‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 5 sur 104 · I.IKI TK.VAX'CK K.\ KSF Af.X K. — ISO, S i · texte numérisé non relu

I.IKI TK.VAX'CK K.\ KSF Af.X K. — ISO, S i

que le fils aura rendu laiifoiilé, tout scia l'ail, car la crainle de voir revenir (Charles I\ avec la Heine el le l'rince de la Paix, fera ado])ier a\ei' trans|)iirl loiit ce (|ne voudra \ . M.. Il sérail à désirer (|ue vous ne fissiez pas au Prince i\vs Asiuries un si hou accueil; nous en resseutous ici le conlre-cou|). On s'ein|)rcsse de le publier, cl cela arrête le niouvemenl des plus liuiides. V. .M. jugera peul-èlre à propos de me faire donner le coniniaiidenient général des iroupes espagnoles. Le bruit s'était déjà répandu que je l'avais obtenu de Charles 1\, el cette nouvelle avait été généralement reçue avec plaisir. Je crois (|ue cela me servirait beaucoup en ce que tous les gradés seraient autorisés à venir chez moi, où les plus incrédules seraient indubilablement convertis. Je viens d'envoyer à l'infant Don Antonio la liste des quatorze personnes les plus niar(|uanles, avec invitation de leur faire délivrer des passe-ports pour se rendre à Bayonne. Tous ceux que j'ai vus m'ont paru être dans les meilleures dispositions, et fiers d'attacher leurs noms à une époque qui doit régénérer les Espagnes. Mais ce (|ui les a le plus déterminés, c'est l'espoir de voir V. M., , devoir le grand homme, le génie extraordinaire (|ui étonne le monde •■ ; ce sont leurs expressions. V. M. trouvera avec des Grands d'Espagne quelques hommes de loi membres de différents Conseils. Ceux-là ont de véritables talents et désirent ardemment un nouvel ordre de choses; les autres n'ont qu'un nom. Je ferai connaître plus particulièrement demain à \ . M. chacun des Grands d'Espagne; en attendant, je crois pon-oir l'assurer qu'elle trouvera dans le duc del Parcpie un homme entièrement dévoué et qui se prêtera à tout ce que viui('ra \ . M., ainsi (jue le comte de Del Campo-Alanje, ancien ministre à \ ienne.

J'espère pouvoir déterminer à faire le voyage les ministres O'Farrill et d'Azanza, hommes de beaucoup de mérite, et qui mènent la Junte d'Etat. Ce sont den.x homnu^s d'hcmneur el remplis de talents, mais qu'il est difficile de convertir. Ils se prêteraieni à loul avec le nouveau Roi; cela n'est pas élonnant : ils exercent sur lui la plus grande influence.

Je viens de passer (\vu\ heiiics avec I inlenilanl de l'arnu'c el la Commission des approvisi(Uinemenls. Demain elle nous fait fournir mille capotes, et dans (piinze jours trois mille. Trois mille couver-

hircs seroni données demain à la;} l'ivision du maréchal \lonce\

Il nous sera fourni deux cents mules dans (piiiize jours pour l'arlillerie. Le serv ice des fourrages el surloiil de l'orge, qui nous manquait depuis (|uel(pies jours, est enfin assur('' à compler l'ii I" nuii. D'ici là on nous donnera moitié orge et moilic" son. Tous les aiilres

services sont assurés. Kii «jéiiéral, j'ai trouvé de très bonnes dispositions (!ans eette C-oniniission. ,) "attends avec impatience les souliers (pie \ . M. m'a annoncés.

Aujourd'hui un fanaliipie a frappé au milieu de la rue d'un coup de slyiet un ol'licier, un soldat et un caporal. Ijcsdrajjons es|)aj5nols l'ont airélé, et le peuple a été si indijjné de celte scélératesse (|ii'il l'aurait mis en pièces sans les dragons (pii l'ont empèclié. On m'a promis (pu' ce misérable serait pendu (îemain. Quand on l'a inlerrooé, il a répondu froidement (pi'il s'était subitement senti inspiré de tuer trois Français.

A Xavalcarnero, un olficier de «jénie revenant de Lisbonne et un (dïicicr d'élat-major ont él('' itisullc'-s |)ar le peuple ameuté par un soldai espajjiiol. Les troupes espajjnoles et l'alcade se sont parfaitement bien conduits (!ans cette circonstance et ont réprimé la fureur |)opulaire. Je viens de faire demander au Gouvernement de faire pendre ce soldat et les deux plus mutins (!u villafi[e. J'y envoie de l'Escurial un ré'jiment de la )V"" division du «jénéral Dupont, et deux pièces de canon; c'est un point inlermédiaire cuire .Aranjucz et Tolède, essentiel à occuper.

J'a|)prends (|ue le Roi et la Heine wc couchent ce soir (|u'à Aranda. Je suis bien lâché qu'ils aillent si Icnicmcnt, mais le Uoi souffre beaucoup de ses rhumatismes.

Archives nationales, AF"' 1605, 174 »-l .Archives du prime Murât. H. XIV, p. 215.

:522T. — MIRAT AU MARl^CHAL BKSSII:RKS

Madrid, 'IJ avril IHOH.

A monsieur le maréchal Bessières.

Mcuisieur le Maréchal Duc, rKmperenr désire réunir à Hayonne (|uci(pn'S (îiands d Kspajjue (\v^ plus influents par leurs richesses, leurs I aïeuls et leur considération. J'en Icr'ai |)a ri ii' d'ici sept à lui il ' . j Faites connaître à larchevècjue de Hur;jos et à monsieur de Valdès (pie rKmpereur désire les voir à Hayonne, et (pi'il est imporlani (|u ils parlent le plus tôt possible. Je p( use (pi'il vous siiflira de leur faire sentir combien il est «jlorieux |)our cu.x d'allach( r leurs noms à ui e é| o.pie (pii préj)are des clianjiements heureux pour I Fspa|jne. Je vous prie ('e me (aire connaître le parti (pi ils auront pris.

' (]clt<' plirasc ne. fijnin- pjis sur t;i Icllic ori;|iiialc.

LIEUTEVANCE EN ESPAGNE. — 1808 15

Le Koi et la Reine couchent vraisemblablement ce soir à Aianda, ils arriveront peut-être demain, ou après-demain au plus tard, à Burgos '. Vous sentirez sans doute qu'il est convenable de leur faire rendre les plus grands honneurs, et je présume (pie l'Empereur vous aura fait connaître ses intentions à cet égard.

I,ors(pie l'Empereur donna l'ortire pour l'évacuation des malades de \alladolid, il avait pu penser (pie la trancpiillilé de la Vieille- Castille serait troublée par le séjour du Prince des Asturics à Vittoria. Mais aujourd'hui (pie tout prend l'aspect le plus trancpiillisant, que l'opinion publique s'améliore sensiblement tous les jours, que le Prince des .^sturies, par sa complaisance à nous livrer le Prince de la Paix, s'est attiré le mépris de la capitale, je ])ense que l'éxacuafion, quant aux malades du corps du général Dupont, peut être différée. Nous ne pourrions Texéculer dans ce moment-ci sans nous exposer à en perdre un grand nombre. J'ai donc donné l'ordre de la suspendre, et j'ai rendu compte à S. M. de cette disposition. D'ailleurs ils seront là en sûreté, |)uisqiie le corps du Portugal y est arrivé.

Arcliives du prince Mural. R. Mil. p. 139, et .archives nationales.

3228. — XILI{.AT A L'IXFAM' D0.\ AXTOMO

26 avril 180S.

A S. A. R. r Infant Don Antonio.

Monsieur mon Cousin, j'ai reçu hier soir la lettre de V. A. K.. Par une seconde lettre que j'ai reçue ce matin, l'Empereur me réitère l'ordre de faire partir le plus promptement possible, pour Rayonne, les personnages que j'ai désignés par ma lettre d'hier à l. \. R.. Je ne puis donc qu'insister de nouveau auprès de V. \. R. |)our qu'elle leur fasse délivrer des passe|)ort.> et (pi'elle

' De Burgos, le 28 avril 1808, Be.ssières répouilait à Murât »... Le roi Charles IV et la Ileiue sont partis ce matiu de Burgos. Je leur ai fait rendre tous les lionneurs possibles, ils ont paru en être fort touchés, l'un et l'autre m'eut témoigné combien ils étaient sensibles. Depuis leur départ, tout le monde est dins la slupeiir et chacun attend avec impatience les événements (|ui se préparent. (JueUpies personnes parlent déjà du (■hanj5en)ent de dynastie. Je crois que tout s'arran;{era très bien et sans bruit, car l'entiiousiasme pour le Prince des .Asturies est bien tombé depuis son voyage à Bayonne. J'ai lait connaître à rarclievè(pie cpi'il ferait bien d'aller à Bayonne au-devant de ri'impereur, il m'a répondu (piil serait charmé de faire tout ce qui pounait lui être ayreable. i

leur ordonno do sr inottre en routo (\ii<. aiijoiird'lnii et domain. Voiro Allosso Hoyalo lionv(M-a, sans doulo, dans collo dolcnninalion do S. M., le désir qu'elle a de contribuer le plus promptement possible,et par toute espèce do moyen, au bonheur des Kspajjnols, et de faire cesser surtout les inquiétudes qui ajjiloni ce royaume. Je saisis cette occasion de renouveler à V. A. R. les sonlimonls (roslimo et d'affection que je lui porto.

.Archives du prince Mural. \\. XIII, p. 141.

3229. — MURAT A XAPOLEON '

Madrid, le 27 avril 1808« à I iieure et demie du matin.

A Sa Majesté l'Empereur.

Sire, j'ai reçu ce matin la lettre du 22 de V. M.. Je suis on ne peut plus heureux qu'elle soit satisfaite de ma conduite. Tout continue à aller ici de mieux en mieux. Actuellement ceux des nobles qui n'ont pas été désignés pour aller à Bayonne, croyant voir revenir les autres avec des dignités, me font demander à être du nombre. La Junte d'État, cpii m'avait d'abord promis hier qu'elle allait l'aire délivrer des passeports à ces messieurs, m'a ré|)ondu ce matin qu'elle allait demander les ordres du Prince des Asturies, et qu'en attendant, ils se préparaient au départ. J'ai cru devoir alors appeler chez moi les ministres de la (îuerre et des Finances, et je leur ai dit (|uo (piand j'agissais au nom de V. M-, je devais toujours réussir; (pien conséqiienoe, je demandais que les passeports fussent délivrés dans la journée. Ils viennent (\v me répondre que ces messieurs vont recevoir l'ordre de .se mettre en route ainsi t|ue des |)asseporls, mais qu'ils no doivent pas dépasser la IVontièie avant d"\ avoir été autorisés par le Prince des Asturies à (pii on fait oonnaitro leur départ. J'en préviens V . M., afin qu'elle fasse donnoi" les orrlros (prellc jugera eonvonablos |)oiir les faire arriver auprès d'elle. Je suis bien loin (\c pj-nsor que tous soient dans ce MiomonI dis|)(/sés on m)tre laveur, mais ils loronl tout ce que V. M. voudra Je réponds do Ions ceux (|ui sonl riiq)loyés dans la justice et du duc tl( I !*;ir(|iio; les autres suivrniil \r lonrnl.

' FiihliiT par M. .\. liiJ\iBKr)SO, (!oircsf)Oii</u>iri' île Mitriil, n" (",(]IA\IV. - 2() avril, d'après le rojjistrc (le rnrrcspondanrc.

IJKUTEiVANCE K \' E SP AGX M. — 180S 17

.l'iii eu C(- matin, a|)rès avoir ircii la Icllie de V. M., iiiic coiiférciice de deux heures avec les ministres OTairill et d'Azanza. J'ai abordé la giande question, et lorscjue je leur ai déclaré vos volontés, j'ai cru démêler, à travers l'attachement sincère qu'ils portent à leurs souverains, le contentenu^nt que donne k de vrais Espajunols l'espoir d'un meilleur avenir. Enfin après avoir parlé des malheurs de notre révolution, de ses heureux résultats, de la régénération de l'Italie, du bonheur à venir de l'Espagne, de l'impossibilité que la dynastie des Napoléons puisse régner avec celle des Hourbons, de la différence d'un prince éclairé et d'un prince faible et ignorant, d'un pays sans administration et d'un Etat parfaitement organisé, du lugubre de la Cour actuelle et de l'éclat d'une Cour plus digne de la nation, etc., etc., ils se sont rendus à l'évidence des avantages que leur promet un ])rince de votre iiiaison; mais en loyaux Espagnols, ils ont manifesté les craintes sur les dangers d'un tel changement. Il m'a suffi, pour les rassurer, de leur dire que tout se passerait sans secousse, si le Prince des Asturies se démettait volontairement de son autorité entre les mains de son père, et si le père annonçait à son tour ce changement à la nation comme un acte de sa volonté. Ils m'ont répondu que c'était là le seul moyen, et qu'alors ils se réunissaient à moi de toutes leurs forces pour préparer les esprits à un événement qu'ils croient essentiellement utile au bonheur de leur patrie. Ils m'ont promis en outre qu'il ne seiait plus rien imprimé sur Ferdinand, qu'il ne serait plus question de son voyage. Ainsi, Sire, tout va suivant les desseins de V. M., et j'espère que l'Espagne apprendra bientôt que V. M. s'est occupée de son bonheur et a décidé de son sort. Je le désire d'autant plus qu'il y a bien longtemps que je suis séparé de V. M., et que je sens le plus grand besoin de la revoir.

Nos camps continuent à être visités par les Espagnols, dont la présence stimule Tamour-propre de vos soldats; ils font des progrès étonnants. La tente de V. \I. reçoit la visite de toutes les belles dames de Madrid.

J'adresse à V. M. copie d'une lettre que je viens de recevoir de la Reine. Je compte voir demain l'infant Don Antonio, et lui parler du voyage de Don Francesco et de celui de la Reine d'Etnirie que je quitte à l'instant, et qui veut absolument se rendre auprès de V. M., déclarant que ce pays-ci lui fait horreur. Le fait est qu'elle tremble de peur. Je ferai connaître à V. M. le jour de leur départ.

Un de mes aides-de-camp se rendant ce soir à pied au théâtre, a été rudement coudoyé par un Espagnol, il lui a passé son sabre a TOME vr. 2

travers \o cdips cl Tn laissé mort sur place. Qiiclcjiios oxemplos (le celte nature (ItMjoùteront les Es|)ajj;nols de nous assassiner. Le scélérat (|ui a frappé hier les trois Français, va être jugé cette nuit et pendu, j'espère, demain. J'ai ordonné au président du Conseil de Castille de t.àcher de découvrir le nom du confesseur de ce misérable, car il n'est pas douteux (pi'il a été fanatisé par lui.

Il y aura lundi un combat de taureaux. On me rend compte que les Espagnols n'en dorment |)as de joie. Je crois (pi'il serait utile d'avoir ici quekpies bons danseurs de Paris, tels que Duport, sa sœur et (pielques autres; ils feraient certainenuMit courir tout Madrid. Il ne fiiut aux Espagnols oisifs que des anuisements et des distractions, et alors ils ne pensent |)lus à la politique. Il sera établi tous les dimanches des musicpu^s au camp pour faire danser les Espagnols; ils l'ont demandé eux-mêmes aux officiers. On y exercera une bonne police pour empêcher les accidents.

Sire, j'ai fait mettre à la disposition de l'ordonnalcur une somme de soixante mille francs j)our payer les frais de poste des généraux et des officiers qui ont été envoyés en poste de la Grande Armée en Flspagne. Ces officiers qui se trouvaient sans moyens, en avaient un besoin indispensable pour s'équiper et surtout pour acheter des chevaux. Je désire beaucoup que V. M. approuve cette disposition.

Archives nationales, AF'^' 1G0.5, 179, et .Arcliives du prince Vliirat. U. XIV, p. 211.

3230. — MUR.AT AU C.K^ERAL DUPOMT

Madrid, i7 avril IXOH.

A monsieur le général Dupont.

Monsieur le général, j'ai reçu cette nuit votre lettre de Tolède; je vois avec plaisir que la tram|uillité est rétablie dans cette ville. Je vous avais témoigné le désir de voir vos troupes campées à une des portes de la ville; vous ne me dites pas s'il vous a été possible d'exécuter cette disposition.

J'ai envoyé l'ordre au corrégidor de Tolède de ne point laire occuper la maison du chanoine Escoïquilz ; je désire qu'il vous soit possible de l'évacuer, lui ayant promis (pie sa maison serait dispensée de logement. Comme il se trouve en ce moment auprès de l'Empereur, et que nous avons des nK)tifs de le ménager, vous

LIEUTENAXCE E\ ESPAGXE. — 1808 19

m'obligerez inliniment de choisir un autre logement. Ainsi rien ne doit s'opposer à ce que le chargé d'affaires de ce chanoine ne transporte à Madrid son argenterie et ses effets.

L'opinion va ici de mieux en mieux, elle marche à merveille et selon les désirs de l'Empereur. Tout le monde commence à y voir clair, et les projets de S. .M. cessent d'être un mystère. Continuez à répandre cà Tolède ce (pie vous a\ez du faire connaître à Aranjuez; ajoutez de |)lus, c'est-à-dire insinuez que la nation espagnole ne peut être heureuse qu'étant essentiellement et indissolublement liée avec la France, et qu'elle ne peut l'être que sous un prince de la dynastie de \a|)o]éon. Cette idée, répandue dans la haute société et parmi les membres du Gou\ernement, n'a trouvé ici aucune résistance et est reçue partout favorablement. Bien entendu que \ous devez répandre ces bruits adroitement et ne point donner communication de mes instructions.

Arehives du prince Mural. W. XIII, p. li'2.

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