‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 55 sur 104 · MURAT AU GEMERAL CAMPREDON · texte numérisé non relu

MURAT AU GEMERAL CAMPREDON

12 septembre 1S08.

Sa Majesté ordonne au général Campredon de se rendre au Garigliano pour y préparer le devis d'un pont eu bois ou eu pierre, à construire sur cette rivière, à l'endroit où est un pont de bateaux.

Archives du prince Murât. R. XIV, p. :i.

3437. — MUl{AT A NAPOI.EO.V

Kaples, le 10 septembre 1808.

Je n'ai rien de nouveau à annoncer à Votre Majesté. La plus grande tranquillité règne dans le royaume, et l'enthousiasme se soutient toujours d'une manière inconcevable. Ma famille, qui est arrivée hier soir à \aples, a été reçue depuis la frontière jusque dans le palais avec les démonstrations de la plus sincère allégresse.

Les affaires de Rome vont, à ce qu'il parait, toujours très mal ; mais j'assure à Votre Majesté (ju'elles ne produisent aucune espèce de sensation dans mon royaume.

' Jacques-David-Martin Camprodoii, général de brigade le 5 mars 1800, général de division le 15 août 1806.

ROVAIMI': DE XAPLES. — 1808 293

La Reine Caroline continue à nous envoyer des sottises; elle traite les habitants de \-aples de lâches, pour les regrets qu'ils ont montrés au départ du Roi Joseph, et pour la députation qu'ils ont envoyée au-devant de moi. Elle provoque à la révolte, et engage la ville de Naples, sur la promesse du pardon et d'oubli du passé, a envoyer une députation auprès de son roi légitime. Il faut espérer que ce sera ici le cas de dire que c'est une voix qui prêche dans le désert, car elle ne produit aucun effet.

Je n'ai pas encore la nouvelle que la Reine soit partie de Paris \

Sire, je ne saurais trop répéter à Votre Majesté que je suis ici sans aucun de mes officiers ', c'est-à-dire sans un homme de confiance. VotTB Majesté me rendrait le plus grand service en m'envoyant le général Relliard, qui se trouve remplacé dans ses fonctions auprès du Roi d'Espagne par le maréchal Jourdan.

Je ne cesserai de prier Votre Majesté de donner l'ordre pour que ma garde qui est encore en Espagne me rejoigne.

Je vais réunir aux environs de Xaples un camp de 12 à 14 mille hommes. Des officiers du génie parcourent en ce moment le pays pour trouver un endroit commode et sain. J'aurai soin de faire connaître à Votre Majesté l'emplacement qui aura été choisi, et le nombre des régiments qui composeront ce camp.

Chaque jour me fait voir de plus en plus le mauvais état de nos finances. J'espère cependant me tirer d'affaire par la ferme volonté que je suis résolu de montrer pour la plus stricte économie dans toutes les branches de l'administration. Enfin, Sire, je ferai tous mes efforts pour justifier les bontés de Votre Majesté et remplir les espérances de la nation.

Je suis...

.archives nationales, AF"-' 1714^ (112).

3438. — MURAT A SALICETI

Naples, 10 septembre 1808.

Sa Majesté demande un projet de décret de nomination du major Soye à la place du colonel du régiment Royal-Corse.

Archives du prince Murut. R. XVI, p. I.

' Seul, le C'^ de Westerholt, grand ëcuyer du Roi, était arrivé à Xaples le août, en même temps que le duc de Noja, premier chambellan de la Reine. * Caroline n'était partie de Paris que le 6 septembre.

3439. MLRAT A NAPOLEO.V

Maples, le 12 septembre 1808.

Sire,

Je viens de recevoir la lettre du 3 septembre de Votre Majesté. Nous continuons à jouir de la plus grande tranquillité dans tout le royaume, et j'espère que nous la conserverons malyré toutes les tentatives de la Cour de Palerme.

Un convoi marchand de 150 voiles, parti vers les premiers jours de septembre du fond de la Calabre pour Naples, et escorté par trois chaloupes canonnières, fut attaqué près la pointe du Diamant par un brick ennemi qui a été forcé par le feu de nos canonnières de s'éloigner du convoi. Mais le capitaine Arnaud qui commandait cette subdivision, informé qu'on venait de signaler des forces ennemies supérieures et qui faisaient voile sur lui, profita de la nuit pour faire filer sur Naples le plus de bjitiments qu'il pourrait, et se voyant lui-même le lendemain serré de très près par le brick, et pour ainsi dire bloqué, il prit le parti de retirer de l'eau ses canonnières et d'établir des batteries avec ses canons. Je suis informé que cent bâtiments de son convoi sont déjà arrivés cà Naples, mais on a lieu de craindre que les autres aient été pris. J'espère pouvoir demain soir rendre un compte exact de cette affaire à Votre Majesté. J'adresse k Votre Majesté un rapport de mon ministre de la Police qui m'annonce le départ d'une expédition anglaise, et une lettre de Heggio du général Digonnet qui semble le confirmer. Il est à conjecturer que cette expédition est destinée pour l'Espagne, car les forces ennemies qui ont attaqué le convoi ne sont point anglaises, mais bien toutes les forces réunies de la Heine Caroline. Cependant j'ai ordonné au général Partouneaux, qui commande la division de Calabre, de réunir toutes ses troupes sur Monteleone et de se borner à faire observer- Heggio et les autres points principaux de la côte par de la cavalerie, qui serait placée de distance en distance jusqu'à Monteleone, afin d'être averti promptement de tout débarquement (|ui pourra avoir lieu. On laissera 200 hommes d'infanterie à Scilla avec 20 jours de vivres. Le général Compère doit réunir toutes ses troupes sur Salerne, se liant par des partis de gendarmerie, ilarmigeri' et de cavalerie avec le

' Les armigeri foiinaient des conipa'jnies de gendarmes aiixiliuir(!s à pied ou ù cheval, une par province, aux ordres des iiitendaDts, et dé|)endant pour

ROYAIME DE XAPLES. — 1808 295

général Partouneaux et gardant par un poste d'infanterie des chasseurs dits de la Montagne, le point intermédiaire de Lagonero. Les troupes sont en mouvement pour former un camp de 14 ou 15 mille hommes sur \aples. J'enverrai demain à Votre Majesté un état en règle de tous ces mouvements.

J'ai reçu hier le serment de tous les officiers de la Couronne et de trente évéques qui l'ont prêté à l'église, de la même manière qu'on le prête devant Votre Majesté. Cette cérémonie qui a eu lieu hier pour la première fois en a grandement imposé. On n'était pas habitué à voir les évéques se prosterner aux pieds du trône. En général l'esprit du clergé est excellent, et je ne pense pas qu'il fût bien possible à la Cour de Palerme d'insurger le royaume.

Sire, plus je cherche à connaître l'administration et plus j'ai lieu de me convaincre du mauvais état de nos finances. Les impositions pour l'an 1809 vont être décrétées dans quelques jours, et c'est pour la première fois qu'on fera connaître à la nation par chapitre de dépenses la destination des fonds qui lui sont demandés. Je suis obligé de tirer une ligue sur l'arriéré et je bornerai tous mes efforts à faire payer exactement le courant. J'emploierai les domaines à payer cet arriéré et les créanciers de l'Etat.

J'adresse à Votre Majesté copie de la note remise par le cardinal Pacca au corps diplomatique à Rome. Je crains bien que l'extravagance du Pape ne porte le général MioUis à un parti violent. Le cardinal Antonelli a déjà du quitter Rome. Ce qui se passe à Rome est connu dans le royaume de \aples et n'y produit aucune espèce de sensation.

Le Roi Joseph a annoncé à beaucoup de généraux et d'officiers français de l'armée de Votre ALijesté l'ordre des Deux-Siciles. Je ne puis en faire la distribution qu'après y avoir été autorisé par Votre Majesté, je la prie de me faire connaître ses intentions.

Je suis...

-iVVO. — MURAT A \APOLEO\

Xaples, le 1-4 septembre 1808.

J'adresse à Votre Majesté les nouveaux rapports que je reçois sur l'expédition partie de Sicile. Tout porte à croire qu'elle n'est pas

l'admiulslration de la gendarmerie, ils étaient recrutés dans le pays, sans contrôle, par des officiers également indigènes, la solde et l'armement étaient fournis par l'Etat (J. Ra.mbald, Xaples sous Joseph Bonaparte,^. 296.)

destinée contre le royaume. Au reste les troupes qui doivent former le camp dans les environs de Xaplos sont en route, et les autres divisions se resserrent et se concenlreiil. J'espère bien recevoir l'ennemi s'il tente un débarquement.

Je continue à travailler sans relâche à me mettre au courant des affaires. Je crois pouvoir adresser incessamment à Votre Majesté un raj)port très exact sur l'état dans le(|uel se trouve le royaume. J'ose assurer d'avance à Votre Majesté qu'il ne sera pas satisfaisant, mais trouvant ici tous les ministres et les chefs d'administration disposés à me seconder, j'espère tout réparer en rétablissant l'ordre et l'économie dans toutes les branches de Tadministration.

Je n'ai pas encore de nouvelles du départ de la Reine et il y a bien lon<;t(Mnps (|ue je n'ai reçu des nouvelles de la santé de Votre Majesté.

Les affaires de Home paraissent aller de mal en pis et je n'ai pas été peu étonné d'apprendre que le sieur Alberti, chargé d'affaires de votre royaume d'Italie, s'était pern)is de m'attribuer les mesures prises par le général Miollis, tandis que tout est suscité par lui et qu'il a des agents secrets partout. Mais il me paraît qu'on ne serait pas fâché de voir que Votre Majesté prît un parti décisif, parce qu'on espérait la réunion du reste des Etats romains et (|u'ils auraient l'air de n'y pas avoir travaillé. Je ne me suis permis de donner aucun ordre ni aucun conseil au général Miollis, je l'ai .seulement prévenu que si jamais la communication entre Rome et Xaples venait à être interrompue, je ferais marcher sur-le-champ des troupes vers Terracine, et que s'il en faisait aussi marcher de son côté, nous parviendrions ainsi par un mouvement combiné à la rétablir promptement.

Je suis, Sire...

.\rililves nationales, AF" 1695. 147.

3441. — XAPOLEOX A .MIRAT'

Saint-Cloud, le 15 septembre 180S.

.Mon Frère, je reçois vos lettres de Rome " avec tous les détails qu'elles contiennent. Je verrai avec plaisir que vous me fassiez connaître ce qui se passe dans ce pays. L'armée que vous avez à entretenir est diminuée de deux régiments. Réunissez bien tous les

' Lettre inédite.

* Vapoléon veut sans doute parler des nouvelles de Rome envoyées le 4 septembre, d'.Alhano, par Murât, puis(|ue celui-ei écrit ce jour-là : f Je n'ai pas écrit à Votre Majesté depuis Turin. •

ROYAIMK DE \APLES. — 1808 297

corps et portez le plus grand soin k l'organisation de cette armée; faites-la payer exactement et habiller.

Je pars le 20 pour Erfurt où j'ai une entrevue avec l'Empereur de Russie. Il vous a reconnu et sou ministre est en route pour Naples, il a reçu le vôtre. Vous êtes le maître de faire à l'égard du sieur Baudus tout ce que vous voudrez.

Votre bon frère

Napoléon.

Archives du prince Murât. D. 4~9. 3.

Page 1