LA REINE G.AROLIXE A LA REINE HORTENSE
Saint-CIoud, 19 juin (1810).
Ma chère Hortense, j'apprends avec le plus grand plaisir que tu
vas revenir bientôt à Paris, (pioique je sois bien fâchée de savoir que ta santé n'est pas trop bonne, mais j'espère qu'à ton retour tu te porteras mieux. J'ai vu ton fils (jui est en meilleure santé, j'ai joué à cache-cache avec lui et il a ri de tout son cœur. J'espère, ma bonne Hortensc, que je serai encore à Paris lorsque tu reviendras, car j'aurais un grand bonheur de t'embrasser; mon amitié pour toi sera toujours la nicnic cl |)lus je (e sais souffrante, plus je sens qu'elle est vive.
Nos fêtes vont bientôt finir et j'en suis bien aise, car dans la situation où je suis, cela me fatijjue beaucoup. Je ne t'en donne pas les détails, car tu les auras lus dans les journaux.
Adieu, ma très chère Hortense, écris-moi bientôt que tu vas revenir et le temps à peu près. J'ai reçu des lettres du Itoi qui se porte bien. Je suis bien itiipaliente de voir et d'embrasser mes enfants. Toi qui es mère et une mère si tendre, tu dois me comprendre, .^dieu, ma chère Hortensc, je t'embrasse bien, bien tendrenjent.
Caroline.
Archives du Prince Murat. U. XWII, letlre -29.
5024. — MUR.AT A DALRE
Au ministre de la Guerre.
Scilla, 19 juin 1810.
Monsieur le ministre, j'ai reçu votre dépêche du 14 par laquelle vous m'annoncez que vous comptez employer les trois canonnières portant du 33 contre les corsaires de Ponza. J'ordonne que vous les fassiez partir au reçu de la présente pour Scilla, elles remplaceront les trois que j'ai perdues; servez-vous des bâtiments américains contre les corsaires ennemis.
Je n'approuve point la décision que vous avez donnée relativement aux commissions militaires ; rappelez-vous qu'il n'y a qu'une loi qui puisse détruire une autre loi et que vous ne pouviez, sous aucun prétexte, décider que les causes pendantes devant les commissions militaires devaient être jugées par elles. Si vous aviez réfléchi que mon décret ne détruit pas la permanence des commissions militaires, vous m'auriez demandé pour juger ces causes pendantes, une nouvelle commission qui aurait cessé ses fonctions immédiatement après cette opération; ainsi faites un rap-
ROYAUME DE XAPLES. — J810 381
port sur tel ou tel crime et alors je verrai s'il est de nature à être envoyé à une commission militaire que j'établirai ail hoc par un décret.
J'ai lieu, plus que jamais, d'être fâché qu'on ait envoyé Cazzetti en Sicile : en général, je le répète, il serait très malheureux que l'on prît à Xaples certaines mesures qui, je le sais, sont dictées par l'attachement, mais que la politique désapprouve et sur lesquelles celui qui seul tient le timon des affaires peut prononcer.
J'espère qu'au moment où j'écris, tout ce qui doit faire partie de l'expédition est en route : envoyez de la mitraille et des munitions.
Rien ne s'oppose à ce que M. le colonel Leclerc visite les forts de Xaples et la place de Gaëta', faites-le accompagner par uu officier du génie. Cet officier n'aurait pas dû dire qu'il avait ordre de sonder l'opinion publique sur la réunion à la France. Je sais que le bruit a couru que l'Empereur avait chargé positivement le ministre delà Guerre de faire prendre des renseignements à cet égard. On parle en général beaucoup trop à Xaples et les personnes qui tiennent au Gouvernement devraient être plus discrètes et plus mesurées.
Je suis très satisfait du zèle et de l'activité que vous avez mis dans l'organisation et l'expédition de mes convois; mais je désire (jue vous soyez ministre et que vous teniez votre rang. Je vous aime trop pour ne pas vous faire connaître le défaut que l'on vous connaît d'être trop bon et trop communicatif.
Archives du prince Marat. R. XVI, p. '261.
Scilla, 20 juin 1810.
Au ministre de la Guerre.
Monsieur le ministre, j'ai reçu votre lettre du 15 qui m'annonce
' Le colonel Leclere était porteur d'une lettre du ministre de la Guerre, Clarke, pour le maréchal Périjjnon, portant injonction à celui-ci de veiller à l'approvisionnement de la place de Gaëte, et Clarke ajoutait de sa main en post-scriptum : » C'est par ordre e.xprcs de S .M. l'Empereur que j'écris la présente à Votre Excellence. » Le maréchal Pérignon répondait brièvement à Clarke : a Tout ce qui dépend de moi relatirement au contenu de votre lettre, sera ponctuellement exécuté, mais presque tout regarde le Roi, comme Roi et comme général en chef de l'armée, ce sera donc Sa Alajesté ([ui dirigera l'exécution des ordres de l'Empereur. » (Archives du prince Alurat. D. 578. 6.)
le départ du 20*""' convoi, et, pour le lendemain, celui du dernier. Dieu veuille qu'il ne reste pas en route si lonjjtcmps que les autres.
Je vois qu'on a envoyé ici un nommé Héran,']er comme inspecteur (les équipages militaires et un Jiommé Hoyer comme inspecteur des vivres, ils doivent me couler trois cà quatre cents ducats par mois et me sont parfaitement inutiles, faites-moi connaître les motifs qui vous ont porté à les nouuncr, je sais cjue le premier est fortement recommandé dans vos hurcauv par une jolie dame de vos amies, mais je ne pense pas que sa rccoininandation ait influé sur la nomination que vous en avez faite.
Faites partir sur-le-champ un inspecteur ou un sou.s-inspecteur dont nous avons besoin pour arrêter et sijjner tant les feuilles de solde que les à bon comptes.
Faite.s-moi adresser un résumé général de tout ce que vous avez fait partir de iVaples, en indiquant le nombre des bâtiments armés, celui des bâtiments de transport, le nombre des marins, la nature et les quantités de chargement pour chaque bàtintent; enfin un état général basé sur ceux particuliers que vous m'avez adres.sés de chaque convoi, mais en y ajoutant la quantité des chargements, ce que vous n'aviez pas fait dans les précédents états.
Je désire que vous me fassiez connaître si, au départ de Xaples, chaque patron de barque n'a pas reçu sa lettre de chargement; ici aucune n'a été trouvée à bord, ce qui peut donner lieu aux plus grandes infidélités.
La flottille ennemie nous laisse parfaitement tranquilles et ne quitte pas la pointe du Phare; elle n'ose plus venir inquiéter mes communications avec le ï^izzo et Heggio. .^insi, si tous les canonniers s'étaient trouvés à leur poste, ils auraient peut-être forcé une frégate d'amener : elle a passé à domi-portée de canon sous six pièces de 36; c'était la frégate la Mhicrre Xapolilainc.
Le général Stuart, pour prouver sa sécurité, fait travailler nuit et jour à la construction d'un camp retranché au Phare supérieur où il a fait établir un télégraphe, mais ce camp retranché ne sera vraisemblablement pas plus occupé que le camp de tentes qui se trouve sur les hauteurs de Carcoragio où il n'y a qu'une simple garde. Les Siciliens ont, jusqu'à ce moment-ci, constamment refusé de prendre les armes et sont animés d'un très bon esprit.
-archives da prince Murât. R. \VI, p. 263.
ROYAUME DE XAPLES. — 1810 383
5026. — MUHAT A DALRE
Scilla, 21 juin 1810.
Au niiiiis/rc de la Guerre.
Monsieur le niiuLstie, inaljjré la présence des Anglais, on est parvenu à faire partir de Trope;i un convoi qui se trouvait déjà en sûreté à Pietra \era, ce matin, au moment où l'ennemi a détaché vingt bâtiments armés pour l'intercepter. J'ai cru pendant quelque temps qu'il l'attaquerait dans sa position, mais quelques coups de canon auront sans doute suffi pour lui faire abandonner ce projet. Ce convoi mettra à la voile à la tin du jour et arrivera dans la nuit à Scilla. J'espère qu'on sera assez heureux pour pouvoir faire partir un autre convoi de Tropea. Voilà une nouvelle preuve pour les incrédules que les Anglais ne sont |)as si méchants, puisqu'ils veulent bien nous laisser passer quelque chose.
.Arch'ues dj priiici' Mural. R. XVI, p. 26.5.
5027. — MURAT A X'.APOLEOX
S(illa, le 22 juin 1810.
Siiu-;,
J'ai l'honneur de prévenir V. M. qu'aujourd'hui à 4 heures du matin, l'ennemi a signalé un de mes convois par le travers de \icotera. Le général Stuart a fait aussitôt hisser à toute sa flottille le signal de chasse générale. Elle était toute partie dès 5 heures du malin et faisait voile sur le convoi; mais ayant vent debout, et, conséquemment, mon convoi vent en poupe, l'ennemi n'a pu engager le combat avec l'escorte de mon convoi qu'à 2 heures et demie. M'apercevaut de sa manœuvre, j'ai fait sortir de Scilla dix scoridors, cin([ canots de ma garde, et dix ou douze barques portant des grenadiers du 62"""' et des voltigeurs de ma garde. Les huit canonnières qui étaient à IJagnara ont reçu l'ordre d'aller au-devant du convoi et de le protéger. Six scoridors de l'ennemi ayant forcé de rames, avaient déjà, de beaucoup, dépassé la flottille et étaient près d'arriver sur le convoi, lorsque mes scoridors leur ayant donné chasse les ont forcés de virer de bord et de se réunir au restant de la flottille. Cependant mon convoi était déjà arrivé au
384 JOACHI.VI MIRAT
delà de Pictra Nera et continuait tranquillement sa route sur Bagnara. Réunis à la flottille et protéjjés par elle, les scoridors ennemis en ont repris la tète et marché de nouveau à force de voiles sur mon convoi. Enfin l'action s'est engagée sous la Corona, elle est devenue générale. Vingt-huit de mes canonnières ont engagé le feu avec toute la flottille ennemie, composée de cin(juante et quelques voiles, parmi lesquelles plus de vingt canonnières portant du 24, et aux cris de « Vire l'Empereur, Vive le Roi ■• elles marchaient sur elle, et couraient à l'ahordage, lorsqu'après cinq heures de comhat, l'ennemi a honteusement ])ris chasse, ayant eu quatre canonnières coulées has, et celle du commandant de la flottille Natoli prise à l'abordage. Aucune de mes canonnières n'a souffert; je n'ai pas même perdu une seule harque, et, au moment où j'ai l'honneur d'écrire à V. .M., à minuit, tout le convoi, fort de deux cents voiles, rentre dans le port de Scilla. Cette action couvre de gloire ma marine. Klle fait le plus grand honneur au capitaine de frégate S'-Caprais qui l'a commandée. I/ennemi doit avoir considérablement perdu, puisque pendant deux heures, mes canonnières ont épuisé toute leur mitraille, et (|u'outre les canonnières qu'il a perdues, nous en avons vu plusieurs ramenées à la remorque. J'aurai l'honneur d'adresser à V. M. le rapport de cet officier sur une affaire qui doit avoir tant d'influence sur les opérations ultérieures et qui s'est passée sous les yeux de la Sicile et des Calabres. Nous commençons déjà à avoir quelques prisonniers anglais.
Je dois faire observer à V. M. que ce convoi avait appareillé de Tropea, sous les yeux de la croisière ennemie, composée d'un vaisseau, d'une frégate, d'une corvette et de douze ou quinze petits bâtiments armés. Tout le restant des convois arrivés au Pizzo passera vraisemblablement cette nuit au cap Vaticano. Je ne pense pas que l'ennemi ait envie de nous chercher querelle demain.
iircllives du prince Miirat. R. XVIII, p. 14.
5028. — AlURAT A NAPOLEON
Scilla, il juin 1810.
Par un courrier extraordinaire, Lucien me fit connaître hier qu'il avait reçu de V'. M. des passeports pour l'Amérique, et il me priait de lui procurer un bâtiment américain pour son passage,
ROYAUME DE XAPLES. — 1810 385
n'en ayant trouvé aucun à Livouine ni à Civita Vecchia. Sire, j'ai cru entrer dans vos vues en lui en expédiant un, puisqu'ainsi je le mettais à même d'exécuter vos ordres. Sire, je ne puis le celer à Votre Majesté, sa lettre était si tendre qu'elle m'a vivement louché. Il me demandait de l'argent, « n'ayant pas le temps, disait-il, de vendre sa terre de Caniuo » . Je lui ai répondu que je n'avais pas de fonds disponibles en ce moment, mais que, s'il tirait sur moi, je ferais honneur, autant que possible, à sa signature, pourvu que ce ne fût pas pour des sommes trop considérables ' .
Sire, je connais votre cœur; je me flatte que vous ne sauriez blâmer ma conduite; il est malheureux, il n'est coupable que par sa tête, je suis sûr que son cœur est toujours à V. M. Je serais bien malheureux moi-même, si V. M. désapprouvait ma conduite, quand je n'ai voulu que seconder l'exécution de ses ordres.
J'annonce aujourd'hui le résultat d'une bien brillante action, j'assure à V . M. qu'il est impossible de battre plus bravement son ennemi. J'espère pouvoir vous annoncer des résultats plus brillants encore. Sire, aimez-moi un peu ; je sens que je vous aimerai jusqu'tà mou dernier soupir.
Archives du prince Murât. R. WIII, p. 16.
Scilla, 22 juin 1810.
Ail ministre de la Guerre.
Monsieur le ministre, ainsi que je l'ai annoncé hier, le convoi de
' \ous n'avons pas trouvé trace de la réponse faite par Murât à Lucien; les termes de cette réponse, tels qu'ils sont rapportés par AI F'rédéric Masso.v (Xapoléon et sa famille, \ . p. 100) d'après le témoignage de Lucien nous |)araissent invraisemblables. La seule pièce qui se rattache à l'appui prêté par Murât à Lucien en cette circonstance a trait à la mission confiée par Lucien à son neveu Boyer, pour demander au Roi de Xaples un vaisseau et de l'argent. » Sire, écrit le ministre des Finances, -Agar, le 22 juillet 1810, j'ai l'honneur de remettre à V. AL en exécution de ses ordres une lettre de crédit sur AL Senthies, banquier à Rome, en faveur de AL Boyer, d'abord pour une somme de dix mille piastres par an, payables par quari, de trimestre eu trimestre, et en second lieu, de cent cinquante ducats par mois, pour son traitement comme inspecteur des Postes, d (Archives du prince Murât. R. XXXIV, n» 139.)
TOAiE Vin. 25
386 JOACHIM AILKAT
Pietra Nera était entré à 4 heures du matin, sans avoir été inquiété, dans la rade de Scilla.
Ce matin à 4 heures, l'ennemi a sijjnalé un de mes convois par le travers de Nicotera, le général Stuart a fait aussitôt hisser à toute sa flottille le signal de chasse générale : elle était toute partie dès 5 heures du matin et faisait voile sur le convoi; mais ayant vent debout et conséqucmment mon convoi vent en poupe, l'ennemi n'a pu engager le combat avec l'escorte de mon convoi qu'à 2 heures 1/2; in'apcrcevant de sa manœuvre j'ai fait sortir de Scilla dix scoridors, cinq canots de ma garde et dix on quinze barques portant des grenadiers du 62'^""' et des voltigeurs de ma garde; les huit canonnières qui étaient à Bagnara ont reçu l'ordre d'aller au devant du convoi et de le protéger, six scoridors de l'ennemi ayant forcé de rames avaient déjà dépassé de beaucoup la flottille et étaient près d'arriver sur le convoi, lorsque mes scoridors leur ayant donné chasse les ont forcés de virer de bord et de se réunir au restant de la flottille. Cependant mon convoi avait déjà dépassé Pietra \'era et continuait tranquillement sa route sur Hagnara. Réunis à la flottille et protégés par elle, les scoridors ennemis ont repris la tète et marché de nouveau à force de voiles sur mon convoi. Knfin, l'action s'est engagée sous la Corona, elle est devenue générale : vingt-huit de mes canonnières ont engagé le feu avec toute la flottille ennemie, composée de cinquante et quelques voiles, parmi lestjuelles vingt et quelques canonnières portant du 24, et aux cris de /Vre l'E/tipercttr et rive le Roi, elles marchaient sur elle et couraient à l'abordage, lorsque, après cinq heures de combat, l'ennemi a honteusement j)ris chasse, ayant eu quatre canonnières coulées et celle du commandant de la flottille Natoli prise à l'abordage. Aucune de mes canonnières n'a souffert; je n'ai pas même perdu une seule barque, et au moment oîi j'écris, à 11 heures du soir, tout le convoi fort de deux cents voiles rentre dans le port de Scilla. Cette action couvre de gloire ma marine et fiiit le plus grand honneur au capitaine de frégate S'-Caprais qui l'a commandée.
L'ennemi doit avoir considérablement perdu, puisque pendant deux heures mes canonnières ont épuisé toute leur mitraille et qu'outre les canonnières qu'il a perdues, nous en avons vu plusieurs ramenées à la remorque.
Je vous adresserai pour être mis dans les journaux, le rapport de cet ofGcier sur une affaire qui doit avoir tant d'influence sur les opérations ultérieures. Faites connaître, en attendant, par une gazette extraordinaire ce premier résultat d'une action qui s'est
' passée sous les yeux de la Sicile et des Calabres. Nous commençons déjà à avoir quelques prisonniers anglais.
11 est bon d'observer que ce convoi avait appareillé de Tropea sous les yeux d'une croisière ennemie composée d'un vaisseau, d'une frégate, d'une corvette et de douze ou quinze petits bâtiments armés. Le restant des convois arrivés au Fizzo passera vraisemblablement cette nuit au cap V-aticano. Je ne pense pas que l'ennemi ait envie de nous clicrcber querelle demain : voilà une belle réponse à faire à ceux qui disaient que l'ennemi nous laissait arriver à Scilla pour nous détruire tout d'un coup. Ma santé est fort bonne; si ce soir j'avais eu de cpioi transporter quatre mille hommes et les canonnières à ma disposition, je serais passé en Sicile, sans recevoir un coup de canon.
Regardez tous les ordres que je vous ai donnés relativement à Royal-Corse comme non avenus. Je vous préviens que je donne l'ordre à son 4'""' bataillon de partir pour Potenza, où il paraît que les brigands prennent une nouvelle consistance. Consolez le préfet de Police et dites-lui que je suis content de son zèle et de celui de tous les agents de police, dite.><-lui aussi qu'il faut aller plus doucement en affaire d'Etat.
.Archives du prince Murât. R. XVI. p. 265.
Scilla, 2.3 juin 1810.
Au ministre de la Guerre.
.Monsieur le ministre, l'estafette n'est pas encore arrivée. L'affaire d'bier a tellement eu d'influence sur l'ennemi qu'il n'a pas osé courir sur un convoi fort de plus de cinquante voiles qui a été signalé ce matin. Ce convoi était déjà à midi sons le mouillage de Pietra Nera, et j'espère qu'il est en ce moment en route pour Scilla, si les vents lui permettent de mettre à la voile. Le combat d'hier a produit un effet extraordinaire sur l'esprit des habitants et sur celui de l'année et de la marine; j'ai maintenant à peu près sous la main quatre cents bâtiments de réunis, ce qui me mettra à même de profiter de la première circonstance pour le débarquement, lorsque toute ma flottille .'^era rassemblée.
Nous sommes très tranquilles.
Archites du prince Murât. R. Xl'I, p. 268.
5031. — LA REINE CAROLIME A SOX MARI
Paris, le 23 juin ISIO.
Mou cher ami, je t'envoie d'Arlincourt pour te faire connaître de quelle manière l'Empereur vient de terminer rafl'aire de la dette de Xaples. A la manière dont il me l'avait annoncé, je croyais que cela nous était avantageux, mais il a voulu onze millions en biens, dont trois payables à la fin du mois et le reste à lui remettre dans l'espace de cinq ans. L'ambassadeur t'envoie le traité. L'Kmpereur vient de faire de si grosses dépenses pour son mariage, et la guerre d'Espagne lui coûte tant, que tous ses coffres sont vides, et qu'il s'adresse à tout pour avoir de l'argent. Il faut donc souscrire à ce qu'il a voulu, et je t'engage à prendre des mesures pour que les premiers biens lui soient livrés à l'époque prescrite et sans le plus léger retard. Si tu ne le faisais pas, il se fâcherait, et il en prendrait peut-être occasion pour réclamer des biens de Sicile, lorsque tu en seras maître. Tu ne te fais pas d'idée de tous les moyens auxquels il est obligé de recourir pour remplir ses caisses qui sont entièrement épuisées. Il vient d'ordonner au Roi de U estphalie de lui payer sur-le-champ plusieurs millions d'arriéré. On lui a représenté que cela était de toute impossibilité, et que Jérôme ne trouverait jamais la somme qu'il demande dans son Royaume, il a persisté, et il a fait dire qu'il ne souffrirait pas le moindre délai, et que si le Roi de Westphalic voulait se présenter chez lui |)0ur lui parler de cela et faire de nouvelles observations, il lui ferait fermer sa -porte. Il réclame en ce moment des dettes de tous les souverains et n'écoute aucune observation. Je te conseille donc, mon cher ami, de souscrire sur-le-champ et comme de bonne grâce, à ce que l'Empereur a décidé, et ensuite à exécuter bien exactement dans les délais qu'il a fixés, afin de no pas lui donner dans ce moment de sujets de plainte, et qu'il ne songe pas à élever d'autres prétentions, quand tu auras conquis la Sicile. Xe crois pas, je te le répète, que l'Empereur ne soit aussi exigeant que pour nous, il est de même pour tous, parce que jamais ses finances n'ont été aussi mal qu'elles sont maintenant, et qu'il ne sait plus où trouver de l'argent. Malgré ce qu'il avait dit sur les représentations de Jérôme, je lui ai parlé ce matin de la manière peu favorable dont il avait réglé notre affaire, et que tu serais bien embarrassé, avec les dépenses que tu fais dans ce moment, à hive ce qu'il vient d'exiger. Il ne m'a pas
HOYAIME DIC NAPLKS. — 1810 389
répondu et a parlé d'autre chose. Ainsi je crois qu'il n'y a plus rien à dire et je te conseille d'accepter son traité et de l'exécuter ponctuellement.
J'ai eu bien de la peine h obtenir la permission de revenir à X'aples, et l'Empereur avait reçu très sèchement toutes les annonces de départ que je lui avais faites. Mais j'étais décidée à ne pas rester plus longtemps ici, j'avais besoin de me rapprocher de toi et de revoir nos chers enfants et j'ai eu le courage de lui en faire la demande t'ormelle. J'ai eu de la peine à l'obtenir, mais enGn il me l'a accordée, et quoiqu'il ne l'ait pas fait de bien bonne grâce, il m'a cependant mieux traitée que Pauline qui lui demandait d'aller aux eaux, et contre laquelle il s'est fâché très vivement. Cependant il me traite maintenant très-bien, et me parle avec la même bonté (ju'auparavant. J'ai déjeuné ce matin avec lui, il m'a parlé de toi et de l'expédition de Sicile, et il m'a demandé s'il y avait longtemps que j'avais reçu de tes nouvelles. Je lui ai dit que j'avais une lettre du 6, et que tu étais contrarié pour le passage et pour les transports par les vents contraires, mais que tu avais toujours bon courage, l'Empereur a dit « // veut donc déddémcnt conquérir la Sicile, je le désire hcaucoup, mais les Anglais sont là. « L'Impératrice alors a pris la parole et a dit qu'elle croyait qu'il y avait peu d'Anglais, et que le Roi n'aurait pas beaucoup de peine à faire la conquête. " Les Anglais y sont en assez grand nombre, a dit lEmpereur, et si le Roi n'y déharcjne pas beaucoup de monde, il pourrait s'exposer. » Il a ajouté dans la suite de la conversation : « J'espère que le Roi et moi ne sommes plus brouillés, dites-lui bien des choses de ma part. » L'Impératrice m'a recommandé la même chose. Elle ne manque jamais de me demander de tes nouvelles.
Je partirai au plus tard le 1" ou le 2 de juillet, et j'espère être rendue à Xaples vers le 15. Je serai bien heureuse d'y trouver de bonnes nouvelles de ton expédition, et surtout d'apprendre que ta santé n'aura pas souffert des fatigues auxquelles tu vas t'exposer, dans une saison aussi malsaine. Ménage-toi bien, je te prie, songe souvent à moi, à nos enfants, et je suis bien assurée que tu t'exposeras moins, avec l'idée que tes jours nous sont nécessaires.
J'allais Gnir ma lettre lorsque l'Ambassadeur est venu m'annoncer que M' de Champagny venait de lui dire que l'Empereur avait modifié son traité en notre faveur, et qu'il avait consenti à passer les millions qu'il te doit en déduction de sa créance. Je t'annonce avec grand plaisir cette amélioration dont Campochiaro te donne
390 JOACHni MURAT
les détails. Je pense que ce que j'ai dit à rKmpereur a fait quelque impression sur son esprit, et qu'il est revenu tout de suite à des sentiments plus favorables.
Je dîne aujourd'hui chez le l{oi de Wesphalie qui m'a cliarjjée ainsi que la Keine de mille choses aimables pour toi. Klisa qui y dine avec moi, le fait bien des amitiés, .^dieu, mon cher ami, ména<j[e tes jours et ta santé, je ne puis trop te le répéter. Dans vinyt jours je serai plus rapprochée de toi et j'embrasserai mes ebers enfants.
Je t'embrasse de tout mon cœur.
Caroline.
Archives du prince Murât. D. 56(j. 51.
Scilla, 23 juin 1810.
A monsieur le général Grenier, chef de l'élal-major (jcnéral.
Monsieur le général, vous ferez connaître par l'ordre du jour toute ma satisfaction aux braves divisions de la marine qui ont combattu bier si brillamment l'ennemi, sur leur bravoure et le talent avec lequel le commandant et tous les officiers de l'escorte du convoi ont rempli leur mission, et aux troupes de ligne sur leur bravoure et leur zèle à les protéger pendant leur marche.
Donnez l'ordre au commandant de la marine de faire passer de suite une revue de tous les bâtiments qui se trouvent dans les ports de Scilla et de Bagnara, afin que je puisse faire comparer l'état des présents arrivés avec celui des présents partis de \aples, et aviser aux moyens de les faire remplacer.
Il sera fait dans la journée un règlement de police des ports et un classement de tous les bâtiments par division; il sera dressé un état de ce que cbaque bâtiment peut contenir.
Il sera fait deux fois par jour l'appel nominal de tous les marins, tant des bâtiments de la flottille que du convoi; tout le monde devra être constamment prêt à s'embarquer.
Aujourd'hui avant 4 heures, tous les bâtiments arrivés dans les ports de Scilla et Bagnara devront être mis à la mer, cette mesure est indispensable pour pouvoir réparer ceux qui feraient eau.
M. de Simone s'occupera de suite à faire remplacer les munitions qui ont été usées dans le combat d'hier.
Les canonnières de Bajjnara viendront se réunir à celles de Scilla. Toutes les autres devront s'y réunir à mesure de leur arrivée.
11 sera placé des postes sur les routes de la Corona de Favacina, de la Melia, délia Torre del Cavallo afin d'enipccher la désertion des marins; si ces postes existent déjà, on leur en donnera la consigne.
Il y aura pendant la nuit pour la sûreté du port et pour empêcher les communications de rennemi avec le continent, des scoridors de ronde; il y en aura principalement sous la Torre del Cavallo où je suis informé que toutes les nuits l'ennemi envoie deux lances.
Le commandant de la marine devra combiner les mesures propres à les enlever, et il pourra y réussir d'autant plus facilement, si dans le temps que deux de nos scoridors seraient en observation sur Torre del Cavallo, deux autres étaient en état de leur couper la retraite et arrivaient franchement sur eux.
Les jjéuéraux commandant l'artillerie et le génie devront sur-lechamp faire débarquer ce qui appartient à ces deux armes et le mettre en lieu de sûreté; je pense que les Capucins pourraient servir à cet effet. Le général Campredon en fera faire la visite et les réparations jugées nécessaires ; il doit y avoir des arcs et des souterrains. Il me sera fait un rapport à cet égard,
Les généraux d'artillerie et du génie s'occuperont sur-le-champ de faire arriver les batteries du Pizzo et des Canatelli; les canonniers qui doivent les servir seront désignés d'avance; ils seront logés le plus près possible des batteries afin d'être rendus promptement à leur poste.
Le détachement d'artillerie de ma garde qui se trouve à Bagnara sera relevé par les canonniers suisses qui sont au Pizzo; cette batterie sera servie par l'artillerie de ma garde.
Il y aura tous les jours des officiers supérieurs de ronde pour visiter pendant la nuit tous les postes, depuis Bagnara jusqu'à Reggio, enfin la plus grande surveillanee devra être exercée sur tous les points de la côte.
L'état de revue de la marine devra faire aussi mention de la situation de ses vivres; il est plus que temps que les fournisseurs de la marine viennent établir promptement leur service à Scilla et Bagnara.
Archives du prince Miirat. R. XV, p. 53.
5033. — MURAT AU GÉVÉRAL GREXIER
Sc'illa, 2i juin ISIO.
A monsieur le général Grenier, chef de l'étal-major à Scilla.
Monsieur le chef de l'état-major jjénéral, écrivez à M. l'ordonnateur en chef de s'assurer de la quantité de vin qui existe à SciUa, afin que je puisse ordonner des mesures pour en faire venir, s'il n'en existait pas la quantité nécessaire pour la consommation journalière. Ordonnez la même mesure pour Hagnara, Campo et les Canatelli, c'est-à-dire pour les divisions Partouneaux et Lamarque.
Assurez-vous que la distribution extraordinaire de vin a été faite, ainsi que je l'ai ordonné, au convoi qui est arrivé hier matin.
H faudrait faire écrire une circulaire aux juges de paix des districts de (ierace et de Keggio pour faire envoyer des provisions au marché à Scilla, telles que volailles, œufs, citrons, etc. etc. et leur aire sentir que ceux qui les apporteraient y trouveraient un jjrand avantage et qu'ils y seraient généralement protégés tant dans la route qu'à Scilla.
Ecrivez aux généraux Tugny et (^ampredon que je désire que Ton commence par faire compléter l'armement de la pointe du Pizzo et ensuite la batterie la plus voisine de celle du Pizzo, en remontant jusqu'à la Torre del Cavallo où je crois que l'on peut mettre cinq pièces. Prévenez l'ordonnateur que je charge deux officiers de mon état-major de surveiller particulièrement les distributions, l'un pour la terre et l'autre pour la mer. Le colonel .Arcovito sera chargé de ce dernier service et le colonel Pepe de celui de l'armée de terre. Donnez en conséquence des instructions à ces deux officiers qui devront vous rendre compte tous les jours du moment où les distributions auront été faites et vous faiie part des obstacles qu'ils auraient rencontrés.
Je désire recevoir tous les matins un rapport de la marine, de la même manière que je reçois celui de terre, c'est-à-dire que je veux être instruit de tous les mouvements.
Faites connaître au général Partouneaux que je désire que l'on fasse escorter l'estafette de Palmi pour se rendre à mon quartiergénéral.
Archives du prince Mural. R. XV, p. .56.
Scilla, le 2i juin 1810.
A monsieur le ministre des Relations Extérieures.
Monsieur le ministre, je reçois vos dépêches du 19. J'approuve le départ pour Paris du Prince de Torella, pour y être à la disposition de l'Empereur relativement à sa mission de Saint-Pétersbourg. Je vous ai déjà fait connaître la réponse qu'il fallait faire à l'envoyé de France relativement à la demande qu'il avait été chargé de faire concernant l'augmentation de ma marine.
Après avoir fait connaître à ce chargé d'affaires combien j'avais lieu d'être peu satisfait de ses rapports en France sur ce qui se passait dans mon Royaume, la politique exige que vous ayez pour lui tous les égards possibles, devant présumer que s'il se conduit ainsi, c'est qu'il en a reçu les ordres positifs de son Gouvernement.
Tout va on ne peut pas mieux ici; j'ai déjà sous la main de quoi rendre nulles toutes les tentatives de l'ennemi, c'est-à-dire que j'ai pris sur lui l'offensive : le combat du 22 comble de gloire ma marine; depuis cette époque l'ennemi a vu hier et aujourd'hui des convois venir en plein jour, sans oser détacher une barque contre eux. On me rend compte que depuis ce combat tous les marins désertent la flottille et se sauvent dans les montagnes.
Archives du prince Murat. U. XVII, p. 22.
5035. — MUR.IT A DALRE
Scilla, 24 juin 1810.
Monsieur le ministre, nous n'avons pas encore reçu l'estafette d'hier.
Ou me fait le rapport que deux pièces se trouvent encore enclouées dans l'île de Procida; assurez-vous du fait : si ce rapport est fondé, l'artillerie mérite les plus grands reproches.
Faites expédier pour Scilla des munitions pour les chaloupes canonnières.
394 JOACHIAI MURAT
Un nouveau convoi, composé de cinquante voiles, a appareillé aujourd'hui à 8 heures du matin de Baynara et a fait voile |)0ur Scilla où il était arrivé à 10 heures. L'ennemi, qui a toute sa flottille réunie <à la pointe du Phare, n'a pas osé détacher une seule voile contre nous. J'ai dans ce moment-ci trente-deux canonnières réunies à Scilla, ce qui garantit l'arrivage des autres convois de tout danger, puisque l'ennemi n'osera jamais détacher aucune force de la pointe du l'haro contre eux, dans la crainte d'être coupé par les forces qn<' je puis détacher cojitre lui.
Pressez l'arrivée à Scilla de toutes les canonnières et de tous les hàtiments armés qui doivent concourir à l'expédition; je désirerais beaucoup que vous puissiez m'envoyer le cutter l' Achille; il pourrait faire partie de l'escorte des munitions (jue vous avez ordre de m'envoyer aujourd'hui. Ii'ex|)édition ne rencontre plus d'incrédules et je n'attends pour la faire exécuter en plein midi, (juc la réunion de tous mes moyens.
Vous trouverez ci-joint un ordre du jour que vous ferez insérer dans les gazettes.
Archircs du prince Miirat. H. XVI, p. 269.
5036. — MLR.AT A XAPOLEOY
Scilla, !24juiri 1810.
Le dernier combat a produit le meilleur effet sur l'opinion des Calabres, de l'armée et de la Sicile. Ses résultats m'ont donné l'offensive sur l'ennemi, en me donnant la supériorité des forces maritimes. J'ai, dans ce moment, 41 canonnières et 20 scoridorslauces armés dans le mouillage de Scilla, et 20 grosses pièces de batterie. L'ennemi n'a pas 33 canonnières et une vingtaine de petits bàtin)ents armes. J'aurai, dans trois ou quatre jours, au plus tard, 72 canonnières et plus de 30 petits bâtiments armés; j'ai déjà 400 bâtiments de transport réunis, .^ussi l'ennemi n'a-t-il pas osé aujourd'hui détacher une seule barque contre un convoi d'environ 50 voiles qui est arrivé en plein midi à Scilla. On me rapporte que l'ennemi a considérablement souffert dans le dernier combat et que depuis, tous les marins de la flottille se sauvent dans les montagnes. J'espère, dans six jours au plus tard, être en mesure de tenter et d'effectuer le passage. Aujourd'hui la frégate sicilienne la Minerve, venue dernièrement de Palerme à Messine; a repassé le
ROYAUME DE AAPLES. — 1810 395
détroit et fait voile de nouveau pour Palerme. Les vivi'es sont assurés et de bonne qualité; le vin est pour rien, le soldat en a autant qu'il en peut boire pour deux liards; nous n'avons pas eu de malades. Sire, je regrette de n'être pas auprès de V. M. dans un moment où tout le monde vous prouve son allégresse; mais je ne me réjouis pas moins du bonheur qu'elle fait éprouver à ses sujets. Je vous prie de me mettre aux pieds de l'Impératrice.
Archives du prince Mural. R. WIII, p. 18.
Scilla, le 25 juin 1810.
A monsieur le ministre des Relations Extérieures.
Monsieur le ministre, j'ai reçu la copie de la dépèche du duc de Campochiaro et j'écris particulièrement par ce courrier à l'Empereur, pour le prier de rétablir son ambassadeur à Naples et toutes nos anciennes relations. J'approuve les instructions que vous avez faites pour le duc de Torella. Je désire seulement qu'il lui soit enjoint d'en donner copie au duc de Cadore. J'espère que l'Empereur, intimement convaincu de la persévérance de mon attachement à sa personne et du mauvais effet que produirait un changement de politique entre les deux Cours, consentira au rétablissement d'une ambassade à X^aples.
Nous n'avons rien de nouveau; le vent contraire a retardé l'arrivée des derniers convois.
Archives du prince Ahirat. R. WII, p. 23.
Scilla, 25 juin 1810.
Au ministre de la Guerre.
Monsieur le ministre, je reçois votre dépêche du 20. Je vous autorise à accorder les conscrits que vous deinande le colonel du régiment municipal.
J'ordonne que le général Destrcs établisse, jusqu'à nouvel ordre.
son quartier-général à Tarente, et qu'il purge cette province des brigands qui la désolent.
J'espère qu'avec le secours du bataillon corse (|ui doit arriver incessamn)ent à Potenza, le général Gentil parviendra à tranquilliser cette province.
J'ai envoyé le chef d'escadron Grasson dans le district de Catanzaro. Je lui ai rendu la haute-police pour ce seul district.
Je vais organiser une colonne mobile pour le général Pignatelli que j'enverrai dans le district de Rossano, et je lui rendrai également la haute-police pour ce district seulement. J'en organiserai une autre pour le général de Gambs à Castro; illari avec les mêmes facultés; j'espère par ce moyen arriver à tranquilliser la |)rovince de Calabre Citra.
L'ennemi nous laisse en repos, mais le vent contrarie un [)eu l'arrivée de mes derniers convois.
.archives du prince Murut. R. XVI, p. 270.
5039 — -MURAT A XAPÛLEOX
Scilla. le 25 juin 1810.
SiBK,
Je vois par une lettre du duc de Campochiaro que Votre Majesté se refuse à recevoir son épouse comme ambassadrice, et le duc de Cadore motive ce refus sur les mauvais traitements qu'aurait reçus à Xaples votre ambassadeur. Sire, M. d'Aubusson n'a jamais été mal reçu par moi, et s'il n'a jamais été invité à diner ni admis à des privilèges particuliers, c'est que Votre .Majesté, par une lettre de Vienne, m'avait défendu expressément de ne recevoir le corps diplomatique qu'une fois tous les mois dans un cercle général. Voilà, Sire, ce qui régla ma conduite, et je jure à Votre Majesté qu'il n'est jamais entré dans ma pensée de ne pas faire jouir à ma Cour l'ambassadeur de Votre Majesté de toute la considération que son choix seul lui mérite. Sire, faites cesser un état de choses qui produit dans le Royaume le plus mauvais effet, qui empêche la marche des affaires; faites qu'on ne puisse plus dire que j'ai encouru votre disgrâce, tandis que je n'ai du jusqu'.à ce moment le peu de succès de mon administration qu'à l'opinion généralement répandue que j'étais l'enfant gâté de Votre Majesté, que tout ce que je faisais était ordonné ou insinué par Votre Majesté. Sire,
oui, votre cœur est le même pour moi et il ae peut pas être changé, parce que le mien ne me reproche rien, rendez-moi donc le bonheur en rétablissant les anciennes relations. Votre Majesté sera toujours à temps de prendre le parti qu'elle se propose aujourd'hui; envoyez un ambassadeur à IVaples, Sire, il y sera environné d'égards et de considération, mais envoyez-y un honnête homme et je promets h. Votre Majesté qu'elle ne recevra jamais de plainte de mes États. Sire, vous étiez bon autrefois pour moi, redevenez-le, je promets bien que je ne vous fournirai plus d'occasion de me retirer vos bontés.
Je suis
Joachim Nai'oi,i';o\.
Archives nationales AF'* 16S5 (•2IS), el .Archives du prince .Murât. R. XVIII, p. 19.
51)40. — LA REINK CAROLIXE A SON .MARI
Ssint-Cloud, 25 juin 1810.
Mon cher ami, je n'ai pas reçu de lettres de toi depuis ta dernière en date de Scilla. Je t'assure que je suis bien affligée de la pénurie de vivres dans laquelle tu te trouves, et puis tu es si déterminé de vaincre tous les obstacles pour parvenir à ton but que je suis d'une inquiétude affreuse. Je te le répète, mon ami, de grâce, en grâce, ménage ta santé, ne t'expose pas trop et songe continuellement cà ta femme et à tes enfants. Si tu allais être blessé, songe à ma douleur, mon ami, mon cher ami, de grcàce prends pitié de ma situation et n'aggrave pas mes inquiétudes.
11 y a eu hier la fête de l'Ecole militaire, elle a été bien belle, mais je n'ai pas dansé, je me ménage beaucoup. A 1 1 heures, nous sommes partis. Je compte toujours me mettre en roule à la fia de la semaine. Mes dames partiront demain ou après. Il fait une chaleur à ne pouvoir respirer, ainsi quelle doit être celle de la Calabre"? Je crains que tu n'aies encore la fièvre comme en Espagne, tu devrais ne pas t'exposer à l'ardeur du soleil. En tout, je te recommande ta santé qui m'est mille fois plus précieuse que la mienne. Je ne sens jamais aussi fortement tout l'attachement que je te porte que lorsque je suis privée de ta présence ou que je crains pour ta santé; alors ma tête n'y tient plus et je ne puis avoir qu'une seule idée comme une seule pensée.
398 JOACHIM JIUIIAT
Adieu, mon ami, rKmperour et rimpéralricc se portent très bien. Maman est aux eaux, Jérôme me charge de te dire mille choses ainsi que la Heine. Le Grand-Duc de W urlzbourj] me parle continuellement de toi, il est bien heureux, il va bientôt rejoindre ses enfants
.^dien, je t'embrasse.
.^rcliiie» du iirince Muni. I). .jGG. j"2.
5041. — MUR.AT AU GEXERAL LA.XLSSL;
Scilla, 25 juin 1810.
A monsieur le grand-maréchal du Palais, à Naples.
Monsieur le grand-n)aréchal, je suis informé <|ue le duc de Corigliano ne cesse de blâmer la loi sur les sels et leur prix; faites-lui connaître de ma part que cela me déplaît et que j'ai lieu d'attendre de lui une conduite toute opposée.
MM. .Millet et Homeuf sont arrivés; tous les deux doivent compter sur tout mon intérêt.
L'ennemi nous laisse tranquilles et j'attends avec impatience le dernier convoi.
.Archites du prince Mural. H W, p. 57.
5042 — MLR.AT AL GEXERAL GRE.MER
Scilla. 2Gjuin 1810.
A monsieur le (jéncral Grenier, chef de V Etat-major général.
Monsieur le «jénéral, envoyez l'ordre au général Pignatelli de se rendre dans le district de Rossano avec une colonne mobile forte de deux cents hommes, que vous composerez des compagnies du fj^me régiment qui se trouvent, tant à Castrovillari que sur la côte, des gardes civiques et de quelques gendarmes, aûn de purger ce district des brigandages horribles qui le désolent. Vous lui écrirez que je compte absolument sur son zèle et sur son activité dans cette circonstance et qu'il ne doit pas perdre un instant, afin que je puisse l'appeler à l'expédition.
ROVALMH DE X'APLES. — 1810 399
Vous doQuerez le même ordre et les mêmes iustriictious au général de Gambs, pour le district de Castrovillari. Ce général pourrait donc employer quelques compayuics de la Tour-d'Auvergue. Donnez le même ordre au général Amato contre les brigands de la Sila. Ces trois généraux devront combiner leurs mouvements; les deux derniers sont naturellement sous les ordres du général Amato (|ui commande la province. Vous leur ferez connaître l'importance de la mesure dont ils sont cliargés, dans un moment où les Calabres vont se trouver dépourvues de troupes. Vous témoignerez de ma part aux généraux Pignatelli et de Gambs toute ma satisfaction sur les services qu'ils ont rendus dans la mission qu'ils viennent de remplir. Le général Amato formera sa colonne mobile des troupes (]u'il a sous sa main. Ces généraux doivent être constamment en mouvement et ne pas laisser respirer les brigands, une fois qu'ils les auront rejoints.
Kcrivez-leur qu'aussitôt que la tranquillité sera rétablie dans leurs provinces, je les appellerai auprès de moi.
On me rend compte que les distributions de la viande, du vin et (les légumes ou pâtes n'ont pas encore été faites aujourd'bui. J'ai aujourd'hui uu pain de munition de la plus mauvaise qualité ; appelez chez vous le commissaire chargé de ce service, ainsi que quelque.s-uns des fournisseurs, et dites-leur de ma part que je les fais arrêter tous demain si les distributions ne sont pas faites à 10 heures du matin et ne sont pas de meilleure qualité, et si les qualités voulues par le marché ne sont pas fournies. La viande pour la Marine n'est pas encore distribuée et j'apprends qu'on continue à rembourser les rations en argent, malgré la défense qui en a été faite.
Je désire que les sentinelles soient multipliées dans la nuit à la marine et qu'il soit donné pour consigne à toutes celles qui sont en faction près les offlciers supérieurs tant de terre que de la marine, d'avoir le plus grand soin dempécher que des hommes portant du feu ne puissent approcher de l'endroit du rassemblement des barques.
-Arcliives (lu prince .\Iurat. R. \V , p. 57.
Scilla, 26 juin 1X10.
Au colonel rjnu'ral Dery.
.Monsieur le colonel général, prévenez le colonel Lostanges que
je le charge de veiller à la sûreté du port pendant la nuit et qu'en conséquence, les marins de ma «jarde seront charjjés toutes les nuits des rondes, afin de voilier à ce qu'aucun brûlot ne puisse être dirigé ni arriver sur les bâtiments de transports : on devra donc munir mes lances d'instruments propres à les détourner.
Archives du prince Murât. K. XV, p. 59.
Scilla. 26 juin 1810.
Au miimtre de ht Guerre.
Monsieur le ministre, je suis fort embarrassé pour le passage de la cavalerie ; faites donc en conséquence partir pour Scilla le plus de mitraille qu'il vous sera possible de vous procurer, il me semble vous avoir parlé souvent de cette ressource qu'il sera difficile de me procurer ici.
Faites lancer le vaisseau, mais je désire qu'il soit envoyé à Naples, aussitôt qu'il sera en état de faire le voyage; il y sera plus eu sûreté et Lafosse aura plus sous la main tout ce qui est nécessaire pour sa construction.
Le convoi conduit par Barbara fut attaqué le 24 dans le golfe de S"-Euphèmie par un vaisseau de 74, et malgré trois cents coups de canons qu'il a tirés, ce convoi entra au Pizzo avec la perte d'un seul bâtiment de transport, qui parait s'être dirigé sur lui sans y avoir été forcé. La canonnière de Barbara a reçu un boulet à la poupe à fleur d'eau, elle est déjà réparée.
Le temps parait vouloir se mettre au beau et j'espère que tout ce qui est au Pizzo et à Tropea pourra mettre à la voile ce soir, et que le restant de mes convois m'arrivera demain ou après demain.
Piquet et le commissaire des Guerres S'-Léon sont arrivés. Le service des subsistances continue à m'inquiéter beaucoup, malgré que la nouvelle récolte soit très abondante et touche à sa maturité.
Sur ce, etc
Archiiesdu prince Miirat. R. XVI, p 2"1.
Scilla, 27 juin 1810.
A monsieur le général chef de l'élal-major général.
Monsieur le général, écrivez au général Tugny de faire délivrer de la poudre pour six cartouches par homme, aux trois bataillons napolitains qui sont au camp de la Alelia, et prescrivez au commandant de ces bataillons de les faire brûler par leurs jeunes recrues.
Je viens de vous adresser par un de mes ofGciers d'ordonnance, le duc de Cariati, l'état des bâtiments qui ne sont pas encore déchargés; je désire que vous prescriviez des mesures aux commandants de l'artillerie et de la marine pour qu'ils soient tous déchargés demain matin. Demandez à cet effet, si cela est nécessaire, des hommes de corvée dans l'armée. Cet ordre est de rigueur.
Je désire qu'il soit passé par les généraux de division une revue de rigueur des divisions qu'ils commandent, afin de m'assurer positivement de la force de chaque régiment et en quel état se trouve leur armement. Les généraux devront s'assurer que les soldats ont au moins chacun deux paires de souliers; il serait à désirer qu'ils en eussent trois, ainsi que trois chemises. J'ordonne surtout que toutes les baïonnettes manquantes soient remplacées. Prescrivez au général Tugny de ne délivrer aucune arme sans un ordre signé de vous; vous n'en signerez aucun vous-même sans le visa des conseils d'administration et qu'après me l'avoir soumis. On devra s'occuper sans perdre de temps de la réparation des armes. Le colonel Tugny mettra à la disposition de chaque corps quatre-vingts cartouches par homme, dont les conseils d'administration sont responsables. MM. les colonels ne les feront distribuer que lorsqu'ils en recevront l'ordre : vous ferez connaître les dispositions ci-dessus par un ordre du jour.
Demandez à l'ordonnateur en chef si les ambulances sont arrivées et quelle est leur situation, demandez-lui aussi un rapport sur l'organisation des équipages militaires.
Je vous préviens que les bataillons des voltigeurs et des vélites de ma garde ont reçu l'ordre de partir de Monteleone pour se rendre à Scilla; l'ordonnateur doit être prévenu de ce mouvement et faire assurer les subsistances sur la route. Il est déjà arrivé des souliers, prévenez l'ordonnateur qu'il ne doit en être distribué au- TOME viit 26
402 JOACHIM MUHAT
cune paire sans votre visa, et vous devez prendre ma décision axant de le donner.
Archives du prince Murât. R. XV, p. 59.
50 V6. — MURAT A BHIOT
Scilla, il juin 1810.
A moiifuei/r l'inlcndaiit de (]oscnza.
Monsieur le conseiller d'Ktat, j'ai proclamé un décret d'amnistie en faveur des brigands de la province que vous administrez; je devais espérer qu'un plus grand nombre en aurait profilé. Cependant j'apprends que les districts de Hossano, de Castrovillari et l'arrondissement de la Sila sont en proie à toute leur l'urcur et que l'audace de ces misérables va juscjuà menacer et assaillir des communes les plus considérables de la province, il est temps que ce désordre cesse; j'ordonne en conséquence aux généraux de (îambs, Pignatelli et .Aniato de former des colonnes mobiles et de se mettre eu personne à la poursuite des brigands : le premier, dans le district de Castrovillari, le 2'""' dans celui de Rossano et le 3""" dans la Sila. J'ordonne que vous secondiez de tous vos moyens leur activité et leur zèle dans la mission importante qui leur est confiée. On devra former un état nominatif de toutes les gardes civiques qui marcheront sous les ordres de ces généraux, afin que je puisse les faire payer et récompenser. M. l'Intendant, je vous ai rendu la hautepolice et je me rappelle que lorsque je vous parlai de vous rendre cette attribution, vous me promites que dans un mois il n'y aurait plus de brigands dans votre province. Comment pouvez-vous être tranquille à Cosenza, quand vous apprenez tous les jours les ravages que font les brigands sur les divers points de votre province .' Comment est-il possible que les Calabrais se laissent ainsi piller et massacrer comme des agneaux par ces misérables? Et dans quel moment? Dans celui où je suis prêt à tenter le passage en Sicile. Les Calabrais cependant m'avaient promis de maintenir la tranquillité intérieure pendant celte ex|)édition. Tous les honnêtes gens outils donc pert'u toute leur énergie? Les brigands seuls auraient-ils conservé toute leur scélératesse? ('et état des choses est vraiment incompréhensible. Enfin si les Calabrais veulent que je leur tienne parole et que je leur procure le bien que je leur ai promis, qu'ils
tiennent aussi la leur et qu'ils rétablissent la tranquillité chez eux; dites-leur bien cela de ma part.
Archiies du prince Murât. R. XV, p. 61.
5047. — MURAT AU GE.XERAL DETRÉS
Scilla, -2- juin 1810.
Au général Désirés
.Monsieur le général, vous m'avez rendu compte que la division que vous commandez jouissait de la plus grande tranquillité et cependant tous les rapports des provinces de Bari et de Lecce m'annoncent que ces mêmes provinces et principalement le district de Tarente, sont eu proie au plus affreux brigandage. Formez surle-champ une colonne mobile, portez votre quartier général à Tarente, mettez-vous à la poursuite des brigands, combinez vos mouvements avec le général Gentil et ne rentrez à Tarente que lorsque vous aurez entièrement détruit ces misérables et rendu la tranquillité à ce malheureux pays. Parmi les services que vous m'avez rendus et que vous pouvez encore me rendre, croyez que ce dernier sera le plus précieux pour moi. .agissez promptement, vous aurez encore le temps de me rejoindre pour l'expédition. Les généraux de Gambs, Pignatelli, Amato, reçoivent l'ordre de se mettre à la tête des colonnes mobiles et de parcourir, en combinant leurs mouvements, les districts de Coscnza, Castrovillari, Rossano et Catanzaro où les brigands me donnent de l'inquiétude. J'espère que vous m'apprendrez bientôt que la tranquillité est rendue à votre division, .l'aurai beaucoup de plaisir à vous avoir auprès de moi.
Archives du prince Murât. R. XV, p. 62.
Scilla. le -27 juin 1810.
Au général Gentil.
Monsieur le général, j'ai vu par vos différents rapports que la province de JJasilicata est de nouveau livrée au plus affreux brigandage et que vous avez formé des colonnes mobiles; mettez-vous de
votre personne à leur tète ; combinez vos mouvements avec le général Destrés qui porte son (|iiartier-«}énéral à Tareute, et ne rentrez dans votre quartier-général que lorsque vous aurez reudu la tranquillité à la Basilicata. Je vous préviens que 300 Corses ont reçu ordre de partir de Xaples pour Potenza et y être à votre disposition.
Le général de Gambs va se mettre à la tête d'une colonne mobile et a ordre de tranquilliser le district de (lastrovillari. Le général Pignatelli se rend dans le district de Rossano et le général Amato dans la Sila, aussi avec des colonnes mobiles pour la même opération. J'espère que les brigands poursuivis sur tous les points seront détruits ou forcés à se rembarquer. Songez qu'il est de la plus grande importance que vous poursuiviez les brigands à toute outrance, vous ne sauriez me rendre de plus grand service qu'en rendant la tranquillité à la Basilicata, je compte toujours beaucoup sur votre zèle et sur votre activité.
Archives du prince Murât. R. XV, p. 63.
Scilla, 27 juin 1810.
Au général Amalo.
Monsieur le générai, si votre sauté est rétablie, je désire que vous vous mettiez à la tête d'une colonne mobile et que vous marchiez contre les brigands de la Sila, en concertant vos mouvements avec les généraux de Gambs et Pigualelli; au reste, vous avez dû recevoir des instructions de mon chef d'état-major relativement à la mission importante qui vous est conûée. J'écris à l'intendant de vous seconder de tous ses moyens et je donne des ordres au ministre des Finances de faire mettre à sa disposition des fonds pour payer les gardes nationales qui feront partie des colonnes mobiles ; rendez bien vite le calme à la province de Calabre, aGn que je puisse vous appeler |)rès de moi ; vous ne sauriez me rendre de plus grand service qu'en détruisant les brigands qui la désolent.
Archives du prince Murât. H. W, p. 63.
Au ministre des Finançai.
Scilla, 27 juin ISIO.
Monsieur le ministre, affligé de l'état dans lequel se trouve la province de CalabrcCitra, je viens d'ordonner aux généraux Amato, de Gambs et Pignafelli de former des colonnes mobiles composées de troupes de ligue etde gardes civiques ; en conséquence, j'ordonne qu'il soit mis des fonds à la disposition de l'intendant de cette province sur la portion de 400 000 francs qui lui a été assignée pour payer les légionnaires qui marcheront. Ordonnez des mesures eu conséquence. L'intendant Hriot a ordre de faire dresser l'état nominatif de.s légionnaires qui feront partie de ces colonnes mobiles.
J'apprends que Poerio a fait arrêter le maître de poste de Monteleone, assurez-vous de la vérité du fait et demandez par quels motifs et eu vertu de quel ordre, il s'est permis cet acte d'autorité.
Sur ce
.'ircliives du piiiice Murât. U. XVII, |i. :23.
Scilla, 2T juin 1810.
Monsieur le ministre, le capitaine Morne, du 1" régiment d'infan lerie légère, vient d'arriver au quartier-général. Je ne me rappelle pas de l'y avoir autorisé et je serais très fâché que vous vous fussiez permis de l'envoyer de votre propre autorité, car alors je le renverrais à son régiment, répondez-moi à cet égard.
Je donne l'ordre aux généraux (lambs, Pignatelli, Amato, Gentile, Uestrès et Grasson de se mettre à la tète de colonnes mobiles et de poursuivre à outrance les brigands. Pignatelli a le district de Rossano, de Gambs celui de Castrovillari, Amato la Sila, Grasson a celui de Catanzaro, Destrès et Gentile ont la Hasilicata et le district de Tarente; le ministre des Finances reçoit l'ordre de mettre des fonds à la disposition de l'intendant pour payer les gardes civiques qui feront partie de ces colonnes mobiles.
Le temps se remet au beau et j'espère que le 25*""" convoi et tout ce qui restait des autres mettra à la voile ce soir de Tropea pour Bagnara et Scilla, alors il ne restera en arrière que les trois derniers convois, ce qui ne saurait retarder mon expédition; l'ennemi continue à se fortifier nuit et jour et s'amuse à changer de position. Je n'ai pas entendu exempter la commune de Castellamare de la conscription; dites à l'intendant que je ne suis pas content des lenteurs que l'on met dans la levée de la conscription. Je devais uï'attendre à |)lus d'activité.
Anhiies du prince Murât, R. XVf, p 272.
5052 — MIRAT A N.APOLEOX
Scilla, 27 juin I8|0,
Permettez-moi de rappeler à V. M. le jjénéral de Rochambeau, prisonnier en Angleterre depuis près de six ans, et de vous prier de le faire comprendre dans les premiers éclianyés. Son fils est mon aide-de-camp; je n'ai qu'à me louer du zèle et du dévouement dont il m'a donné des preuves ; il est malheureux du malheur de son père, et il serait désirable que les bontés de V. M. voulussent bien le rendre à ses vœux et à ceu\ de toute sa famille.
Arcliites du prince Murât. R. XVIII, p. '20.
Scilla. 28 juin 1810.
Au ministre de la Guerre.
Monsieur le ministre, je reçois votre dépèche du 23.
Le budget pour le mois de juillet a été arrêté ici à la même somme que pour le mois de juin; je conçois cependant que je serai obligé de vous ouvrir un crédit supplémentaire.
Je n'accorderai aucun fonds extraordinaire pour le vaisseau, avant d'avoir connu l'emploi de ceux déjà donnés; j'en demande le compte depuis six mois, il est singulier que je ne puisse pas l'obtenir.
Pour ce qui concerne les dépenses extraordinaires du génie, de l'artillerie et de la marine, elles doivent être supportées par le crédit extraordinaire de trois cent mille ducats que j'ai mis à votre
ROYAUME DE XAPLES. — 1810 407
disposition; il me reste k connaître la différence qui se trouve entre les vivres de campagne et l'indemnité de vingt centimes, elle ne doit pas être très considérable. Je conçois aussi que la solde augmente en raison des recrues qui arrivent aux nouveaux corps et que les fonds pour l'habillement doivent aussi être augmentés, mais non pas d'une manière aussi considérable que vous le demandez, l'article des transports ne doit pas être augmenté. Au reste, aucune des pièces que vous m'annoncez être jointes à l'appui de votre rapport ne s'y trouve.
Ainsi motivez-moi, avec les pièces à l'appui, lecrédit supplémentaire que vous aurez à me demander, ce n'est pas dans un moment où je suis accablé de dépenses qu'il faut me demander des choses superflues.
Vous m'adressez un état de situation de l'approvisionnement de réserve de Capri; il doit exister au complet et il ne doit |)as y avoir eu de détérioration, attendu (ju'on a dû consommer pour le courant sur cette réserve et remplacer par les vivres qu'on devait recevoir pour le service courant. Je suis donc fort étonné qu'aujourd'hui vous veniez me dire que cet a|)provisionnement n'est pas complet, faites-en constater l'état afui que je puisse le comparer avec les états qui m'ont été remis il y a quatre ou cinq mois.
J'approuve votre opinion pour ce qui concerne Gueta.
Je ne vois pas d'utilité à oiganiser des sapeurs en Espagne.
Les garde-chasses doivent payer leurs fusils.
Un nouveau convoi dont j'ignore la force est parvenu à tromper la vigilance de la croisière ennemie et à passer le cap V'aticano; il était déjà en sûreté ce matin de très bonne heure dans le mouillage de Nicotera d'où il partira vraisemblablement cette nuit et sera rendu de bon matin à Ragnara; l'ennemi du reste nous laisse fort tranquilles et n'ose plus détacher une seule barque du Phare, depuis que j'en ai quarante réunies à Scilla.
Je fais donner ici sur les fonds de réserve deux mille ducats par mois au général Tuguy pour le service extraordinaire d'artillerie de campagne.
.Arcliives du prince Mural. R. XVI, p. i13.
5054. — MIIR.^T A DE SIMOXE
Scilla. 2.S juin ISU).
A mousictir de Simone, conseiller d Ktat. Monsieur le conseiller d'Etat, faites partir sur-le-champ les divi-
sions S'-Caprais et Bonjjourd avec un ou deux scoridors pour aller au devant du convoi que je fais partir de Tropea et du Pizzo. Je suis furieusement contrarié j)ar le retard de mes convois; ils peuvent compromettre le siiccès de l'expédition, du moins la retardent-ils grandement. Je fais partir par terre pour Tropea un ofCcier qui portera Tordre ' au commandant de faire partir sur-lechamp tout ce qui se trouve dans ce mouilla<[e et qui préviendra le commandant du convoi (juc j'envoie à sa rencontre les divisions S'-Caprais et Bongourd. Donnez à ces deux officiers les instructions nécessaires pour remplir avec sûreté cette mission.
Archives du prince .Murât. II. ,\V, p. 64.
5055 — LA IWAXE CAROLINE A SOX .UAIU
Saint-Cloud, 29 juin.
Knfm jai obtenu de l'Empereur la permission d'aller te rejoindre ainsi que mes enfants et cela n'a pas été sans peine, il m'a même montré un peu d'humeur, mais je t'avoue que j'ai passé par dessus, ne pouvant plus être séparée de tout ce (pii m'est cher. Je compte partir le 30 et je fais partir dans deux jours mes dames. Il est étonnant tout ce que ces danies m'ont coûté et me coûtent et tous les cadeaux que je suis obligée de faire ici avant de partir, tant pour toi (|ue pour moi, et tout l'argent qu'il faut donner. Comme
I 5054 his. — OlinilE DE MLK.AT
MX CdMXH.VBAXTS DE TIldPKI l-.T Dl l'IZZO
Scilla, 2!ljaiD 1810.
II csl ordonné aux conimandant.s de Tropea et du l'izzo de faire partir sur-le-iliamp pour Bagnara et Scilla tous les convois qui s'y trouvent; jamais moment ne fut plus favorable, d'après rengagement brillant qui a eu lieu hier entre ma flottille et toutes les forces réunies de l'ennemi, il est dans l'impossibilité de rien tenter contre moi avant au moins 60 lieures, car il lui faut rétablir ses munitions; il faut donc profiter de ces moments précieu.x; enfin je désire qu'il n'y ait pas de prétexte pour diffi-rer plus longtemps l'arrivée de mes convois.
L'ennemi a combattu aujourd'hui avec 76 voiles dont 50 canonnières de 24, une corvette, trois bricks, des scoridors. des lances et des bombardes; cependant le convoi est entré en entier, à la barbe de l'ennemi, à Bagnara et il entre en ce moment à Scilla. L'ennemi a été, dans cette occasion comme dans toutes les autres, forcé de fuir. Cet engagement fait le plus grand honneur à ma marine.
.Archives da prince Mar«t. R. \V, p. 6J.
ROYAUME DE IVAPLES. — 1810 40*)
je n'en ai pas et que je ne veux pas laisser de dettes ici, tu devrais m'envoyer cent mille francs pour m'acquitter ici et payer les frais de voyage, et si tu ne le veux pas, tu pourrais écrire à monsieur Lechat, afin qu'il m'envoie celte somme en acompte sur mes mois, sans cela je ne saurais comment faire. \e me réponds pas à ce sujet par l'estafette, car il est inutile que l'Empereur entre dans ces détails qui nous concernent.
Je conduis Clotilde avec moi, mais je te demande en grâce de me laisser l'entière disposition sur elle et maîtresse de son éducation. Que je la garde près de moi ou que je la mette en pension, il faut m'en laisser la maîtresse. Antoinette a réussi parce que tu m'as laissée faire, aussi elle est parfaitement élevée et elle a fait un mariage avantageux. La même chose arrivera à Clotiide, si tu me donnes la même confiance, sans cela je ne répondrai pas qu'elle ne devienne une mademoiselle Tascher ou la Princesse de Bade, aussi je compte (jue tu t'en rapporteras à moi entièrement. Je t'assure, mon ami, que je partage ta confiance sur la conquête de la Sicile et que tu m'as appris depuis longtemps à croire que rien ne t'est impossible. Je te demande seulement un peu de prudence et de ne pas croire seulement à ton courage, mais de songer souvent à ta femme et à tes enfants. Je te crois trop bon père pour sacrifier un de tes fils et trop homme d'esprit pour croire aux oracles, aussi je suis bien tranquille hà-dessus.
Je t'exhorte, mon cher ami, à écouter la demande de l'Empereur avec calme et à y satisfaire promptement. Jérôme n'a rien eu à répliquer s'il a voulu conserver son royaume, ainsi je te répète ici ce que je t'écris dans ma grande lettre, c'est un bonheur pour nous (\ae la demande soit faite dans cet instant.
Adieu, mon cher ami, penses-tu au bonheur dont je vais ouir dans quinze jours, mais il ne sera pas complet avant que tu arrives. J'espère trouver de tes lettres sur le long de la route; écrismoi souvent, promptement, et ne me laisse pas dans l'attente de la nouvelle de ton passage, je ne vais pas respirer d'ici là.
.Adieu encore, je t'embrasse bien, bien tendrement, cela sera bientôt en réalité.
.Ircliiies du prince Murât. D. 566. 50.
5056. — LA REINE GAROLLXE A SOX MARI
Saint-Cloud, 29 juin 1810.
Mon cher ami, je t'écris le plus souvent possible et je ne reçois
pas en retour de tes nouvelles aussi souvent que je le désirerais. Je suis bien impatiente d'apprendre (jue tu es passé de l'autre côté. J'attends cette nouvelle pour me mettre en route. Je suis bien inquiète sur tout cela et surtout sur ton trop grand courage. Mon cber ami, tranquillise-moi bientôt. L'Empereur et l'Impératrice se portent très bien et me demandent tous les jours de tes nouvelles. Je vais demain à Ecouen, je verrai (Motilde et j'arrangerai pour la mener avec moi. Tu sais qu'.-lntoinette a accoucbé d'une fille, la mère et l'enfant se portent bien et les parents sont bien lieureux.
.-ïdieu, mon ami, ce n'est pas vivre ce que je fais depuis que je te sais sur le point de passer en Sicile, .^dieu, mon ami, adieu. Ah! si tu savais combien je désire notre heureuse réunion. Point de bonheur sans toi, surtout à présent (|ue tu es si bon pour moi! Le seras-tu toujours? Je ne veux pas en douter, cela nie rendrait trop malheureuse. \os enfants se portent bien.
Adieu, mon ami.
Arcliives (lu prince Xlurut. I). 566. 53.
5057. — MIR.AT A XAPOLIiOX
Scilla, -29 juin 1810.
Le convoi qui était arrivé à Xicotera Gt voile hier sur les G heures du soir, et, malgré le calme de la nuit, il était dès cinq heures du matin sous Palnii d'où il a continué sa route sur Bagnara. La tour du Phare l'a signalé, et le signal de chasse a aussitôt été donné à toute la flottille ennemie. Elle est partie en trois divisions, au nombre de 72 voiles dont 50 canonnières de 24, deux bombardes et le reste composé de scoridors et de lances. Une corvette et trois bricks se sont réunis à cette flottille au commencement de l'action. Voyant la manœuvre de l'ennemi, j'ai fait donner le signal à toutes les canonnières qui étaient à Scilla d'appareiller et d'être prêtes à mettre à la voile au premier signal. J'ai laissé défiler devant Scilla la première division ennemie, et lorsque la deuxième a été par le travers du château de Scilla, j'ai ordonné à ma flottille de mettre à la voile et de se diriger sur elle. Je voulais engager le combat sous le fort et les batteries de cette place et arrêter la première division qui menaçait déjà la queue de mon convoi; mais les vents et les courants ont absolument empêché cette manœuvre. .Alors ma flottille s'est dirigée, en longeant la côte, sur Bagnara, afin de couvrir le
ROYAUME UE X'APLES. — 1810 411
convoi qui y arrivait et les autres barques qui s'y trouvaient rassemblées, dépendant la l'™ division ennemie avait engagé le combat avec l'escorte du convoi et était parvenue à s'emparer d'une barque cliargée de biscuits et abandonnée par les marins; et, vraisemblablement une quinzaine seraient tombées en son pouvoir, sans les dispositions qui avaient été ordonnées depuis longtemps, de placer de l'infanterie de distance en distance dans les rocbers sous la fameuse position de la Corona; mais le commandant Del (laldo a fait bonne contenance contre cette division, et l'a empêchée d'entamer le convoi. Sur ces entrefaites, le capitaine de frégate S'-Caprais commandant mes canonnières qui se trouvaient à Scilla, continuait sa marche sur Bagnara, et le restant de la flottille ennemie partait du Phare avec 50 barques chargées de troupes de débarquement. Arrivé <à Bagnara, le capitaine S'-(laprais a formé sa ligne d'embossage et a soutenu pendant 10 heures tout le feu de la flottille ennemie, qui a été obligée, comme à l'ordinaire, de virer de bord et de gagner honteusement le large, sans avoir pu remplir l'objet qu'elle s'était proposé et que l'ennemi avait annoncé avec beaucoup d'emphase à Messine, de venir brûler mes convois <à Scilla et à Bagnara. liCs embarcations, toutes chargées de soldats anglais, ont été plusieurs fois repoussées par notre infanterie, et n'ont pu parvenir, malgré la protection de leurs 76 voiles, h amariner un seul bâtiment abandonné; on a \u une de leurs canonnières couler, et deux de leurs bricks ont été si fort endommagés que j'ai compté jusqu'à 1 i embarcations qui les remorquaient. Dix de mes canonnières ont reçu des boulets à bord, mais toutes seront réparées dans la journée de demain, \otre perte consiste en cinq ou six tués et dix ou douze blessés. L'ennemi doit avoir considérablement souffert, puisque sa première division qui avait engagé le combat n'a pris presqu'aucune part à l'action, tant elle avait souffert! Ce combat fait le plus grand honneur à ma marine. Le 62^"* a rendu les plus grands services, ainsi que le 1" de ligne Suisse, les bataillons d'élite et les voltigeurs de ma garde. Il a été bien prouvé aujourd'hui que si j'avais eu mes bâtiments de transport, je passais en Sicile pendant qu'on se battait a Scilla, sans tirer un coup de canon, puisqu'il n'était plus resté un seul bâtiment armé depuis le Phare jusqu'à Messine.
L'ennemi a reçu avant-hier 1 000 hommes de renfort qu'il a fait venir, dit-on, de ALilte; moi, je pense tout bonnement que c'est une partie de la garnison de Syracuse et d'Augusta qu'ila ralliée.
J'espère que le restant de mes convois m' arrivera demain et
après-demain, que toute larmée dexpédition sera réunie dans quatre jours et que toutes les mesures seront prises de n)anière à pouvoir tenter l'expédition à la première occasion favorable.
I/cnnemi n'a pas plus de 12 000 hommes à m'opposer. li'esprit des habitants parait très disposé en ma faveur.
Je suis un peu gêné pour remplacer les munitions de ma flottille qui a déjà eu à soutenir sept à huit combats.
.Arcliives du prince Murât. K. XVIII, p. 21.
Al/ mi ni aire de la Guerre.
Scilia, 29 juin 1810.
(Envoi à monsieur le ministre du récit du combat d'aujourd'hui avec invitation de mettre un article dans les journaux.)
Je suis uu peu gèué pour remplacer les munitions de ma flottille qui a déjà eu à soutenir sept combats. Ma santé est très bonne, envoyez-moi des munitions |)our ma flottille.
Archives Aa priuce \Iurat. R. XVI, p. 2"4.
5059. — LA REIVK CAROLIXE A S0\' MARI
30 juta (1810).
Je reçois, mon cher ami, dans l'instant tes lettres des 13, 14 et 15 du courant et celle pour l'Empereur toutes à la fois. Je ne puis t'exprimer, mon cher ami, combien je suis affligée de te savoir du chagrin. Je donnerais tout au monde pour le calmer. Je prévoyais bien que tu serais fâché de la mission de l'offlcier (car on m'avait écrit de Naples qu'il était arrivé) et il y a deux jours que j'en ai parlé à l'Empereur en lui disant combien cette mission devait t'être désagréable. L'Empereur a paru très étonné que je trouvasse cela mauvais et m'a répondu qu'il était bien naturel, le sachant en Sicile et loin de pouvoir secourir Naples, si les Anglais se portaient vers les côtes, qu'il envoyât à Rome en cas d'accident et pour avoir des forces sujfisantes et que cette démarche était très simple, qu'il n'y avait rien de choquant pour nous, mais que nous étions des personnes susreptililcs
ROYAUME DE \APLES. — 1810 413
qui se fdchaieiil de loul . Tii vois, mon cher ami, qu'au fond il n'y a rien qui puisse te fâcher, les formes seulement peuvent être désajjréables et proviennent presque toujours par la faute de l'individu chargé de la mission, car ou ne lui dit pas d'examiner scrupuleusement, mais en grand. Comme on avait dit à l'Kmpereur que les forts étaient dégarnis, il aura dit de les examiner, l'officier aura fait l'empressé mal à propos, on t'aura exagéré le ra|)p()rt et ou t'aura présenté le tout sous un faux point de vue, et comme la moindre des choses devient monstrueuse, on aura tout noirci à tes yeux. Je t'assure qu'il n'y a pas grand mal à tout cela, que si l'Empereui- t'a écrit de ne faire l'expédition qu'autant que lu en seras sih\ c'est par intérêt pour toi, car comme il connaît ton courage, il craint ainsi que tu ne t'exposes à une entreprise hasardeuse, c'est si vrai qu'il m'a déjà dit plusieurs fois " Il passera avec li on 4000 hommes cl il se fera liier n et ensuite il te croyait si bien passé qu'il me disait : Kh bien? Esl-il passée hi moi de lui répondre affirmativement. Oh mon Dieu! oui, car je le croyais fermement, tu me le dis encore dans ta lettre du 15, et dans celle du 13 à l'Empereur, tu dis que tu ne passeras pas. Je ne sais plus que croire. Je compte remettre aujourd'hui ta lettre à l'Empereur et lui parler en même temps de l'ambassadeur, quoi(|u'il m'ait déjà dit que nous traitions si mal les ambassadeurs qu'il était inutile d'en envoyer pour leur faire essuyer des mauvais traitements. Je t'enverrai après-demain la réponse de l'Empereur.
Je suis toujours sur le point de partir, quoique j'attende à chaque instant la nouvelle que tu es passé. Si dans deux ou trois jours, tu ne m'écris pas, je me dirai que tu es passé et je partirai. Fais en sorteque tes lettres ne soient pas mises dans le paquet do la malle et que l'estafette puisse me les remettre en route partout où je passerai.
Je ne puis te dire combien je suis malheureuse par l'idée que tu es contrarié. Tu m'as fait passer une mauvaise journée hier et une plus mauvaise nuit. Je voudrais savoir ce que tu vas faire. Je suis bien inquiète et triste, surtout te sachant malheureux et moi éloignée de toi, mais permets-moi de te dire que tu t'affliges trop et que ton attachement pour l'Empereur fait que la chose la plus simple, tu te l'exagères, car l'Empereur est bien bon pour toi et ne doute pas de ton attachement, je te l'assure, mais il faut prendre les mots comme ils sont et pas plus qu'ils ne valent. Je t'assure aussi que lorsque j'avais su qu'il avait envoyé un officier à \aples, j'en avais été bien aise, car je désirais qu'on mît des troupes, à cause de la sûreté de nos enfants. Tu vois, mon très cher ami, qu'au fond de tout cela.
414 JOACHIAI MIRAT
il n'y a pas grand mal. Le plus «{raïul, c'est le chnjjrin que tu te fais. Je te demande en grâce de te tranquilliser et de te dire que tu n'as pas un chagrin, une peine que je ne partage au centuple.
Je t'embrasse bien tendrement. J'ai reçu des nouvelles de nos enfants qui se portent bien. .Adieu, je t'embrasse bien.
Caroi-ine.
.Ircliiies du prince Murai. D. 566. 34.
5060. — .ML'R.AT A .\Al'OLEO\
Scilla. 3U juin \H10.
SiRK,
D'après le résultat de l'affaire d'hier, persuadé que l'ennemi ne pouvait rien entreprendre contre mes convois avant 48 heures, j'expédiai sur-le-champ un officier à Tropea pour faire filer sans retard tout ce qui y restait, ainsi qu'au Pizzo. .Ainsi 72 bâtiments sont arrivés dons la matinée au rivage de Xicoterad'où je les ai vus mettre à la voile à 2 heures après-midi et arriver vers quatre à Pietra \era; ils en partiront vraisemblablement à la nuit, et demain matin, jusqu'à mon 2G "" conioi sera arrivé sain et sauf à Scilla. Après le départ de ce convoi, il ne restait plus un seul bâtiment au Pizzo ni à Tropea. L'ennemi a dû tellement souffrir hier qu'il a vu filer aujourd'hui en plein midi le convoi de 72 voiles, sans détacher une seule barque du Phare.
Quatorze pièces de canon de gros calibre se trouvent en batterie depuis la Punta del Pizzo jusqu'à Torre del Cavallo ; après-demain il en sera placé onze autres, ainsi que deux mortiers à grande portée, qui, m'assure-t-on, porteront les bombesjusque sur la rive opposée.
Trois cents bâtiments pouvant porter dix mille hommes seront tirés à terre sous les batteries délia Punta del Pizzo. Cette position est d'autant plus avantageuse quelle me rapproche davantage du point del ï'aro, et conséquemment de toute la rive opposée du canal, et qu'elle me met à même de menacer en même temps le sud de Messine et de donner beaucoup d'inquiétude à l'ennemi qui semble, jusqu'à ce jour, concentrer tous ses moyens de défense depuis le Phare jusqu'à Messine. J'espère, avant huit jours, pouvoir annoncer à V. M. que j'ai tenté le passage. La fortune n'abandonnera pas, sans doute, dans cette circonstance V. .M. et votre lieutenant.
L'armée de V. M. paraît animée du meilleur esprit et l'enthou-
HOYALAIE DE XAPLES. — 1810 415
siasme de mes marias est é;[al à celui de l'armée. Puissé-je être à même de pouvoir bientôt annoncer à V. M. des succès contre ses plus cruels et ses plus implacables ennemis.
Archives du prince Mural. R. WllI, p. 24.
50(51. — MURAT A DALRE
Al/ niinislrc de la Guerre.
Seilla, 30 juin 1810.
Monsieur le ministre, je n'ai pas reçu devons do lapport aujourd'hui, mais je n'en suis pas étonné, parce que je sais que vous avez été <à Gaëta. Je vous envoie copie de la lettre que j'écris à l'Empereur, vous y verrez que mon ^B'"'" convoi entrera demain sain et sauf à Seilla. Continuez toujours à nous envoyer des munitions et des vivres.
Arthi\es du priuce Murât. R. XVI, p. '1~U.