MURAT AU GEXERAL DUHESME
Madrid, 27 avril 1808.
A monsieur le général Duhesme.
Monsieur le général, je reçois votre lettre du 20. Je vais faire demander au ministre de la Guerre O'Farrill de donner àe^ ordres au capitaine général de la Catalogne, afin qu'il vous délivre des magasins et arsenaux tout ce que vous pourrez lui demander.
Nous jouissons ici de la plus grande tranquillité, et l'opinion marche suivant les désirs de l'Empereur. Ses projets n'éprouveront aucune difficulté, aucune espèce d'obstacles. Je vous ai fait connaître par ma dernière lettre ce que vous deviez présenter à l'opinion. Je vous autorise par celle-ci à laisser entrevoir à la nation espagnole un changement de dynastie, avec l'intégrité et l'indépendance de la Monarchie espagnole. Cette volonté de l'Empereur, qui est déjà connue à Madrid, y a été reçue favorablement, et les Grands qui ont accompagné le Prince des Asturies à Rayonne, et tous les Grands que j'y envoie d'ici, conviennent des avantages qui doivent résulter pour l'Espagne sous un prince de la dynastie impériale, car l'Empereur, en donnant un frère à l'Espagne, leur donne plus qu'une nièce.
Continuez à faii'e observer la meilleure discipline à vos troupes
et faik'S-lcs oxoiccr. Faitcs-inoi coimaitrc l'i'ffel (|ii'anronl produit les idées (|iie je vous cliai;{e de répandre dans le publie.
Arrliivos du prince Mur.il. H. \I11, ji 1 H.
;î232. — AU'HAT AU GI^XICRAL JUXOT
i" .liiil IKitS,
A iiioimieiir le duc (rAbronlès.
Monsieur le Due, j'ai reçu vos trois lellres Au 19 eourant.
J'ai fait connaitre à S. M. vos inquiétudes sur les Subsistances, et, sur la demande de son consul général à Cadix, je lui ai demandé l'autorisation de favoriser la jiégociation, sur votre caisse, de :250 mille piastres, (jui doivent servir à i'aebat de grains pour le Portugal.
Ce que vous me dites ûu sienr Cale|)pi ', ne me sur|)reM(l pas; il \ient de nous prouver par sa conduite (|ue Ton fait des folies à fout âge.
Je vous remercie de votre aimable attention à me donner l'état de situation de votre armée et celui de ses cantonnements.
L'esprit public a grandement et subitement changé en notre faveur depuis quelques jours. Les fonds du Prince des Asturies ont perdu 100 p. 100, par son déj)art pour Rayonne et par Tordre (pi'il a donné de nous livrer le Prince de la Paix. Les Espagnols qui regardent cette condescendance aux volontés de l'Empereur comme une lâcheté, viennent de l'abandonner et semblent embrasser avec enthousiasme non seulenjent l'idée d'un nouvel ordre de choses, mais encore celle d'une nouvelle dynastie, que j'ai été autorisé à laisser entrevoir. Ainsi je puis vous assurer (pie les projets de l'Empereur, quels qu'ils soient, n'éprouveront ici aucune es|)èce de difficulté.
\(uis saurez déjà que le Prince des .■\sfuries est arrivé à Baronne, le Princ»' de la Paix doit y être depuis hier matin ; le Roi et la Reine
' l,îi (liirlipssc (!' Aliranlès il Iracr- dans sfs Mémoires (voir p. 398 cl .siiiv.) le |)orlrail de Aljn- (lalcppi, qiio Miiiat, «[encrai en c\u'S de l'AriiK'c d'obst-ivatioii du .Midi, avait connu à Florcîncc ot qui avait i''U\ envoyé comme nonce en Portugal. • M;{r Cafeppi, arelicvê(|ue de \'isil»is, éerit-ellc, est nn fiomme a.ssez fameux dan.s fadiplomatie du \atiran... ^ L'F'lmpereur di.sait (jue (oiilc! la line.s.se du cficik turc le plu.s délié n'était que de la niaiserie auprès de W. C/aleppi. « C'est un madré compère, disait l'ICmpcreur, (|ue ce Caleppi "
LIKLTENAIVÎCE E.\ ESPAGNE. — ISOS 21
couchent ce soir à Burgos, se leiulaiit auj)iès de rKrnpeieur; la Reine d'Etrurie et l'infaut Don Francisco se mettront en route demain ou après-demain. L'infant Don Carlos avait précédé le Prince des Asinries de (|ii('itjiies jours à lîayonne. Ainsi par mes soins je parviendrai à réunir à Rayonne une lamillc (pic la malveillance et Tinlrigue se plaisaient à diviser ici. Je ne puis pas vous parler plus clairenu'nt, mais Taide-de-camp que je vous enverrai, lorsqu'il en sera Icmps, vous nu'ttra partaitement an courant.
Je vous adresse ci-joints qiu'lques pamphlets ([ue je vous prie de l'aire réimpriir.er et répandre en Andalousie et en (îalice. Je vous ferai d'autres envois. Les Espagnols ne sont véritablement plus connaissables envers nous depuis quatre ou cinq jours; nous sommes ici comme le premier jour que nous y sommes entrés, je présume que vous nv tarderiez pas à vous eu apercevoir en Portugal.
.Aiclihi's (lu priiitt' Miir.it. II. MU, p. lii.
;52:3:î. — MIRAT A NAPOLKON ■
Madrid, le '2~ awil ISU8, à ininiiil.
A Sa Majesté l'Empereur.
Sire, nous continuons à jouir de la tranquillité la plus parfaite. V. M. peut faire connaître sa volonté; elle n'apprendra rien de nouveau à la ville de ALidrid, et aujourd'hui tout le monde se demande : c> Qui eût dit que ce changement n'aurait |)as produit de grandes agitations"? " Les personnes dont j'ai envoyé l'état hier au soir à V. M. partent demain dans la journée, et se rendent le plus promptement possible à Rayonne. Le chanoine Escoïquitz m'écrit ce ^oir pour me denumder des passeports pour sa famille, m'annonçant que V. M. désire qu'il accompagne son jeune Roi. Aussi le bruit court-il dans la ville (|ue le Prince des Asluries se rend à Rordeaux.
La Reine m'ayant écrit hier pour me prier de lui envoyer soji dernier fils et la Reine d'Etrurie, j'ai fait prier l'infant Don Antonio de donner des ordres pour leurs préparatifs de départ. 11 m'a fait répondre qu'il avait besoin d'un ordre du Roi, et qu'il ne pouvait point prendre sur lui une semblable détermination. Je le verrai demain, et s'il persiste dans son refus, je leur donnerai moi-même,
' Publiée par M. A. Li.mbroso, Correspondance de Mwat, n" CCLXXIIl.
(les passeports, et leur lomiiiiai même (\v^ loiids pour leur roule, s'ils en ont besoin.
J'éerirai demain matin àV. M. par Danuecourl, (pii lui dira verbalement la révolution subite (pii s'est 0|)érée sur les esprits à Madrid, et le calme qui a remplacé la plus IVoide stupeur. Eudu, comment TEspayne ne serait-elle pas salislaite? P]lle ne lui demandait (pi' une nièce, et V. M. lui donne un frère.
Tout le monde pense ici que la conservation des colonies est l'aitaire la j)lns importante, et que le premier soin de V. iM. sera sans doute de s'occuper dès à présent du choi\ des personnes à y envoyer. Les bàliments américains oflrenl un moyen sur. Les picmières impressions (pie recevront les colonies seront les plus fortes; il s'a<!it ('onc de prévenir celles (|ue tenleraient de donner les .\i\-
Je viens d'écrire au maréchal Bessières, au «jénéral Junot et au j]énéral Duliesme pour leur faire connaître notre heureuse silualion à Madrid. Demain j'enverrai sur tous les points le premier pamphlet ([ui est déjà imprimé. Je ne dois pas dissimuler à V. M. (uie le consul fjénéral Leroi est nn homme bien faible |)our Cadix dans les circonstances actuelles, il serait bien important (pi'il y eut dans cette place un homme plus vigoureux.
Nous sommes très embarrassés pour le service des hôpitaux, et je crains bien que nous ne soyons forcés de prendre des fonds dans la caisse française pour procurer des draps, des chemises et autres objets de première nécessité aux malades.
Le aéncral Dupont me fait part de son entrée à Tolède, et ni'annonce que la tranquillité y est rétablie. Le général Duhesme me mande de son côté que Barcelone jouit du plus grand calme. On y parle aussi du changenuMit de dynastie, et il parait que là comme ici la nouvelle en sera bien reçue.
.archives nationales, .\F'v 1605, 177, cl .\rcliive8 du prince Mural. K. XIV, p. '2"2'i.