DR BADAJOZ
Madrid, le i juin 1,S0«.
Au Colonel command((nl la garnison de Jhtdajoz.
Monsieur le colonel, le ministre de la (luerre m'a donné connaissance de votre rapport sur le funeste événement arrivé à lîarlajoz. Je dois vous l'avouer, je n'ai jamais éprouvé d'indignation semblable. Il répujpiait trop à mon âme de croire que des militaires puissent chérir assez peu l'honneur pour laisser lâchement assassiner leur général par nue vile populace. Les fastes militaires n'offrent peut-être pas d'exemple d'une semblable lâcheté. Si dans maintes circonstances on a vu des compagnies entières se faire hacher pour défendre leur capitaine, des régiments pour sauver leur colonel, que n'avait-on pas droit d'attendre d'un corps d'officiers, d'une garnison vingt fois trop nombreuse pour en imposer à fpielques misérables mutins que dix coups de fusils auraient fait rentrer dans le néant? La nouvelle de cet événement indignerait l'armée espagnole contre la garnison de Madajoz, si elle n'ap|)renait pas immédiatement après qu'elle a su venger la mort de sou gc'-néral. Ceci vous touche de près; profitez pour- vuus-méme de cet exemple. Quant à moi, en ma qualité de lieutenant g(''néral du royaume, je déclare que je signalerai la garnison ''<• I5;i;'aj(iz à
' Publiée par XL \. Ll.miiroso, Correspondance de Murât, n" C(XL.V.\XV1L
LlKl TK.VAXCK EÎV KSPAGX'K. — 1808 197
l'Espagne et à lEnrope entière comme infâme et à jamais déshonorée, si six heures après la réception de ma dépèche, la mort de riutortuné comte de la Torre de Frcsno n'a pas ét3 vengée, si cinquante des plus scélérats <le la poj>ulace n'ont pas été pendus, et si les soldats qui se sont nu'lés parmi les rebelles n'ont été arrêtés et punis. Quant à la ville de IJadajoz, si elle ne rentre pas dans l'ordre à la réception de cette dépêche, je promets aux mânes de votre général une vengeance tellement éclatante, que le souvenir en arrivera aux derniers neveux des habitants de cette ville. Que les honnêtes Espagnols de Badajoz se réunissent à vous, et que tout rentre sur-le-champ dans l'ordre accoutumé.
Je vous ordonne d'assembler d'abord le corps des officiers, de leur donner lecture de ma lettre, de leur i-appeler que c'est un militaire qui parle le langage de l'honneur à des militaires, et qui, j'espère, sera entendu. Lisez ensuite la lettre à la garnison assemblée dans vos quartiers, et n'en sortez que pour exécuter mes ordres.
J'ordonne que vous fassiez rendre les honneurs funèbres militaires dûs au grade du général comte de la Torre de Fresno, et que sur une colonne qui sera élevée sur sa tombe, on inscrive ces mots : Aux mânes du brave général comle de la Torre de Fresno, lûchemenT. assassiné par la populace, pour avoir voulu/aire exécuter les ordres de son Gouvernement et ramener l'ordre dans la ville. La fjarnison de Badajoz lui a élevé ce monument, après avoir vengé sa mort.
Je vous préviens que des troupes marchent de tous côtés sur les rebelles, et que vous apprendrez bientôt que la francjuillité est rétablie sur tous les points du royaume.
Arcliiçes nationales, AF'v 1606, 91, et Archives du prince Murât. R. XII, p. 27.