C.iROLIXE
li. \\\1I. lettre 36.
4851. — MIR.AT A XAPOLEOX
.Alexandrie, 22 avril 1810.
SiRK,
Je m'empresse d'informer Votre ALijesté que 80000 quintaux de blé ont été expédiés pour Corfou et que la garnison de S'" .Maure a dans plusieurs sorties fait beaucoup de mal à l'ennemi et l'a chassé de tous ses ouvrages et les a détruits. On assure que le général Donzelot a fait passer des renforts, ceci peut être regardé comme officiel, cette nouvelle ayant été apportée par un bâtiment venant de Corfou pour chercher des grains. Il paraîtrait en même temps que le pacha de Janina se conduit assez bien, qu'il est devant l'île et qu'il fait passer des vivres aux Français.
Les nouvelles apportées de Palerme annoncent qu'il y a une insurrection et que la plus grande mésintelligence règne entre la Cour et les .Anglais qui, d'après le mariage de Votre Majesté et les préparatifs dirigés contre la Sicile, croient Caroline d'intelligence
])ar l'Empcredr ; le Roi avait ([uitté Paris le () avril pour regagner .Amsterdam, la Heiue u'avait quitté (^ompiègoe (jiie le 11 avril, cmiiionant avec elle son fils aîné. (\ oir P^rédéric Mas.sov, Xapuléun et sa famille, \ . p. 21V-227.) ' Ferdinand III, ancien grand-duc de Toscane, devenu grand-duc de W'urtzhourg après le traité de Presbourg.
avec Votre Majesté pour les chasser de la Sicile, pour la conserver pour elle, ceci est très positif, ils viennent de demander formellement que les troupes siciliennes et la marine soient réunies sous les ordres des Anglais et le général Acton est en ce moment à Messine pour traiter cette négociation. Tout est en mouvement en Sicile, le peuple est pour nous, la noblesse pour les Anglais ainsi que la majorité des négociants. On a fait partir il y a 10 jours SOO hommes pour Sainte-Maure, avec une dépêche très pressée et Tordre de la jeter à la mer s'ils venaient à être menacés d'être pris.
Sire, on n'exécute pas à Rome le décret d'exportation, et j'assure à Votre Majesté que nous sommes dans les plus grandes inquiétudes.
Je suis
Guerre.
A Compiègne, 25 avril CISIO).
Je n'ai pas encore reçu de tes nouvelles et j'en attends avec une vive impatience, j'imagine que tu vas si vite que tu n'as pas même le temps de t'arrêter pour m'écrire. Je compte cependant que tu m'écriras, soit de Turin ou de Home. Je te suis en idée et je parcours le chemin que tu fais.
Je te prie de faire compter la dot à M"' Baudus, sa mère est venue me voir et la pauvre femme désirerait bien que le sort de sa ûlle fut décidé. Tâche de terminer cette affaire au plus tôt, cela sera une chose agréable pour M. Baudus. Mous lui devons cela pour tous les soins qu'il prend d'Achille. Je vais te parler encore d'une autre affaire et je t'envoie la lettre de M™' de Cassauo qui t'instruira de tout. Cette malheureuse femme est au désespoir et toute la noblesse est aux abois.
Tu devrais bien améliorer leur sort qui est vraiment déplorable puisqu'ils sont réduits dans la misère.
Adieu, mon très cher ami, embrasse bien nos enfants pour moi et ménage une sauté qui m'est bien chère. L'Empereur me charge de te dire mille choses. Lafon et Baptiste sont venus, ils désirent aller à Xaples. Quelles sont tes intentions là-dessus?
A Compiègne, 26 asril 1810.
Mon très cher ami, j'ai parlé à l'Empereur des licences et il m'a dit qu'il allait te les envoyer, ce qui, je suis sûre, te fera grand plaisir. Je pars à cinq heures du matin pour aller à Saint-Quentin; je ne serai pas du grand voyage, car ma santé n'est pas trop bonne, (iijaut toujours les mêmes esprrances, je craindrais de me beaucoup fatiguer.
De Cambrai je retournerai à Paris, et l'Empereur, sachant que je me propose de prendre les eaux de Barèges, et voulant me délivrer de la dépense que doit m'occasionner toute ma suite, il m'a engagée de prendre la maison du Roi de VVestphalie ou celle du Roi do Hollande, d'y loger toutes mes dames et que sa Maison me suivrait, ainsi que je n'aurais aucune dépense de bouche à faire. J'aurais désiré esquiver les fêtes qui sont retardées d'un mois, mais Jérôme ayant demandé d'être dispensé d'y assister, l'Empereur s'est fortement fâché, ainsi je n'ose m'exposer à un pareil désagrément.
Jérôme avait fait déjà partir toute sa .Maison, et lorsqu'il est venu prendre congé de l'Empereur, il lui a dit qu'il fallait qu'il restât, et qu'il l'accompagnerait même dans sa tournée de Nimègue, Anvers, etc., et il est ici san.s sa Maison et sans suite.
Adieu, mon cher ami, ne sois pas inquiet si tu restes quelques jours sans recevoir de mes lettres, mais je n'aurai pas une minute de repos. J'aurai dans ma voiture le Grand-Duc de Wurzbourg et deux de mes dames. Nous aurons une fête dans chaque ville ; crois qu'à chaque instant je penserai cà toi et bien tendrement.
Je te prie de ne pas me laisser manquer de nouvelles de toi, surtout si tu pars pour la Sicile. Je n'ai pas encore reçu de tes lettres, ce qui me fait bien de la peine, j'en attends à chaque instant et je ne vois pas entrer une personne chez moi sans espérer qu'elle m'apporte de tes nouvelles. Adieu, mon cher ami, embrasse bien tendrement nos chers enfants pour moi.
Archives du prince Marat. D. 566. 27.