MURAT AU GEXERAL LAMARQUE
3 ociobre 1808.
Instructions pour le général commandant l'expédition de Capri ' .
MONSIEin LE GÉXÉR.AL,
J'ai résolu de faire l'expédition de Capri et je vous ai désigné pour en commander les forces de terre et de mer.
D'après tous les renseignements qui me sont parvenus, l'ile n'est
' Sur la prise de Capri, que M Frédéric Massoiw qualifie » une des plus jolies actions de guerre de la période impériale 5 {Napoléon et sa famille, IV,
32r> JOACHIM MURAT
défendue que par GOO hommes qui, dissrmiués sur dilTéieuts points, en rendent les accès plus faciles et diminuent les chances de l'expédition. Capri est principalement ahordahle dans trois endroits différents, le cap de (larena, la (îrandc Marine et la Marine Mulo. Après avoii- examiné les ohstacles que présente l'attaque sur tons ces points, la possihilité de les vaincre, raisonné et réfléchi sur le meilleur système d'opérations, j'ai résolu d'attaquer sérieusement le cap de Caréna et de dirijjer sur ce j)oinl l'élite des forces (le l'expédition, tandis que deux fausses atta(jues feront voile sur la drande-Marine et la Marine Mulo. Ces mouvements bien combinés |)euvent faire même de ces fausses attaques des attaques réelles; puisque, partout, elles offriront à reniietiii des forces supérieures, .le mets à votre disposition une fré;[ate, une corvette, seize canonnières portant du 24 etune bombarde |)our celle de la (Irande- Marine, et une division de six canonnières venant de Saleriie, pour celle de la Marine Mulo.
Vous aurez sous vos ordres le «jénéral Destrés et l'adjudant-commandant Thomas; vous charyerez ces deux ofûciers de l'attaque du cap Caréna; radjudaut-commandant Thomas marchera en tète du convoi avec les voltigeurs du 10' régiment, ceux du SS"" et les grenadiers corses; le général Destrés soutiendra ces mouvements avec les grenadiers du 10"^ régiment, les grenadiers du 52' , 30 canonniers et ouvriers, 20 sapeurs et mineurs munis des outils nécessaires pour abattre un mur ou établir des retranchements, etc., etc.
Vous ferez protéger cette expédition par la frégate, la corvette et seize canonnières portant du 24. Arrivé à la pointe de Caicna vous ferez établir votre ligne, embosser la frégate, la corvette et les canonnières, et ferez diriger leurs feux sur le fortin et sur le mur (jui se trouve au bas de la rampe (jui conduit à .Anacapri ; cependant protégé par le feu de notre mariiu*, l'adjudant-conimandant
|) ."{SSj, on peut coiLsultcr V Histoire du royaume <lc Xap/es, par le ;;(''ri('ral CoLLETTA, traduction de C. Lefkbvrk, Paris, 1835, III, p. 111. I.e rapport original fait par le général Lamarquc sur l'expédition de (]apri, en date du 20 octobre 1S08 et adressé à S. M. le Roi de \uples et de Sicile, existe dans les .-archives du prince Murât Une copie fut envoyée par Murât à Clarkc, elle est publiée dans l'ouvrage cité plus haut de (>ollcta, t. III, p •JXV On peut consulter éjjalenient l'ouvraye de .M Paul Dikhiki;, Les dascotis en Italie. Le comhat de Saut' Kufemia et la prise île Ca/jri. .'\uch , 18H.5 In-8". Un curieux tableau de Schmidt, (|ni fait partie des riciics collections de iM. Paul Marmottati, nous montre le roi Joacliim entouré de sa (îour et de son étal-major, surveillant de la |)oinlc (lampanella le ravitaillenienl d<' l'expédition confiée au yi-niral I.amarqne.
HO VA l ME DE \AI>LKS. — 1808 327
Thomas (lébaic|iieia et nKirclicra sur le imir qu'il escaladera avec les échelles que vous ferez embarquer à \aples. Le fortin n"a que trois pièces de canon, le feu sera plus vraisemblablement dirigé sur la Marine, on n'aura donc que très peu à souffrir de cette batterie; d'ailleurs c'est un coup de main à faire et c'est à la course qu'on doit arriver au pied du mur et quelques instants doivent suffire pour le franchir. Ce premier obstacle vaincu, le fortin se trouve tourné et l'on est maître de la route d'Auacapri. Cependant la réserve commandée par le général Destrés débarque et soutient les mouvements de l'avant-garde qui marchera sur Capri et s'emparera de la batterie située au haut de la rampe; il fera observer la tour d'Orico et s'emparera des signaux de Monte Solaro. Maître de cette position et de la batterie de la rampe, je regarde Capri comme conquis puisqu'on domine alors les deux ports et que l'on paralyse tous les mouvements de l'ennemi.
Le débarquement opéré, le mur franchi, et maître de la route (i'.'\nacapri, le général Lamarque devra s'occuper à se maintenir dans cette position et à y établir une forte batterie, de manière à se conserver dans tous les cas sa communication avec le continent ; il se servira pour cela de ses sapeurs; il fera transporter l'artillerie qu'il aura débarquée à Anacapri, pour s'en servir suivant les circonstances.
Maître d'Anacapri, de la partie de la rampe et du Monte Solaro, il dirigera ses opérations ultérieures d'après les mouvements de l'ennemi et les positions des deux autres expéditions.
L'adjudant-général Chavardès commandera l'attaque de la ^L1rine-Grande, il aura sous ses ordres les voltigeurs de la 102™% 100 carabiniers napolitains, les grenadiers italiens, ceux d'Isembourg, 15 cauouniers, 15 sapeurs et mineurs auxquels on devra donner des outils. Cette expédition sera escortée par huit canonnières portant du 2-4 et destinées principalement à protéger son débarquement. Le général Chavardès devra chercher à aborder la côte au nord de San Costanzo, à intercepter toute communication entre .Anacapii et Capri et à serrer ce dernier endroit le plus près qu'il pourra et à s'en emparer, s'il est possible. La prise de Capri le rendrait maître de toute l'île, le château excepté. Cependant son premier soin devra être de s'établir de manière à n'avoir rien à craindre de Capri. Le {léi)arquement du général Chavardès assurerait nécessairement celui du général Moutserrat.
Vous chargerez le général Montserrat des troupes de l'expédition de la Marine Mulo. Il aura sous ses ordres les grenadiers du 102'"" ou fusiliers d'élite, 100 carabiniers napolitains, 120 grenadiers suisses, 10 canonniers, 10 sapeurs et 200 hommes qui [)artiront
«le Salcrno. Vous lui donncroz un adjoint, un orficifr du jjénic ot un d'artillerie. Si\ canonnières protégeront son deharquenuMil ; |)arvenu à prendre terre, il cherchera à s'élahlir à la (Iharlreuse, à observer et même à s'emparer de Capri; maître de la (Miarlrense ou ayant pris terre, Trayar et S'-Michel sont obli<{és «le s«' n'udre; «le la (Iharlreuse il devra chercher à coinnuini(|uer avec ra(ljn«lant-g«'nt'ral (Ihavardès.
Voilà, n)onsieur le général, l'ensemble de l'opération p«)iir l'attatjue d«' Ca|)ri, ainsi combinée et mettant autant «pie |)ossible l'ensemble nécessaire dans les mouvements «les trois atta«pies, on doit et l'on peut même se promettre un résultai sur, puisepu' la réussite de l'ime des trois atta(pi«>s assm«' 1«' succt;s d«'s«leu\ autres, puisque, comme je l'ai déjà observé, «)n aura |)artont la supériorité sur un ennemi «lémoralisé et qui ne saurait attendre des braves accoutumés à vaincre. Je ne \ous parlerai point ici «l'obstacles, les Français n'en connaissent point, et je suis persuadé (pi«' v«)us allez en fournir de nouvelles preuves.
Si cepen«lant le mauvais temps vous empêchait «l«' débarquer, ou si des forces navales supérieures se montraient avant votre «lébarquement, vous auriez alors la faculté de |)rendre la «léterminatiou que votre sagesse vous dictera pour garantir v«)tre «'\pé«liti«)n.
Sur ce, etc.
Des or«lres de détails avaient été donnés |)our les vivi<'s et les munitions.
La miuulc auio(/rap/ie de la main ilr Muraf por/c en pliisj : « Vous prendrez «les vivres pour huit jours et vous en fen'z distribuer p«)ur «juatre à la troupe en vous enibarquant. Vous lérez distribner cin- «pjante cartouches et vous en aurez une réserve «le cinquante autres pour chatpie soldat. \ous emmènerez avec v«)usd«'soriici«'rs de santé. "
Guerre et Arcliiics du prinio Murât. H. XIV, p. !•. et I). -JIO. «î.
:;vs5. — MIKAT .\l] CKXVMW. 1.\\\\\\{)IV.
5 octobre 180S.
Monsieur le jjf'-iiéral, il est une heun- et je n'ai pas encore de \os n«>tivelles; xdus auriez di'i m'en donii«'r le soir même de \otre <lébar«pn'ment ; vous auriez dû me l'aire («(unaitre votre position de
ROVAIMK DR XAPLKS. — 1808 329
la nuit, ainsi que colle de l'enuenii; \ous auriez dû niV'crire cematiu; vous auriez du prévoir mon inquiétude et mou impatience; hâtezvous de réparer cet oubli, et rendez-moi un compte détaillé de toutes vos opérations, que vous m'expédierez par un de vos aides-de-camp.
Archives du prince Murat. R. \VI, p. 13.
3486. — MIR.AT AU (.ÉXKRAL LAMARQLE
5 octobre 1808.
Monsieur le général, je viens de voir encore tirer le canon du haut du fort de Capri, ce qui m'annonce que vous n'en êtes pas maître. Comme l'ennemi pourrait jeter des renforts dans la place tant que vous ne serez pas maître de l'un des forts ; s'il se présente avec des forces supérieures maritimes, je vous ordonne de chercher à vous en emparer; employez pour cela toutes les canonnières, la corvette et la frégate; ordonnez au commandant de la marine de venir s'embosser avec toutes ses forces devant celui des deux ports que vous croirez prendre avec plus de facilité; il serait à désirer que vous puissiez donner la préférence à celui de la Grande Marine, c'est un coup de vigueur à faire pendant cette nuit. Le plus difGcile est fait : vous ne voudrez pas laisser imparfait ce (jue vous avez si bien commencé, vous saurez profiler de vos ])remiers succès.
Vous recevrez dans la nuit des vivres et des munitions, vous en recevrez demain et tous les jours. Soyez donc sans inquiétude à ce sujet; écrivez-moi toutes les deux heures; j'attends avec impatience vos prisonniers; vous auriez dû menvoyer de suite les officiers afin que j'eusse pu les interroger moi-même, ou du moins vous auriez dû les interroger et m'envoyer leurs réponses.
Si vous n'avez pas assez de troupes, envoyez-en chercher; renvoyez-moi les blessés.
.archives du prince .Murat. U. \IV, p. 13.
3487. — MLRAT A SALICHTI
5 octobre 1808.
Au ministre de la (juerrc.
Monsieur le ministre, vous verrez par la lettre ci-jointe du général Lamarque qu'il existe à Capoue trois mortiers de campagne,
:î;îo joachim muuat
donnez dos ordres nécessaires pour les l'aire transporter de suite à Capri.
Je viens de questionner un capitaine anjjlais, prisonnier de guerre, qui a capitulé au fort de S'-Marie sur le mont Solaro. Le régiment de Hoyal-Malte est arrivé de renfort il y a 21 jours; les forces de lile consistent en 1 500 li<)mnies, dont nous avons déjà 700. Cet oflicier prétend qu'il est impossible que le fort tienne.
Ari-liires du prince Mural. R. \VI, p. 10.
3W8. — MURAT AU (JIOVKIIAI, I-AMARQUK
6 oclobre 180«.
Monsieur le général, je donne l'ordre au ministre de la Guerre de fjiire embarquer le restant du bataillon du 10'"'" régiment et les restants des carabiniers des deux réginu-nts napolitains, avec des vivres et des munitions et les mortiers que vous avez demandés. J'ordonne que tout parte sur-le-champ. S' Angelo vient de signaler une force ennemie supérieure à la nôtre, et vous sentirez combien il est important que vous ayez pu exécuter l'ordre que vous avez dû recevoir celte nuit d'enlever Capri, pour empêcher l'ennemi de secourir cette place. Renvoyez-moi le général Montserrat, faites arborer le pavillon national au fort S'' Marie pour faire voir à î'ennemi que nous sommes maîtres de l'ile. Questionnez donc les habitants de l'île, les prisonniers, les déserteurs, envoyez-moi leur rapport, envoyez-moi (pielques prêtres, si l'on |)oiivait en prendre quelques-uns de l'île; je vous le répète, il est instant (pie vous correspondiez avec moi toutes les deux heures.
Vous devez dans tous les cas ne pas al);iiid<tnnei' l'île.
Archircs du prince Murât. R. XIV, p. I i.
3489. MIRAT AI (IKXKliAL I.AMARQUI']
(J oclobre IS()S.
Je reçois, mr»nsieur le général, votre dcrnièn; lettre; en vous félicitant sur vos succès, j'ai voulu vous rendre justice, mais à mes yeux, on n'a rien l'ait tant qu'il reste encore (juehpie chose à faire.
ROYAIME I)K XAPLES. — I8(iS 331
J'ordonne au yéuéral Canipredon de vous envoyer un colonel du génie, des sapeurs avec des sacs, des outils, et tout ce que vous demandez; j'ordonne qu'on vienne s'embosser à la Marine Grande; vous devez avoir reçu des vivres et des munitions, on continue à force à vous en expédier. J'espère que vous aurez reçu avant ma lettre trois ou quatre cents hommes que je vous ai déjà annoncés, r.hercbez surtout à vous établir et à vous maintenir à la Grande Marine^ afin d'y recevoir des vivres et des renforts dont vous pourrez avoir besoin ; faites fortifier le Limbo qui sera un antre point de communication avec vous qu'il est important de conserver. Si vous aviez embarqué avec vous, ainsi que je vous l'avais ordonné, des pièces de 12 et des obus de 6 pouces, vous vous en serviriez aujourd'hui avec succès contre la ville. Continuez à me mettre au courant de tout ce qui se passe dans l'ile, songez surtout que vous ne devez l'évacuer que lorsque vous y serez forcé par les hayonnettes et le manque absolu de vivres et de munitions. Je ne me lasserai pas de vous engager à vous emparer des deux Marines et à cherchera isoler ces deux points de Capri, comptez que je ne vous laisserai pas abandonné et que je vous ferai passer tous les secours qu'il sera humainement possible de vous envoyer.
Archives du prince Murât. R. MV, p. 14.
3490. ML RAT AU GliiXl-lRAL PARTOIXKAIX
6 octobre ISOS.
A monsieur le général Partouneaux, à Monteleoiie.
l\Ionsieur le général, je reçois votre lettre du 29 ; je suis fort étonné que les fonds pour la solde et les 20 centimes pour la première quinzaine d'octobre, ne vous soient pas parvenus; je suis persuadé que vous les avez reçus au moment où je vous écris, et vous devez être sans inquiétude, puisqu'au moyen des 20 centimes (en remplacement des vivres de campagne), de la solde, du pain, des masses de chauffage, vous aurez certainement bien plus (ju'il n'en faut pour nourrir le soldat, et bien plus qu'il n'en reçoit en France. Ainsi, je persiste à croire que faisant payer bien exactement et par avance le 20 centimes et la solde, le soldat sera beaucoup mieux qu'il n'était avec les vivres de campagne.
J'ai fait attaquer mardi Capri; toute l'ile est à nous, le fort et la ville de Capri exceptés. 800 prisonniers anglais viennent d'arriver;
332 JOACIIIM MIRAT
j'espèri' (]u"à moins de forces siipériciircs ni.iriliiiu's de \,\ piiit de rcDiioini, j'aurai dans ({iiel(|iies jours ce (|ui reste à |)reiidi'e. lit-s troupes ont fait nuMveille; elles ont (lel)ar(pié sous un l'eu de mitraille et de nu)us(juelerie terrihie, vi au m(»yen (\vi> échelles (pTon a été oblijjé de cramponner sur les murs et sur les rochers. Ce débarcpienuMit a en lieu près la pointe (iarena. Ou a pris en outre une douzaine de pièces de canon. Je fais embarcpier à force dans ce monu'ut des jposses pièces jXMir hrfder la \ille et le lorl, «pie nous domiuous à pic de la belle |)o8ition du Monl-Solaro.
Vous êtes prévenu que l'escadre ennemie a paru le :{ dans les eaux d'Olranto, elle était composée de 25 \ aisseaux de lijjur de toute «p'andeur. Tenez-vous sur \()s ;[ardes et surtout réunis.
Archives (lu prince Mural. H. Xl\', |). \').
3491. — MLR.AT M COI.OXKI, i)l';i)()\'
(i oclobre 180S.
A monsieur Dedon, commandant le corps roi/al d'artillerie.
Monsieur le yénéral, je vous invite à vous rendre près de moi pour me rendre compte des difticultés (ju'é|)rouve de la part du corps du yénie, l'intendant des domaines de la Couronne, relativement à un moulin situé à Pogyio, dont il a passé bail, et sur le prix duquel le corps du génie paraît avoir droit à une rétribution de 30 ducats, pendant chacun des mois d'été.
.^rcliiies du prince \Iarat. R. XIV. p, 16.