JEROME NAPOLEOX, ROI DE WESTPHALIE
A iOACHlM N.ÎPOLÉOM
Bains de Xendorf, ce 14 août 1808.
Je reçois, mon cher Frère, ta lettre de Paris, je suis bienheureux de te voir échappé à ta longue et pénible maladie, je t'avoue que j'ai craint le poison, lorsque j'ai appris que tu étais subitement
tombé malade. Tu me parles, mon cher Frère, des nouvelles bontés de l'Empereur pour toi, cependant lu ne me les fais pas connaître, tu contresignes Roi de Xaples cl lu ne nie dis pas un mot de ton avénenu'nl au Irone; tu oublies que, reléyué chez moi, peu aimé d'un frère que j'aime plus que ma vie, je suis entièrement étranger aux événements. J'espère, mon cher Frère, que tu répareras ton oubli et que tu me feras part de tout ce qui t'est arrivé et t'arrive d'heureux. Tu connais mes senliments pour toi et Caroline, soyez persuadés l'un et l'autre que dans toutes les circonstances de ma vie, vous trouverez chez moi amitié, attachement et franchise. Je t'embrasse ainsi que Caroline et mes neveux et nièces. Ton bon et affectionné frère,
Ji';ito\M': Xai'oi,i':o\'.
P. S. — La Reine est aux eaux dans le pays de Wurtemberg et moi aux eaux de Xendorf pour un rhumatisme qui m'avait presque paralysé la moitié du corps; je m'en trouve très bien, malgré que je n'aie pris que huit bains.
Archives du prince Murât. D. lOJ. I.
3421. — ML'UAT A XAPOLUON
(S. d. [15 août 180S]).
Sun;,
Je m'empresse de mettre sous les yeux <le Votre Majesté les premiers rapports qui me sont parvenus de Xaples ; je ne lui adresse pas ceux dont je ne puis pas garantir l'exactitude; cependant dans son rapport du 5, le commissaire général de la police me rend compte que les bruits de mer sont que les Anglais ont reçu des renforts en Sicile, ce qui semblerait confirmer la nouvelle du général Hcynier qui porte qu'ils ont fait une expédition pour l'Espagne; le connnissaire ajoute que le peuple ne s'en occupe pas et est toujours tranquille. Je m'empresserai toujours de faire connaître à Votre .Majesté toutes les affaires que je croirai dignes de Votre Majesté.
Sire, les reproches de Votre .Majesté me rendront toujours malheureux, cependant comme on a trompé V otre Majesté, il est de mon devoir de lui dire la vérité, ce que je n'ai pu faire hier au soir, tant j'ai été consterné de la constance de mes ennemis (tpii ne peuvent être que ceux de Votre Majesté) à saisir toutes les occasions qui peuvent me donner les apparences d'un tort.
Sire, mon haras se compose : 1° en étalons, de chevaux arabes et juments anghiises et normandes que j'avais à VilUers; 2" du liaïas du général Bclliard, que je lui achetai, il y a deux ans, tout composé de race pure arabe; 3" de chevaux achetés à Vienne chez le prince Coloredo et Schu-artzemberg, d'un étalon limousin et d'étalons normands et transilvains, pour voiture, envoyés de France il y a six mois, 4" de quatre chevaux entiers venus de la dernière campagne, deux seulement viennent du Mecklembourg, l'un me fut donné par le général Gérard, l'autre par le colonel du 5'' régiment de cuirassiers; les autres viennent de Pologne. Toutes les juments viennent de France. Voilà l'exacte vérité.
Quant aux deux chevaux dont Votre Majesté m'a parlé et qui ont forcé le Roi d'Espagne à faire son entrée avec six, on en a encore imposé k Votre Majesté. Rentré chez moi hier au soir, j'ai pris des informations desquelles il résulte que les deux chevaux pris n'ont jamais appartenu à la famille royale d'Espagne, qu'ils étaient dans les écuries du Prince de la Paix, à qui ils appartenaient.
Au reste, on a écrit ce matin à la personne chargée de la conduite de mes équipages, de les remettre dans ceux du Roi d'Espagne lorsqu'on les rencontrerait. Ainsi, Sire, on a eu très grand tort de dire que mon haras était composé de chevaux du Mecklembourg et que j'avais pris des chevaux dans les écuries du Roy d'Espagne. J'avoue à Votre Majesté que je n'ai pas cru faire une chose qui ne fut pas délicate, en ordonnant le départ de chevaux dont tout mon Duché reconnaît la propriété, je les aurais laissés, si je n'avais pas été vaguement informé que Votre Majesté disposait de nnm Duché en faveur d'un autre, mais je devais beaucoup tenir à un établissement que j'avais cherché à créer avec tant de soins et de sacrifices. Je prie Votre Majesté, si elle daigne lire ma lettre, d'excuser ces détails que j'ai cru indispensables de lui donner pour lui prouver que je suis incapable de faire ce dont Elle m'a accusé hier au soir, avec tant de colère, et malgré l'état où je me trouve encore.
J'ai prié Caroline de m'excuser si je ne venais pas ce matin joindre mes vœux à ceux de tous vos sujets, mais je ne l'ai pas pu, d'abord parce que mes costumes sont partis et qu'il ne me reste que celui de carabinier avec lequel j'ai paru hier au soir, ensuite ce n'est pas par des paroles que je chercherai à prouver à Votre Majesté mon attachement, il date du premier bienfait dont vous me combLàtes, le jour que je fus nommé votre aide de camp, il ne s'est jamais démenti depuis cette époque et il sera le même jusqu'cà mon
dernier soupir, quel que soit le résultat des calomnies de mes ennemis.
Je suis...
Archives nationales, AF'v 1714» (82).
Paris, 16 août 1808.
Monsieur mou Frère et Beau-frère, monté au trône des Deux Siciles par la cession qu'il a plu à Votre Majesté Impériale et Royale de nous faire de ce royaume, notre cœur n'a rien d'aussi pressant, en lui faisant part formellement de notre avènement, que de réitérer à Votre Majesté les sentiments de notre plus vive reconnaissance et de notre inviolable dévouement. \ous désirons ardemment que des occasions bien fréquentes puissent se présenter pour donner des preuves convaincantes à Votre Majesté Impériale et Royale de la sincérité de ces sentiments, et des vœux que nous faisons constamment pour que les liens étroits et indissolubles par lesquels nous avons le bonheur de lui être attachés, deviennent une base inaltérable de prospérité pour les Etats que Votre Majesté nous a appelé à gouverner, comme ils sont la source de la gloire qui rejaillit sur le trône auquel Elle nous a élevé.
Sur ce, nous prions Dieu, monsieur mon Frère et Beau Frère, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Votre bon Frère et Beau Frère,
JOACHIM NaPOLKON'.
Archives des Affaires étrangères. Xaples, I3-2, p. -211.
3423. — MUR.AT A NAPOLKON
Paris, n août 1808.
SiBK,
J'ai rhonncur d'adresser à Votre Majesté les rapports que je reçois de Xaplrs et de Rome. La Reine se propose de prendre ses ordres pour la (Ixafion de notre départ, alors j'ai cru indispensable de soumettre à votre décision (pielques demandes sur lescpiellcs je désire que Votre Majesté me fasse connaître sa volonté, ne voulant
ROYAUMK DE NAPLES. — 1808 255
rien faire qui puisse m'atlirer des reproches qui me font toujours tant de mal.
J'ai besoin surtout que Votre Majesté me donne un ministre de la Guerre et de la Marine; j'ai besoin d'un homme probe et d'une bonne réputation, sous ce point Mathieu-Faviers et Reynier ne laissent rien à désirer.
Votre Majesté sentira aussi combien il est important pour moi et pour le service, que je sois pourvu de nouvelles lettres de son lieutenant, et vu les circonstances, peut-être serait-il utile de me donner le commandement de la division Miollis ; son voisinage semble rendre cetle mesure indispensable en cas d'événement. Les autres demandes ne sont pas si importantes, mais cependant je je désire bien connaître votre volonté.
J'adresse au prince de Xeufchùtel l'état des forces disponibles du Grand-Duché. Le conseiller Beuguot fait des difficultés pour les rei'enus du 1" août, contre l'article 7 du traité, je prie Votre Majesté de faire cesser ces tracasseries, c'est sur cette rentrée que je compte pour me couvrir des emprunts et frais énormes de mon voyage, et vous savez que je ne trouverai pas un écu en caisse à Naples et que la liste civile ne commence pour moi à Naples qu'au 1" août. J'attends encore plus de vos bontés que de la justice de mes réclamations.
Je suis...
Archives nalionales. AF'v 1714» (O.'î).