‹ Lettres et documents pour servir à l'histoire de Joachim Murat, 1767-1815Chapitre 79 sur 104 · MURAT A BRIOT · texte numérisé non relu

MURAT A BRIOT

28 novembre 1808.

A monsieur Briot\ intendant à Cosenza.

Monsieur l'intendant, j'ai vu avec sensibilité le vœu émis par le Conseil général de la Calabre citérieure et que vous m'avez transmis ; je le prendrai en grande considération et je saisirai la première occasion de lui prouver, ainsi qu'à vous, le prix que j'y attache.

Archives du prince Murat. R. XIV, p. 5i.

' Pieire-Josepli Briot, ancien député du Doubs aux Cinq-Cents, adversaire de Bonaparte au 18 brumaire, avait été nommé le 28 janvier 1803, à la recommandation de Lucien, conmiissaire général du gouvernement à l'île d'Elbe ; e 1'^'^ août 1806 le Roi Joseph l'avait nommé intendant de la province d'.^bmzzc citérieure, puis le 7 juillet 1807, intendant de la (>alabre citérieure. .\r J. \\\\\- BiUD, Naples sous Joseph lioiiaparte, p. 546, lui attribue un rôle dans l'origine des carbouari. Il devint membre du Conseil d'Etat et quitta Murat lors de la défection de celui-ci. Il n'avait jamais voulu accepter de Joseph ou de Murat ni titres, ni décorations. Chateaubriand qui le connut, l'appelle « le républicain M. Briot n . {Mémoires d'Outre-Tombe, éd. Biré, H, p. 352.)

428 JOACniM MURAT

:î()27. — MLHAT A SAUCini

'l•^ iiovenibie ISOS.

Al/ iiiiiiis/ir (/r la (îtti'rrr.

-Moiisit'iir le iiiiiiisdc, vous Iimiivoicz ti-joiiil des rciiseijjiu'mciils que j'avais oidoimc de picndic sur la tniidiiilc du sieur (lolonibier, ca pilai lie au r('';[iim'ul de la Tour d" Auvoijjiic ; \ous ferez reru placer ce capitaine daus sou couunaudeineul par un ollicier du luèuu' «pade du déj)6t el vous le renverrez Ini-uiènie à (laëla; vous y renverrez aussi le serjjent de ce même cor|)s qui devra subir 15 jours de prison à son arrivée. Je le traduirais à une commission s'il n'élail pas français.

Arcliivfs (lu |jiiiRf Mural, lî WI, ji. il.

3628. — mUHAT A NAPOLEOM

Porlici, le 10 iioteuilirc IS()8.

Siiti';,

Je viens de recevoir la lettre de Votre Majesté de Hur;[os du I 1, par laquelle vous voulez bien me dire que vous avez appris avec plaisir la situation des esprits à Home. Sire, d'après les reproches immérités que j'avais reçus de Votre Majesté et l'ordre que vous m'aviez donné de ne pas me mêler des alîaiies de Home, j'avais résolu de ne plus vous eu entretenir; mais, puisque de nouveau, je suis autorisé à vous en parler, je dois vous dire qu'il est peut-être à |)ropos que Votre Majesté se |)rononce. Pas de doute {|ue les -Anglais travaillent l'ortement les esprits dans toute Titalie, el principalement à Home et en Toscane. Bologne est le centre des correspondances entre la hante et la basse Italie ; je vais en écrire au V^ice- Hoi. Les patriotes sont l'âme de ce parti. I,es nouvelles des victoires de Votre Majesté S(tnl arrivées à |)ropos, on commençait à jaser; très certainement tout est organisé et l'on n'attendait (pu- la nouvelle d'un échec pour agir. l.c. Ho\aume de Xaples est très Iranquille, c'est sans doute la partie la plus sure de l'Italie. Quant an\ affaires de Home, je |)ense qu'il est très politique et même lU'cessaire de |)révenir les événements, c'est-à-dire de les maîtriser. Home doit changer de face et de maître, ainsi le veut l'heureux destin, et Votre Majesté est la maîtresse de son sort. Jamais il ne fut uu)ment plus favorable j)our vous |)rononcer en maître. Tous les Homains, toute l'Italie attend cet événement avec impatience, je dirai même plus, le désire, el j'ajoule qu'il est devenu néces-

ROYArME DK NAPLKS. — 1808 429

saire ' . On veut insurjjcr Rome contre Votre Majesté ; qui enipèclie (|ue Votre Majesté ne s'iusurye pour elle contre ses ennemis? lUen n'est plus facile. Autorisez-moi, et dans huit jours le Pape sera précipité du haut du Quirinal ; mais autorisez-moi en même temps à pouvoir faire promettre que la nohlesse conservera ses titres, et que Kome restera capitale et indépendante sous la protection de Votre Majesté. Klle se serait déjà prononcée, mais elle craint de perdre ses titres et sa suprématie sur les antres villes d'Italie, par sa réunion à l'Kmpire ou au Royaume d'Italie. Que Votre Majesté trouve le moyen de lui «jarantir ce qu'elle désire conserver, et Votre Majesté sera proclamée Empereur d'Occident et le libérateur de Home, mais il n'y a pas de temps à perdre, car les Anglais et le Pape font agir tous les ressorts de l'intrigue pour parer le coup prêt à fondre sur cet Etat.

J'adresse à Votre Majesté les rapports de la Sicile. Sire, je n'ose m'éloigner sans avoir été autorisé à agir ; je ne puis aller en Calahre et rentrer sans avoir tenté l'expédition ; et qu'arriverait-il si, pendant que je serais sur le Phare, les Anglais venaient à débarquer dans les environs de Xaplcs.' Je suis informé que le Gouvernement anglais destine contre l'Italie une expédition tirée d'Espagne et du Portugal. Hier un vaisseau de soixante-quatre est venu à deux portées de canon de X'aples; ou je suis bien trompé, ou nous touchons à des événements extraordinaires. Oue je suis désolé de n'être pas autorisé à agir! Jamais circonstance n'a été plus favorable. Les Anglais n'ont pas plus de huit mille hommes en Sicile, et tous mes préparatifs sont terminés. Dans dix jours, j'en serais maître, si je venais à recevoir l'ordre de l'envahir.

Le Bulletin que j'ai fait lire au théâtre a été interrompu par les plus vifs applaudissements.

Je suis...

Guerre et Archives du prince Murât. R. X\l\, p. 2S.

3029. — MLUAT A SALICETI ^

(Portici) '29 iiovcnibre I.SO.S.

Au luinislic de la (îiicrre. Je vous adresse ci-joint le rappurl du général Valentin siu- un

' Snr le rôle joiiô à crtlo ('■|»()(|iic par Mmal diiDs les aflairrs de lionie, sur ses arrière-pensées et ses pn-lenlinris, ikuis renvoyons à l'eliicle niatjistralc de M. Louis !\I\i)i:i,i\ sur la Home de Xapolèoii, princip.ilcinciit :ui cliapilre VI : ^ I-es prodromes de l'annexion. ■'

* \ Va date du -iO novembre, d Aubusson noie ; n II parait (pie M, Salieeti

430 JOACHIM M un AT

événemenl malheiireux (|iii est arrive à une patrouille de la Tour d'Auvergne dans le village de S'-l)oniinique, près de liagoneyro. Envoyez quelqu'un sur les lieux pour y prendre des informations; le régiment de la Tour d'Auvergne jjaiaît se eonduire si mal que je ne serais jias étonné (|ue ec ne iVil une vengeance exercée ])ar les habitants (le celle coinniuiu'; dans Ions les cas, il esl instant de prendie une mesure pour prévenir a l'avenir de semblables assassinats.

3630. — MURAT A SALICETI

(Naplcs) !•' déterabre lîSOH '.

Au miiiislre de la Guerre.

Monsieur le ministre, monsieur Donzelot, gouverneur général des Iles Ioniennes, se plaint depuis longtemps de l'état de dénuement absolu où se trouve le 2' bataillon du régiment disembourg. La plupart des soldats sont sans habits et le bataillon est dépourvu de capotes. Vous jugerez sans doule bon de donner sur-le-cbam|) des ordres à l'administration du corps, pour qu'elle prenne à cet égard des mesures que l'approche de l'hiver rend extrêmement urgentes.

.Artliircs du priiuc Murât. U. \l'I, p. '28.

3(5:51. — MIRAT A SALICETI

1« décembre 180S.

Monsieur le ministre, j'avais cru pouvoir compter que l'appel fiiit à la jeunesse Napolitaine aurait suffi pour amener sous mes drapeaux les 2,000 vélitcs que j'avais demandés, je me suis trompé. Peu y ont répondu, il ne me reste donc plus que mon autorité à faire valoir, en consé(|uence, ordonnez sur-le-champ aux inlendants des Provinces de désigner le conlingent des districts el des communes de leurs ])rovinces et de les faire partir le |)lus promptement possible; et comme l'opération doit être fort avancée, le délai de J5 jours doit suffire : on devra employer la voie du sort pour le

i)i-cii(l une «ji'anilc iiilliiciicc. Dans le fait il n'y ii [)('r.soiine ici (jiii paraisse pouvoir le balancer avec ai'anta;je pour le Roi. » (.AIT. élr. Xapies, l.")2.)

' La cour revint de Portici à .\aples le 30 novembre; le 28, il y avait eu un yrand bal à Porlici.

HOVAl MR DE \APLES. — 1808 43i

choix et le dépaii dos jeunes gens qu'il aura frappés. Knvoyez-moi dans la journée de demain copie de la circulaire et des instructions que vous enverrez à cet égard.

Monsieur le ministre, ne faites pas payer aux oïl'' et 102'""" régiments d'infanterie et au 25' de chasseurs à cheval, les cinq premiers jours de décembre. Donnez des ordres en conséquence. Je ne conçois pas pourquoi vous n'avez pas encore reçu les résultats des revues de rigueur que j'ai ordonnées pour arrêter l'arriéré de l'armée; faites-vous en rendre compte par l'inspecteur eu chef aux revues. Je suis informé que la division des Calabres n'a pas été payée de la dernière quinzaine de novembre et conséquemment de la 1" quinzaine de décembre. Sur les 70,000 ducats de délégations, 60 mille ayant été protestés; je donne l'ordre au ministre des Finances d'y faire porter en poste les fonds nécessaires pour la dernière quinzaine de novembre et pour tout le mois de décembre, pour la solde et les 20 centimes en remplacement des vivres de campagne. Je dois être sans inquiétude sur les subsistances, d'après le nouveau marché que vous avez passé. Donnez de suite ror(!re au payeur général d'adresser au ministre des Finances l'état des fonds nécessaires aux deux Calabres pour la solde et les 20 centimes. J'espère que par ce moyen je n'éprouverai plus à l'avenir aucune espèce d'embarras, puisque je me trouverai avoir fait des fonds j)our un mois d'avance. Recommandez encore au nouveau fournisseur de ne pas laisser à l'avenir le service des subsistances en souffrance.

.\rcbiies du priuce Murât, R. \VI, p. "29.

3632. — MURAT A SALICETI

1" décembre 1808.

Monsieur le ministre, le nommé (iruchet, natif de Xormandie, gendarme à la 6" compagnie du 3' escadron de la gendarmerie royale, expose qu au mois de juillet dernier il a été condamné à cinq années de fers pour cause d'insubordination envers ses supérieurs.

(le militaire parait avoir bien servi et avoir reçu d honorables blessures. Il demande à rentrer dans son corps et se montre très repentant dune faute qu'il attribue au vin.

Je lui ai accordé sa grâce ; faites-le rentrer dans son corps.

Arcliires du prince Murât. H. \VI. p. 30.

4;j2 JOACHIM AI LU AT

3633. — MURAT A MAPOMiON

Naplos, le \<" «kicembre 1808.

SlIiK,

.l'ai reçu les leltiTS de Votre Majesté des 18 et 19 de Hurjjos, je n'ai point Tait de nouvel ctablissenient de maison d'édneation : celui dont parle Votre .liajesté était décrété et doté par le Hoi Joseph ; la Heine Caroline a remplacé, pour la direction de cette maison, la Keine Julie qui en avait été chargée par nntn aujjusle prédécesseur.

J'ai déjtà eu l'honneur d'écrire depuis quinze jours à Votr(i Majesté (mk' les fonds poin- pa\er l'arriéré de son armée étaient faits et que je n'attendais plus (|ue le résultat d'une revue de rij|ueur pour le faire solder; il me taide, pour le nu)ins autant qu'à Voti'c Majesté, d'être quitte envers vos braves soldats.

J'ai rendu, il y a longtemps, un décret pour faire mettre le séquestre sur tous les biens appartenant auv Hspagnols ; j'en adresserai incessamment l'inventaire à Votre Majesté, mais je crois pouvoir assurer d'avance qu'on a beaucoup exagéré quand on a dit à Votre Majesté que la moitié du Royaume appartenait aux Espagnols.

Xous avons toujours en vue d'Ischia et de Capri un vaisseau, une frégate et un brick anglais et deux frégates et deux corvettes siciliennes. La trancjuillité continue à être parfaite, ainsi que l'esprit public. Je ferai partir dans la huitaine, ainsi que Votre Majesté me l'ordonne, le 52'' et le 102" régiments. Je suis d'autant plus fâché de leur départ qu'il serait possible que j'eusse bientôt les Anglais sur les bras. Les nouvelles reçues hier au soir et parties hier matin de Ponza nous annoncent une escadre anglai.se et des troupes de déharcpiement dans la Mt'dilcrranée. Je désire de tout nu)n cœur (|u'ils déharcpient, parce (|tie tout le monde |)araît très disposé à bien les recevoir. Il serait l)i( n trmps cpTon leur fit perdre une fois pour toutes l'envie de venir troubli-r encore le continent.

Les nouvelles (pie j'adresse à Votre Majesté sur les affaires de Janina et de (lonstantinoplc ne sonl pas du tout lassurantes ; il est bien cruel de ne pouvoir (hunier une leçon à cet am-ien ami de votre \Lijesl('

Comme l( s Iftlrcs de votre Mnjesté m'arriveni loujoiiis (piaire i'iurs avant les bidielins, il serait à désirer (pi'il entrai dans les vues ('e Vfitre Majesté de \\\v les adresser en même lemp.; (pu* les lettres, uiiiis avfur-; IksoIu dCn receveii- .soiivenl. i/es biMleliiis passent par l'aris ci vnni à L\on, tandis (pie h s lellics de V otre Majesh' v ieiineiit

ROVAl MK DE XAPLES. — 1808 433

dirtctcmenl de Lyon à iVapIcs; voilà la cause du retard des bulletins.

Six nou\ elles chaloupes canonnières ont été lancées ce matin à la mer, ainsi que vingt barques scolidori; je suis prêt à mettre tout en mouvement, après avoir reçu Tordre de Votre Majesté de faiie l'expédition. Le service éprouvant quelque difficulté en Calabre, je viens d'y envoyer en poste de ma caisse particulière cent mille écus; ainsi au moyen de cette avance et du départ de quatre régiments de Votre ^Lajesté pour la haute Italie, tous les services seront absolument assurés pour toute l'année. Les vélites et la garde nationale s'organisent avec la plus grande acti\ité, et si l'ennemi me laisse deux mois, je ne crains plus aucune expédition quelle que soit sa force. Les manufactures d'armes et les moulins à poudre sont dans la plus grande activité. Ces derniers, qui ne produisaient à mon arrivée que 10 milliers de poudre par mois, en donnent aujourd'hui 70 et j'espère en obtenir 100 dans le mois prochain. On travaille aussi avec le même soin à rendre praticables pour l'artillerie les routes de Calabre. Je trouve dans tout mou royaume les plus heureuses dispositions pour repousser les ennemis de Votre Majesté.

Je suis...

Guerre et Archives du prince Alurat. R. XXI.X, p. 30.

m-Vi: — .MURAT A DE THO.AIASIS

1" décembre 1808.

A monsieur de T/ioinasis, intendant de la Calabre uUérieure.

Monsieur l'intendant j'ai reçu votre lettre et j'ai été satisfait du rapport qui y était joint, parce qu'il ma mis à même d'employer les moyens de soulager les bons Calabrais et d'assurer pour l'avenir, d'une manière positive, le service des troupes. Je fais partir demain en poste les fonds nécessaires au paiement de la dernière quinzaine de novembre et à celui de tout le mois de décembre pour la solde et les 20 centimes en remplacement des vivres de campagne. Au moyen de cette avance et du nouveau marché qui vient d'être passé pour les subsistances, j'espère que vous n'éprouverez plus désormais aucune espèce d'embarras.

J'ai ordonne la vériGcation de la comptabilité des deux Calabres, qui doivent être à l'avenir administrées comme toutes mes autres

TOAIE Vi. 28

Froviiu'os, et le inomenl n'est pas hnii, j'espère, où je pourrai sans flanjjer les déclarer en étal de paix. Vous en recevrez nécessairement le décret.

Les affaires d'Kspaync vont on ne peut ])as mieux; le 2' bulletin daté du 12 de Bnrgos, nous a annoncé une \ictoire complète et la destruction des armées d'Kstramadurc et de Galice. Je donne l'ordre au général Parlouneaux d'annoncer cette deuxième vicloire à mes peuples de la Sicile par une salve d'artillerie. Continuez à me tenir an courant de tout ce (jui se ])asse d'intéressant dans la j>ro- \ince que vous administrez si bien. Je veux absolument tout connaître. Je vous devrai avec plaisir tout le bien que \ous me mettrez à même de faire.

Archives du prince Mural. H. XIV, p. 54.

Page 1