MIRAT A M. DE MOS
3 juiu 1808.
A M. de Mos, Grand-Maître du Palais.
AL le Grand-Maître, j'autorise la vente de quatre millions de diamants de la Couronne, et je vous donne par la présente plein et entier pouvoir d'opérer cette vente à M. de La Forêt, conseiller d'Etat de France. Vous vous ferez assister du joaillier de la Couronne et des personnes qui sont chargées <!e la conservation des diamants. Vous ferez dresser procès-verbal de cette vente. M. de La Forêt, de son côté, est autorisé à nommer un bijoutier pour estimer les diamants, contradictoirement avec le joaillier de la Couronne. V'ous pourrez dès demain vous occuper de cette opération.
R. XI bis, p. l'J.
3379. — .Ml RAT Al MARKCIIAL lîKSSlÈRKS
3 juin 1S08.
Monsirur le maiéilial, j'ai <''l('' sensible aii\ marques d'intérêt <|uo vous avoz tém()i«jnéos à ma santé dans ecde ciiconstanco. Mon neveu, le Prince de llolienzollern m'a remis lolre lettre, j(; vois que vous avez lait marcher le yénéral Merle sur Santander; j'espère que \ous auiez lait éjjalement marcher sur Valladolid et que vous avez fait rentrer cette ville dans l'ordre. Il est l)esoin, là comme sur (|uel(|nes autres points, de frapper (juclquc yrand coup. .le suis persuadé (|ne vous aurez surtout senti l'importance de ne pas permettre qu'on s'insurjje à quinze lieues de votre quartier ;jénéral.
Le maréchal .M()nce\ marche demain avec 15()0() hommes sur Valence, et le ijénéral Chahran, avec une division de 7 000 Français se porte de Harcelone sur le même |)oint. Le ;{énéial Dupont entre demain ou après-demain dans SéviMe où j'espère qu'il donnera une honne leçon au\ mutins de cette ville. Une bonne leçon sur ce point assure à jamais la lran((uil!ité de cette contrée. Vous devriez tâcher de faire intercej)ler la correspondance de rAra<]on avec les .^sturies.
Je ne puis |)oint mettre à votre disposition une somme déterminée, n'a]^ant pas pour moi-même cette faculté, mais je vais ordonner an payeur «jéncral d'ordonner à celui de votre corps d'armée de vous fournir les fonds extraordinaires dont vous aurez besoin pour le service de l'Kmpercur. Voilà, mon cher maréchal, tout ce qu'il m'est possible de faire.
\Li santé s'améliore d'une manière sensibh; et j'espère pouvoir remonter à cheval dans trois ou quatre jours. Donnez-moi souvent des nf)uvelles, de celles des Astnries et de Santander, et apprenezmoi surtout bientôt que vous avez frappé Valladolid. B. XII. p. 23
;{;j80. — MURAT i\V M.^RKCHAL MO.XCKY '
l,r 4 juin IS08.
ri momiexir le mairclial Monccij .
Monsieur le maréchal, j'ai n-cu celle unit votre lettre dn '.\, ainsi que l'itinéraire de votre marche. Les ordres au jjénéral dhabran
' l'iiblice par M \. l.iMnRoso, Correspondance de Murât, n" 0(",C\XXVI.
LIKUTIIXAXCK K\ KSPAG.VE. — 18!) S \n
sont partis par (riplicata, et en outre l'Empereur a adiessé directemeut les siens de Bayouiie, (|ui doivent être arrivés en même temps qu'ici.
La désertion effrayante qui s'est manifestée dans les corps espagnols qui devaient suivre votre mouvement, m'a forcé à en suspendre le départ, et je vous préviens ([ue je donne l'ordre au ministre de la Guerre de former un corps de même force qu'il tirera des provinces de Cordoue et de Grenade, et qui a ordre de marcher pour se réunir à Cuenca. Je vous ferai connaître plus particulièrement le nom des régiments qui doivent composer ce corps. Dans tous les cas, vous trouverez sur votre route le bataillon des gardes espagnols qui se rendait à V aleuce.
Permettez-moi de vous témoigner mon étonnement de ce que vous dites relativement à votre artillerie. Vous trouvez que vous avez trop de seize pièces; je trouve que vous n'en auriez pas assez de vingt. Persuadez-vous bien, mon cher maréchal, que votre principale force consiste dans l'artillerie; que le premier coup de canon que vous ferez tirer sur les mutins, s'ils avaient l'audace de vous attendre, doit les terrifier, et retentira dans toutes les parties du royaume. Avec votre première division organisée comme elle l'est, je voudrais me promener dans toutes les Espagnes et faire tout rentrer dans l'ordre. Je connais trop bien votre fermeté et vos talents pour douter un instant que vous n'en fassiez de même. Le général Dupont n'a pas autant de forces que vous, et cependant il entre dans l'Andalousie entièrement insurgée, et par sa lettre du 2, d'.Andujar, il m'annonce que bientôt tous ces brigands seront dispersés. Il faut sans doute faire respecter les personnes et les propriétés par tous les pays que vous parcourerez, mais vous ue perdrez certainement pas de vue que si dans les circonstances actuelles vous débutiez par trop de clémence et de bonté, la malveillance ne manquerait pas de les présenter comme une marque de faiblesse. II faut donc commencer par épouvanter; vous serez toujours à temps d'être bon et de pardonner. L'insurrection de Valence n'est rien; nous connaissons tous le caractère inconstant de ce peuple habitué à s'insurger ordinairement tous les ans. Il faut donc le frapper (huis ce moment pour rempêciier de recommencer ses folies à l'avenir.
Celui qui est à la tête des insurgés de l'.^ndalousie est un misérable couvert de crimes et de sang, qui plutôt par la terreur (pie par le patriotisme, a su se faire écouter de quelques nialheureu.\ plus à plaindre que criminels. J'espère que les coups de canon que tirera après-demain le général Dupont sur Cordoue, feront tout rentrer
TU.ME VI. l-'î
dans l'ordre dans lo midi de l'Espayne. Monsieur le maréchal, marchez donc avec condance, annoncez aiillientiquemeut voire résolution d'anéantir les mutins, et tous ces misérables disparaîtront devant vous. Ne soyez pas en peine des secours; si vous en aviez besoin, je ne marcherais pas seulement avec votre 3""(livision, je marcherais avec lout votre corps d'armée. Nous servons tous l'Empereur avec le même zèle, nous lui sommes tons éjjalement dévoués, et par consé(juenl intéressés à faire triompher ses armes.
Quant aux dispositions que \ous me proposez, je ne ])uis rien chanj;er à celles qui existent, l'Empereur ne m'ayant jamais appris à disséminer ses armées par petits paquets.
Mon cher maréchal, donnez-moi tous les jours de vos nouvelles, et apprenez-moi bientôt que vous avez rétabli l'ordre dans le royaume de \^alence et provinces environnantes '.
Archives nationale», AF'V UiOti. S9, et Archives du priuce Murât. U. XII, p, 23.
3381. — MLKAT A O'KAKIULL
Le 4 juin (1808), à 10 heures et demie du soir.
Au ministre de ht Guerre.
Monsieur le ministre, proposez par un courrier evlraordinaire aux yardes du corps de partir avec M. le maréchal Moncey, pour aller rétablir Tordre dans le royaume de Valence. C'est leur offrir une belle occasion de faire taire la calomnie et de rendre des services sijjnalés à la patrie et au nouveau Roi. Si, comme je n'en doute nullement, ils acceptent votre proposition, donnez-leur ordre de ))artir demain de lEscurial pour Aranjuez pour y rejoindre ou suivre le maréchal Moncey.
Faites partir de suite un courrier, ou plutôt \\n officier de votre état-major.
Sur ce, je prie Dieu qu'il \ons ail, monsieur le ministre, en sa sainte et diyne yarde.
JoACIUM.
Archives du piiucc Murât. 1). 55.3. 1.
' Le rapport du niaréclial Moiitey sur les oprriilious militaires (îiilrrpri.sps !i la suite de ers ordres de Murât a ('té publié par son pelit-fds le duc de Concyliano, Le marcclial Monret/, y. :)7!>.
LIEUTEX^ANCE E\ ESPAG\'E. — 1808 195
3382. — MURAT AU GÉ.VÉRAL Dl POXT
4 juin 1808.
Monsieur le général, je viens de recevoir à l'instant vos lettres (kl 2, d'Andujar. Je connaissais déjà l'insurrection de Séville et les funestes résultats de celle de Badajoz, dont le gouverneur M. le comte de Torre a été assassiné par les mutins. Quelle leçon pour les autres capitaines-généraux espagnols, s'ils sont assez faibles pour ne pas oser faire tirer sur le peuple par les troupes espagnoles ! Que j'envie votre sort! Le premier coup de canon que vous allez faire tirer sur ces misérables doit rendre pour toujours la tranquillité <à r.indalousie et j'ose dire, à l'Espagne. Vingt mille hommes marchent de Madrid et de Barcelone sur Valence, dix-mille de Pampelune sur Saragosse, même nombre de Burgos sur Santander. Cinquante mille nouveaux Français commencent à entrer dans ce moment en Espagne. Malheureux pays! Voilà les funestes effets des perfides insinuations des éternels ennemis du continent.
Je reste ici avec quarante mille hommes, c'est-à-dire avec vos deux divisions, deux divisions du maréchal Moncey et la garde de l'Empereur. Ayez soin de faire désarmer les \illes et les villages ([ue vous trouverez eu insurrection. Que la terreur vous précède pour les méchants et que la confiance vous attache d'avance les bons Espagnols !
Je vous autorise à faire payer par la caisse de votre division la solde des régiments suisses. Je la ferai réintégrer, s'il y a lieu, par le Trésor espagnol. Vous avez dû être prévenu qu'une division française de 4 000 hommes, du corps du général Juuot, marche sur Cadix et doit y être sous vos ordres. Donnez-lui des instructions et faites-la contribuer, s'il vous est possible, à l'ensemble de vos opérations.
Je vais faire déclarer lâche, infâme et deshonorée à jamais, la garnison de Badajoz, pour avoir laissé assassiner lâchement par la populace son général. Vous pouvez correspondre avec toute confiance par la poste et les courriers espagnols, ils nous servent aujourd'hui avec fidélité.
Je regarde connue un bonheur que le choix du commandant de Séville soit tombé sur cet Echavarri'. C'est un homme deshonoré
' Mou Pedro Agu.stin de Echavarri, lieuteuaat-coloDel, s'était rais à la tête des séditieux de Gordoue. l.a Juute de cette; ville le nomma sou président, avec le grade de général.
lOfi JOACHIM MUHAT
cl taré dans l'opinion |)iil)li(jiio, qui inspire plus de (erreur que de confiance. Comnicnl ne pas penser que Solano, Caslafios cl autres <]énéranx pleins d'Iionnenr ne seront pas révoltés de voir que ce misérable ait osé avancer qu'il allait les appeler à son secours? Je suis persuadé que tons les honnèles espagnols attendent la présence de vos troupes avec impatience et qu'ils vont vous regarder C(Mnnîe leur sauveur. Donnez-moi tous les jours de vos nouvelles. Faites partir de Cordoue et autres villes principales des estafettes.
La Junta du Gouvernement vient de faire une proclamation très énerfjfique et très sage. Je vous en fais adresser plusieurs exemplaires que vous devez avoir soin de répandre avec profusion.
Nous conlinnons ici à jouir de la plus <[rande tranquillité. Ma santé se rétablit d'une manière assez sensible. U. XI bis, p. 25.
3;}83. — MLR.^T AU COLONEL COMMAVDANT LA GAUMISON