministre de la Maiine, et vous lui remettrez en main propre la lettre ci-jointe. Vous me renverrez sa réponse par le retour du courrier.
Archives du prince Murât. R. \IV, p. 471.
Coinpièffne, le 9 avril ISIO.
A monsieur le ministre de la Marine de France.
Monsieur le ministre, sur votre demande je vous adressai, l'an dernier, au mois de janvier ou février, si je ne me trompe, un projet d'expédition sur la Sicile que l'Empereur vous avait demandé; seriez-vous assez bon pour m'en envoyer une copie; j'en aurais besoin pour le moment. Dans ce cas je vous prierai de la remettre à M. .Aymé qui est chargé de me la faire passer. Je serai charmé à mon retour de trouver quelque occasion de vous être agréable.
-Irchives du prince Murât. R. XIV, p. -471.
244 JOACHIAI MIRAT
4840. — MLHAT A CLARKP]
Compiégne, le 9 avril 1810.
A monsieur le miiiislrc de la Guerre de France.
Monsieur le ministre, n'ayant pas encore été informé si les nouvelles troupes que vous m'avez annoncé devoir se rendre à l'armée de Naples y sont arrivées et en quelle force, je vous serais inflniment obligé d'avoir la bonté de m'envoyer par le retour de l'officier que je vous expédie, l'état nominatif de tous les corps qui doivent composer l'armée de Xaples, avec celui de leurs forces et du nombre des bataillons et escadrons. J'en ai besoin dans ce moment-ci pour terminer un travail qui m'est demandé par l'Empereur. Vous m'obligerez en même temps de m'envoyer l'état nominatif des Français existant dans ma garde, si cet état vous est déjà parvenu.
Guerre el Archives du prince Murât. R. XIV, p. 471.
4841. — MURAT A NAPOLEOV
Compiègne, 12 avril 1810.
Sire,
Votre Majesté verra par l'état ci-joint des déserteurs français dans mon Royaume que je ne lui en avais nullement imposé en l'assurant que depuis six mois, il n'avait été admis aucun Français à mon service' ; il verra surtout que parmi ces déserteurs il n'y a pas cent Français et que tous les autres sont étrangers. Sire, je vous demande comme la plus grande faveur de faire rayer ces hommes définitivement de leurs corps, et je donne ma parole d'honneur qu'cà l'avenir il ne sera plus reçu un seul Français à mon service, sans votre autorisation.
Guerre.
' A cette lettre est joint un relevé sommaire des soldats de l'armée de Naples qui ont quitté leurs drapeaux pour entrer dans les troupes de S. M. le Roi des Deux-Siciles.
ROYAUME DE XfAPLES. — 1810 245
Compiègne, VI avril ISiO.
Au minisirc des Finances.
Monsieur le ministre, je vous ai prévenu que rKnipcreur venait (le permettre les exportations des blés des Etats Romains pour mon Uoyaume, ainsi rien ne doit plus s'opposer à la libre sortie de.s fjrains de mon Royaume pour l'approvisionnement de Corfou; donnez sur-le-champ des ordres en conséquence.
Sur ce
Je me porte très bien ainsi que la Reine.
Guerre.
Paris, 19 faïrilj 1810.
Sire,
Mon ambassadeur près Votre Majesté m'a remis la lettre que sou ministre des Affaires étrangères a eu ordre de lui écrire en réponse à une de ses notes sur les réclamations du Trésor de l'Empire sur celui des Deux-Sicilcs. Sire, il m'a été bien pénible d'y voir les menaces de Votre Majesté, non pas parce qu'elles annoncent des mesures qui ne peuvent que m'affliger, mais parce qu'elles portent le signe de votre mécontentement. Votre Majesté peut Mi'accuser d'avoir donné des réponses évasives, d'avoir voulu jjagner du temps! Il fivudrait que j'eusse bien peu de connaissance (lu caractère de Votre Majesté pour m'être permis une démarche déplacée et qui aurait eu le résultat de me forcer à payer plus vite. Je n'ai fait répondre ainsi, premièrement que parce que j'ai toujours pensé que cette affaire ne pouvait être terminée que par les ministres du Trésor, et non par ceux des Affaires étrangères qui ne la connaissent nullement; mou ambassadeur ni moi ne la connaissons pas mieux; mais enfin, comme il faut que votre volonté s'accomplisse, je viens de faire faire une réponse qui contient (ainsi (|ue vous l'avez permis hier à la Reine) des explications qui pourront amener de suite à un arrangement définitif. Toutes les observations sont justes et basées sur vos décisions ou celles de vos
ministres; la principale se trouve décidée par Votre Majesté ; par exemple, on réclame l'arriéré des duchés à 80 mille francs, tandis qu'ils ne sont que de 60 mille; on réclame pour six, tandis que Votre Majesté s'est refusé la (iisjjosition de deux à la conquête de la Sicile; on réclame en 2" lieu un million, tandis qu'on ne doit que deux tiers ' et que l'autre tiers doit être supporté par la Sicile, Votre Majesté l'a décidé; ensuite sur les deux tiers. Votre Majesté a décidé qu'il me serait donne nm\ cent mille francs pour mes biens de France; ainsi voilà un jjrand objet sur lequel il y a des diminutions considérables .à faire; ceci est de toute justice. Je réclame ensuite qu'on poilc en compte sur l'arriéré environ deux millions que j'ai payés en ISOÎ). Les avances faites par le Trésor de Naples viennent en partie d'être liquidées, elles se montent à deux millions trois cent et quelques mille francs, l'inspecteur Dubrcuil envoyé à Xaples par le ministre Glarke lui en a envoyé l'état arrêté. Voilà les principales objections que j'ai présentées. Je prie Votre Majesté de les peser dans sa justice et dans sa bonté. Que cette affaire soit définitivement arrêtée! KUe peut l'être de deux manières, à l'amiable par forfait, ou par li(| nidation. Je préfère la première parce qu'elle éviterait des discussions dans lesquelles l'ignorance où je suis de cette affaire me forcerait d'entrer et parce que Votre Majesté resterait plus promptement convaincue de mon désir à faire en toute occasion tout ce que mon amour et ma reconnaissance me commandent envers vous.
La note qui est adressée au ministre des .Affaires étrangères et qui m'a occupé toute la journée, renferme assez de renseignements pour éclairer Votre Majesté sur la justice de notre cause.
Je demande un délai pour payer en argent l'arriéré des troupes et je consens à payer dès demain en domaines ce qui sera dû tant au Trésor de la Couronne qu'à celui de la Légion d'honneur. J'espère, Sire, en vos bontés pour moi, il serait bien mal de m'éloigner de Votre Majesté avec la pensée de lui avoir dé-
' Ag"7' à Mural. — 28 mar.s 1810. — n ... Comment S. M. l. et R. voudrait-elle exiger un million entier de renie sur la partie continentale du Royaume des Deux-Siciles, lors(jue dans le décret par lequel elle a constitué quatre fiels, elle a déclaré elle-même qu'elle ne constituerait les deux autres qu'après avoir chassé les ennemis de la Sicile? Si pour les fiefs, elle a reconnu qu'elle ne devait exiger que les deux tiers de ce qu'elle s'était réservé, comment ne réduirait-elle pas de même aux deux tiers, jusqu'à la conquête de la Sicile, les prétentions sur le million de rente qu'elle se réserve en même temps que les six fiefs?... s (R. .WXIV, n° 106.)
liOVALMK DE XAPLKS. — 1810 247
plu. J'attends toujours comme le plus grand bienfait les licences. Je suis de Votre Majesté, Sire, le très humble et très affectionné frère.
Joachiin Xai'OLÉox.
Affaires Etrangères, \aples, 1.35, fol. 71.
48V4. — AILKAT A LACLEl-:
Ccmpiègne, le 1:5 avril 1810.
A uion.sicirr le minisfre directeur de la Guerre en France.
Monsieur le ministre directeur, S. M. l'Empereur m'a communiqué le rapport que vous lui aviez présenté sur les difGcultés qu'éprouve l'ajjprovisionnement des Iles Ioniennes. L'Euipereur ayant permis l'exportation des grains de ses Etats llomains dans mon Royaume, j'ai pris aussitôt des mesures pour que l'approvisionnemeut de ces îles ne rencontre j)lus d'obstacles dans mes Etats. Au reste, je dois vous prévenir que dans le décret même par lequel j'avais interdit l'exportation des grains hors de mon Royaume, les Iles Ioniennes avaient été spécialement exemptées de la prohibition.
.^^rchiies du prince Murât. R. XIV, p. Ali.
Compiè;{rie, 15 avril 1810.
Au ministre de la Police.
Monsieur le ministre, un parlementaire français doit porter à Palerme un courrier Autrichien ', j'espère que vous en proflterex pour chercher à savoir tous les préparatifs qui se font en Sicile et (jue vous mettrez <à bord plusieurs de vos agents. Au reste, j'espère
' Le 31 mars 1810, uu courrier cliargé par la Cour de \ ienne de porter à Palerme la notification du mariage de l'Impératrice des Français, et expédié par l'ambassadeur de France, était arrivé à. Xaplcs. Les ministres réunis eu conseil extraordinaire lui avaient refusé un passeport pour Palerme avant d'en avoir référé au Roi.
2'f8 JOACIIIM MIRAT
que vous faites exécuter les ordres que je vous ai (loiiiiés relativement aux préparatifs de rex|)édition de Sicile; il n"\ a pas une minute à perdre. Je compte jjartir dans 48 heures. Ma santé est fort bonne ainsi que celle de la Heine.
.■Ircliiies (In prince Mural. R. XVI, p. 2'22.
Sire,
48W. — MIHAT A XAPOLEOY
C(jm()ièync, 10 uvnl 1810.
J'ai riionnenr d'adresser à Votre .Majesté les rapports que je reçois à l'instant de Corfoii sur la prise de Sainte .Maure par les .^njjlais et sur leurs projets ultérieurs de s'em|)arer di' (lorfou; ils méritent de fixer votre attention et je pense qu'il est urj^ent de les inquiéter sur la Sicile pour empêcher les Anglais d'exécuter leurs projets ultérieurs sur les Iles Ioniennes. Je la prie de m'accorder un instant d'audience pour prendre ses derniers ordres.
Je suis
Guerre.
4847. — LA REI.VI-: CAROLINE A SOV MAIl!
A Compiègne, 18 avril 1810.
Tu es parti, mon cher ami, et me \oici bien triste. J'espère que tu m'écriras un petit mot avant ton départ de Paris et (jue tu me promettras de me donner souvent de tes nouvelles le long de la route. \e me laisse pas aussi longtemps sans tes lettres comme au premier voyage, et crois que lorsqu'on se sépare, on est heureux de recevoir des nouvelles des personnes que nous aimons bien tendrement. Tu sais si tu m'es cher et si je puis me séparer un moment en idée du père de mes enfants. Tu vas les voir, ces chers enfants, parle-leur bien de leur mère et embrasse-les bien pour moi.
Au moment de ton départ j'aurais voulu te dire encore bien des choses pour eux, mais ces moments sont toujours cruels et vous font perdre tout ce qu'on avait dans la pensée, .^dieu, mon cher
ami, crois que je t'écrirai souvent et que nous aurons encore en commun les déplaisirs comme le bonheur de la vie. L'Empereur se porte bien et il est très bon pour toi.
Caroline.
Archives du prince Murât. D. 566. 23.
48V8. — L.^ REIXE CAROLIXE A SON MARI
Compii'gne, 21 avril 1810.
Mon cher ami, si j'avais su que tu ne serais parti qu'à minuit, j'aurais été te rejoindre cà Paris pour te voir encore un instant, je ne puis te dire combien je suis triste de ton absence.
L'Empereur est très bon pour toi, et il me parle avec amitié de ce qui te concerne. Jérôme me charge aussi de te dire bien des choses. Nous allons toujours beaucoup à la chasse. L'Empereur partira mardi pour Saint-Quentin, mais j'espère ne pas être d'un voyage de ce genre, je pourrai me reposer pendant ce temps ; au reste, je t'écrirai ce qui en sera. Donne-moi de tes nouvelles, j'en attends avec la plus vive impatience; ménage ta santé, la mienne est très bonne. Embrasse surtout bien nos enfimts pour toi et pour moi, je ne puis penser k tout ton bonheur sans sentir mes yeux se remplir de larmes. Adieu, mon cher ami.
Caroline.
P. S. — Je ferai tout ce que tu m'as fait recommander par Janvier.
Archives du prince Mural. D. 566. 24.
A Compiègne, le 22 atril (1810).
Je profite d'un aide-de-camp du ministre de la Guerre pour t'écrire deux mots, quoique ces mots ressembleront à tous les antres : c'est que je suis bien triste de ton départ et bien inquiète (lu voyage que tu vas faire. J'ai bien peur que tu ne prennes pas la Sicile, n'entreprends pas celte expédition si tu n'es pas sûr d'y
250 JOACHIM AILKAT
réussir. Donne-moi des nouvelles tous les jours lorsque tu partiras pour y aller et voir ce que tu feras, envoie-moi sur-le-champ un courrier si tu as des succès, car ils me feront yrand plaisir et j'avoue que j'aurai une joie bien grande lorsque j'apprendrai que tu auras pris la Sicile. L'Empereur m'a paru très bien dispose pour toi et il m'a parlé hier de toi. L'Impératrice me parle souvent de toi. Jérôme part aujourd'hui, il ne cesse de me dire beaucoup de choses aimables pour toi, ainsi que la Meine. Compiègne va être bien triste; on dit que rKnipcreur va à Saint-Quentin après-demain, je ne sais si j'irai; en attendant on fait des chasses, on courre le cerf. Je te regrette bien, je pense aussi à nos pauvres enfants, je n'ose d'un instant arrêter ma pensée sur eux, et cependant elle revient toujours. Je vois encore leur joie en te voyant et leurs pleurs couler en ne voyant pas encore arriver leur maman, embrasse-les bien pour moi, presse-les bien l'un après l'autre et dis-leur combien je me trouve affligée de ne pas me trouver auprès de vous. Adieu, mon cher ami, ménage bien ta santé, donne-moi souvent de tes nouvelles et songe quej'exige de tes lettres, le moindre retard me causerait de vives inquiétudes. Je t'embrasse bien tendrement.
Tu devrais être assez aimable pour faire arranger mon a|)partement comme je le désirais, je n'avais donné ordre qu'on fit arranger un salon, parce que tu n'avais pas donné d'ordre pour les autres, mais si tu voulais en donner au Grand .Maréchal pour cela, il a les plans et je le trouverais fait pour mon retour. Je vais te dire aussi que j'ai été pénétrée de chagrin en te voyant partir et surtout pénétrée de la manière aimable que tu as été pour moi; jamais tu n'as été connue cela et j'avoue que cela m'a pénétrée de tendresse, et cela m'a donné du courage pour te demander ce que je veux, sans avoir la crainte de te fâcher comme tu faisais toujours, ce qui m'était l'envie de te rien demander ni rien devoir...
{La fin (le la Icllrc manque.)
Archive» du prince Xliirat. D. 566. 26.
4850. — LA RtlLVE GAROLIXL A LA RKLVE HORTKXSl':
.\ Compiègne, 22 avril 1810.
J'ai été bien fâchée, ma chère Hortense, d'avoir été retenue par l'Empereur chez qui j'étais, au moment de ton départ ', et de n'avoir
' Le retour de la Reine Hortense en Hollande avait été imposé au Roi Louis
ROVALMI'] UK XAPLKS. — 1810 251
jni tembrasser, mais au reste c'est pour le mieux, car je t'avoue que j'aurais eu trop de peine de te faire mes adieux. Je te prie de m'écrire dès que tu le pourras et de me dire si tu n'as pas été trop fatiguée de ta route et si tu es arrivée en bonne sauté. Je compte assez sur ton amitié pour être sûre que tu m'écriras et souvent. Tout le monde s'en \a de Compiègne, ce qui rend le séjour un peu triste. On dit aussi que l'Flmpereur partira après-demain pour Saint-Quentin, mais je ne sais si j'irai. Le Vice-Hoi et la Vice-Heine sont partis pour Xavarre, la Princesse de Bade y est depuis deux jours. Les chasses vont toujours. L'Empereur et l'Impératrice se |)ortent très bien. Pour le Grand-Duc de Uurzbourg ', ii est toujours fort aimable et fort amoureux. Je t'envoie la boîte que tu m'avais envoyée, pour faire signer le portrait. J'ai eu beaucoup de peine à le sauver, car la Reine de U'estphalie voulait absolument le prendre. Embrasse Xapoléon pour moi et sois sûre que tu as en moi une véritable amie.