MURAT AU MARECHAL BESSIERES
4 mai 180S, à 4 heures du matin.
A monsieur le maréchal Bessières.
Monsieur le Duc, je reçois votre lettre du 30. La tranquillité la plus parfaite est entièrement rétablie. La consternation a remplacé la morgue et l'insolence de la canaille de Madrid. Elle cède maintenant le pas aux soldats français, porte son manteau sur le bras, et salue très respectueusement. Vous trouverez ci-joint une proclamation, mon ordre du jour et la proclamation de la Junta d'État, .l'espère que ces mesures préviendront toute espèce d'insurrection dans lee provinces. Je vous adresse la Reine d'Etrurie et l'infant Don Francisco. L'infant Don Antonio, président de la Junta, sera dans une heure en \oiture. Il faut leur dire à tous que l'Emiiereiir désire qu'ils voyagent nuit et joui', pour qu'ils arrivent plus promjjtenient à Hayonne. Je vous renouvelle l'assurance de mon attachenu>nt.
.archives du prince \Iur;il, H. XIII, p. l.jS.
;5252 — MUR.rr A \'APOLEO\' '
Madrid, le i mai ISO.S, à i heures du matin
A Sa Majesté l' F.mpcrcvr.
Sire, j'ai reçu ce soir les <\i^\\\ lettres de V. \\. du 30, avec la copie He celle du Prince i\c<. Asiuries à Don Antonio. Je n'ai point
' Publiée par AL \. Li.mbroso, Correspondance de Mural, n° CCLXXXIV.
reçu ('elle dr M. <lo (lliampajiny, ni ccllo dr \ M., par la(|ucllo vous 1110 dites nravoir ordoiiiK' de piciidic le comiiiaiidcinciil do rarinéc ospafjiiolc. Il paraîtrai! doiu- (lu'on a anôlr un dcfi conrriers. V. M. mo dit (|n'('ll(> est rcstoc ciiui jours sans noiivollcs, ot (jnc roslalVitf, arrivée le M), ne lui en a pas remis de moi. .lo déi'lare avoir eci'il tous les jours à V. M., ce sera encore nn courrier ('e pris.
.le \ iens d ordonner au mareclial Moncc'^ de l'aire a rr<Mer Ions les eouriiers venant de l)a\onne, et je me conroiini i ai an\ instrnclious (|iie vous me donnez sur le contenn i\{'S dépêches de V . .M.
Ainsi (pie j'ai en riionneiir de l^'crire à V. M., la Heine d'Ktiiirie est partie liiei' malin; (die a coindie à Somo-Sierra, tni l'inranl Don l'"rancesco, (pie j'ai fait partir- hier à 10 heures du soir, a dû la rejoindre; mon aide-de-camp Monaco les acconipa;;ne.
L'inlanl I)(ni Anhniio partira dans (leu\ heures. .Mon aide-d(;eamp Kandoas raccompajjne. Il \ a une heure (|ue je l'ai l'ait prévenir Il a très hien pris son parti, et pour (pie son (h'parint le moins de hruit possihie, il s'est d(''ci(!('' à partir sans coiiimnni(pier sa résolution à la Jiinle. Il m'a demaiid('' voire |)rolecti<m et de l'ar- «lent ; je lui lais donner \ in;|l-cin(| mille francs. Ainsi voilà toute la famille royale éloi;jii(''C de .Madrid el l)ieiit(')t de ri']spa;[iie '.
Je jirendrai demain le coinniandement t\vs li(uipes espajjnolcs, el si la Junte se refuse à re;'onnaitre (Iharles IV, (die cessera de «lonverner. J'avoue (|iic pour le moment ce serait un iiiconv(''nient, car je serais peut-être fort emharrass('' pour trouver des personnes (Mii voulussent se cliar;[er du ;[(Miveriiemeiit. ,A loul eviMiemenl je m'en charjjcrai el je ferai pour le mieux
Apri'S l'événement d'hier, le plus fort est fait La Junte nous a rendu le seul service (dïicace ([u^dle |)ouvait rendre, celui de faire une proclamation pour le désarmement ('c Madrid, el d'écrire aux cipitaincs ;{éncraii\ pour les rendre responsahles de la traïKjuillité (les provinces, car, sans cette mesiire, il eut (•!<• à ( raiinlre (pir la révolte se fût propaj;ée dans les provinces.
J'ai fait hier un rapport tr('s à la hâte à \ .M (\('<. événements de la journée. Je lui adresse aujourd'hui I état de nos perles. SiJ'ai fait char;(er les chasseurs et les mameloucks, c'est (pie le cas l'exi- •leait. Il fallait ahsoliiment étahlir mes communications avec le ;{énéral (ir(inch\ Les mameloucks oui an moins fait l(Mnl)er cent tètes
' liV passajje nilic \ | ne se lidiiv c (|iii' (l,iii>. le ic;jislrc de cdii rs|t()iMlaiicc.
LIKITKNAXCE EY ESPAGXK. — IS08 49
à eux seuls. Depuis hier la consternation rè;]ne (l;ins Madrid ; tous les honnêtes Espajjnols, qui ont craint d'être massacrés ou pillés |)ar la canaille, ne sont pas encore rassurés, et la canaille craint le châtiment. Cependant mon ordre du jour et la proclamation de la Junte pour le désarmement de Madrid ont produit le meilleur effet et ont été reçus avec plaisir par les Espagnols tranquilles. La population tremhle, on la désarme depuis ce matin. Les Espagnols, hahitués à être toujours enveloppés de leurs manteaux, se promènent maintenant le manteau au hras, cèdent le haut du pavé à nos soldats, les saluent; enfin la leçon d'hier les a rendus polis et respectueux d'arrogants (ju'ils étaient.
J'ose maintenant garantir à V. M. que Madrid ne remuera plus '. Je regarde comme un honheur d'avoir été contraint de commencer l'affaire hier matin ; ils avaient certainement le projet de nous attaquer pendant la nuit. Cette horrihle trame avait été concertée, et le moment de rexécution avait été fixé à hier soir. Toutes les grandes routes avaient été interceptées par les paysans. Tous nos officiers d'ordonnance on soldats isolés ont été arrêtés et mis en prison |)ar des paysans révoltés. Partout on leur a fait les plus grandes menaces de les tuer; mais cependant on n'a pas osé exécuter ce projet, avant d'avoir connu les résultats des événements de Madrid. Ils ont tous été relâchés ce matin ; on leur a même rendu les armes. Il y a eu an moins 1 200 hommes tués parmi les Espagnols ', dont 200 de fusillés hier ou ce matin, parmi lesquels se sont trouvés deux prêtres sur lesquels on a trouvé des provocations de mort contre les troupes françaises.
Il paraît très vraisemblable que le pamphlet, que j'ai adressé à V. M. dans ma dépèche du 30, avait été renvoyé de Rayonne par Ccvallos. C'est certainement cet appel à la nation qui a provoqué la révolte.
J'ai déjà des nouvelles de Tolède et de Buitrago; il règne dans
' La Fore.st ù Champagny. Madrid, 4 mai 1808. — « ... L'événement (l'avant-liier (2 mai) a jusqu'ici toutes les conséquences qu'on aurait pu attendre de la plus jjrande victoire. Le parti de Ferdinand est complètement battu dans la canaille qu'il a mise en avant... n [Correspondance de La Forest, publiée par M. Geoffroy de Gra\duaiso\, p 4.)
- M. Geoffroy de Grandmaison, en s'appuyant sur des documents authentiques, tirés de la Bibliothèque nationale de Madrid, fournit le chif re de 200 AFadrilènes et cent paysans des environs tùi's dans les journées des 2 et •> mai. « Pour les troupes françaises, dit-il, les chiffres (145 tués) fournis par le Duc de Berjj sont certainement exacts. Les contrôles des ré'uiments sont probants. » {l/Esparjne et Xapoléon, p. 20V.)
TOXIK vt. 4
50 JOACHIM MIIHAT
ces pays la plus grande tranquillité. Il y a eu dimaiulu* à Aranjuez un rassemblement de paysans. Quelques eoups de fusils ont été tirés d'une maison à dix heures du soir sur une patrouille. Le colonel espagnol a fait prendre les armes à sa troupe, a fait cerner la maison et y a arrêté une trentaine de paysans armés. Je viens d ordonner que cette maison serait déuuilie ou brûlée et que les paysans seraient fusillés. Les troupes espagnoles se sont, en général, parfaitement bien conduites partout, à quelques soldats près qui s'étaient mêlés parmi le peuple. J'ai été hier assez content des gardes du corps; je l'ai été beaucou|) de toute la garnison, et surtout des gardes valloanes. Je leur en témoignai ma satisfaction; aujourd'hui tous les généraux et officiers de la .VLiison du Itoi et de la garnison sont venus en corps m' offrir leurs remerciements et leurs services pour le maintien de la traïupiillité. J'ai saisi cette occasion pour leur parler de la position de l'Espagne envers la France et des événements qui devaient avoir lieu. L'article ci-joint sera inséré dans les gazelles, je l'ai cru nécessaire pour le peuple qui croira ne devoir plus compter sur les troupes es|)agnoles, et pour le leste de l'armée espagnole qui se verra forcée de suivre l'exemple des troupes de la garnison de Madrid. Je serai toujours à temps de désarmer les gardes du corps.
Tous les étrangers ou dépulations des différentes provinces qui avaient été appelés à NLidrid, sous le prétexte d'y assister à des fêtes, se présentent depuis ce matin en foule à l'F^tat-major général pour y obtenir les passeports, à l'effet de retourner dans leurs familles. J ai cru très avantageux de les leur faire donner sur-lechamp. On leur a fait la leçon avant leur départ; ils serviront à calmer les tètes, et rapporteront chez eux l'épouvante et la consternation.
L'Infant Don Antonio me disait hier au soir avec le ministre de la .\Lirine : « Nous sommes enchantés de ce qui est arrivé; on ne viendra plus nous dire qu'on peut détruire une armée avec des paysans armés de bâtons et de couteaux. On vient enfin de se convaincre qu'un bataillon de troupes de ligne suffit pour en disperser dix mille.
J'ai écrit au général Jiiiiol pour lui jiiinoncer les événements de Madrid et lui faire connaître les projets de V. M. sur l'Pispajpie. Je l'invite à faire surveiller les corps des généraux Solano et (larafla, et de cherchera les convaincre des avantages qui devaient résulter, surtout pour l'armée, d'im changement de dynastie. J'enverrai à ces deux généraux un aide-de-camp pour leur parler parlictilièrenu'nt au nom de V. M.
LIEUTEYAXCE EV ESPAGXE. — 1808 51
M. Laforèt et M. Fréville me sont très utiles; ils déploient l'un et raiitre le plus grand zèle pour le service de V. M.
Tous les membres du corps diplomatique sont venus ce soir me remercier de ce que je leur avais fait offrir des gardes.
J'ai l'honneur d'adresser à V. M. un duplicata de ma lettre d'Iiier (.'ans la crainte que Dannecourt, qui en était porteur, n'ait été arrêté '. .le joins à ma dépêche un exemplaire de mon ordre du jour, de la proclamation de la Junte et de ma proclamation.
.archives nationales, AF'^ 1606, 1,15.
et .Archiîes du prince Mnrat. R. \I\ . p. 24-1.
3253. — MIRAT A LA .JL'XTE [) ETAT
i mai 1808.
Messieurs les membres de la Junta, S. A. ï\. l Infant Don .Antonio, appelé à Rayonne par Charles IV, est parti cette nuit. Il vous a prévenus de son départ et des ordres qu'il a reçus à cet égard. Vous vous trouvez donc dans des circonstances extraordinaires où vous avez plus besoin que jamais de lumières, et où il serait dangereux sans doute de laisser la nation livrée à toutes sortes d'agitations et d'intrigues. MM., je vous ai toujours vus animés du même désir, que vous avez pu et dû constamment reconnaître en moi, de concourir par tous les moyens à la conservation de la tranquillité publique. .Mais, dans l'état actuel des choses, les désordres passés
' AIarbot, dans se.s Mpinnires (II, p. .37\ se vante d'avoir porté le premier à Bayonne la nouvelle des événements du 2 mai et il fait de son voyage uu récit de haute fantaisie. Personne n'est dupe aujourd'hui des mensonges de Marbot (voir les articles de W LÉox Hkxxet, Feuilles criiistoire, II, p. 210, et TV, p. 435), celui-ci est flagrant, prouvé par la correspondance de Murât et de iVapoléon, et nous n'en parlerions pas, si, au récit de cette mission imaginaire, Marbot n'ajoutait une calomnie à l'égard de Murât. Il prétend, en effet, que celui-ci avait l'habitude de ménager ses aides-de-camp titulaires en réserrant au.x adjoints les missions les plus périlleuses. Les faits sont là ])our prouver le contraire, et, particulièrement en Espagne, ce fut toujours aux aides-dc-camp titulaires que Murât confia les opérations délicates ou dangereuses, telles que l'enlèvement du Prince de la Paix, celui de la Reine d'Etrurie, l'escorte des Princes, la mission vers le général Moncey, dans laquelle furent faits prisonniers le général Exelmans, le colonel Lagrangc et le chef d'escadron Rossclli. (iC dernier, dans son Journal, se vante, lui aussi, d'avoir été choisi par Murât pour porter à Xapoléon la nouvelle de l'insurrection du 2 mai. Il est probable qu'il porta seulement la lettre de Murât à Xapoléon, datée du 4 mai à 4- heures du malin, lettre qui contenait, comme on le voit, un duplicata de celle du 2.
pouvanf sp renouveler d'un moment k l'autre, el comme dans tout événement imprévu où il faut a<]ir et non délibérer, la distance qui \ous sépare du Roi vous empêche de prendre ses ordres, je vous préviens, et prévenez la nation et l'armée, que je veux bien, sur l'invitation du Roi même, me char<{er de la Présidence de la Juiila d'Ktat, jusqn'cà ce que la grande querelle qui a été soumise à l'arbilra;{e de l'Empereur et Roi soit terminée. Ce moment n'est pas éloi;}né. Réunissons nos efforts respectifs, rivalisons de zèle ])our rétablir l'ordre, pour prévenir toute espèce de retour à la révolte, pour faire échouer les menées criminelles de nos ennemis. Enfin travaillons à l'envi pour rendre le bonheur à votre Patrie; qu'elle ne s'aperçoive d'aucun changement que par le bien que nous ferons ensemble. Rien ne doit être changé dans la marche des affaires étrangères et intérieures, dans l'ordre de votre travail. Vos séances doivent continuer à se tenir aux mêmes heures et au Palais. Nous concerterons les moments où je me rendrai au milieu de vous.
Arciiires du prince Mnrat. R, XUI, p. lôS.
3254. — MURAT A LA FORKST
4 mai 18C8'.
A monsieur Laforct.
Monsieur le chevalier, ministre plénipotentiaire, S. M. l'Empereur me prévient qu'il vous a conféré le rang de son ministre en Espagne, mais que cependant vous ne devez avoir aucune communication avec les autorités, que par le canal de son chargé d'affaires. En conséquence, je vous prie de faire notifier à la Junta d'Etat
' De ce jour, La F'orcst, r(''<{ulièromont accrédité en Ksjjagne, commença avec le ministre des Relations l']xtérieiires de France, (lliampagny, une correspondance prescjnc journalière (pii a ét('' |)nbliée par M. (icoffroy dk (îriAM)- MAisov. (Paris, A. Picard, 1005 I-i-S". )
La Forest, di|)lomale de valeur (]ui avait fait ses preuves el qui savait jujçer les liomnies el les l'vénemeiits, a rendu com|)te en témoin impartial des efTorIs de Mnrat pour tirer le meilleur parti de la situation fausse el clia(|ue jour plus crili(|ue dans la(|uelle on Ir- laissait se di'diatlre.
L'honnête franchise de l'ambassadeur n'eut pas l'heur de plaire en haut lieu et l'Kmpereur l'accusa de chercher à fla^jorner .ALirat. .\ous renvoyons à la lettre si difjne qu'il écrivit à Chanipa;[ny, le 21 mai ISOS; c'est le plus licl ('•lojjcî et la justiticalinn la plus complète de la conduile du (îrand-Diic de Berg en Espajjne.
LlELiTKNAXCI'; KM ESPAG.VK. — 1808 53
copie (le la note i einiso par Sou Excellence le niinishe des Relations extérieures de France à luonsieur Labrador, et dont vous m'avez envoyé copie.
Archives du piiiite Murât. K. XIII. p. 160.
3255. — MURAT A A APOLEOX •
Madrid, le i mai ISOS [à 5 lienres du soir-].
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, à chaciue instant nous découvrons des nouveaux avantages. Les résultats des événements du 2 mai assurèrent à V . M. des succès décisifs. Le Prince des Asturies perdit ce jour-Là sa couronne; son parti complètement battu se range du côté du vainqueur. V. AL peut disposer de la couronne d'Espagne, et la tranquillité publique ne sera pins troublée. Depuis le départ de Don Antonio, c'est-à-dire depuis ce matin, tout prend pour nous une face nouvelle; tout nous annonce que nous sommes les maîtres. La Junte d'Etat, le Conseil de Castille, le président de l'Inquisition se sont présentés chez moi. J'ai donné connaissance à la Junte de la lettre dont j'adresse ci-joint copie à V. M., c'est-à-dire je lui ai montré la nécessité où j'étais, dans les circonstances actuelles, de me charger du commandement de l'armée espagnole et de la présidence de la Junte d'Etat. Les membres ne m'ont objecté d'antre difflculté (|ue leur serment à Ferdinand. Ils m'ont offert de ne rien faire sans prendre mes ordres, d'écrire même au Prince des Asturies pour lui déclarer qu'ils ne correspondraient plus dorénavant avec lui, et qu'ils se concerteraient en tout et pour tout avec moi pour le gouvernement de l'Espagne, qu'ils consentaient à ne plus reconnaître Cevallos, mais qu'ils ne pouvaient déclarer par écrit reconnaître Charles IV. Je me vois donc forcé, conformément à la lettre du 30 de V. M., de casser la Junte, si elle refuse de me reconnaître comme son président jusqu'à ce que la grande querelle de famille soit terminée. Les choses en sont restées là. Je vais leur adresser ma lettre; ou doit m'en donner la réponse ce soir.
Cependant l'ancien ministre de Grâce et de Justice Caballero
' Publiée par M. A. Lumbroso, Correspondance de Murât, n" GCLXXXVL - i 4 mai, 5 heures du soin , d'après le registre de correspondance.
54 JOACHIIM MURAT
s'est présenté chez moi et a deiiiaiidé à me parler en particulier. « Je vous demautle, m'a-t-il dit, à vous faire connaître les événements d'Aranjuez, et comme personne ne les connaît mieux que moi, puisque j'ai été un des princij)au\ acteurs dans ces journées, je commence par déclarer à \ . M. 1. que l'abdication lut forcée. '> il doit ce soir me l'attester par écrit.
Déjà hiei- matin ou s'attendait à me voir picndre la présidence de la Juute d'Etat, ou regardait cette mesure comme une suite naturelle des résultats des événements de la veille. Ainsi tout le monde est résigné; on n'attend |)lus que le nouveau Koi (pu- V. M. va donner à l'Espagne. Si je n'attends |)as à ce soir pour vous faire connaître ce changement, c'est pour mettre à même V. M. de passer par-dessus les dilflcultés qu'elle pourrait rencontrer à Bayonne, et lui dire qu'elle pourrait à la rigueur se passer et de Charles IV et de Ferdinand pour se prononcer. Je ne cesserai néanmoins de dire à V. M. que la remise du pouvoir de Ferdinand entre les mains de son père produira le plus grand effet, et ralliera beaucoup de ])ersonnes que l'honneur forcerait de s'écarter ejicore pour (juelque temps du nouvel ordre de choses.
J'en suis arrivé au point que tous les chefs de service de la Cour, voyant l'Infant parti, sont tous venus ce matin prendre mes ordres, l'intendant des diamants de la couronne, l'écuyer mayor, etc. J'ai demandé au premier un inventaire des diamants, au second un état des chevaux et des haras du Roi. L'un et l'autre ne laisseront disposer de rien sans mon ordre. Beaucoup d'autres (irands d'Espagne se sont présentés; tous m'ont dit : « Nous sommes absolu ment à vos ordres. » Enfin la Junte d'Etat aurait tout à fait perdu son crédit si je ne prenais pas la présidence. La dyiuistie des Bourhona est absolument à bas.
Comme je me trouve très mal logé ici, c'est-à-dire dans une mauvaise situation locale, ennemie et repoussée par l'opinion ; je me déterminerai peut-être à aller occuper au Château l'appartement du Prince des .Isturies qui est à côté de celui de V. \\. C'est une démarche que je crois politique; elle ne laisscja plus d'espoir à personne sur le retour des Bourbons ; on la regardera certainement comme une prise de possession pour un prince de voire dynastie. Cette position est d'ailleurs de toute sûreté, puisque de mes croisées je pourrais par un signal donner des ordres à la Junte, et que je serai plus à portée de donner mes ordics à la Junte et aux différents services de la .Maison du Uoi, et qu'enliu il faut du caïKJU pour y entrer.
LIKUTEVANCE K\ KSPAG.VK. — 1808 55
J'écrirai ce soir à V. AI. et je lui ferai coiiiiaitre positiveineiit ce qui aura été décidé au Conseil.
Voilà le véritable élal des choses; M. Laforèt les voit ahsolunieul comme moi, et tous les rapports me le confirment.
P. -S. — Je reçois à l'instant la notification faite par .M. de (^hampagny à Labrador.
Archives ualionale.s, AF'^' IGOti, '2'i, et .archives du piiiice Mural. K. XIV, p. 24.'"».
3256. — .Ml R.AT A .VAPOLEO.X '
Madrid, le 5 mai IXOS, à 2 lieures du malin.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, il est une heure aprè.s-minuit, je viens de passer trois heures au Château avec la Junte d'Etat. La lettre que je lui ai écrite hier et dont j'ai envoyé copie à V. M., a été soumise à la délibération. Après une longue discussion, il a été décidé à la majorité que j'exercerais l'autorité de président de la Junte d'État, avec le commandement des troupes espagnoles; qu'il ne serait plus fait aucune espèce de rapport à Bayonne, ni à Charles IV, ni à Ferdinand VII. .Ainsi voilà V. M. absolument souveraine de l'Espagne, puisque votre lieutenant en a l'autorité, et que ce ne seront que les ordres de V. M. (ju'il y fera exécuter. Enfin tous les scrupules ont été vaincus; le salut de l'Espagne l'a eniporté sur l'atlachement que l'on avait voué au Prince des .Asluries. Cette mesure connue du public équivaut très certainement à une prise de possession pour le prince que V. .M. voudra nommer.
Il a été ensuite délibéré dans le Conseil qu'il serait fait une invitation à tous les habitants de Madrid, qui en étaient sortis depuis deux jours, d'y rentrer, et que l'on rassurerait ceux (|ui se proposaient de partir, eu leur annonçant que tout était pardonné, et que la tranquillité ne serait plus troublée.
On a arrêté que le Conseil de Castille et le Conseil de l'Inquisition feraient des proclamations qui seraient adressées aux provinces pour les exhorter à la paix et à la bonne harmonie avec les Français, leurs bons et fidèles alliés. La rédaction de ces proclamations doit être soumise au Conseil.
* Publiée par M. A. Lu.mbroso, Correspondance de Murât, n" CCLXXXVII.
Il a été noininé un commissaire «{énéral de police, car il m'a semblé ridicule de \oir la police entre les mains de trois ou (piatrc autorités diiïérentes. Ce commissaire devra donner sur-le-cliamp l'ordre à tous les aubergistes et propriétaires d'hôtels garnis d'en- \oyer le nom, l'état, etc., de tous les étrangers qu'ils logent. Il sera porté des peines sévères contre ceux qui ne déclareraieul piis les Anglais et les hommes suspects.
Je donnerai demain l'ordre au minisire delà guerre de diriger sur Cadix trois régiments du corps de Solano, et je lui donnerai des instructions convenables. .\ l'avenir et pour plus de sûreté toutes mes dépêches et celles du Gouvernement seront |)ortées dans les provinces par les officiers français et espagnols réunis.
J'adresse à l^. M. le rapport que je lui ai annoncé par ma dernière dépèche sur les événements d'Aranjuez; M. (laballero, (pii en est l'auteur, est un homme d'esprit. C'est lui qui a grandement influé ce soir pour l'obtention de la ])résidence. J'espère en tirer un grand parti en l'opjjosant à O'Farrill, homme très iniluent dans le sens opposé.
La Junte doit s'assembler tous les jours à 1 1 heures du matin et exlraordinairement toutes les lois (|ue je le demanderai.
J'irai demain habiter au Château l'appartement du Piince des .■^stuiies. La Junte a vu avec plaisir cette délerminalioii, attendu (pielle perdrait beaucoup de temps pour venir me trouver.
Les troupes françaises et espagnoles font conjointement le service; cela n'a p;is peu contribué à dissiper la consternation qui avait succédé aux événements du 2 mai. Toute la Maison du Hoi a témoigné le plus grand désir de faire le service chez moi conjointement avec la Garde de V. M. Cela ne pourra que produire un très bon effet.
Xous ne sommes pas sans inquiétude pour la viande; elle peut nous manquer d'un moment à l'autre. L'intendant général a écrit a ce sujet au major général pour tirer des bœufs en France; je crois cette mesure indispensable.
Tous les honnêtes gens de Madrid et même le corps <lij)lomati(pie ont eu la bonhomie de croire que nos soldats, d'après les ordres qu'ils en avaient reçus de moi, tiraient leurs coups de fusil en l'air. Je me ganh'rai bien de les détromper, car cela a |)ro(luit un très bon effet.
Il est sorti, depuis le 2, iOO malades des liopilaux.
.Archives nalloiial.'s AF"> 1602, '2i. el Arcliivei du prince Miirut. K. .\IV, p. HH.
l,li;i TliNANCK lùN KSPAGiVK. — 1808 57
5257. — MURAT A OFARHILI,
j mai 1808.
A monsieur le ministre 0' Farrill.
Moiisiour le ministre, je suis informé que les communicalions entre (iibraltar et l'intérieur de l'Espagne ne sont pas soigneusement gardées, et que c'est de ce point que viennent tous les agents et toutes les nouvelles de l'Angleterre, ainsi que des points intermédiaires de Cadix cà Gibraltar. S. M. a donc pensé que dans les circonstances actuelles, les forces du camp deS'-Roch n'étaient pas suffisantes, et elle a décidé qu'il serait détaché du corps de monsieur le général Solano, trois régiments ou quatre, pour se porter sur Cadix et se lier avec ce camp, en occupant Cliiclana, Medina- Sidouica, Alcala et Ximana. Je dois présumer que Tarifa et tous les autres points de la côte, entre Gibraltar et Cadix, sont suffisammeut gardés. Si vous jugiez que la garnison de Cadix ne fût point assez forte pour s'opposer à un débarquement ou à une insurrection dans la ville, vous pourriez la renforcer par un des quatre régiments du corps de monsieur le général Solano. (^es troupes seront sous les ordres de monsieur le général commandant lecanip de S'-Rocb ; il pourra en disposer suivant les circonstances, soit qu'il fût obligé de s'opposer à une sortie des troupes anglaises de Gibraltar, ou à des mouvements po[)ulaires en Andalousie. Vous écrirez à tous les généraux, et vous les rendrez responsables de la tranquillité publique. Je désire que vous m'adressiez de suite les ordres et les instructions que vous allez donner à MM. les généraux .Marquis de Solano et Castanos. Vous désitMierez un ofticier espagnol pour les leur porter; je le ferai accompagner par un de mes aidcs-de-camp. Je désire que vous fassiez un ordre du jour aux troupes espagnoles pour leur faire connaître la décision d'hier de la Junta de Gouvernement, qui me donne la présidence de la Junta et le commandement des troupes espagnoles, et que vous leur prescriviez de correspondre avec moi, en même tenjps qu'ils correspondront axec vous, et qu'en conséquence ils doivent exécuter les ordres que je serai dans le cas de leur donner.
Je désire que vous me fassiez remettre l'état de situation de l'état militaire de l'f'^spagne, avec l'emplacement des différentes troupes, les noms des capitaines-généraux et colonels en activité de service.
.Arcliiit's (lu piMice Mural. K. XIII, |). ItiO.
.•i-258. — MliK.^T \ l)()\ AKIAS \l()\
:". mai 1X0«.
J monsieur le Président dit Cunseil de CasiiUe.
Monsieur le piésiileiit du (ionseil «le Castille, je vous adresse plusieurs exemplaires de mou ordre du jour et de ma |)rocIamatiou. Je désire qu'ils soient envoyés en n)éiue temps qm; voire proclamation à toutes les autorités civiles et militaires du Royaume, et que vous eu lassiez accuser réception. Connue les exemjjlaires que je vous adresse sont insufflsants, vous les l'erez réim|)rinier au nombre (jm; vous jugerez nécessaire. H est indispensable que le tout parte cett(; nuit et soit porté par les courriers extraordinaires dans les dilTérentes provinces et ports du Koyainne.
.irchives du prince Mural. U. -Mil, ji ](j"i.
:î259. — XAPOUiOX .\ MUR.AT '
Bayonne, 5 mai 1S08, à 7 lieiires du soir.
.Mon frère, je vous ai expédié hier des actes qui vous nomment lieutenant général du Royaume. Je vous ai mandé qu'il fallait envoyer Tlnfant Don .Antonio et le reste de la famille ici à Rayonne, (ju'il fallait d'une manière ou d'aulre vous l'aire reconnaître par la Junte. Si elle s'y refuse, il faut l'exiler et vous arranger de manière à être maître de toutes les brandies de revenus. Si, comme je n'en doute pas, après quelques difficultés, la Juute se soumel, vous la conserverez, et vous ferez confirmer pai' elle tout le moiule dans ses emj)lois. Le frime des Asiiiries est Ioujdims ici, il ne se résout à rien, tanlol il veut reconnaître son père, lantol il ne veut pas, il est tiraillé en diilérens sens. En alleudant, il faut aller (h- l'avaul. \,i\ prolestation du roi (^barles rend nul l'acte d'abdication, et i\ii^ ce moment le l'rince des .^stuiies n'a aucun |)ouv()ir. Le marécbal Ressières me mande que ridé(; d(! cliangemcnl de dynastie a élé répandue dans toute la Riscaye, dans la Vieille Castille. l'.irlDul un j)romet d'être tranquille et on commence à discuter.
Je reprends ma lettre à G beures du soir. D'ilanneucourl est arrivé
' Correspondance de Xapoleon, n" l^iSL}. Varianlcs (lan.s le Icxh-, les adjonctiuus sont inipriim-es eu iluli(|(ics.
LIElITENAi\CE E\ ESPAGME. — 1808 59
à 4 heures avec votre lettre du 2 qui me donne la nouvelle de l'insurrection de Madrid. Je suis fort aise de la vigueur que vous avez mise. J'espère que vous procédez au désarmement avec la plus ;[raude activité. Immédiatement après avoir reçu votre lettre, je me suis rendu chez le Roi Charles. J'y ai fait venir les deux princes. Le |{oi et la Reine les ont traités avec la plus grande indignation. Quant à moi, je leur ai dit : Si d'ici à minuit, vous n'avez pas reconnu votre père comme votre Roi légitime et ne le mandez à .Madrid, vous serez traités comme rebelles. »
Demain le Prince des Asturies et son frère seront loin de Rayonne. .Ainsi tout sera fini. J'ai des preuves que c'est Don Antonio et la Junte qui ont tramé cette insurrection. Je les ai trouvées sur des courriers interceptés. Je suppose que l'Infant Don Antonio est en route pour Rayonne sous une bonne et sûre garde. Faites-le marcher jour et nuit et prenez des mesures pour qu'il ne puisse s'échapper. Otez les membres de la Junte auxquels vous ne pouvez pas vous fier et mettez la plus grande vigueur dans l'administration. Je vous recoiumande de bien vous garder, de ne pas sortir, et je vous défends expressément d'aller dans les rues. S'il y avait des Anglais à Madrid, je suppose que vous les aurez fait arrêter, et s'il s'en trouve des coupables, faites-les fusiller. J'ai envoyé dans la Riscaye, peisonne ne remuera. La Catalogne est bien gardée. Vous avez tout le corps du général Dupont et les régiments Suisses au service d'Espagne disponibles pour courir le pays sur les points où ils seront nécessaires. Il faut désarmer les gardes du corps. Le corps espagnol qui est près de Tolosa a promis de se bien comporter. Le régiment suisse qui est à Tarragone l'a promis de même. Mais il est nécessaire que vous envoyiez des officiers sûrs partout où il y a des régiments suisses pour leur parler. Vous commandez les troupes espagnoles, avancez quelques bons sergents et faites-les sous-lieutenants. Faites-les fraterniser avec les troupes françaises, que les Suisses au service de France invitent les Suisses au service d'Fspagne à manger et à boire. Je suppose que la solde et le régime français sont plus avantageux que la solde et le régime espagnol.
Déclarez qu'à compter du 1" Juin, les troupes espagnoles seront traitées comme les troupes françaises.
Je vous expédierai, ce soir à minuit, Excelmans qui vous portera des nouvelles de ce qu'aura fait le Prince des .Asturies, et l'acte authentique qu'il adresse à la Junte.
Archives du prince Murât. D. 467. 50.
(il) JOACHIM M un AT
3260. — OHURK DU JOUH DK MIRAT Al \ SOLDATS'
Madrid, le G mai ISOS.
Soldais, II' '2 mai vous fuies coniraiuls de courir aux armes et de repousser la force par la force.
Vous \ous êtes bien conduits, je suis content <le vous; j'en ai rendu compte à l'Kmpereur.
Trois soldats se sont laissés désarmer; ils sont déclarés indi;|nes de servir dans l'armée française.
Maintenant tout est rentré dans l'ordre; le calme est rétabli; les hommes coupables ou égarés sont punis ou reconnaissent leur erreur; un voile doit être tiré sur le passé, la confiance doit renaître.
Soldats, reprenez avec les habitants vos anciennes liaisons d'amitié.
La conduite des troupes espagnoles mérite des éloges; elle doit cimenter de plus eu plus l'harmonie et la bonne intelligence (|ui régnent entre les deux armées.
Habitants de Madrid, habitants de l'Kspagne, n'ayez plus d'inquiétude; dissipez les alarmes que la malveillance a voulu répandre; reprenez vos habitudes, le cours de vos affaires, et ne voyez dans les soldats du Grand Mapoléon, protecteur des Espagnols, (pic des soldats amis, que des fidèles alliés.
Les habilanls de toutes les classes, de tous les ordres, peuvent porter à l'ordinaire leur manteau; ils ne doivent plus être arrêtés ni iiu|uiétés.
32(U. — MLR.AT A .\AP()LKO.\^
Madiid, II' 0 mai ISOH, à 4 iieures du matin.
A Sa Majesté l'Empcrcitr.
Sire, j'ai (h'-jà eu l'honneur d'accuser réce|)tion à V. .M. de ses dépêches du 2 mai. J'ai aussitôt convocjué la Junte {\u (Jouverneincnt; je me suis rendu au |)alais, où après avoir donné lecltiic de la lettre de (Charles IV à son fils, j'ai posé ainsi la (piestion : ' La Junte voit àv\\\ |)oinls bien distincts dans cette lettre. Par le pre-
' l'ulilii- par W. \. Lr\iBHO.S", (loncsiomlanre de Murât, u" CCXCI. '-Jùid., n»<:(:L\\\l\.
LIEUTEJVAXCE E\ ESPAGXE — 1808 61
niior le roi Charles II déclare que le Prince des Asturies vient d'établir par sa conduite une barrière de bronze entre lui et le trône d'Espagne. Par le second, le Roi annonce qu'abreuvé d'amertumes et accablé d'infirmités, il ne songe plus à reprendre l'autorité, et qu'il s'en remet entièrement à la médiation de l'Empereur qu'il rend dépositaire de sa couronne. L'Flspagne se trouve donc véritablement sans souverain, et il n'est aucun de vous qui n'aperçoive le danger de laisser vacant plus longtemps le trône d'Es- ])agne. Je propose donc à la Junte d'arrêter qu'il sera nommé dans son sein une Commission qui se rendra au Conseil de Castille pour lui communiquer la lettre de Charles IV, et pour l'inviter à proposer à la Junte un moyen de remplir promptement et de la manière la plus convenable aux circonstances, le but que se propose Charles IV d'in\iter l'Empereur des Français, roi d'Italie, à donner un Roi à l'Espagne. Messieurs, je vous propose cette communication au Conseil de Castille, parce que je sens combien il répugnerait à vos cœurs d'agir aussi ouvertement contre un Prince de qui vous tenez l'autorité, parce que vous êtes son ouvrage; tandis que le Conseil de Castille est institué par la nation et tient son pouvoir d'elle, .-llors la mesure salutaire qui nous sera présentée par ce Conseil aura plus de poids sur la nation et sur les cœurs de Charles IV et de son tils. » J'ai insisté ensuite sur les dangers de voir se renouveler les désordres passés, et je leur ai présenté une |)roposition comme un sur moyen de les prévenir. La Junte, après avoir délibéré, a arrêté qu'il serait nommé une Commission de trois membres pour donner communication au Conseil de Castille de la lettre du roi Charles IV à son fils, de sa protestation du 21 mars, de celle du 17 avril, de sa lettre à V. M. et de la lettre de V. M. au Prince des .asturies. Cette Commission est composée de Caballero, ancien ministre de Grâce et de Justice, de Lemos, ministre de la Marine, et d'O'Farrill, ministre de la Guerre; elle se rendra demain au Conseil de Castille, qui après avoir entendu lecture des pièces, nommera trois membres qui, réunis au trois de la Junte, seront chargés de présenter au Conseil de Castille une adresse à V. M. pour la supplier de donner un Roi à l'Espagne. J'ai tout lieu de penser que le Conseil de Castille adoptera tout ce que lui proposera cette Commission, et comme j'ai eu d'avance le soin (i'eîndoctriner les différents membres, j'espère que tout ira suivant les désirs de V. AI. et que le courrier de demain lui portera cette adresse. J'adresse à V. M. l'extrait du registre des délibérations d(> la Junte qui me nonune son président.
V. \T. aura vu par ma lettre d'avaiit-liier ([iie déjà j'avais donné des ordres pour que les diamants de la couronne, les chevaux, etc., ne fussent ni aliénés ni dilapidés, et que personne ne piit en disposer sans mes ordres.
Il ne se trouve plus ici de la lamille royale (pie le jeune roi d'Etrurie, resté ici par indisposition, et qui partiia après-demain.
La crise par laquelle V. M. voulait fatijpier la nation a en lieu, et je crois en avoir lire tout le parti que pouvait désirer V. M.
Je suis on ne peut plus heureux d'apprendre le hon accueil (pie V. M. a fait au Roi et à la Reine; c'est un si brave homme, ils vous sont si dévoués!
Il paraît par tous les rapports (pii arrivent de Cadix et de (leuta que le roi de Maroc favorise ouvertement les .1n<]lais. Le ministre O'Farrill doit me faire demain à ce sujet un rapport que j'adresserai à V. M, qui jugera peut-être nécessaire, dans l'état d'intimité où se trouvent la France et l'Espagne, d'en écrire à ce Roi.
Le calme renaît, tout se pacifie. Je vais travailler d'avance à concilier tous les coeurs au nouveau Roi.
J'adresse à Y. M. un second rapport de \L Cahallero, (|ui prouve d'une manière plus positive que l'abdication a été forcée. Il a parlé ce soir dans ce sens à la Junte avec la plus grande force, et comme il a été témoin occulaire des événements, je dois déclarer que c'est lui qui a fixé l'opinion de la Junte et qui l'a entraînée, et m'a grandement secondé hier et aujourd'hui.
Un officier espagnol et un de mes aides-de-camp partent à l'instant pour porter des ordres au général Solano conformément aux instructions de V. M.
Archives nationales, .^F'^' I60(), I, 27, et .'\rchives du prince Murât. K. XIV, p. ■i."»2.
3262. — .MURAT AU GEiXHUAL SOCORHO SOI.AXO'
(> mai IXOS.
,-î monsieur le. Général Marejuix Sueoini SoIoiki.
Monsieur le mar(|uis, v(»us ;iiire/ s.ins (jciiitr ;ip|)ris avec douleur les événements malheureux du 2 m;ii. \.c Sduvenir de celle joiniiée
' Don Francisco Solano, niar(|tiis do la Solana y (Ici Socorrr», né en 1770, avait rommanrlf' une lirigadc à l'arnicc (]v (lalalojjuo on 179'î, puis il avait obtenu de Charles IV la permission de servir comme volontaire en Allemagne,
LIEITEIVAVCK KM KSPAGXE. — 1808 63
sera pour moi un souvenir d'anieiiunie. Mais le Ciel m'est témoin que j'ai été contraint de repousser la force par la force, et que c'est malgré moi que des Français ont tiré l'épée contre des Espagnols, et que le sang des deux nations amies a coulé. Je vous adresse ci-joints copie de mon ordre du jour avec une de mes proclamations et une de la Junta du Gouvernement. Vous ne manquerez |)as de vous apercevoir que la clémence a suivi de près la grande sévérité qu'il a fallu d'abord déployer pour arrêter le désordre et |)révenir l'effusion du sang. Tout est maintenant rentré dans l'ordre, le passé est absolument oublié. Il s'agit de réparer le mal; il faut faire plus, il faut le faire oublier et travailler de concert au bonheur de votre patrie. Ces dans ces vues que connaissant bien la pureté et la droiture de mes sentiments, la Junta suprême du Gouvernement m'a nommé son président. Je ne trahirai point sa confiance. Je ne me dissimule pas tous les devoirs qu'elle m'impose; je les remplirai, parce que je compte sur le concours de tous ses efforts et de tout son zèle, parce que je compte sur les différents corps de troupes espagnoles qui sont loin de la capitale, comme sur la garnison de Madrid, qui s'est couverte de gloire en se réunissant aux troupes de l'Empereur pour les soutenir et réprimer la populace égarée de Madrid.
Oui, monsieur le général, je compte beaucoup sur vous; les nobles sentiments qui vous distinguent si éminemment, me répondent de votre zèle. Vous ne pouvez que continuer à suivre le chemin de l'honneur. Vous vous rallierez au Gouvernement, vous unirez vos efforts aux siens, vous rivaliserez enfin avec lui de zèle pour maintenir la tranquillité publique, et empêcher que la secousse des événements de Madrid ne se fasse sentir dans l'Estramadure et dans l'Andalousie.
La Junta suprême du Gouvernement, convaincue de la nécessité d'empêcher toute communication de l'intérieur de l'Espagne avec Gibraltar, voulant d'un autre côté garantir les côtes depuis Cadix jusqu'à Gibraltar de toute insulte, a résolu de fortifier le camp de S'-Roch. En conséquence, monsieur le ministre de la Guerre vous adresse des ordres pour envoyer quelques bataillons sur ces points.
Monsieur le général, je suis flatté que cette circonstance me fournisse l'occasion de vous donner l'assurance de l'estime particulière que votre réputation et les talents qui vous distinguent vous ont si
sous les ordres de Moreau ; de retour en Espague, il avait été noaimé en 1800 lieutenant général et capitaine général de rAndalousic, il devait être massacré par ses compatriotes le 28 mai 1808.
64 JOACniM M HUAT
jtistonient nu'iitôo. Je vous serai ohlijjé <lo me Icnir an courant de votre situation, bien entendu (|ue cela ne doit |)oint vous empêcher de rendre les comptes journaliers à monsieur le ministre delatînerre.
Archii'os du prince Mural. 11. Mil. p. Ki'i.
3263. — MURAT AU GliNKUAI. CASTAXOS '
6 mai 1808.
A monsieur le général (]nxlanos.
(Mènu" lettre que la précédente, jusqu'à ces mots : Andalousie. La Junta suprême, et ensuite :)
Monsieur le fjénéral, mon aide-de-camp vous remettra ma lettre et vous serez prévenu par le ministre de la (luerre de l'arrivée d'un rcMiloil (|n'il vous envoie. Le poste le plus important sans doute de rKspa;(n(' vous est confié. On ne pouvait en donner la défense à un niilitaire plus distingué. Monsiem- le jjc'-néral, vous feicz certaincnuMit tous vos efforts, vous prendrez toutes les nu'su-es nécessaires pour empêcher toute con)inunication entre Gibraltai' et l'intérieur de l'Kspajjni': c'est l'or des .^n<;lais arrivé par ce point (pii u fait couler le sang de vos compatriotes et de nos alliés à Madrid. Je vous serai obligé de n)e tenir exactenn-nt au courant de votre situation, de celle de l'ennemi, ainsi (pie de ses mouvenn-nts.
[.Même lettre écrite aux capitaines-généraux et au général Clara f fa.]
.archives du prince Murât. R. XIII, p. 16.5.
.326V. — MURAT AU GKNKRAL JUXOT '
(i mal 1808.
A monsieur le duc d'Ahrnnlc
Monsieur le Duc, je vous fis connaître le ^ les événemeiils du 2. Ainsi que je l'avais prévu et que je vous l'avais annoncé, la leçon
' Don Francisco-Xavicr, Cdinto de Ca.Ktanos, ni' en 17.'>8, avait -^crvi en Prusse, colonel en 1T9.>, maréclial de camp en IT'.Mi. litMiteiiunt-;[('Miéral en 1S02: en juin 180S, il (levait rassenililcr l'armi'e (l'.Andalonsie coniprenanl environ 27 000 Iioninies et eonfrairidrc le g^nr-ral Dnpoiit à la <'a|»itiilali(iii de Baylen.
* Les lettres adressées par Miirat à .Fiiriot, dur dWbrantès, du 7 au 25 mai