‹ Lettres et documents, 1767-1815Chapitre 82 sur 94 · ROYAL AI IC DE NAPLES · texte numérisé non relu

ROYAL AI IC DE NAPLES

Scilla. 1" juillet 1810.

A moiis/'cifr le minhtrc des Affaires Etrangères.

Monsieur le ministre, je crois vous avoir autorisé à donner en mon nom, le congé à AL de Bibicoff, ainsi que le cadeau d'usage que je lui avais destiné; rien ne peut plus s'opposer au départ de ce ministre.

Les Anglais furieusement maltraités par le combat du 28, pendant lequel ils ont tiré cinq mille coups de canon, n'ont pu rien tenter hier contre un de mes convois qui a fait voile, en plein midi, de IVicotera sur Pietra Nera. J'en aperçois un autre dans ce moment, 7 heures du matin, par le travers de Gioja et l'ennemi ne semble pas faire de dis|)ositions pour l'attaquer. Les chaleurs ont seulement commencé hier. ALi santé est très bonne.

.■irchives du prince Murât. R. XVII, p. 24.

Stilla. le 1" juillet 1810.

A monsieur le miinslre des Finances.

Monsieur le ministre, faites mettre à la disposition de l'ordonnateur en chef de la ALirine dix mille ducats, qui seront portés en compte sur les sommes qui doivent être payées h la compagnie Caftieri pour les fournitures de la .VLarine.

Archives du prince Murât. R. XVII. p. 24.

Scilla, 1"^ juillet 1810.

Au nnnislre de la Guerre.

Monsieur le ministre, j'apprends à l'instant que le convoi commandé par M. .Abraham est rentré hier à Tropea,d'où j'espère qu'il partira cette nuit. Le convoi de Barbara a passé toute la journée à Pietra Nera pour rallier une vingtaine de bâtiments de son convoi

qu'une vive canonnade d'un vaisseau de 74 avait forcés de relâcher sous la batterie du cap Vaticauo, et il était tout rallié dès huit heures du matin et n'a éprouvé aucune espèce d'avarie. M. Barbara a soutenu un combat très honorable.

J'espère que vous nous aurez envoyé beaucoup de pierres à feu; rapprovisionncment que vous nous avez adressé pour la tlotlille est bien loin d'être suffisant ; ou vous renverra bientôt quelques bâtiments.

L'ennemi n'a plus bougé depuis le 29; il travaille nuit et jour à de nouvelles batteries.

F'aites connaître à tous les jjénéraux qui commandent les divisions que c'est le moment de monter à cheval et de faire une guerre active aux brigands. La division de Fouille a surtout besoin d'être très surveillée, car je sais que l'ennemi fait particulièrement ses efforts pour la révolter. J'ai été obligé de faire donner aujourd'hui dix mille ducats à l'adujinistrateur en chef de la marine. Caffieri n'envoie pas le sol en Calabre et compromet le service; dites-lui de bien prendre garde à lui. J'éprouve toujours des inquiétudes pour le service de terre, non ])as que les fonds ni les données manquent, mais par un mauvais génie qui n'a cessé de le contrarier depuis que je suis en Calabre.

.Archives du prince Mural. R. XVI, p. 2".').

5070. — MURAT AU GEVERAL GREMER

Srilla, 2 juillet IHIO.

Au général Grenier, chef de l'étaf-major (jénértil.

Monsieur le général, écrivez de suite au général Partouneaux de s'assurer par expérience, en faisant embarquer devant lui des troupes, ce que peuvent porter les bâtiments qu'il a à Bagnara. Il faut qu'aujourd'hui on fasse ici la même opération. Prévenez le colonel .^rcovito, mon aide-de-camp, qu'il est chargé de cette opération avec le colonel du 62'"" . Il faudra que AL de Simone charge un officier de marine d'opérer de concert avec eux.

Il faut absolument rappeler toutes les compagnies détachées des régiments français; donnez-en l'ordre de suite, excepté à la Mongiana.

Archives du prince Murât. R. XV, p. 70.

5071. — MURAT A DE SIMOXE

Scilla, 2 juillet 1810.

A monsieur de Simone, conseiller cl' Etal.

Monsieur le conseiller d'Etat, comme il m'importe essentiellement que les bâtiments qui ont souffert dans les différents combats à Bagnara soient promptenieiit réparés, je fais donner Tordre prr le ministre de l'Intérieur au sous-intendant de Hegyio de faire partir dans la nuit pour Scilla tous les maîtres et ouvriers de marine qui existent; c'est à vous maintenant à fournir de suite un état des objets qui vous sont nécessaires et que ce même sous-intendant a ordre de faire fournir. Vous remettrez votre lettre au générai Manhès qui a ordre de se rendre de suite à Reggio.

Archives du prince .\Iiirat. U. XV, p. "1.

Saint-CIoud. 2 juillet 1810.

Mon cher ami, j'ai donné ta lettre à l'Empereur qui a beaucoup ri en la lisant et il m'a dit : Ah! le voilà fâcM contre moi; quelle drôle de tête, il se fâche de tout, je lui ai dit de ne pas faire d'expédition, s'il ne pouvait passer 15 000 hommes, par la raison que je craignais qu'il ne passât avec trop peu d'hommes et qu'il ne s'exposât. J'ai dit à l'officier de bien examiner Naples, afin de lui envoyer des secours, s'il en avait besoin, m.nis si l'officier a mal fait sa commission, ce n'est pas ma faute et il n'y a pas grand mal à tout cela et il n'y a pas de quoi se fâcher . "

Je lui ai ensuite beaucoup parlé de l'ambassade de Naples et de M'" Grosbois, que j'espérais qu'il nous l'ôterait, il m'a promis qu'il nous donnerait un ministre, mais qu'il ne voulait plus nous donner d'ambassadeur, parce qu'on avait trop maltraité le sien, mais qu'à la première plainte du ministre, il le rappellerait et nous traiterait comme la Hollande. Je ne te rends pas compte de tout ce qu'il a ajouté, mais je suis contente qu'il nous donne un ministre et qu'il nous ôte Grosbois, puisqu'il te fait de la peine. L'Empereur a été très aimable, il m'a engagée k rester plus longtemps à Paris, mais je lui ai dit que cela m'était impossible et tout est prêt pour mon

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départ et je n'attends pour en fixer le jour qu'une lettre de toi qui m'apprendra ton passage, car l'Empereur compte toujours que tu feras l'expédition.

Ne sois pas effrayé si tu apprends par les journaux le désastre qui est arrivé hier à la fête de l'ambassadeur d'Autriche. L'Empereur et l'Impératrice n'ont rien eu et moi j'ai été entraînée hors de rincendie ])ar le Grand-Duc de Vl'urtzhourg qui m'a sauvée, car sans lui, je n'aurais pas cru le (!an;jer aussi grand et je ne sais ce qui en serait résulté. Le feu a pris par une bougie qui a coulé sans qu'on s'en aperçût et la chaleur était si forte que toutes les glaces ont éclaté. Au premier indice de l'incendie, l'Empereur a entraîné l'Impératrice, qu'il a fait monter en voiture ainsi que moi, mais il nous a quittées à la barrière et il est retourné chez l'ambassadeur pour faire chercher les personnes qu'on craignait qui eussent péri. La malheureuse belle-sœur de l'ambassadeur d'.Autriche a été la victime de son amour pour un de ses enfants qu'elle croyait en danger, elle s'est précipitée au milieu des flammes, le plafond a écroulé sur elle, et ce n'est que ce matin qu'on a découvert sous les décombres un tronçon informe qu'on reconnut pour être elle à ses diamants. L'ambassadeur a montré un sang-froid admirable, quoiquinquiet pour sa famille, il n'a pas quitté l'Empereur d'un seul instant et le suivant pas à pas. On ignore le nombre des victimes, on espère que le nombre se réduit à une seule, mais le prince Kurakin est blessé ainsi que la princesse de Leyeu. Je suis encore toute saisie de ce terrible événement, je te l'écris sans ordre, car j'ignore encore tous les détails.

Adieu, mon ami, je partirai de suite après ta première lettre, je t'embrasse bien tendrement.

Ta CAROLiXE.

Arcliises du prince Murât. D. .566. 55,

5073. AILRAT A DAURE

A 21 mini sire de la Guerre.

Scilla. -2 juillet 1810.

Monsieur le ministre, je reçois votre dépèche, je suis indigné que la compagnie Caffiero demande une indemnité pour les vivres qu'elle a fait fournir à Tropea et à Scilla au lieu de Cotrone et du Pizzo; ce service a presque été fait partout au moyen des fonds que

ROYAIJIE DE XAPLES. — 1810 423

j'ai donnés aux différents chefs d'administration de la marine; c'est bien moi plutôt qni devrais lui demander compte d'avoir retardé mon expédition de quinze jours au moins, car la plupart de mes convois sont restés au Pizzo ou à Tropea, ne pouvant pas en partir faute de vivres.

Le convoi de Barbara est entré ce matin dans le port, lorsqu'une division de la flottille ennemie a été le chercher à la pointe du jour, vers Pietra Xera. J'attends avec impatience les deux derniers convois. Comment se fail-il que vous n'ayez pas pensé à nous envoyer les Marielli? Et ensuite pourcjuoi n'avoir pas donné du fer et autres objets nécessaires aux ouvriers de la marine que vous nous avez adressés? Je ne suis pas du tout satisfait de M. .Marin, constructeur delà marine; il est d'une nonchalance coupable; les canonnières qui furent endommagées le 10 ne sont pas encore radoubées; jamais on ne fut plus contrarié. Le service des vivres continue toujours à me donner les plus grandes inquiétudes, et cependant il ne manque ni grains ni argent.

.îrtliiips du prince Mur.il R. XVI, p. 2"(3.

507V. — MUR.AT A FR.AMŒSCO RICCL'IRDI

Scilla, le 2 juillet 1810.

Aif Gi'/f/id .///(/(% minisire de la Jasiirc.

Monsieur le ministre, mon procureur-royal près la Cour de Cassation qui a été chargé d'une mission particulière à Monteleone, vous aura sans doute rendu compte de l'état de dégradation dans lequel est tombé le tribunal criminel de cette province; il prétend que ce tribunal a perdu totalement sa considération et qu'il faut qu'il soit sur-le-champ réorganisé. Occupez-vous de suite de ce travail et présentez-moi un projet de décret à cet égard. Composez ce nouveau tribunal de juges intègres et décidés.

11 est entré ce matin dans le port un nouveau convoi; j attends avec impatience que tous soient arrivés. J'ai ordonné différentes colonnes mobiles pour la destruction des brigands, dans les provinces de Bari, de Lecce, de Basi.'icata et de Coseuza ; j'en attends de bons résultats.

.Arcliiies du prince Xlnrat. R. XV'II, p. 23.

5075. — MURAT A DAURK

Scilla, 3 juillet ISIIO.

Au ininislrc de la Guerre.

Monsieur le ministre, je suis informe des réclamations du consul de France, sur une décision que vous avez donnée relativement à un bâtiment, le Sainl-Spiridiou, de Corfon, patron Staiti Polili; comme je veux ôter tout motif de plainte de la part des chargés d'affaires de F'rance; et quoique cette décision n'ait été rendue que parce qu'on avait été autorisé à penser que le rachat de son bâtiment avait été motivé sur ce qu'il s'était laissé prendre avec sa cargaison de blés et non pas sur ce qu'il avait ramené des prisonniers Napolitains, je désire que ce bâtiment soit relâché; prévenez-en le consul de France.

.Archives du prince Mnrat. R. XVI, p. 277.

5076. — LA REIXE CAROLINE A L^ RELXK HORTKVSK

Saint-Cloud, 3 juillet (1810).

Ma chère Hortense, quoique ])ar ta lettre du 20, tu m annonces ta convalescence, je ne suis point tranquille sur ta santé et je crois que tu as besoin des soins les plus grands. Ménage-toi pour ta petite famille et pour notre amitié et si tu ne peux toi-même me donner de tes nouvelles, charge une des personnes qui t'accompagnent de m'écrire bien exactement.

Je suis affligée de partir de Paris sans avoir le plaisir de t'embrasser, mais il y a si longtemps que je suis éloignée de mes enfants que je ne puis différer mon départ.

La fête qu'a donnée hier l'ambassadeur d'Autriche a été attristée par le plus horrible désastre, le feu a pris à la salle de bal et en peu d'instants il est devenu si violent que l'on n'a pu réussir à réteindre.

La belle-sœur de l'ambassadeur d'.Autriche a été une triste victime de l'amour pour son enfant; le croyant en danger, elle fuit pour le sauver et fut écrasée par le plafond et brûlée après. On a découvert son corps ce matin, qui ne présentait qu'un objet informe et qu'on n'a reconnu pour être elle qu'à son collier. L'Empereur,

après avoir fait sortir l'Impératrice, est revenu au feu pour faire chercher les victimes. I/auihassadeur ne Ta pas quitté d'un seul pas toute la nuit. Pour moi, j'ai été sauvée par les soins du Grand Duc de Wurtzbourg qui m'a entraînée malgré moi ignorant le danger, un moment plus tard, il n'aurait pas été temps. Le Prince Kourakin est très blessé, la Princesse La Leyen aussi. Nous sommes encore dans la confusion et dans la douleur d'un si triste événement. Cette malheureuse Princesse Schvvartzemberg laisse 9 enfants et une douleur sans bornes, car elle était charmante.

Adieu, ma bonne Hortense, je suis encore si én^ue, si hors de moi que je ne sais si tu pourras me lire.

Ton affectionnée sœur.

Carolixk.

Archiïes du prince Murât. R. XXXII. Lcifi-e 15.

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