EN E S P A G X K
Madrid, le 23 avril 1808^ à 2 heures du matiu.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, j'arrive d'El Pardo où le Roi et la Reine étaient arrivés dès cinq heures du soir. Ils m'ont renouvelé tout le désir qu'ils avaient d'arriver promptemeut auprès de V. .M.. Le Roi, qui souffre beaucoup de ses rhumatismes, m'a dit en m'apercevant : " J'espère me fjuérir aux eaux de Bagnères. '> Ils coucheront demain à Buitrago, après-demain ta Aranda, et le troisième jour à Burgos. J'écris au maréchal Bessières de faire connaître à V. M. leur itinéraire de|)uis Burgos jusqu'à Bayonnc. Le Prince de la Paix est monté hier en voiture à dix heures du soir.
Jamais la capitale ne fut plus tranquille, mais en même temps plus itnpatiente de savoir le parti qu'aura pris V. M., on est si fatigué d'attendre que la seule annonce d'une gazette extraordinaire a fait courir ce soir tout Madrid à la porte du gazetier. L'opinion a tellement changé contre le Prince des Asturies et son gouvernement que la Junte d'Etat a été obligée de répéter ce soir ce qu'elle avait déjà annoncé hier sur la lettre de V. M. à ce Pxiuce. Je suis siir qu'il y a encore à la porte du gazetier beaucoup de per-
' Publiée par A. Lumbrdso, ('orrrspomfance de Murât, n" 270. - 22 avril, d'après le registre de corrcspondauce.
soiiiK's (|iii ;itl('ii(l('iil les (Icriliers exemplaires (les chansons qui soiil ri'ijandncs contre le Prince des Asfnries e( confie le duc de rinfantado. On pailail hier et aujourd'hui de brûler la maison de ce duc. Voici entre autres un calembourg que je suis fâché (h- ne pouvoir répéter en espajpiol, mais dont \oici le sens en français : Hètc la nuit, hète le jour, je m'en \ais eu \oiture.
De retour d'Kl l'ardo, j'ai apj)elé le ministre de la (Inerre O'Farrill, et je lui ai témoijjué mou mécontentement sur ce qu'il s'était permis de faire imprimer quel(|ue chose sans ma participation. Je lui ai fait voir à quoi les exposait leur imprudence, u Pour(|uoi, lui ai-je dit, tromper le peu|)le? Crai'juez (pi'il ne se tourne contre vous, lors(|u'il verra déçues les espérances que vous lui avez données. " H a eu la bonhomie de me répondre que l'opinion ayant été toute la journée contre le Gouvernement, ils avaient cru devoir faire iin|irimer les nouvelles du lloi qu'ils venaient de recevoir d'Irun pour la soutenir et rendre compte au peuple des nouvelles assurances que V. M. avait données à Ferdinand. Je lui ai répondu que c'était très mal fait; que leur métier était de «jouverner, et celui du peuple de s'occu|)er à faire des souliers, des habits, etc. 11 m'a j)romis qu'il ne serait plus rien imprimé avant que V. M. ait fait connaître ses volontés sur rEspa,M[ne. Pendant ce temps-là, nous achèverons de yagner du
terrain.
L'idée d'un chan;|ement de dj nastie et de (îouverncmeiit a lait subitement tant de |)r();;rès qu'on a profité de l'allluence (pii existait à la porte de l'imprimeur, et qu'on avait pr()vo(pjée exprès, pour faire circuler des bulletins écrits à la main, dans le but de laire une réaction sur l'opinion, puisijue le premier article porte rpie Ferdinand était reconnu.
Les troupes portugaises sont arrivées à Valladolid, j'adresse à \ . M. le rapport que j'ai reçu à ce sujet par l'adjudanl-commandant Horelli, (MU' j'avais envoyé pour les recevoir à la frontière et les conduire jusqu à iein destination, lia désertion qui avait d'abord été très considérable, s'est arrêtée par l'i Ifet d'une piociamatiou du jjouveriieur de t^iudad-Hodrijjo.
J'attendrai avec bien de l'impatience les 44 mille paires de souliers que V. M. m'a annoncées; nous en avons jpand besoin. Tous les ateliers de cartouches sont dans la |)lus jpande activité, ainsi (lue la fabrication du biscuit Le service des subsistances se fait assez bien, à l'orge et à l'avoine près (jiii nous mampienl dcjiuis (jiiehpies jours. Je vais m'assurer si ce n'est |)as un piège du (Joii-
LIEUTENANCE EN ESPAGXE. — 1808 3
vernenient pour m'engager à éloigner la cavalerie, qui seule en impose et contient la canaille de Madrid.
Le général Belair va prendre le commandement de Buitrago.
Archives ualioiiales, AF'^ 1605, 1"3 et Arcliives du priuce Murât. U. XIV, p. 202.
32 IT. — MIRAT AL GKXERAL EXI-ILMAXS
Madrid, "2.3 mril 1808.
A monsieur le général Exebnans.
Monsieur le général, je vous préviens que.je vous ai désigné pour acconi|iagner jusqu'à Bayonne LL. MM. le Roi et la Reine d'Espagne. C'est une mission honorable et de confiance. Vous partirez sur-lechamp, en poste, pour les aller joindre à Buitrago où ils couchent ce soir.
Vous leur ferez rendre partout où ils passeront, par les troupes françaises, Ions les honneurs dus à leur rang. Vous emploierez pour leur service les relais et les escortes placés |)our celui de l'Empereur. Vous tâcherez d'arriver à Bayonne le plus vite possible ; il pourrait se faire (|iie l'Empereur ne fut pas disposé à rester longtemps dans cette ville, et il serait fort désagréable que LL. W\\. ne l'y trouvassent pas k leur arrivée. Vous m'écrirez tous les soirs et vous me ferez connaître votre itinéraire, et des nouvelles de la santé de LL. MAL, prenez-en tous les soins possible. D'Aranda, écrivez à monsieur le maréchal Bessières |)our lui faire connaître le jour de leur arrivée à Burgos, d'où vous devrez écrire à Vittoria au général Verdier pour le même effet, et (le Vittoria vous écrirez à monsieur le maréchal Duroc à Bayonne dans le même sens. Arrivé à Bayonne vous prendrez les ordres de l'Empereur, et vous partirez immédiatement après les avoir reçus.
Arcliives du prince Murât. R. XIII, p. 136,
;]218. — Mllt.Vr A L I.\FA.\T DON ANTONIO >
Madrid, le 23 avril 1808.
A l'Infant Don Antonio.
Monsieur nmn Cousin, je viens d'être informé que des rassemhleincuts populaires ont eu lieu à Burgos et à Tolède, et que la
' l'iililicc par \ LuMURO.-^n, Correspoudnnce de Miirnt, n" (TjLWIII.
ft JOACHIM MURAT
|)(i|)iilace égarée, éjjaréi' |)iir nos ciiiMMiiis coinnuiiis, par des iiiisôrahlos a\i(los de crimes el de pillajje, s'est portée à de jp-ands désordres à I{iir<]os; l'intendaiil de la province a failli être la victime de son zèle; il a dii sa \i(> an\ Français cpii Ion! arraché tout couvert de i)lessnres des mains de ces lorcenés. Son crime à leurs yeux était sa probité dans l'exercice de ses louctions. Le «jénéral Merle a dû taire dissiper C(>t attroupement à coups de Insil. Les plus mutins sont restés sur la place; le reste a pris la luife. Celte mesure a rétai)li le calme et arrêté les fureurs populaires dont le but des instigateurs était de faire piller et brûler les maisons des plus riches propriétaires'.
A Tolède, i\c)^ pillages \iennent d'être commis, des maisons y ont été brûlées, <'t |)our la seconde fois la force armée espagnole a laissé agir la populace.
Une annonce d'une gazette extraordinaire pour dix heures du soir, a donné lieu hier ici à un rassemblement. Les habitants de Madrid ont crié hautement contre cette annonce, et il a fallu qu'on ait connu aussi parfaitement la pureté des intentions de tous les nu'uibres de la Junte d'Ktat, pour ne pas s'être cru autorisé à penser (pie celte mesure avait eu lieu pour faire |)iller la ville.
Je le déclare à V. .\. R., l'Kspagne ne peut rester plus longtemps livrée à uiu^ semblable anarchie; l'armée que je cfnnmande ne peut pas, sans se deshonorer, laisser commettre des désordres. Je dois si'irelé et protecticm à tous les bons espagnols; je les dois surtout à la bonne ville de Madrid (pii s'est acquis des droits éternels à notre reconnaissance pour rentliousiasme (prelle a montré et le bon iiccueil (pi'elle nous a fait lors de notre entrée dans ses murs. Je dois par votre organe faire cesser ces incpiielndes, rassurer le propriétaire, le négociant, riiabilanl paisible de toutes les classes. Je dois enfin vous dire pour la dernière lois (pie je ne veux plus permettre d aliroMpenicni (piclcon(pic. Jt' ne verrai (pic des sc'-dilieux, des ennemis de la Krance et de 1 Kspagne dans les individus (|ui oseraient encore se réunir et tenir des propos alainiaiits. Hàtez-vons donc d aiiiioncer à la capitale el aux Kspagiies ma g(''iiereiise i('S(dii-
' Ressières à Mural. — Burgo.s, le 20 avril 1S((8. — t ... L'aidp -decamp du jjcnéial Lariboissitrc a du faire connaître à Voire Allcs.se te résiihat d'une émeute populaire (pii a r-ii lien le IS à Biu-gos ; quelques coups de fusil qui n'ont r'-te liri-s (pi'à la dernière extrémité et cpii ont lin'' 4 liommes, dont deux des plus mutins, ont tout lait rentrer dans l'ordre. On a été* surpris ici de notre niodi'-ralinn, quoique les séditieux eussent été les ajjrcsseurs. N'ous avons eu un s<d(lat hié de plusieurs coups de sillet. I.a tranquillité est parfaitement ntaMic; el cela f;iil un liés lion eflet. ■' (.Archives (In l'rince Murât I). 1S4. l-'J.)
li<)ii,el si vous ne vous trouvez pas assez fort de vous-niènie |)()ur répondre t\c la tranquillité |)ul)li(|ue,je m'en charyerai plus directement.
Je me persuade que V. A. R., la Junte d'Etat et la nation espa- ;jnole applaudiront à cette détermination, et y trouveront une nouvelle preuve de mon estime et de mon constant désir de contribuer au bonheur de ce royaume.
Que les agents de T. Angleterre, (|ue nos ennemis communs perdent l'espoir d'armer deux nations amies, si essentiellement liées par des intérêts réciproques. Les bons Espagnols n'auront pas manqué de voir, dans l'attitude tranquille que j'ai constamment gardée, combien l'armée est loin de s'en laisser imposer par des perlîdes insinuations et que nous n'avons jamais confondu la saine partie des bons Espagnols avec ces misérables intrigants.
.■\rchiies jiationales, AF'^' lliOJ, 170 et Archives du prince Murât. H. XIV, p. 205.
3219. — .MUi{.AT Al MARECHAL BERTHIER
Madrid, 23 auril 1808.
Mon cousin, j'avais demandé, pour ordonnateur en chef des armées d'Espagne, M. le commissaire ordonnateur Daure ' ; si Sa ALijesté ne veut pas me l'accorder, je vous prie d'obtenir de Sa Majesté qu'elle me donne M. l'ordonnateur Mathieu Faviers, qui est maintenant inutile à la Grande Armée et qui me sera d'un grand secours en Espagne.
Votre affectionné cousin.