‹ Lettres et documents, 1767-1815Chapitre 72 sur 94 · C.IROI.IVE · texte numérisé non relu

C.IROI.IVE

Arcliives du prince Mural. D. 566. 38.

Montelcone, 10 mai 1810.

Au minisire des Finances.

Monsieur le ministre, les 1 8 000 ducats que vous m'avez annoncés ne sont pas encore arrivés et je ne sais pas comprendre comment mon Trésor parti de Naples' n'est pas encore arrivé à Cosenza. Envoyez, sur-le-champ, un de vos employés au-devant de lui et qu'il ne le quitte plus qu'à son arrivée au quartier général. Il est indispensable qu'il arrive très prochainement, j'ai le plus grand besoin d'argent pour l'exécution des différents travaux que j'ai ordonnés

' Le trésor du Roi, se moulant à 256 000 ducats, était parti de Xaples sous la conduite de M. Rambaud, les fourgons n'avaient pu emporter une somme plus forte, ce trésor ne rejoignit le Roi qu'à Scilla le 11 juin 1810.

ROYAUME DK NAPLKS. — 1810 323

sur la côte. Faites-moi connaître l'époque à laquelle vous croirez avoir terminé vos affaires, afin que je puisse vous appeler auprès de moi, ainsi que le ministre de l'Intérieur. Les convois continuent à arriver, d'autres me sont annoncés par le télégraphe.

j^rchiie» du prince Murât. R. XXXIII, lettre 90.

V9V7. — MURAÏ A DAURE

.Monteleoue 30 mai 1810.

Monsieur le ministre, j'ai reçu vos différents rapports, témoignez à l'intendant de la Capitanata tout mon mécontentement sur la conduite qu'il tient dans sa province; je lui croyais plus d'esprit et de discernen)eut, il est sans s'en douter l'instrument des vengeances particulières : faites-lui sentir que son dernier procédé relativement à l'assassin du gendarme est digne d'un barbare. De quel droit un fonctionnaire public s'arroge-t-il l'autorité des tribunaux et dispose-t-il à son gré de la vie de mes sujets?

Vous aurez sans doute reçu le décret qui rétablit le régime constitutionnel dans tout le Royaume et qui rend la haute police à l'autorité civile, et vous trouverez ci-joint l'ordre du jour de l'armée qui rétablit les pouvoirs de l'autorité militaire, tenez sévèrement la main à son exécution.

L'opinion publique accuse hautement l'ordonnateur V'auchel de vol et de friponnerie; il nous a l'ait payer la ration de pain à sept grains ' et je viens de conclure un marché pour trois grains et demi; il nous a fait payer la ration de fourrage de 48 à 50 grains, tandis que je suis sûr de l'obtenir de -10 à 32. Il est de même de toutes les autres denrées. En\oyez-moi un autre commissaire. Le service des subsistances en Calabre a été une dilapidation continuelle et c'est à la manière dont ce service a été fait que nous devons en partie le brigandage et les révoltes qui ont éclaté dans plusieurs communes. Il est plus que temps de mettre un terme à tant de désordres par l'exactitude à tenir mes engagements et en n'employant dans ces provinces (|ue des gens honnêtes; voyez s'il vous sera possible d'en trouver parmi les commissaires des Guerres et autres agents du Gouvernement; il est hors de doute que M. Vauchel est fortement appuyé par vos bureaux ; tâchez de découvrir ses complices.

' Le grain (grano), centième partie du ducat, valait 0 fr. 04-.

32'f JOACHIM MURAT

Le 6*" convoi est arrivé, je n'ai point de nouvelles des autres. Je reçois votre lettre du 25, j'espère que vous avez fait décharger surle-champ les vingt-cinq bâtiments arrivés de Calabre et que vous vous eu servirez pour le transport de l'artillerie : dans tous les cas renvoyez-les moi pour le transport des troupes. \e perdez pas un moment, l'armée sera toute réunie d'ici au 10, au camp de la Corona et de Melia; il faut que mes moyens de transport y soient éyalement réunis pour celte époque.

Je ne sais pas encore si \()us avez assuré le service delà marine, mais je sais qu'il me manque ici cl queje serai obligé de donner quelques fonds pour les besoins journaliers. J'espère que personne et surtout aucun militaire ne se permettront de quitter \aples pour se rendre à l'armée sans mon ordre; je saurai les appeler quand le moment sera arrivé.

Le service des hôpitaux se fait mal : le quinquina surtout e.'^t de mauvaise qualité, nous n'avons point encore de malades.

Les nouvelles de Sicile sont très satisfaisantes, des brigands se présentent tous les jours. Mu santé est fort bonne : je vais coucher à Tropea, je serai après-demain à Scilla.

Archives du priocc Murât. R. XVI, p. 244.

4948. — MUR.Vr A FRAXCKSCO RIGCI.'^RDI

Monfeleorie, le 30 mai 1810.

A monsieur le Grand Juge.

Monsieur le ministre, j'ai reçu vos différents rapports, j'ai signé hier tous les projets de décrets que vous m'aviez envoyés sur la nomination de quelques juges ou leur permutation d'une province à l'autre; j'ai également approuvé les changements proposés pour les tribunaux de Cosenza et de Monteleone. Proposez-moi le remplacement des juges que vous croyez hors d'état de pouvoir remplir leurs fonctions; je consens ta leur laisser la moitié de leurs appointements jusqu'il ce qu'ils soient appelés à d'autres fonctions. .Adressez-moi un projet de décret dans ce sens.

Je suis très content de l'esprit des bons Calabrais, ma présence parmi eux était bien nécessaire. Ma santé est fort bonne.

Archives du prince Murât. K. W'II, p. II.

31 mai 1810.

Voilà quatre jours que je n'ai pas reçu de tes lettres et ce temps me paraît bien long; TEmpereur non plus n'arrive pas, nous l'attendions aujourd'hui et son retour est encore remis à aprèsdemain. Je l'attends avec impatience, j'espère aussi qu'il me permettra de retourner à Xaples, je sens que je ne peux plus vivre éloignée de mes enfants ; en me levant, en me couchant, leur souvenir et le tien sont là pour me tourmenter. Je désire tant vous voir, vous embrasser, je pense sans cosse à toutes tes fatigues, je crains aussi que ta santé ne puisse se soutenir avec ces grandes chaleurs, enOn je crains tant de choses que je suis toujours dans une continuelle inquiétude. Ecris-moi au moins le plus souvent que tu le pourras et songe combien je suis malheureuse toutes les fois que l'estafette arrive sans m'apporter de tes lettres. J'en ai reçu hier une de l'Impératrice qui me charge de te dire bien des choses. Le Grand-Duc aussi me parle sans cesse de toi et me charge de le rappeler à ton souvenir.

Adieu, mon cher ami, je t'aime et t'embrasse bien tendrement.

Caroline.

Archives du prince Murât. D. 5G6. 39.

Tropea, le 31 mai 1810.

A monsieur le chef de. l'étaf-niajor général.

Monsieur le chef de l'état-major général, envoyez l'ordre au commandant de la place et de la marine du Pizzo de diriger sur Tropea tous les convois qui s'y trouvent, je les crois plus en sûreté ici ; lui-même devra venir prendre le commandement de Tropea, attendu que le Pizzo sera, par cette nouvelle disposition, bien moins important ; cependant comme il ne faut pas laisser le Pizzo sans commandant, on pourrait y envoyer celui qui se trouve ici à l'arrivée de son successeur. Vous préviendrez le ministre de la Guerre de ce changement. Donnez l'ordre au commandant des convois qui

326 JOACHIM AIURAT

se trouvent àTropea qu'il fasse partir ce soir les batteries de Piètre Ncre et de Baguara et que je le laisse le maître de composer son escorte.

Arcbiies du prince Miirat. R. X\', p. 31.

4951. — LA RKIXM': CAROLI.Vli A SOX MARI

1" juin 1810.

Pas encore de tes lettres aujourd'hui; si je ne savais que tu es dans les Calabres, je serais bien inquiète, cependant écris-moi le plus vite possible, car tu ne peux te faire une idée de la position cruelle d'un être qui est inquiet sur l'objet qui l'intéresse uniquement.

Je crains pour toi les fatigues, la chaleur, la non-réussite, tes petits chagrins et tous les dangers auxquels tu es exposé. J'ai beau dire que j'ai tort, mon imagination est plus forte que ma raison et je m'en veux (sans pouvoir me corriger) d'être aussi enfant.

Je viens de dicter une longue lettre à Janvier, ainsi je ne veux pas me répéter ici, cependant je ne puis m'empêclier de te dire que si tu ne crois pas l'expédition de la Sicile sûre, de ne pas la hasarder.

Ma grossesse avance, cependant je ne grossis pas trop et ce n'est pas très apparent, mais j'ai souvent des malaises qui me fatiguent beaucoup; je suis d'une impatience sans égale de retourner à Xaples, il me semble que je serais plus près de toi et qu'au moins je partagerais en partie tes fatigues, tes désagréments, tes dangers et que j'aurais au moins à chaque instant de tes nouvelles.

L'Empereur arrive aujourd'hui et je lui demanderai de partir dans huit jours, je ne peux plus tenir ici, je m'ennuie, je suis inquiète, ce n'est pas vivre que d'exister ainsi. Et mes pauvres enfants! J'ai un si grand besoin de les embrasser!

Adieu, cher ami, je t'embrasse bien tendrement, je soupire après le moment où je te reverrai.

Archives du prince Murât. D. 566. 40.

ROYAUME I)K \APLES. — ISIO 327

4952. — MURAT A FRAXGESCO RICCIARDI

Palrai. le 1" juin 1810.

.-î monsieur le. Grand Jiicje, minisirc de la Justice.

Je vous renvoie le projet de décret qui vous accorde quatre cents ducats pour la fête du Corpus Doniim. Pour répondre à toutes les questions que vous me faites relativement à cette fête, j'ordonne qu'elle se fasse de la même manière que l'année d?rnière; faites connaître cette décision à tous ceux qui doivent en avoir connaissance. Je ferai demain le travail de la Justice.

Je suis on ne peut plus satisfait de l'esprit public de la Calabre ultérieure et je n'ai que des éloges à faire à l'intendant pour sa bonne administration. Ma santé est très bonne.

.archives du prince Miirat. R. XVII. p. l:i.

4953. — MUR.AT AU MAREGH.AL PERIGXOY

P.ilmi. le 1" juin 1810.

A monsieur le maréchal Périr/non.

Mon cousin, je reçois exactement tous vos rapports; mes convois, partis de Naples, commencent à m 'arriver. Toute mon armée sera réunie vers le 10 sur Scilla et je ne crains pas de vous avancer que 48 beures après la réunion de tous mes moyens de passage, je serai en Sicile. Je suis encore à concevoir comment il s'est trouvé des personnes assez pusillanimes pour avoir pu voir des difficultés positives dans cette expédition.

R. XV, p. 31.

Palml, l"juin 1810.

Au ministre de la Guerre.

Monsieur le ministre, j'arrive à Palmi où aucun service n'est assuré. Comment se fait-il que M. Vauchel qui avait connaissance

de la réunion de l'armée dans les Calabres, n'ait pas fait les premières dispositions pour l'assurer? Mes troupes vont arriver et je ne sais comment les faire \ivre, heureusement que je compte sur les blés qui sont arrivés au Pizzo et à Tropea ainsi que sur l'avoine. Les préposés de la compagnie du service de la Marine qui devaient prendre leur service au 1" juin, ne sont pas encore arrivés et je suis obligé de donner moi-même des fonds pour ce service de ma propre cassette.

Le vent e.st bon depuis ce matin pour l'arrivée de nos convois, j'attends demain les batteries delle Piètre Nere et de Bagnara et toutes les autres successivement. J'espère qu'au moment où j'écris tout ce que je dois tirer de Xaples en est déjtà parti.

Je vois d'ici l'illumination de Messine à l'occasion du Corpus Domini; j'ai pu mesurer aujourd'hui toute la largeur du Phare; dites hardiment aux incrédules que je serai avant vingt jours en Sicile, parce que j'espère que tous les convois qui sont partis de Naples seront arrivés.

Toute l'armée sera réunie le 10 sur Bagnara et sur Scilla. Faites en sorte que les vivres de la marine ne soient pas en souffrance, et pour cela faites arriver tout ce que vous pourrez de Xaples, car on ne trouve rien ici.

Archives du priuce Murât. R. XVI, p. •246.

4955 — MURAT AU MARIÔCHAL PERIG\OX

Palmi, le 2 juin 1810.

A tnomieur le maréchal Péri (/non.

Mon cousin, je reçois votre rapport du 28; je désire qu'il ne soit envoyé aucune nouvelle troupe en Fouille, j'attends avec impatience les convois que le mauvais temps retient en route. Je me porte très bien.

Archives du prince Mural. U, \V, p. 3"2.

Palmi, -2 juin 1810.

Au ministre de la Guerre.

Monsieur le ministre, je vois par votre rapport du 28 que vous

avez renvoyé la division Hongoiird à Canipo d'Anzo; rappelez-la au reçu de ma lettre et faites-la diriger, sans perdre un instant, sur Scilla. J'ordonne également que vous dirigiez sur le même point toutes les canonnières qui se trouvent encore à Maples, ainsi que tous les officiers qui doivent faire partie de l'expédition, que je me propose d'exécuter avant le 20, conséquemment vous jugerez combien il est instant que tous mes moyens soient réunis avant cette époque.

J'approuve que vous ayez envoyé le major Canièro commander le 4"""' régiment.

Cessez donc de m'envoyer des propositions pour des avancements; songez à me faire |)lutôt des soldats que des officiers.

Le colonel Houlnois est le maître de venir prendre le commandement des escadrons de guerre de son régiment.

Je ne vois pas d'inconvénient que le colonel Constaiito se rende k l'armée.

Vous avez été bien le maître d'avancer quatre cents ducats au colonel d'Ambrosio.

Nous sommes contrariés par le mauvais temps. Les batteries Délie Piètre Nere et de Hagnara n'ont pu encore sortir du port de Tropea, le vent continue à leur être contraire.

M. Vaucbel est bien coupable. Le service manque sur tous les points; j'espère cependant (|u'un contrat pour les fournitures vient d'être fait avec un particulier du pays au moment où j'écris

Le commissaire de marine qui ne paie pas de beaucoup de mine, paraît cependant avoir beaucoup d'activité.

Je reçois votre rapport et copie de la lettre de Caroline, j'ordonne que Cazzetti reste à Maples et qu'il ne soit fait aucun rapport.

Dites au général Destrés que je n'ai point de cavalerie à lui donner, qu'il en a plus qu'il ne lui en faut pour le service dont il est cbargé.

Je sais qu'il y a de la faute de plusieurs commandants des convois, s'ils ne sont pas encore arrivés ici : ordonnez au capitaine Hongourd, quand il partira, de ne rien laisser après lui et d'arriver en diligence, s'il veut se trouver à l'expédition.

Arclii\e8 (lu prince Murât. R. XVI, p. 247.

4957. — MURAT AU COLOXEL ARCOV ITO

Pdlmi, le 2 JLin 1810.

A momicur le rolonrl Arcovito, (ndc-de-ramp de S. M.

Monsieur le colonel, vous connaissez tout riiitérèt que je mets à ce que tous les convois ui'iu rivent promptement ' et à ce qu'ils ne s'arièlent en route que forcés par le temps; en conséquence, je désire que vous parliez sur-le-champ et que vous parcouriez la côte depuis le Pizzo jusqu'à Faola et que vous fassiez partir tous les convois que vous rencontreriez arrêtés dans quelque mouillage; vous me ferez connaître par toutes les occasions possibles des nouvelles de ceux partis de \aples.

ArcliUes du prince Mural. R. XV, p. 32.

4958. — LA RKI.VK CAROLIXK A S0.\ MARI

Paris, le 2 juin 1810.

Mon cher ami, je profite du départ du colonel Romeuf qui se rend auprès de toi, pour m'cntretenir un peu plus librement avec toi, et pour te donner des nouvelles. Si M' Momeuf n'était pas obligé de partir sur-le-champ pour te porter les dépèches du ministre, j'aurais retardé d'un jour son voyage afin de te donner des nouvelles plus fraîches de rKm|)ereur et de l'Impératrice qui arrivent ce soir à S'-Cloud. Tout ce que je puis te dire de certain : c'est

' Le général Gremkr, dans le Journal historique de la campagne de Calabre en 1810, fait remarquer que ï rien ne peut égaler l'activité avec laquelle furent réunis à Xaples, par suite de la précision des ordres du Roi, les transports nécessaires pour un corps d'armée d'à peu près 15 000 hommes. On pourra en juger aisément, lorsqu'on se rappellera qu'à l'époque du retour de S. M. de Paris, le 28 avril, aucuns préparatifs pour cette expédition n'avaient encore été ordonnés et (|ue dans l'espace de moins de deux mois, près de 1 000 bâtiments de commerce, destinés au transport des troupes, furent réunis, armés, formés en convois au fur et à mesure de leur réunion et successivement expédiés en Calabre, sous l'escorte de quelques chaloupes canonnières et autres bâtiments armés, et chargés de tout ce qu'ils pouvaient comporter de bouches à feu, projectiles, munitions, outils et autres objets du matériel des différents services s. (Archives du prince Murât. R. XIjVIII.)

ROYAUME I)K VAl'LKS. — 1810 :J3I

que leur santé n'a point souffert du voyaae, et qu'il n'est point encore question de grossesse.

Le Koi de Hollande vient d'éprouver un grand désagrément que je veux te conter, afin que tu voyes combien de précautions nous avons à prendre pour nous maintenir bien dans l'esprit de l'Empereur. Le cocher de M' de La Uochefoucauld s'est présenté dans une église avec ses habits de grande livrée. La coutume de Hollande est de n'assister aux cérémonies du culte ([u'avec des habits très-simples et sans galons ni broderies. Tous les Hollandais (pii étaient dans le temple ont trouvé cela très-mal, et plusieurs en ont fait l'observation à ce cocher, qui a voulu rester et a répondu avec hauteur. lia dispute s'est engagée, ou en est venu aux coups, et le cocher a été battu et obligé de sortir. Il parait que le Hoi Louis n'a pas cru devoir se mêler de cette affaire ni encore moins ordonner de réparer cette insulte. Ij'Empereur qui en a été informé a regardé cette dispute comme une injure faite à sa Légation, et il a ordonné sur-le-champ .à son ambassadeur de quitter Amsterdam et à l'ambassadeur de Hollande à Paris de retourner en Hollande. Je ne sais pas comment cela finira, mais tu vois combien l'Empereur s'affecte de tout ce qui concerne ses ministres et ses sujets. Je te recommande donc de ménager les agents français que nous avons à Naples, et de ne pas trop les accuser de mauvaises intentions contre nous, car c'est l'Empereur lui-même qui exige qu'ils fassent des rapports, et ils courraient le risque d'être destitués si l'Empereur apprenait d'un autre côté les bruits qui courent à Naples et qu'ils sont chargés de lui faire connaître. Crois (pic je suis bien sûre de ce que je te dis, et que je connais de bonne part les ordres donnés par l'Empereur, ainsi que l'obligation où sont ses agents de s'y conformer. D'ailleurs il peut y avoii' de grands inconvénients à montrer de la méfiance ou de l'éloignement à ceux qui sont à Naples, et il n'y en a aucun à les ménager. Ils sont toujours obligés de faire leurs rapports, mais si on les traite bien, ils n'y mettront pas d'aigreur, et rapporteront tout sim|)lcment ce qu'ils entendront dire.

Beaucoup de personnes disent ici que les Anglais ont envoyé de grandes forces en Sicile, parce qu'ils sentent l'importance de conserver cette isie, et l'on pense que la conquête en offrira de grandes difficultés. Plusieurs même sont persuadés qu'elle est impossible dans ce moment. Je te conseille de ne tenter l'expédition que lorsque tu seras bien assuré du succès. Je t'assure que cela me donne de grandes inquiétudes, et (pie je suis quelquefois fâchée que tu

aies commencé les préparatifs de celte entreprise. Cependant si tu croyais ne devoir rien tenter maintenant, ta gloire ne serait pas compromise, car tont le monde sait qu'à l'exception des troupes françaises qui ont été envoyées, tu es abandonné à tes propres forces, et que tu n'as rien à opposer iî la marine anglaise.

Je te conjure donc de ne pas hasarder la descente en Sicile si tu n'es pas certain de vaincre, et surtout de ne pas t'exposer. Donnemoi souvent de tes nouvelles, fais-m'en donner par le Grand Maréchal. Tu ne saurais croire combien j'ai besoin d'en recevoir souvent et d'être tranquillisée.

Je verrai ce soir l'Empereur et je lui demanderai la permission de retourner à Xaples et de me mettre en route dans huit jours. J'ai besoin de me rapprocher de toi et de revoir nos chers enfants.

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