‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 3 sur 104 · JOACHIM · texte numérisé non relu

JOACHIM

D. 181. 14 bis.

Madrid, le 23 a\ril 1808.

A Sa Majesté l'Empereur.

Sire, j'ai fait connaître à V. M. par ma lettre d'hier combien, depuis 48 heures, l'e-sprit public nous était devenu favorable'. Depuis hier soir il est absolument en notre faveur. L'amour-pro[)re

' De Bayoniic, le 27 avril, Bertiiier répond de la part de l'Empereur « que Sa Majesté pense que l'intendant-yenéral Denniée, avec les ordonnateurs qui se trouvent sous ses ordres, siiifit pour assurer le service d.

* Publiée par .\. Luubroso, Correspondance de Murât, u" CGLXIX.

^ liessières à Murât. — Burgos, 20 avril 1808. — a ... J'ai (ait appeler

riislillaii a élé si blessé dv ce (iiic le l'iiiuc dos Asturios avail dépassé la ti(»iiliéii' pour aller aii-devaiil de V. M., do ce «pTil avait élé assez làelie pour vous accorder le Priiiee de la I'ai\, ce ininislre ohjel de la venfjeaiice iialionale, qu'aujourd'hui il nexisle plus (piuii seul Uoi ; I.e prince des Asiurics vient de se rendre iudijpie de la nation cspajjnole; il ne méritait |)as Testiinc et l'intérêt (pie nous lui portions. Kli bien! puis(|u'il est hors de l'Kspafjne, et (pie son père et sa mère sont en route pour Hayonne, puiscpienfin nous soniines sans souverain, (pie l'Eiiipereiir nous en donne un, mais (piil ne nous lasse pas attendre lon<{teiiips. ■ Danlres ajoiitaii-nl hier (\i\\\> les rassemblements à la porte (\i\ libraire, après avoir lu la ;[azette extraordinaire : ^' Il valait bien la peine de nous l'aire attendre jus(|u'à minuit pour nous annoncer des semblables rapsodies. >) D'autres enfin disaient : " Courons chez le Grand-Duc; prenons-le pour notre Roi; c'est le moyen de ne pas attendre lon;}teinps. •■ Voilà, Sire, mot à mot, les expressions du jour; voilà le véritable état des esprits de la capitale. Ceux qui vous diraient le contraire seraient bien coupables, et tromperaient évidemment V. M.. Les lettres (pii sont |)arties depuis trois jours de. Madrid, et (pii partiront à l'avenir, porteront dans les provinces ropinion de la capitale, et \. M. ne lardera pas à apprendre cette beiir<'use r(''\olnlion dans l'état moral de IKsjjafjne. Voyant la maladresse de la Junte d'Etat, j'iii voulu en profiter et lui porter le dernier coup en écrivant à son président la lettre dont je joins ici copie. Je tâcherai de la l'aire connaître au public, et elle ne pourra mampier de produire l'eriet désiré

J'éprouve la plus grande difficulté pour me procurer uuv presse d'imprimerie. Les imprimeurs sont punis de (piatreans de l'ers, (piaiid ils se permettent d imprimer cpiehpie chose contre le (louvernement, et ils sont si persuadés qu'ils seraient découverts que pas un n'oserait imprimer sans ordre de la police. Je réitère donc à V. M. la prière de me faire envoyer de Rayonne une |)resse et un compositeur.

M. Fréville a déjà fait un pamphlet. Il sera traduit demain, peutêtre même im|)riiné. Je m'empr( sser.ii de l'adresser à V. M. pour

3(ij()iii(l'liui le capitaine jjcnéral et les principaux de la lillc... J'ai coninicncé à parirr daii.s le sens de votre lettre. Je leur ai annoncé (pie le roy Cliarle.s IV irait Lientôt à Hayonne et ils m'ont paro toii.s dispost-s à le recevoir avec les plus yrands lioiuHMirs. Je me suis aperçu, dans la conversation, (jue. lorscpi'd en sera temps, il sera facile de donner à ce pays-ci l'imjiulsion (pie voudra l'Empereur... l'InOii j'es|)cre (pie les lionmies (pii nous ont paru être les plus opposés seront des premiers à faire ce (pie l'Empereur voudra... » (Arciiives du IVince Murât. 1). lHV.i:J.)

que, si elle le juge bieu fait, elle ait la bouté de le faire léiuipriiner à Bayoune et lépaudre daus les proviuccs de Navarre et de Biscaye. J'oserais daus ce nioiuent auuoucer à V. M. qu'elle pourrait se passer de ce uioyeu pour exéculer ses projets sur l'Espagne. Mais, je le répéterai toujours à V. M., qu'elle se prononce vite; qu'elle ne s'en laisse pas imposer par l'enthousiasme qui a éclaté sur le passage du Prince des Asfuries. Le passage du Roi va l'affaiblir, et l'idée d'un nu^illeur avenir achèvera de le détruire.

Nous jouissons de la plus parfaile tranquillité; nous revenons à grands pas vers les premiers jours de notre entrée dans Madrid. Nos camps sont remplis tout le jour d'Espagnols, et M. O'Farril! me disait ce soir : -< Comment ose-t-on dire que l'esprit de la capitale est contre les Erançais, quand nous voyons les soldats fraiu;ais courir les rues pèle-mèle avec les Espagnols? ^

Le Hoi et la Reine couchent ce soir à Buitrago. Le général l']\elmans, qui les accompagne, a ordre de leur faire faire le plus de diligence possible.

Voilà trois jours que je suis sans nouvelles de V. M.. .le continuerai toujours, en attendant \os ordres, à agir dans le sens de vos dernières instructions.

V. M. a senti la nécessité de donner une augmentation de solde au\ généraux et aux officiers qui sont en Portugal. Permettez-moi de réclamer la même faveur pour ceux de vos armées d'Espagne. Tout est ici hors de prix. .le ne m'en tirerai pas moi-même pour cent mille francs par mois.

Ne pouvant pas me procurer ici les facilités d'avoir des fonds pour mes besoins parliculiers et pour votre service, je prie V. M. de m'ouvrir un crédit sur son payeur. Je serai fort exact, si Elle l'exige, à lui rembourser les sommes qu'il m'aura avancées. Je prir V. VL de ne pas me laisser sans réponse sur cet objet. Il faut que j'aie de grands besoins, puis(|ue je me vois forcé à cette démarche.

Archives nationales. .AF'^' I60Ô. 169 el Archives du prince Mnrat. R. XIV, p. 207.

3221. — Ail RAT AU OEX^ERAL DUPONT

24 avril 1808.

A monsieur le général Dupont.

Monsieur le comte, je viens de recevoir votre lettre avec celle de l'intendant de Tolède. Marchez sur cette ville avec tout ce que vous

8 JOACHIM MIKAT

a\o/. (le loii'os en iiiraiili'ric, caviilciic et ailillcric. \ olie sccoiido division icçoil lOidic <!(• xoiis rciiipliiccr à Aianjncz, S'il cxislc à 'IVtlèdc, ainsi (juc vons le mande tnonsienr linleiidanl, des lasseinhlenienls des eanipajjnes voisines, vous les lerez inviler à i<'nlrer dans leni's villa;;es, en lenr annonçant (|ne vons i'e;|ardere/ eoninie sédilienv el ennemis de I l';s|)a;[ne e( de la l'iance ceux (|ni n"ol»éiraient pas à celle sommalitni. Immédialenu-nl après celle |)remière démarche, vons entrerez dans la ville, el vons dissiperez à coup (le canon tout rassemblement séditieux. Vdns écriiez an colonel dos Snisses |)onr lui tennti;}ner mon méconlentemenl de ce (pi il n'a pas su maintenir par la iorce, la lran(piillité dans Tolivle. \()us vous établirez militairement. Il serait à désirer que vons jinissiez camper vos troupes à une des portes de la ville. \()us me ferez connaître le résultat des mesures que je vous ordonne de prendre, et vous me préviendrez du nmmenl où la tran(piillilé sera rétablie dans Tolède. Vous pourriez au besoin disposer de votre seconde division.

AitIiucs du prince Miirit. il. XIII, |). 137

;]i>22. — MLR.AT .^l (ÎK.XKR.AL MOLTOX

'2 4 auil ISOS.

A monsieur le général Mouton.

.M(»nsieur le comte, je (bmne l'ordre à monsieur le jjénéral comte Dupont de porter son (piartier-yénéral à Tolède. Sa seconde division vous remplacera à .■^raujuez, et je lais reconnaître .\avalcarneio, (lasarrubios et .Mostolés pour y placer celle (|ue vous commandez. Comme je ne suis pas forcé à vous faire faire un monvement, je suis résolu à ne vous faire quitter l'Escurial, qu'autant que vous ne seriez pas bien où vous êtes, et (jue vous seriez aussi bien dans la position (pie je fais reconnaitre. Ilépondez-moi de suite à ce sujet. LL. M.M. doivent partir aiijoiird liiii de lUiilra<]o pour continuer leur route.

.^rclii\cs (lu prince .Mural. It. .Mil, p. 138.

.•}22:j. — MIH.AT .\ LI.MK.M) \\T-«;i;.\i;H.\L DK.WIKI';

•24 avril 180S.

A monsieur l'intendant yénéral.

.Monsieur riiitendant, je vous avais fait connaitre que je dé.sirais avoir tons les soirs un ra|)porl sur les différeuts services. Voici b;

i.iin Ti;\ AX'CK i:.v KsrAdxi;. — isos «>

lioisitMiic joiir (|ii(' ji' n'en ai pas roçii. Je drsire (|ii"à ravciiir col envoi me soit r('<{iilièroineiit l'ail. Doiinez-doiic rordre pour (pi"<»ii élabliss»' i\v<. niajjasins à la proximité dos ditTciciils camps. Je vous préviens que le jjénéral Dupont ooeupera demain T(dède avee sa premièic division, Aianjuez avec sa seconde, et que vraisemblablemeni la troisième viendra s'établir à Casarrubios, Xavalcarnero et Mostolès. Tout ce corps d'armée ne doit rien prendre dans Madrid. Donnez l'ordre à l'ordonnateur de cette division de la l'aire vivre sur les pays qui sont au nord de sa position.

iircliivos (lii priiicp Murât. XIII. p. 130.

3224. — MUR.^T .\\j GEXER.AL MOUTOX

25 avril 1808.

A monsieur le général Mouton.

Monsieur le général, je reçois votre lettre du 25. Rien ne s'oppose à ce que vous continuiez à occuper TEscurial, mais les habitants de Xavalcarnero s'étant très -mal conduits envers un officier français que j'y avais envoyé, vous voudrez bien envoyer un l'égiment pour y tenir poste jusqu'à nouvel ordre'. Vous donnerez pour instruction au colonel de ce régiment de tenir sa troupe le plus réunie possible, et d'empêcher à l'avenir toute espèce de rassemblement. Vous pourrez, si vous le jugez à propos, faire marcher deux pièces de canon avec ce régiment. Vous êtes prévenu que nous occupons Leganès par de la cavalerie. Quant à l'évacuation des malades sur .Madrid, nous sommes obligés nous-mêmes de former un établissement à Alcala, et vous pouvez les conserver avec d'autant moins d'inconvénient à l'Escurial que je viens de contremander l'évacuation de Valladolid.

Archives du prince Mural. R. XIII, p. 140.

' Xapoléon, dans sa lettre à ilurat du 29 avril, désapprouva cette mesure. «... Vous pouvez détaciier un régiment pour faire un exemple, mais il doit rentrer sur-le-cliamp,... les détachements que vous envoyez doivent être des colonnes mobiles, qui ne doivent pas s'absenter plus de huit jours et rentrer aussitôt leur mission remplie... ' (Lecestrk, n" 273.)

Page 1