MIRAT A DON SÉBASTIEN PINUELA
i juin 1808.
Au ministre de Grâce et de Justice.
M. le ministre de Grâce et de Justice, je viens d'être informé que par une fausse interprétation de mon décret d'hier, relatif à la proclamation de la Junta du Gouvernement, le Conseil de Castille aurait cru ne devoir faire imprimer que mon décret et la Proclamation. Mes intentions ne sont point remplies, puisque l'adresse de la Junte qui a sollicité mou décret et amené la Proclamation, resterait dans Toubli. Vous voudrez bien en conséquence convoquer pour ce soir huit heures la Junta du Gouvernement. Déclarez-lui que j'ordonne que son adresse soit publiée en même temps que mon décret et sa proclamation. Voilà un jour de perdu, le temps est irréparable dans les circonstances actuelles et je vous avoue qu'il faut que je connaisse aussi bien le bon esprit qui anime ses membres pour ne pas penser que la malveillance y est pour quelquechose.
La Junta a dû se réunir également ce matin pour un objet non moins important. J'ignore même la détermination qu'elle aura prise. Je vous le répète, nous sommes dans des circonstances où il faut plus agir que délibérer. Quant à vous, M' le ministre, lorsque vous êtes assis sur le fauteuil, vous m'y représentez. N'oubliez pas que vous devez y montrer un caractère digne de moi. J'espère recevoir ce soir avant de me coucher un exemplaire des pièces que je vous ordonne de faire imprimer.
R. XI, p. 30.
3387. — MURAT A NAPOLEON i
La Floride près Madrid, le 4 juin 1808, à minuit.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, je n'ai point reçu hier ni aujourd'hui de lettres de V. M. L'estafette d'aujourd'hui n'est pas encore arrivée. J'adresse à V. AL les différents rapports du jour; j'espère que vous y remarquerez avec plaisir le bon esprit qui règne dans l'adresse de la Junte. V. \L
' Publiée par \l. A. Lumbroso, Correspondance de Murât, n° GCCXXXV.
200 JOACHIM MllHAT
irouvci-a aussi le rapport oincicl cl dôlaillé des événements de Badajoz. Je joins ici C(»j)ie de la lettre (jiie j'ai cru devoir écrire au colonel qui a ])ris le coninian(!einenl après la mort du comte de la Torre. J'espère <|ir(Ilc produira l'effet désiré. J'ai fait éeiire au jjénéral Kellermann, (pii est à Klvas, de loinber sur Badajoz, s'il était en mesure, et de rétablir la tranquillité dans cette ville.
J'adressi' à V= M. la lettre ori{{iuale du maréchal Moncey, et copie de ma réponse. J'espère qu'elle lui aura mis le feu sous le ventre, et qu'il ira d'après cela.
J'ai étcobli<![é de suspendre le mouvomciil des troupes espagnoles qui devaient marcher avec lui. Le régiment de dragons de Lusitanie a déserté en entier, n'ayant emmené que trois chevaux. Les officiers de ce corps sont désolés. Il ne restait presque ce matin aux gardes wallones que les officiers et les sous-officiers. Il paraît que les déserteurs se dirigent sur Saragosse dans l'espoir d'y être employés. Cependanton en trouve beaucoupdaiis les campagnes, rentrant dans leurs foyers; ce ne serait alors qu'un demi-mal. Les enrôlements se font à ce qu'il ])araît sur tous les points avec assez d'ordre et de tranquillité, et n'ont produit jusqu'ici d'autre effet funeste que l'événement de Badajoz, et d'empêcher le départ des députés du midi de l'Kspagne pour Bayonne. Je vais en faire désigner d'autres ici qui partiront sur-le-champ. Mais je le répète pour la dernière fois à V. M., la meilleure proclamation qu'elle puisse faire dans ce moment-ci, sera celle qui leur fera connaître leur nouveau Bol.
La Galice cependant reste toujours tranquille, et j'ai lieu d'espérer que l'expédition sera prête à partir le 13 du courant.
La nomination de M. Massaredo au ministère a produit un très bon effet. Je n'ai aucune nouvelle des officiers français qui ont été porter des ordres à l'escadre de Mahon, excepté celle de leur embarquement à Alicante. Je n'ai pas de nouvelles ultérieures de Valladolid ; je me persuade que le maréchal Bessières aura tout fait rentrer dans l'ordr*'.
Je viens encore de faire partir par un ollicier cent mille francs en numéraire pour le camp de S' Boch. L'officier, porteur de cette somme, suivra le général Dupont jusqu'à ce qu'il puisse voyager seul sans risques. Avec cette somme et une semblable qu'a leçue le général Castanos, je pense qu'il restera constamment maître de l'esprit de ses soldats.
Aussitôt que M. Laforêt aura terminé l'achat des diamants, je ferai verser un million à la Trésorerie.
Une lettre que j'ai reçue ce matin du ministre des Finances
Lli;i TE\A.\CE i:.\ KSI'AGX'E. — 1808 201
m'annonco le boiilieur qu'il a éprouvé de tiavaiilcr avec V. M. Je sais qu'il a écrit dans uu 1res bons sens à quelques ministres el à plusieurs de ses amis.
On travaille à fortifier le Ueliro,de nianièreà j laisseit) 000 hommes à l'abri de toute espèce d'insulte. .I'\ fais lojjer les <{énérau\, l'intendant et les ofliciers, de manière que personne ne sera plus logé en ville.
Nous cherchons à organiser les moyens de correspondre secrètement avec toutes les provinces. Je suis très content de Iîar(!a\y ' qni a le portefeuille des Affaires étrangères et qui revient de Hayonne. C'est le neveu d'Azara; il va on ne peut pas mieux. Depuis son arrivée, le service secret de la poste aux lettres se fait très bien.
On a arrêté trois embaucheurs; ils sont à une commission militaire, et je pense que demain ils seront fusillés.
Je vais faire camper avec les troupes de V. M. l'infanterie espagnole de la garnison de Madrid. Ce sera le moyen d'empêcher la désertion.
Je compte rentrer demain dans Madrid, et faire voir à ses habitants que je ne suis ni mort, ni sur le point de mourir.
J'espère que V. M. ne trouvera pas mauvais que je garde encore quelques jours le général Mouton.
Archires uationales, AF'\ JGOG, 1, 8.S, el .'\rclii\cs du prince Murai. R. \1I, ]). 31.
3388. — MURAT AU MARECHAL BESSIfclRES
(Madrid), 5 juin 1S08.
A momieur h maréclial Bessières.
Monsieur le maréchal, je ne sais pas encore si vous avez fait marcher contre Valladolid et si cette ville a été punie et est rentrée dans l'ordre. Je présume que vous n'aurez pas permis, ainsi queje vous l'ai mandé, une insurrection si près de votre quartier général. L'insurrection de Valladolid a amené celle de Ségovie; demain matin le général Frère sera aux portes de cette ville, que j'ai ordonné de faire brûler si elle ne rentrait pas dans l'ordre. II fera cependant pendre sept à huit des plus mutins avant de rentrer à l'Escurial.
Demain le général Dupont attaque les rebelles de Cordoue, et
' Eusebio Baidaxy y .^zara, consoiller d'Etat sous Charles I\ ,
j'espère que le premier coup fie canon (|ui sera tiré sur ce point, ramèneia la tran(|Miilité dans toutes ces contrées.
Le niaréciial Moncey marche avec dix mille hommes sur Valence; il sera dans trois jours à Cnença. Le fjénéral Duhesnu' fait marcher de son côt('' s(<|)l mille hommes sur Tortosa ; et je donne l'or(h'e au général Leleh\re de descendn* de Pampelune sur l'Khre, sur le point de Valtiera et Tudela. Il seia là en mesure d'en imposer à Saragosse et à l'Aragon, et empêchera les counnunications de cette province avec les Asturies. J'espère i\y\c vous aurez l'ail rentrer dans l'ordre Santander et Valladolid.
J'écris au général Loison cpii doit être arrivé à Almeïda, de contenir cette partie, et d'entrer pour cela en Espagne. Je reste moimême ici avec un disponible de trente mille hommes pour me porter partout où le besoin l'exigerait, et je me flatte qu'il suffira du sang de quehjues misérables pour ramener la tranquillité partout. Ici la désertion parmi les troupes espagnoles est effrayante; ils désertent par régiment, et les officiers restent seuls. Après cela, le principal est de conserver la grande communication de lîayonne. Cependant le peuple de Madrid tremble et la tranquillité la plus parfaite y règiuv Donnez-moi bien vite de vos nouvelles. Je suis rentré à ALadrid ', ma santé s'améliore sensiblement, je suis dans le cas dans deux jours de monter à cheval.
Archives du prince Murât. R. XIII. p. 258.