‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 39 sur 104 · MURAT AU GKMORAL LEFEBVRE · texte numérisé non relu

MURAT AU GKMORAL LEFEBVRE

(.Madrid) 5 juin 1808.

M. le général, l'Kmpereur me prévient par ses lettres du 31 mai et 1" juin qu'il fait réunir <à Pampelune 3 000 hommes d'infanterie, 1 000 hommes de cavalerie et six pièces de canon, dont il vous a confié le commandement. Je suis informé d'un autre côté que vous êtes déjà parti pour Pampelune. Lorsque votre corps sera parfaitement réuni, vous vous mettrez en marche et vous vous porterez rapidement sur l'Ebre, de manière à avoir du monde à la hauteur de Tudela, à être maître du cours du fleuve et à menacer

' /-a Forrst à Chain/uigui/, (> juin 1808. — a AI'" le (îrand-Diir csl momi hier à Ma(hi(L II a reçu de S. M. l'Enipereiir l'autorisation de déclarer (|iie S. ÎM. Jcsepli \a[)ol(''on arrivait à IJayonne, acceptait le trône d'Kspaîjne et se rendrait immédiatement dan.s sa capitale. » [Correspondance de La Forest, I. p. 61.)

LIKITEXAMCE K\ ESPAr.XE. — 1808 203

Saragossc. Si 'vous trouviez sur votre passage des rebelles, vous les ferez rentrer par la forée dans l'ordre, après avoir épuisé les moyens de persuasion. Rappelez-vous que vous êtes colonne mobile et corps indépendant, et que par conséquent vous devez marcher constamment réuni, et avec la plus grande précaution, mais vous n'avez à faire qu'à des paysans.

Vous emploierez tous les moyens possibles pour vous mettre en communication avec Burgos, Aranda et Tolosa, par le moyen des corregidors. Vous aurez soin de bien payer ces émissaires.

Ecrivez-moi le plus souvent que vous le pourrez.

R. XII, p. 34.

3390. — AIIRAT AU GÉXÉRAL VERDIER

(Madrid) 5 juin 1808.

M. le général, je vous prie de faire parvenir d'une manière sure à M. le général Lcfebvrc qui se rend à. Pampelunc la lettre ci-jointe que je vous envoie sous cachet volant, afin que vous puissiez en prendre connaissance. J'ordonne à. ce général de se porter avec sa colonne mobile sur l'Ebre, sur les points de Valdiera et Tudela. J'espère, AI. le général, que si de votre côté le peuple s'insurgeait, vous en ferez bonne et prompte justice. Il s'agit de prendre l'initiative et de se mettre à même de frapper quelque grand coup, avant qu'on ait le temps de s'organiser.

Le général Dupont attaque demain les insurgés de Cordoue, le maréchal Moncey marche avec 10 000 hommes sur Valence, le général Duhesm^ fait marcher 8 000 hommes sur Tortosa, demain je fais brûler Ségovie qui s'est avisée de s'insurger avant-hier. M. le maréchal Bessières vous aura fait connaître les mouvements qu'il a ordonnés contre Santander et Valladolid.

Je vous adresse un certain nombre d'exemplaires d'une proclamation de la Junta suprême de Gouvernement, vous la ferez réimprimer et répandre avec profusion.

R. XII, p. ;}5.

3391. — MURAT AU GÉXÉRAL KELLERMAXX

(Madrid) 5 juin 180S.

M. le général, vous avez su avant moi l'événement funeste de Badajoz et vous aurez donné des regrets à la mort de son gouver-

nciir. Vous Iroiivcrcz ci-joint copie de la Icllrc (|ii(' j'ai adressée au colnncl (|iii eominande à Hadajo/. Si celle-ci vous parvient, vous làtlier«'z de lui «mi eii\o\er une copie, dans la crainte (|u'elle ue lui soit pas parvenue, .le vous ai (l(''jà lait demander si vous étiez assez lorl et en mesure de vous emparer de Hadajoz et de l'aire pendre ;25 ou 30 des |)!ns mutins comme chers de la révolte.

Le «jénéral Dupont marche siu- Séville et (ladix, il atla(|iie denutin les révoltés de (lordoue et j'espère (pie le premier coup de canon (|u'il tirera sur ce point ramènera la tran(piilli(é dans celte contrée et y fera tout rentrer dans l'ordre.

Le maréchal Moncey marche sur Valence, le général Duhesme sur l'Khre, demain le général Frère brûlera Ségoviequi s'est avisée de s'insurger avant-hier.

Le général Lefebvre se porte de Pampelune sur TEbre, sur le point de Tndela d'ofi il en imposera à l'Aragon.

Le maréchal Hessière a fait aussi marcher de son côté sur Siintander et \ alladolid. Je reste moi-même ici avec 50 000 liommes disponibles, prêt à me porler partout où le besoin l'exigera.

Comme je ne suis pas sur des communications et n'écrivant pas par conséquent à M. le duc d'Abrantès, vous lui enverrez copie de ma lettre, en lui annonçant (pie ma santé est presque rétablie et que dès aujourd'hui elle est assez lionne pour monter à cheval {sic), si le besoin l'exigeait. Cherchez à nie donner de vos nouvelles et de la situation de Hadajoz, par des piétons que vous payerez bien et diles-leur que je leur donneiai une bonne récompense s'ils m'appcM'leiit de vos lettres.

H. Ml, p. 37.

3392. — MIRAT AU GJC.VEKAI- LOISCX

(Madrid). 5 juin 1808.

\\. le général, je viens d'apprendre votre arrivée à .Alméida d'où vous aurez ap|)ris les dilïérentes insurrections qui ont éclaté sur diftérents points du royaume et principalement devant vous, .l'espère (]iie de votre |)osition, vous en im|)oserez à Salainampie e( à Ciudad Rodrigo. Je vous autorise même à entrer dans celte dernière ville, si le cas l'exigeait.

Je crois devoir vous faire connaitre en même temps les différents m(Hivement.H (pie j'ordonne en Kspagne. Le général I)u|)ont altaqiie demain (^ordoiie el j'espère cpie le premier couj) de canon (pii sera

Mr.UTEMANCK EY ESPAGNE. — I.S08 205

tiré sur les rebelles do cette contrée, y ramènera la trancjuillité. Le maréchal Moncey marche sur Valence qui, j'espère, s'empressera de rentrer dans l'ordre à son approche. I^e général Duhesmes marche avec la majeure partie de ses forces de Harcelone sur TEbre. Le général Lefebvre descend aussi de Pampehinc sur ce tleuve, sur le point de Tudehi d'où il en imposera à l'Aragon et gênera ses communications avec les Asturies. Le maréchal Bessières a fait marcher sur les Asturies et demain le général Frère brûle Ségovie qui a osé s'insurger avant-hier. Je reste moi-même ici avec un disponible de 50 000 hommes, prêt à me porter où le besoin l'exigera. Tâchez de correspondre avec le maréchal lîessières par le moyen de piétons à qui il faut promettre et donner de grandes récompenses. Ma santé est presque rétablie. R. XII, p. 38.

3393. — AIURAT AU GE.VERAL DLPOXÏ

(^Madridi, 5 juin 1.S08.

M. le général, j'ai reçu vos différents rapports; celui du 3 a lîxé mon attention. Je vais faire marcher votre 2" division sur Temblique d'où elle se porterait rapidement sur vous, si vous en aviez besoin. Je viens de lui envoyer l'ordre de mouvement par un courrier extraordinaire '. Votre S*" division marche demain sur Ségovie que je lui ordonne de brûler; cette ville a osé s'insurger avant-hier. Je suis enchanté de trouver sous la main de quoi frapper un grand coup. Je vous adresse plusieurs exemples d'une proclanuition de la Junta que je vous prie de répandre avec profusion.

K. MI, p. .30.

3394. — AIURAT AU GE.VERAL FRERE

(Madrid), '> juin 180S.

Monsieur le général, je suis informé que Ségovie et les environs sont entièrement en insurrection, mettez-vous eu marche au reçu de ma lettre avec 3 000 hommes de votre division et six pièces d'ai'tilleiie. t'.niubiuez votre marche de manière à être rendu (!(--

' Du même jour, ordre di; .Mural au généra! V ed^;! de se tcuir prêt à partir pour Temblique.

2(16 JOACHIM MIIHAT

main à six heures du malin au\ portes de eetle ville, et plus tôt, s'il est possible. Que tout rentre dans l'ordre et que le canon nous fasse raison de ces mutins.

Vous vous ferez renu'llre par les autorités une trenlaiiH- des plus coupables. Ils devront ètn> pendus dans les vin«5t-(|uatrc heures sur la place piil)li(|ue. Si vous éprouvez de la résistance, \ons emploierez les moyens (|ui sont en in)tre pouvoir ponr vous rendre nuiilre de la ville, dussiez-voiis la léduire en poussière. Vous ferez rentrer dans l'ordre tous les villages (|ui se trouvent sur la ronte. A Saint-Ildefonsc, vous vous ferez reniellrc par le jjouverneiir deux (Ml trois des révoltés (jui sont partis les premiers et vous les ferez fusiller sui-le-chanip, sur la [dace pul)li(iue, sans autre fornu' de procès.

Les 1 ÔOO hommes restant de votre division deviont «jarder à l'Escurial les malades. Vous direz au gouverneur de l'Escurial (lue s'il y airive une insurrection, vous avez ordre de le faire brûler.

Si les yardes du corps n'étaient pas partis au reçu de ma lettre, vous remettrez l'ordre ci-joint à leur commandant. Je lui ordonne de vous fournir un détachement de 200 chevaux, ils partiront avec votre corps d'armée et seront sous vos ordres.

Xe perdez pas une minute pour me faire connaître votre entrée à Séyovie, vous emploierez à cela un ofCcier français et un officier des gardes du corps i\n\ partiront ensemble pour me porter vos dépêches.

Je vous adresse plusieurs exemplaires de la proelamaliou de la Junta du (îouverneinent (|ue vous re|)aiidrez avec profusion dans le pays.

K. \II. p. àd.

3;JU5. — -MIH.^T A O'KAIIHII.L

(Xladridi, 5 juin ISUS.

Au ministre de la Guerre.

M. h' iiiiiiistir, je crois utile .m iiiaiMlien de la tranquillité de me faire prête.- sfrment par toute l;i jjarnisuii de .Madrid. Vous voudrez bien, eu i iiiisécjuence, ehar;[er .\I. le capitaine yénéral \e- ;jrelte de le recevoir dans la joiiiiiee eu ukhi iioui. u M />/>, |). il.

LIEITEXANCE K\ ESPAGNE. — 1808 207

3396. — :mirat a XAPOLÉOX'

Madrid, le 5 juin 1808, à 11 heures du soir.

A Sa Majesté l'Empereur.

Sire, le général Lebrun, votre aide-de-canip, se rend auprès de V. M. Il a eu le temps de bien connaître la véritable situation des esprits et la véritable situation de l'Espagne. Il s'empressera de donner à V. M. tous les détails dont Elle pourrait avoir besoin pour la déterminer à prendre un parti définitif.

La lettre de V . AL du 2, que je viens de recevoir, et dont j'ai dû donner connaissance à la Junte du Gouvernement, a causé à tous ses membres une joie inexprimable. Ils se sont écriés tous : ;> Voilà enfin l'Espagne sauvée des crises dont elle était menacée, la tranquillité va renaître. » Des ordres vont être donnés pour que tous les préparâtes soient faits sur toute la route, depuis Irun jusqu'à Madrid, pour que le Roi soit reçu sur toute la route avec le plus grand éclat possible. Je vais faire placer des relais et des escortes.

La proclamation de la Junte, dont j'ai donné connaissance à V. .AL, a produit dans toute la ville le plus grand effet. J'espère qu'elle donnera dbeureuv résultats dans toutes les provinces.

Ainsi que je l'avais prévu en lisant la proclamation de Sarragosse, il paraît que l'insurrection n'y a pas jeté de profondes racines, Palafox lui-même qui est à la tète de la Junte, vient de nous écrire qu'il a été forcé de s'y mettre pour sauver sa vie. Des corrégidors de quelques villes de la province d'Aragou nous écrivent également qu'ils se sont refusés avec quelques lionnétes gens à exécuter les ordres de la Junte de Sarragosse.

Le général Frère sera demain matin aux portes de Ségovie, qui a osé s'insurger avant-bier. Il a l'ordre de brûler la ville s'il éprouvait quelque résistance; il a surtout celui de faire pendre 10 des plus mutins qui lui seront remis par le corrégidor. Je regarde comme un bonbeur qu'on m'ait mis à même de frapper de suite un grand coup.

Le général Dupont attaquera vraisemblablement demain les révoltés devant Cordoue.

Je viens d'écrire au général Kellerman de loiiil)er sur Hadajoz, s'il est en mesure, et de rétablir l'ordre dans toute lEslramadure.

* l'iiblit'f [)ar M. A, Llmhkusu, Curresjjo/tdance de Mural, ii " CCCXXWIH.

208 JOACHIM Ml'RAT

J'ai écrit également au «jénéral Loison de contenir (Uiidad-Hodiijio et tous les pays qu'il a devant lui. Je l'aulorisc même à maieher sur Ciudad-Uodri'fo, si celle ville était en insurrecliou.

liC maréchal Moncey continue sa marche sur Cuença. Je me llatte toujours que sa marche fera rentrer dans l'ordre les rebelles de Valence. Les jjardes du corps instruits que les régiments espagnols (lue j'avais désigiu's pour accompagner le maréchal Moncey, loin d'apprécier cet honneur, venaient de s'en rendre indignes en abandonnant leurs drapeaux, ont fait demander par le ministre de la (îuerre la faveur de pouvoir contribuer au rétablissement de l'ordre dans le royaume de Valence, offrant en même temps de se porter partout où je voudrais. Ils partiront demain malin de l'Kseurial et suivront le mouvement du corps du maréchal Moncey. Le bruit de cette offre (|ui a été aussitôt répandu dans Madrid, y a produit un effet excellent, et je saisis ici l'occasion de déclarer à V. M. que le départ de ce corps de Madrid a été l'origine des derniers troubles qui ont eu lieu en Kspagne. La malveillance ne manqua pas de répandre à cette époque que ce corps et les gardes espagnoles et wallones, et bientôt tout le reste de l'armée seraient envoyés non seulement en France, mais encore à l'Armée du Yord, où ils étaient envoyés à la mort, et que mourir pour mourir, il valait mieux ])erdre la vie en Kspagne (ju'en pays étranger. Depuis cette époque la désertion est au comble. Je dois les plus grands éloges à tous les corps d'ofliciers de la garnison, pas un n'a abandonné son poste, et ils ont épuisé toute espèce de moyens pour empêcher ou prévenir la désertion; ils sont dans la douleur.

J'ai fait appeler, il y a deux heu i es, tous les chefs du clerg('' et tous les supérieurs des ordres religieux, et après leur avoir fait mes plaintes sur ce que beaucoup de prêtres et de moines avaient provoqué la désertion et fourni de l'argent aux soldats, je leur ai demandé s'ils voulaient eulin se réunir à moi pour sauver l'Mspagne d'une ouerre civile et de tous les malheurs prêts à fondre sur clic J'ai ajouté : « .Avez-vous connaissance de la proclamation de la Junte de ce jour? •' Ils m'ont répondu qu'ils la connaissaient et qu'elle était on ne peut pas meilleure. Kh bien, hurai-je dit, que chaque ordre fasse un mandement dans ce sens, et l'adresse à tons les couvents de son ordre, et que demain dans la journée je reçoive copie de ces mandements. < L'évê<|uc et le cierge'' doivent tn l'aire autant. J'attends nu bon résultat de cette mesure. .Mais j'en attends un bien meilleur de la nomination du Hoi et des préparatifs (jue j'ai ordonnés pour sa réception sur la loutc.

LIKUTENAiVCE EM ESPAGX^E. — 1808 209

Je vais faire mon possible pour Taire payer un mois aux magistrats et aux fonctionnaires publics, ainsi qu'à la Maison du Koi qui véritablement meurt de faim.

Je suis rentré aujourd'hui au château. Il a bien fallu faire voir aux habitants de Madrid que je n'étais pas encore mort. Ma santé continue à se rétablir ' .

Demain le contrat d'achat de 4 millions de diamants sera passé. Il n'en restera pas beaucoup au nouveau Roi. On assure que le Sancij dont V. M. m'avait parlé, se trouve à Paris, et qu'il fait partie des diamants de votre couronne. La Reine a emporté tout ce qu'il y avait de plus remarquable; elle passait tous les jours de sa vie à les changer et rechanger.

Voyant la facilité avec laquelle on s'insurge, et sentant la nécessité de me conserver une communication avec Burgos, je viens d'expédier l'ordre au régiment de marche, qui devait se rendre d'Aranda sur Madrid, de s'arrêter à Sommo-Sierra et Castillejo. Je viens d'envoyer au général l'ordre de se rendre à Buitrago, il aura la commandement depuis Aranda jusfju'à Builrago.

Je remercie V. M. d'avoir bien voulu conserver mes gardes à Bayonne pour les y faire reposer. Je désirerais beaucoup qu'il fut possible de faire monter les honmies à pied, et si V. M. pouvait autoriser l'achat de chevaux de remonte, je m'empresserais de fournir les fonds.

ilrchires nationales, AF'^' IG03, 93, et Archives du prince Murât. R. XII, p. -41.

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